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LES SENTIMENTS SONT UNE CHOSE ET LES AF- FAIRES UNE AUTRE

Les délégués canadiens durent retirer leur proposition et accepter une résolution incolore, chargeant quelques délégués d'aller rencontrer le Premier Ministre et le Secrétaire d'Etat pour les colonies, afin de leur exposer les avantages qu'il y aurait à "développer et resserrer les relations commerciales entre les différentes portions de l'Empire." >

Voici qui n'était pas compromettant. Et cependant, lorsque la délégation voulut accomplir sa mission, lord Salisbury refusa même de la recevoir et M. Chamberlain déclara aux délégués qu'étant donné l'état d'esprit du public anglais, il était parfaitement inutile d'agiter la question pour le moment.

M. HADRILL, délégué du Board o/Tradede Montréal, proposa une résolution traitant de la défense de l'Empire :

Attendu que, de l'avis de ce Congrès, le temps est arrivé où la Grande Bretagne, ses colonies et ses dépendances doivent unir leurs efforts pour adopter toutes les mesures désirables pouvant accroître la force, le progrès et la solidarité permanente de l'Empire ;

Attendu qu'il est généralement admis que les colonies doivent contribuer aux frais de la défense navale et militaire de V Empire ; et, de plus, qu'une union commerciale, profitable à tous, constitue l'un des liens les plus puissants de l'unité nationale, et que l'activité et le développement du commerce sont la pierre angulaire du progrès d'une nation ;

Qu'il soit résolu — que ce Congrès est d'opinion que les liens de l'Empire britannique seraient notablement renforcés et l'union des diverses parties des domaines de Sa Majesté grandement raffermie si les colonies contribuaient à la défense navale et militaire de V Empire ; — et qu'afin de donner effet à cette résolution, le président nomme, avant la dissolution du Congrès, un Comité composé de délégués représentant l'Angleterre et ses colonies dans une juste proportion : — ce comité devant élaborer un projet basé sur la présente résolution et faire rapport au Congrès ; et que copies des présentes résolutions soient transmises au gouvernement de la métropole et à ceux des colonies et dépendances.

Cette proposition fut appuyée par M. McFARLANE, d'Ottawa, qui aurait d'ailleurs préféré une résolution beaucoup plus énergique:

Ce n'est certes pas notre affaire, dit-il, d'exercer une action quelconque — et peutêtre même nous appartient-il très peu d'en parler — sur la direction des affaires militaires, de la défense militaire et navale de l'Empire. Mais à mon avis, ce qui nous incombe, à

nous, simples civils, c'est de donner de l'argent en abondance pour ce but Quelle

qu'ait été la contribution des colonies à la guerre Sud- Africaine, l'Angleterre en supporte de beaucoup la plus large part financière. Nous voulons, s'il est possible, rétablir l'équilibre ATous devons, d'une manière ou d'une autre, taxer les colonies équita-

blement, de façon à rendre justiee aux colonies et à la mère-patrie. Nous croyons, au Canada, que le mode le plus efficace et le plus équitable de prélever ces deniers pour la défense de l'Empire serait d'imposer un léger droit ad valorem sur tous les articles de provenance étrangère importés dans l'Empire. ....

M. L. E. GKOFFRION, délégué de la Chambre de Commerce de Montréal, proposa, en amendement de la résolution de M. Hadrill :

Que les colonies ne soient pas appelées à contribuer à la défense de l'Empire à moins qu'elles ne le fassent volontairement, sans obligation impérative et sans lois écrites.

Il fit valoir le dévouement tout spontané dont les colonies avaient fait preuve en Afrique, et il émit l'opinion qu'on ferait peut-être mieux de continuer à s'en rapporter à leur bonne volonté à l'avenir. Il est bon de remarquer que cet argument est exactement celui que sir Wilfrid Laurier, ses collègues canadiens-français, et tous les candidats et tous les organes du ministère ont fait valoir aux contribuables de la province de Québec pour les rassurer sur les conséquences de notre expédition au Transvaal.

Au sein de ce Congrès, composé des représentants du commerce, de l'industrie et de la finance de tout l'Empire anglais, M. Geoffrion ne put trouver personne pour appuyer sa proposition. Et la résolution de M. Hadrill et les platitudes échevelées de M. McFarlane furent ratifiées par le vote unanime du Congrès. Bien entendu, aucun des délégués d'Angleterre ou d'Ecosse ne protesta contre cette résolution : cette fois, ce n'était pas seulement du " se?itime?it" mais de la " good business ' ' pour eux.

