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CONSÉQUENCES DE L’INTERVENTION

Quelles seront les conséquences de l’intervention américaine ?

Ici nous entrons dans le domaine des conjectures. Comme mes constatations de fait, les prévisions que je vais esquisser sont à peu près exclusivement basées sur les opinions diverses que j’ai recueillies — quand elles ne sont pas l’exacte expression de la pensée de mes interlocuteurs.

Faisons d’abord le classement. La première conséquence à envisager, c’est l’effet possible de l’intervention américaine sur la durée de la guerre et son résultat. Mais, à mon avis, les répercussions les plus importantes sont celles qui se prolongeront après la guerre et laisseront - des effets permanents. La participation des Etats-Unis à la guerre européenne va nécessairement affecter, à des degrés variés mais tous considérables, la situation intérieure de la république américaine, ses relations avec les nations étrangères et l’assiette générale du monde. Dans ces trois ordres de faits ou d’idées, il faut aussi distinguer entre les conséquences d’ordre moral, politique, social ou économique. Qu’on ne s’effraie point ; nous ne ferons qu’effleurer ces têtes de chapitre ; et je ne m’engage pas à le faire selon les strictes règles de la composition logique.

La guerre sera-t-elle abrégée ?

L’intervention américaine va-t-elle hâter la fin de la guerre, ou la prolonger ? Ceci tient probablement à trois éventualités : la situation de la Russie; la force réelle de l’Allemagne et ses mouvements politiques intérieurs ; la situation économique du monde.

Que la révolution désorganise les forces de résistance de la Russie, que les armes allemandes parviennent à Pétrograd, et la lutte sera prolongée, — si les Alliés de l’ouest peuvent et veulent attendre de sérieux renforts des Etats-Unis afin de pénétrer à leur toar en Allemagne et d’équilibrer les situations L Si au contraire la Russie réussit à repousser la prochaine agression de l’ennemi, et que le gouvernement et 1e peuple allemands se persuadent de l’inutilité d’une lutte dont l’adjonction des forces américaines accroîtrait l’inégalité — quelque foi me que prenne l’intervention des Etats-Unis — la paix sera hâtée... potrvu que “Wil-

1 J’écarte à dessein l’éventualité d’une brusque fin de la guerre, résultant de la complète désorganisation de la Russie. Cette issue, malheureusement trop probable, profiterait entièrement à la coalition germanique, mais elle se produirait trop tôt pour que l’intervention américaine en modifiât la portée immédiate. Elle n’entre donc pas dans le cadre de cette étude.

liam Hohenzollern prenne le même chemin que Nicolas Romanoff.” Si une révolution se produisait en Allemagne et en Autriche comme en Russie, M. Wilson exercerait une pression considérable sur ses alliés pour leur faire consentir aux nouvelles “démocraties” germai, iques des conditions fort libérales. C’est dans ce sens et à la lumière de cette éventualité, je pense, qu’il faut interpréter la fameuse parole du discours du 22 janvier : “paix sans victoire”. Ce serait aussi la preuve de sa sincérité, quand il séparait si nettement la cause de l’Empereur et celle? du peuple allemand. Enfin, ce serait une excellente manoeuvre pour regagner la confiance des millions de Germano-Américains. Ce dern.'er point n’est pas le moins important pour le chef d’une nation démocratique.

Dans l’ordre économique,- si, comme beaucoup d’Américains compétents l’appréhendent, la création d’une armée nouvelle diminue forcément la production agricole et hâte le jour de la famine mondiale et de la banqueroute universelle, la rage de destruction s’apaisera d’autant plus tôt.

Quant à l’importance de l'intervention américaine et du secours qu'elle apporte à la cause des Alliés, il serait puéril de la contester. Les Allemands avertis ne s’y trompent pas. Chaque jour, cette importance va grandir en étendue et en efficacité.

Somme toute, aux yeux de ceux qui appellent de tous leurs voeux la cessation de cette infernale hécatombe, de ceux aussi qui souhaitent qu’elle se termine par une victoire modérée pour les Alliés — et j’en suis, quoi qu’on dise — les conséquences immédiates de l’intervention américaine doivent apparaître sous un jour favorable.

