TROISIÈME PROPOSITION, I90I
L,e 20 juin dernier, la Chambre des Communes discutait la seconde clause du Finance Bill imposant des droits douaniers sur les sucres. Il est à noter que ces nouveaux impôts étaient exclusivement destinés à couvrir les frais de la guerre d'Afrique. Il était donc naturel qu'on songeât un peu au dévouement des colonies.
M. Flower, M. P., proposa deux amendements dans le but de réduire ce droit d'un tiers en faveur des sucres provenant des colonies ou possessions de Sa Majesté. Il dit :
Le Canada a adopté une politique qui a soulevé P enthousiasme dans notre
pays ; et en vue de ce que le Canada a fait et de ce que l'Australie peut faire, le Chancelier de l'Echiquier devrait faire un effort sérieux pour étudier la question d'un tarif impérial différentiel. Si nos colonies sont prêtes à venir au-devant de nous sur certaines questions, ne devons -nous pas aller à leur rencontre ? . . . . Le temps est arrivé où le Chancelier peut répondre aux propositions des colonies sur un ton de sympathie réciproque
Le chancelier de l'Echiquier, Sir M. HICKS BEACH : Non-seulement cette mesure priverait l'Echiquier d'un tiers du revenu provenant de l'impôt sur les sucres des possessions britanniques, mais elle rejetterait ce tiers sur les consommateurs de sucre de notre pays ; car, évidemment, les consommateurs paieraient tout autant poiu le sucre des colonies frappé de deux tiers de l'impôt que pour les sucres étrangers frappés de l'impôt total. Il s'ensuit que non-seulement l'Echiquier serait privé d'un certain revenu mais que le consommateur paierait l'équivalent de ce revenu au bénéfice
du producteur des colonies Si nous adoptions cette politique, le Canada pourrait
demander que nous imposions un droit sur le blé et la farine provenant d'ailleurs que du Canada et nous subirions des réclamations analogues en faveur des bois du Canada, des laines de l'Australie, des viandes de la Nouvelle-Zélande ; en un mot, on exigerait un droit différentiel en faveur de tous les articles de provenance coloniale. ... Si, d'autre part, nous refusions aux nations étrangères les faveurs accordées à nos colonies, qu'arriverait-il ? Nous exportons aux pays étrangers deux fois plus d'articles de commerce que dans nos colonies ; sommes-nous prêts à risquer de perdre ce commerce en refusaut d'accorder aux nations étrangères qui nous offriraient des concessions analogues, les faveurs que nous accorderions aux colonies ?
.Sir HOWARD VINCENT regretta le discours qu'il venait d'entendre et V absence du Secrétaire pour les colonies ... , Quant à l'avantage que les colonies trouveraient dans cet arrangement, l'honorable ministre prétendra -t-il que la faveur que le Canada accorde aux produits britanniques n'offre pas d'avantages au commerce de la Grande-Bretagne ?
Le CHANCELIER croit que l' honorable député ne peut constater aucune amélioration, provenant de ce tarif de faveur, dans les relations commerciales entre la Grande- Bretagne et le Canada, pour là simple raison que ce tarif laisse subsister un droit protecteur contre le fabricant anglais, en faveur du fabricant canadien ; et il en résulte qu'en dépit de l'accroissement de notre commerce au Canada, le commerce des Etats- Unis au Canada s'est aussi considérablement accru.
Sir H. VINCENT dit que les chiffres publiés par le gouvernement canadien et les statistiques du Bureau du Commerce prouvent que depuis l'adoption du tarif de faveur, le commerce britannique a augmenté au Canada. Nous avons contracté une dette énorme envers Sir Wilfrid Laurier pour le courage avec lequel il a fait valoir sa politique et pour son attitude ferme aux élections générales de l'an dernier
Sir W. VERNON HARCOURT. — ... Nous reconnaissons tous le zèle et le courage avec lesquels notre empire d'au-delà des mers a envoyé ses armées pour nous aider dans cette guerre ; mais les impôts de la guerre ne retombent pas sur eux, mais sur l'infime population des quarante millions de contribuables qui habitent la " Petite Angleterre". Et ce que l'on propose, c'est que les classes ouvrières sur qui ces impôts vont tomber, assument un fardeau additionnel pour aider à ceux qui ne payent aucune taxe
M. HENNIKER HEATON dit que si le Chancelier de l'Echiquier peut trouver moyen d'accepter l'amendement, il en résultera le plus grand enthousiasme......
Une proposition comme celle qui est soumise au comité [de la Chambre] stimulerait les sentiments d'affection envers l'Angleterre ; tandis que son rejet, après le grand sacrifice que le Canada a fait, causera un amer désappointement dans cette partie de l'empire. On croira que quand il s' agit d'impôts nous ne nous soucions nullement des colonies
Le CHANCELIER dit qu'il ressent profondément l'affection et lab>onne volonté dont le Canada a fait preuve. Mais tout en prisant hautement cette affection, il croit que la proposition est beaucoup plus importante que ses conséquences immédiates en faveur d'une grande industrie.
M. BRYCE : Plus cette proposition subit l'examen, plus il est manifeste
qu'elle est impossible à appliquer ; mais ce débat et l'attitude ferme de la Chambre seront d'un grand avantage s 'ils empêchent des propositions de ce genre de re venir sur le tapis à l'avenir.
Quant vint le moment du vote, Sir Howard Vincent chercha vainement deux députés pour agir comme tellers et compter les votes favorables à son amendement. Il n'en put trouver ni à droite ni à gauche. Il voulut retirer sa proposition mais la Chambre lui refusa cet avantage et il dut marcher héroïquement au désastre.
Le vote fut :
Pour l'amendement 16
Contre l'amendement 366
Le résultat fut accueilli par des applaudissements et des rires,
(Voir le Times du 21 juin 1901.)
Il ne paraît pas que la "dette énorme" de gratitude que le le Canada et sir Wilfrid Laurier ont imposée à l'Angleterre pèse lourdement sur la conscience des représentants du peuple anglais.
Il est assez intéressant de comparer ce résultat avec celui que j'ai obtenu au parlement canadien lorsque je demandais au gouvernement et à la Chambre de faire comprendre aux autorités britanniques qu'elles ne doivent pas compter éternellement sur notre naïveté et notre bon vouloir. Les représentants anglais sont aussi réfractaires à l'influence de l'aplatissement colonial que nous le sommes à l'idée de maintenir notre indépendance et notre dignité.
Autres preuves de l'indifférence de l'Angleterre a
l'endroit des colonies