Les délégués coloniaux ne parurent pas garder rancune à leurs collègues du Royaume-Uni, des soufflets que ceux-ci leur avaient distribués si généreusement à toutes les séances du Congrès. Le 29 juin, il y eut un banquet de clôture, sous la présidence de M. Thomas F. BLACKWELL, président du Conseil de la Chambre du Commerce, de Londres, qui déclara :

Je crois que nous devons nous sentir orgueilleux, comme nation, des efforts

que nos colonies ont faits [en Afrique]; et ceci doit nous donner l'assurance qu'A l'avenir nous saurons où trouver des soldais, non-seulement dans ce royaume, mais dans le grand Empire dont nous sommes si fiers. L'esprit patriotique qui s'est manifesté, non seulement au moment de la victoire (!) mais à l'heure de l'infortune, me

convainc que notre Reine n'a qu'à faire appel à ses sujets du monde entier pour

recevoir la même réponse empressée et pour constater que nons pouvons recruter nos soldats dans toutes les parties du globe

Le capitaine Arthur M. MYERS, d'Auckland, Nouvelle- Zélande, parla du secours fourni par les colonies en Afrique :

...... Nous avons certainement senti que le moment était opportun de prouver

au monde que les manifestations du Jubilé de Sa Majesté ne constituaient pas un étalage inutile mais que nous entendions agir {thatwe meant business). Lorsque vint l'occasion,

ex

nous avons considéré comme un pri vilège de pouvoir dire combien nous étions sensibles à F honneur de combattre côte à côte avec les armées impériales et de partager leurs glorieuses traditions

Le Canada ne devait pas rester en arrière. M. KEMP, dont les propositions avaient été si bien anéanties par les délégués anglais, ne manqua pas de répondre par des révérences profondes :

L'une des questions que le Congrès a discutées traitait d'un Conseil impérial : j'espère que ce Conseil existera bientôt et que, d'année en année, la voix des diverses parties de l'Empire se fera entendre à Londres, afin que la Grande-Bretagne se tienne en contact avec toutes ses colonies. . . . On a beaucoup parlé de contribution à la défense de l'Empire: je puis vous assurer, Milord — [lord Selborne, sous-secrétaire d'Etat pour les Colonies), que c'est le désir du peuple canadien, autant que les influences politiques le permettront et que nous pourrons faire V éducation du peuple à ce sujet, de faire sa part équitable.

L'honorable James BALFOUR, délégué de Melbourne, Victoria, dit :

Nous devons faire en sorte qu'aucun autre drapeau que l'étendard britannique ne flotte dans toute l'Afrique du Sud. Nous désirons appuyer la mère -pat rie et nous tenir toujours prêts à venir à son secours.

Le progrès de l'idée impérialiste est facile à suivre.

En 1892, le principe de l'union commerciale est posé tant

bien que mal.

En 1896, c'est "l'union commerciale et politiçue ' ' ; et, comme complément, l'organisation d'un conseil impérial " purement consultatif ' ' .

En 1900, l'union commerciale est définitivement lâchée; mais on affirme énergiquement l'urgence du Conseil impérial consultatif et peut-être exécutif ; et par dessus tout, la défense de l'Empire devient la question principale; et le principe de la contribution obligatoire des colonies au budget de la guerre est proclamé par les délégués coloniaux.

Ceux qui cherchent encore ce qu'est l'impérialisme l'ont ici peint en quelques lignes.

Sir Michael HICKS-BEACH ne se trompait pas lorsqu'il déclarait que ce congrès de 1900 était un événement plus remarquable encore que la participation des colonies à la guerre d'Afrique (1). C'est l'expression la plus exacte que nous ayons encore eue du véritable impérialisme : aux colonies, du sentiment, des soldats, des impôts ; — en Angleterre, business.

Depuis le dernier congrès, le colonel DENISON, président de la Ligue de l'Empire, s'est chargé de répandre cette idée au Canada par une sorte de lettre-circulaire qui a été distribuée aux quatre coins du pays. Il suggère que nous imposions un droit de cinq

(1) Voir page LUI

pour cent sur toutes nos importations et que le gouvernement emploie le produit de ces impôts à l'organisation de la défense de l'Empire. Ce léger tribut s'élèverait, en moyenne, à SIX MIL- LIONS de dollars par année. On voit que nos impérialistes canadiens n'entendent pas laisser dépérir les belles idées de M. McFarlane.

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