Passons maintenant aux conséquences médiates, d’un caractère permanent.

Saignée d’argent, arrêt des industries, retour à îa terre.

Les principales conséquences intérieures de l’intervention semblent devoir être le dégonflement des richesses, le ralentissement de l’industrialisme, et l’introduction du militarisme comme facteur permanent de l’crganisme social. Naturellement, ces résultats seront plus ou moins intenses selon la durée de la guerre.

Si la lutte ne se prolonge pas trop longtemps, la saignée d’argent sera plutôt salutaire, et pour les Etats-Unis, et pour le reste du monde. A maints égards, cette effroyable pléthore d’argent commençait à effrayer les économistes autant que les moralistes. Il n’était ni équitable ni utile qu’un seul pays s’empiffrât si rapidement tandis que tant d’autres, par leur faute, il est vrai, s’appauvrissaient à vue d’oeil. Mais si la lutte se prolonge, si les Etats-Unis, à leur tour, s’endettent et se ruinent pour détruire, pendant que la production diminuera chez eux comme ailleurs, la situation d’après guerre sera aussi effroyable chez eux qu’ailleurs. Elle accroîtra l’horreur et l’intensité de la misère générale du monde.

Le ralentissement de l’industrie est actuellement masqué, comme ici et plus qu’ici, par l’intense activité des industries de guerre. Mais la paix, faite, des milliers d’usines se fermeront, des millions d’ouvriers

seront jetés sur le pavé. La renaissance des industries pacifiques, accélérée par la reconstruction de la moitié de l’Europe, sera-t-elle suffisante pour atténuer le contre-coup ? C’est douteux. On ne reconstruit pas aussi vite ni aussi aisément qu’on détruit. C’est une élémentaire leçon de choses que l’humanité dégrisée va apprendre à ses dépens. Puisse-telle y puiser la lumière et le courage de revenir aux enseignements du Christ, et comprendre que “s’aimer les uns les autres” est infiniment dus pratique que de s’entre-détruire. Dans l’ordre des faits matériels, il est vraisemblable que la leçon durera longtemps. Un fait capital, qui va influer considérablement sur la rapidité et l’étendue des travaux de reconstruction et, partant, sur la reprise de la vie industrielle des nations, aux Etats-Unis comme ailleurs, c’est l’appauvrissement général. A l’heure actuelle, les nations en guerre soutiennent leur crédit par des monceaux de papier de valeur absolument fictive. Il n’y a pas assez d’or dans le monde entier pour payer un dividende convenable aux créanciers d’une seule des grandes nations. Après la guerre, la valeur conventionnelle des titres d’Etat et la valeur d’achat du papier-monnaie vont baisser dans une notable proportion. Le crédit privé en sera affecté proportionnellement. D’où raréfaction des capitaux affectés à l’industrie. Tous les économistes américains sont d’accord pour envisager l’avenir sous un jour fort sombre. Il y a, toutefois, “une frange lumineuse au nuage” : c’est le retour forcé à la terre, activé par la hausse du prix des denrées et par le besoin général de réparer les désastres de la guerre. Les pouvoirs publics, les hommes d’affaires à larges vues, s’en occupent déjà ; mais ils ne comptent guère sur les soldats réformés et les malheureux éclopés de la guerre pour repeupler les campagnes. Encore un point sur lequel nos gouvernants auraient plus “d’exemples” à recevoir qu’à donner.

Militarisme et Révolution — Le Pape et le Président.

La conséquence la plus grave, la plus désastreuse à mon avis, pour la nation américaine elle-même, c’est l’introduction du militarisme permanent dans son organisme intérieur. Déjà, avant la guerre, un fort courant d’opinion portait dans cette direction. M. Roosevelt est le chef de cette école. Il ne cache pas son dessein. Il veut porter secours aux

Alliés à la France surtout, lui — ; mais il veut aussi profiter de la

guerre pour jeter les bases d’une organisation militaire permanente afin de faire réfléchir et trembler tous les ennemis possibles des Etats-Unis.

