PI. XVI, à gauche de la rangée du
milieu. H. 62. Basse Égypte. Vert brunâtre. Fonte pleine.
Hélios àxspff£xo|jnr)Ç, nu, debout, le poids du corps portant sur la jambe droite, la main gauche sur la hanche, la main droite appuyée à la lance. Une bandelette ceint le front et les cheveux. Sur la tête, l’astre solaire, radié. Sur la cuisse droite fait saillie un tenon qui rejoignait la lance, laquelle a disparu.
50. — PI. XVI, au milieu de la rangée supérieure. H. 52. Vert foncé. Applique clouée.
Buste d’Hélios axeras x6[xy]ç, le manteau sur l’épaule gauche, la tête de trois quarts à gauche, et sur la tête un soleil à six rayons.
D’autres petits bustes en bronze, qui sont comme le nôtre de la période impériale, représentent le Dieu-soleil en buste ; mais la tête, au lieu de porter l’astre solaire, est entourée de rayons. Cf. Sacken, pl. XXXVI, 6; Bibl. Nat., p. 54-5 ; Arch. des missions, IIIe série, t. XI (1 885), p. 172 ; Coll. De Clercq, nos 2 24-5, pl. XXXVII, 2 ; Dussaud, Notes de mythol. syrienne (Paris, 1903), p. 62 ; etc. Ces bustes, la plupart de provenance syrienne, témoignent de la ferveur des Syriens pour leur dieu solaire.
51. — Pl. XVI, en bas au milieu. H. 67. Basse Égypte. Patine vert grisâtre, luisante. Applique qui était fixée par trois rivets, l’un dans la nuque, les deux autres aux épaules.
Buste cuirassé d’Alexandre le Grand, le manteau agrafé sur l’épaule gauche, la tête de trois quarts à droite, couronnée de rayons et surmontée de l’uræus. Sur la cuirasse, au milieu de la poitrine, un disque se relève en bosse ; cinq rayons y sont incisés. Noter la chevelure caractéristique, en longues mèches souples qui se relèvent au dessus du front. L’uræus, le disque et la couronne de rayons nous rappellent qu’ Alexandre passait en Égypte pour un dieu solaire. Il devait ce caractère à la théorie égyptienne, qui faisait de lui le fils d’Amon (cf. Xlaspero, Comment Alexandre devint dieu en Egypte, dans V Annuaire de V Ecole des Hautes Etudes, 1 897). L’Amon qui avait censément engendré Alexandre était, il est vrai,
celui de l’Oasis, dont on ne saurait affirmer qu’il fût, à l’origine, un dieu-soleil ; mais il l’était devenu, par assimilation avec Amon-Râ.
Une statuette alexandrine trouvée à Boscoreale, que je ne connais que par une petite reproduction publiée dans Le Musée, t. III, pl. LXV, représente Alexandre (si c’est bien lui) debout, nu, la tête radiée et surmontée del’uræus, l’égide sur le bras gauche. Une tête d’Alexandre, en granit, au musée d’Alexandrie, était surmontée de l’uræus (Schreiber, Studien über das Bildniss Alexanders des Grossen, pl. III). Le buste Fouquet est le premier exemple d’Alexandre vêtu de la cuirasse à écailles. Mais on connaissait déjà des représentations d’Alexandre vêtu de l’égide à écailles : cf. J. J. Bernoulli, Die erhaltenen Darstellungen Alexanders des Grossen, Munich, igo5, fig. 38 (petit bronze de l’Antiquarium de Berlin, trouvé en Égypte).
Le bronze Fouquet fera l’objet d’un travail de mon élève, M. Gustave Blum, dans la Revue archéologique de 1911, t. IL L’intérêt de ce petit monument pour l’iconographie d’Alexandre, est des plus restreints, mais pour l’imagerie d’Alexandre, pour l’imagerie alexandrine du dieu Alexandre, c’est un document non négligeable. Alexandre recevait un culte dans la ville qu’il avait fondée, son sacerdoce était l’un des plus importants de la monarchie ptolémaïque, son tombeau l’un des sanctuaires les plus vénérés de la grande cité (cf. Lumbroso, L’Egitto dei Greci e dei Romani, 2e éd., cap. XVII : Culto e sacerdozio di Alessandro magno). Reconnaissons dans le bronze Fouquet l’une des innombrables images du dieu Alexandre, destinées à satisfaire la piété des Alexandrins, tov ÇyJXov tov stc’ ’AXs^dvSço (Dion, Ad Alexandrinos , p. 2q5 Arnim).
