BANQUET DE L'INSTITUT COLONIAL
2 Juillet 1897.
Sir J. GORDON SPRIGG, premier ministre de la colonie du Cap :
Je puis vous assurer que nous, qui vivons aux confins de l'Empire, sentons
plus que vous la nécessité d 'une puissante marine anglaise pour protéger nos côtes ; et il me semble très rationnel que nous contribuions, dans la mesure de nos forces, à soulager le contribuable anglais du lourd fardeau que lui impose le maintien de sa flotte, puisque cette flotte est aussi essentielle aux possessions lointaines de l'Empire — [qu'à l'Angleterre elle-même].
M. GOSCHEN, First Lord of the Admiralty (ministre de la marine) :
La question de l'unité de l'Empire a été l'un des articles les plus chers de
ma foi politique. Il y eut un temps où l'on croyait que les colonies pouvaient être un fardeau pour l'Empire. Ce temps était celui où l'on pensait que les colonies pourraient préférer devenir indépendantes afin de ne pas s'exposer aux risques d'une guerre britannique. Ces sentiments pusillanimes se sont évanouis depuis peu. Depuis trente-trois ?in.%,y ai vu croître d'année en année cette idée qui, à mon avis, affectera profondément l'avenir de l'Empire. Je ne veux pas, au milieu d'une fête, aborder la question financière que Sir Gordon Sprigg a placée sur un terrain plutôt séduisant. Un grand parti-
tisan des colonies, ici présent ce soir, ( i ) m 'a suggéré de présenter à leurs délégués, le jour où les troupes coloniales contemplèrent la flotte à Spithead, quelques colonnes de chiffres qui leur démontrassent combien peu les colonies contribuent à la défense de l'Empire. Mais j 'ai refusé d'accepter cette suggestion, parce qu'il me semblait qu'on n'aimerait guère voir distribuer, au milieu des réjouissances d'une fête, des feuillets indiquant qu'une contribution serait acceptée avec reconnaissance. De même, ce soir,y<? me contenterai de faire appel à la fidélité et à la générosité de nos concitoyens. . . Quelle que soit l'attitude prise, on ne doit pas mettre à l'écart les sentiments de la mère-patrie à l'endroit des colonies et ceux des colonies envers la mère-patrie ; mais il faut au contraire obtenir de ces sentiments le résultat le plus efficace possible. Parmi nos concitoyens des colonies, on nous regarde comme un peuple très positif ; néanmoins, notre cœur s'est ouvert à d'autres sentiments qui, une fois de plus, feront valoir leurs droits parmi les influences qui guident les destinées de l'Empire. Le Jubilé est l'une des manifestations extérieures de ce sentiment qui, s 'étant accru, ne s'évanouira pas, ne s'éteindra pas comme les acclamations que nous avons entendues la semaine denière. Ce sentiment, j'en suis convaincu, a pénétré profondément toutes les régions de l'Empire ; et l'opinon nationale et impériale exercera une influence énorme sur la préparation des destinées futures de l'Empire {Times, 3 juillet 1897.)