D’autres, comme M. Taft, par exemple, sincères partisans de la paix, du désarmement des nations et de l’arbitrage international, sont d’avis qu’avant et afin d’en venir à une entente avec les autres nations, les Etats-Unis doivent se mettre sur un pied de. suffisante égalité, dans l’ordre militaire. Us suggèrent de -créer, à l’appui d’un tribunal suprême de l’humanité, une force militaire et navale internationale, suffisante pour assurer l’exécution et le respect des arrêts de ce tribunal. Pour fournir leur quantum , les Etats-Unis doivent créer la matière première, c’est-à-dire une armée assez considérable pour assurer l’ordre intérieur et pour ravitailler l’armée internationale.

De ces divers courants d’opinion résulte une propagande grandissante en faveur de l’entrainement militaire général, et d’un régime de conscription mitigée.

Si l’on ajoute à ce fait qu’en Angleterre, au Canada et dans toutes les possessions britanniques, le militarisme a fait des progrès immenses, on peut en conclure aisément que le résultat probable de cette guerre, poursuivie pour détruire le “militarisme prussien”, sera d’accroître le militarisme universel. En arrière de toutes les dénonciations de “l’autocratie militaire”, il faut lire une autre pensée: l'organisation des “démocraties armées”. La seule compensation serait la diminution du militarisme dans les pays continentaux de l’Europe. Mais ce résultat bienfaisant ne s’obtiendra que par une paix “qui profiterait à tous”, selon la juste et profonde parole du Souverain Pontife, la “paix sans victoire” que préconisait naguère M. Wilson. Si les nations soi-disant chrétiennes avaient le bon-sens d’accepter le Pape comme arbitre de leurs querelles folles et dévastatrices, il ne faudrait pas trop désespérer de voir la justice et la raison reprendre leurs droits dans le monde. Mais si, -comme tout l’indique, -c’est le président des Etats-Unis qui est conduit, par les circonstances, à départager les nations d’Europe et à empêcher — selon une autre parole du Pape ■ — - “le suicide de la civilisation chrétienne”, il y a tout lieu d’appréhender que la “paix sans victoire” pour l’une ou l’autre des coalitions rivales, s’achètera par une victoire éclatante pour la Révolution.

C’est là, je le crains, la plus probable des conséquences extérieures de l’intervention américaine. Tout indique qu’en brisant les entraves presque séculaires de la doctrine Monroe, -pour entrer de plai-n-pied dans la “société des nations”, les Etats-Unis vont doubler et prolonger le rôle extérieur de l’Angleterre, que Donoso Cortès -a si clairement vu et si fortement décrit: le rôle de propagateurs de la Révolution.

L’Angleterre et les États-Unis, pourvoyeurs de révolutions.

Un phénomène social qui n’a pas suffisamment occupé l’attention des historiens et des penseurs, c’est -celui-ci, immense et notoire, pourtant: c’est la France qui a fait la Révolution; mais c’est l’Angleterre qui l’a vulgarisée et répandue dans le monde.

La France a donné la formule de la Révolution, elle en a pratiqué les maximes; elle en a, aussi, -cruellement expié les erreurs et les conséquences. Qu’elle en répare les désastres -et -extirpe de son âme le mortel microbe des principes révolutionnaires, il lui sera beaucoup pardonné parce qu’elle a beaucoup expié.

L’Angleterre, comme ce roi de l’antiquité, a cru s’immuniser en ne buvant -que goutte à goutte le poison révolutionnaire. Mais aux autres peuples, -elle l’a v-ensé à pleine coupe afin de les stupéfier et de rester, elle, maîtresse du monde. Elle a, -tour à tour, favorisé la révolution en Italie, en Espagne et, plus tard, au Portugal, — nations latines et catholiques. Elle a combattu les conquêtes extérieures de la France révolutionnaire;

mais elle a toujours soutenu les conquêtes intérieures de la Révolution en France. Plus que la Prusse de Bismarck, elle la favorisé, discrètement mais constamment, le sectarisme anticlérical et la désagrégation des forces morales et religieuses qui avaient fait la grandeur de la France et sa puissance d’expansion mondiale 1. Elle a encouragé les sociétés secrètes du monde entier, depuis les Carbon a ni d’Italie jusqu’aux nihilistes de Russie.

