EMBARGO SUR LES BESTIAUX CANADIENS
Il y a quelques années, le Bureau de l'Agriculture, en Angleterre, s' autorisant de quelques cas de pleuro-pneumonie qu'on avait signalés parmi certains bestiaux importés d'Amérique, adopta des mesures très énergiques pour enrayer les dangers de Lcette maladie. Il ordonna l'abattage de tous les bestiaux étrangers au port de débarquement. Cette mesure atteignait les bestiaux du Canada aussi bien que ceux des Etats-Unis. L,es exportateurs canadiens s'efforcèrent en vain de soustraire les bestiaux du Canada au atteintes de ces règlements. En 1896, le parlement britannique ratifia, par une loi statutaire, les règlements du Bureau de l'Agriculture. I,e ministère de l'Agriculture, au Canada, a fait faire des examens minutieux et publier des rapports très probants établissant que les troupeaux canadiens sont les plus sains au monde, beaucoup moins atteints de pleuro-pneumonie que ceux d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Notre gouvernement a fait des efforts réitérés pour obtenir que cet embargo n'enrayât pas plus longtemps notre commerce de bestiaux dans la mère-patrie. Un grand nombre d'éleveurs du Royaume-Uni, d'Ecosse surtout, ont adressé mémoire sur mémoire, pétition sur pétition, au gouvernement de Londres, lui demandant de modifier la loi de 1896, afin de leur permettre d'importer des bes-
tiaux canadiens qu'ils considèrent plus sains que ceux de leur pays et très profitables pour l'élevage et l'engrais. Notre ministre de l'Agriculture, M. FISHER, profita de son séjour à Glasgow, l'été dernier, pour discuter cette question avec les autorités britanniques. Tous ses efforts ont été inutiles. Le 9 octobre dernier, M. HAN- BURY, président du Bureau de l'Agriculture (position équivalente à celle de ministre) , déclara péremptoirement que tant qu'il occuperait ses fonctions, la loi de 1896 et les restrictions qu'elle impose au commerce canadien demeureraient en pleine vigueur. (1)
Au fond, cette loi est une simple mesure de protection en faveur des grands éleveurs d'Angleterre. Nous ne saurions blâmer ceux-ci de sauvegarder leurs intérêts, même à nos dépens ; mais il semble étrange que, voulant détourner l'attention publique de leur but véritable, ils persistent à proclamer devant le monde entier que les bestiaux canadiens sont atteints d'une maladie organique qui, en réalité, n'existe pas au Canada à l'état endémique, tandis qu'elle infeste la moitié des troupeaux d'Angleterre. Ceci devient grotesque à une époque où il est impossible d'ouvrir une gazette d'Angleterre ou du Canada sans être abreuvé jusqu'à satiété d'interminables tirades sur l'amour mutuel qui nous anime et les faveurs réciproques qui en découlent.
En revenant d'Angleterre, cet été, j'ai fait la traversée avec un négociant anglais qui me disait, en présence d'un éleveur du Lancashire, que l'embargo offrait de grands avantages à son compagnon et aux gens de la même catégorie ; — mais que, voulant être certain de ne pas s'empoisonner, il exigeait toujours de son boucher un morceau de bœuf du Canada. Son ami ratifia cette opinion avec bienveillance, sans manifester d'ailleurs aucune angoisse à l'idée qu'il pût empoisonner ses compatriotes ou qu'il pût faire tort au commerce des chers cousins du Canada.