Elle s’adjoint aujourd’hui la formidable coopération de sa fille aînée, la grande république américaine. A elles deux, la mère et la fille réussiront peut-être à instaurer l’universelle démocratie sur les débris des derniers trônes. Echapperont-elles toujours aux conséquences de leur action destructrice? Eviteront-elles longtemps le châtiment que la France et tant d’autres nations ont subi? C’est douteux. La Révolution, on l’a dit cent fois, dévore ses enfants; elle finira bien par mordre ses nourrices. Enivrés de leurs richesses, enorgueillis de leur incontestable génie de gouvernement, aveuglément confiants dans leur séculaire pratique d’une liberté matériellement ordonnée, Anglais et Américains se croient capables de toujours dominer chez eux les forces et les excès de la Révolution. C’est leur erreur. L’heure des désillusions n’est peut-être pas éloignée. L’ébranlement de la monarchie, séculaire clef de voûte de son régime politique et social, en marque l’approche pour l’Angleterre. La guerre sociale, conséquence du culte de l’or et du confort matériel, de la richesse excessive, du déséquilibre économique et de la haine grandissante des classes, guette les deux grandes nations anglo-saxonnes. Puisse le châtiment venir assez tôt pour ne pas entraîner la déchéance complète! Je suis de ceux qui croient qu’une Angleterre convertie, qu’une république américaine assobrie, peuvent encore et doivent rendre à l’humanité d’inappréciables services.

Conséquences extérieures de l’intervention — Le Japon

et l’Angleterre.

Des conséquences que l’intervention américaine entraînera pour telle ou teille nation en particulier, il ne me semble pas nécessaire de parler longuement. Le président, on l’a vu, ne met pas au rang des objets nécessaires de la guerre les rectifications de frontières, la libération de tel peuple ou de tel autre, la réfection d’une ou plusieurs nationalités. La. masse du peuple américain s’en préoccupe encore moins.

Le plus probable, c’est qu’au congrès qui arrêtera les conditions de ia paix, les représentants des Etats-Unis soutiendront généralement, et avec sincérité, les réclamations des diverses nationalités opprimées qui peuvent faire valoir des titres réels à leur indépendance. Naturellement, ils porteront un intérêt tout particulier à celles de ces nations dont les fils émigrés aux Etats-Unis pourront et voudront exercer une action directe sur le gouvernement américain : Irlande, Pologne, etc. Mais dans aucun

1 Ce rôle de l’Angleterre est mis en parfaite lumière dans le remarquable ouvrage de M. Emile Flourens, ancien ministre français des Cultes, puis des Affaires étrangères : Edouard VII et Clemenceau, — la France conquise.

cas les Etats-Unis ne se lieront les mains par des alliances compromettantes pour “protéger” l’une ou l’autre de ces nationalités contre les entreprises de ‘ protecteurs” rivaux. Il est à craindre qu’ils ne se prêtent que trop facilement au dessein de ceux qui veulent à tout prix démembrer l’empire d'Autriche et constituer par là, sous une forme plus menaçante encore — on l’entrevoit déjà en France — le bloc germanique.

Sur la question de Constantinople, véritable enjeu de la guerre, les Américains appuieraient volontiers le projet d’internationaliser Constantinople et les Détroits — la meilleure solution, probablement L

Mais un point où la politique internationale ne reste pas à l’état platonique dans l’esprit des Américains, c’est à l’égard du Japon, aujourd’hui leur allié, de nom, dans la guerre. J’ai déjà noté l’opinion de ceux qui voulaient la guerre contre l’Allemagne et sa défaite décisive, parce qu’ils prévoyaient l’alliance prochaine de l’Allemagne victorieuse et du Japon contre I s Etats-Unis. En prenant pour acquis l’affaiblissement considérable sinon l’écrasement de l’Allemagne, ce danger serait ajourné. Ce qui est certain, c’est que les Etats-Unis, sans contracter d 'entangling alliances, orienteront leurs sympathies ou leurs antipathies, ou, si l’on préfère, doseront la mesure de leur confiance ou de leur méfiance, en raison de l’attitude des autres nations à l’égard du Japon. Ce qu’on peut prédire presque à coup sûr, c’est que la question du Japon sera la pierre de touche, sinon d’achoppement, de l’amitié anglo-américaine. L’Angleterre devra, à brève échéance après la guerre, choisir entre son alliance avec le Japon et son entente avec les Etats-Unis. Ce sera l’une des plus fortes parties que la diplomatie anglaise ait eu à jouer. Si l’Angleterre opte pour l’alliance américaine — comme .c’est probable, — les deux grandes nations anglo-saxonnes seront bientôt appelées à résoudre la première équation de ce problème formidable : l’Asie aux Asiatiques. Car l’une des répercussions les plus certaines de la guerre, c’est que l’Angleterre va rester la seule puissance européenne capable d’exercer une action directe en Asie. iL’ Allemagne a perdu son pied à terre en Chine ; la Russie est pour longtemps paralysée; la France, en dépit du Tonkin et de l’Indo-Chine, en aura de reste à panser ses blessures et à consolider son empire africain. Mais ce problème gigantesque sort du cadre de cette étude. .Pour l’instant il suffit de marquer l’inégalité des risques qu’il comporte pour l’Angleterre et pour les Etats-Unis. De l’Angleterre les Etats-Unis ne pourront attendre que l’aide navale nécessaire pour repousser une attaque du Japon sur leur côte du Pacifique et sur les Philippines. Des Etats-Unis, l’Angleterre attendra le secours énorme dont elle aura besoin, sur terre et sur mer, pour garder son empire des Indes, protéger ses innombrables colonies australasiennes et tenir ouverte la porte chinoise. Lequel des deux associés écopera le premier?

1 D'excellentes études de cette question ont paru récemment dans les revues américaines, entre autres: dans le Century de février, un article de M. Herbert Gibbons: Constantinople, a principle or a pawn; et dans la North American Review d’avril, un article de M. Edwin .Schoonmaker: Constantinople — and thenl

La société des nations sera-t-elle chrétienne ou païenne ?

Comme politique générale, à part l’instauration de l’universelle démocratie sur laquelle il n’y a pas à revenir, le président Wilson, ou son successeur quel qu’il soit, — le gouvernement américain, en un mot, — fera certainement un effort extraordinaire pour faire accepter, pour imposer même, la reconnaissance du principe de la liberté des mers. Ira-t-il jusqu’au point où ses notes à l’Angleterre, avant l’alliance, l’indiquaient? C’est moins certain aujourd’hui qu’hier i ; mais il ira aussi Join qu’il croira possible et convenable d’aller. Il fera aussi un effort sérieux pour le désarmement au moins partiel des nations et l’organisation d’uu véritable tribunal d’arbitrage. Naturellement, ce sera là une oeuvre de longue haleine, qui subira de multiples évolutions avant d’aboutir à une exécution générale et efficace. N’importe ; que M. Wilson en fasse poser le principe et lui assure un commencement d’exécution, ce' sera déjà beaucoup pour la paix du monde.

En somme, n’était l’inquiétant encouragement à la Révolution, on pourrait conclure que, dans l’ensemble de ses motifs, de son mode d’application et de ses résultats probables, l’intervention des Etats-Unis dans la guerre est bienfaisante. Mais, comme disait Donoso Cortès, la Révolution, c’est tout; c’est tout l’ordre social menacé, c’est le chancre qui dévore l’Europe et le monde, non pas depuis un siècle, mais depuis quatre cents ans, depuis que la Réforme a rompu la société chrétienne des nations. M. Wilson veut simplement refaire la “société (anonyme) des nations”. Tant que les peuples et ceux qui les mènent ne se décideront point à se faire baptiser de nouveau dans les eaux de l’éternelle vérité et de l’inaltérable justice, des accords internationaux resteront de simples replâtrages.

1 Dès le lendemain de la déclaration de guerre, l’un des journaux de Washington exprimait, avec une désinvolture frisant le cynisme, cette pensée: le gouvernement a plusieurs fois protesté contre le blocus anglais et les procédés de l’Amirauté britannique; maintenant que nous faisons cause commune avec l’Angleterre, il ne faut plus se plaindre mais, au contraire, aider l’Angleterre à rendre son blocus encore plus efficace.

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