Cette dévotion des Alexandrins pour leur héros éponyme n’a fait que grandir au fur et à mesure que le souvenir du conquérant s’embrumait de légendes. Et d’humbles monuments figurés, tels que le bronze Fouquet, ont cet intérêt, au point de vue de l’histoire générale, qu’ils font transition entre les documents historiques sur Alexandre, et l’immense amas folklorique qui s’est formé peu à peu, en Orient, autour de cette figure prestigieuse.
52. — Pl. XIV, à droite en bas. H. 86. Brunâtre. Fonte pleine.
Arès, ou héros, nu, debout sur une petite plinthe, tourné à droite, le poids du corps portant sur la jambe droite. De la main droite, il enlève son casque, dont la crinière a disparu (il en reste les attaches, sur le casque et le dos). Manteau sur l’épaule et le bras gauches.
Arès était assimilé à l’époque ptolémaïque avec le dieu solaire Anhouri, tov 7CpoffaYOpeuo(ji.svov afyuTmaxsl ’Ovoûpst, 6s vàçti (Leemans,
Papyri graeci Musaei Lugduni Batavi, t. I, p. 124; cf. Maspero, Contes populaires de l’Egypte ancienne, 3e éd., p. 255, et Sourdille, Hérodote et la religion de l’Égypte, p. 187).
53. — Pl. XIV, en haut à gauche. H. 42. Basse Égypte. Noirâtre. Fonte pleine.
Applique en forme de buste d’HÉRACLÈs (type lysippéen). Elle était fixée par deux rivets audessus des seins. Tête tournée à gauche, en bas.
54. — Pl. XIV, deuxième rangée, à gauche. Diam. 56. Basse Égypte. Vert foncé. Grand bouton découpé, rond et plat. Par dessous, restes d’une bélière.
Héraclès étouffant le lion de Némée. Derrière le héros, sa massue, son arc et son carquois. Derrière le lion, un arbre. Travail lourd, sans finesse, de basse époque romaine. Cf. l’applique ajourée, en plomb, dans Bibl. Nat., n° 585. Le sujet d’Héraclès étouffant le lion néméen, si souvent traité par l’art antique, a gardé sa popularité au Moyen Age (R. von Schneider, dans Serta Harteliana, pp. 283-285, nos 7, 22, 26, 38; Graeven, dans les Bonner Jahrbïicher, C VIII-CIX, p. 2 6 2 , pl. IX, 1). C’est lui par exemple qu’il faut reconnaître dans un relief d’ivoire médiéval, jadis dans la collection Spitzer (n° 22 de la liste de Schneider), aujourd’hui au musée de Bruxelles, où P. van den Ven a voulu, fort salement, pour sa honte, reconnaître « une femme nue se faisant caresser par un lion « ( Bull . des Musées royaux à Bruxelles, igo5/6, p. 93.)
55. — PI. XIV, à droite en haut. H. 56. Xoïs. Vert foncé. Fonte pleine.
Hercules mingens. Il est nu, debout, la massue sur l’épaule gauche. L’attitude (tête très penchée, ventre tendu en avant, genoux écartés et fléchissants) donne à croire que le héros est un peu ivre. Le thème se rattache, en effet, très étroitement, à celui à' Hercules bibax (Furtwangler, dans le Lexicon de Roscher, I, 2181). Il est connu par d’assez nombreuses représentations, une statue de Worlitz (Friederichs - Wolters , Gipsabgüsse , n° 1776), et diverses statuettes de bronze (Caylus, Recueil, t. V, pl. 67 ; Bibl. Nat., n° 570 ; Xlinervini, Monumenti antichi inédite posseduti da Raffaele Barone, Naples, i85o, pl. XVII, 6; Rép., III, 231, n° 2, 24g, n° 10; Rép., IV, 135, n° 1). On peut croire qu’il a son origine dans le drame satyrique, où Héraclès devait être souvent représenté en charge (tel il apparaît au début d'Alceste, qui est un drame satyrique mitigé). L’art de l’époque hellénistique et romaine s’est amusé à représenter dans l’acte de la statuette ci-dessus, non seulement Héraclès, mais Silène (Rép., II, 65, nos 3, 6; Saint- Germain, n° 10g), Éros (Coll. Gréau, n° 20g; Bull. Antiq. France, iSg3, p. i54), et des personnages non mythologiques, par exemple des bergers (Bull. Antiq. France, i8g5, p. 111) et des enfants (Rép., I, i4S, n° 2 ; III, 133, n° 4). Les peintres de vases attiques du Ve siècle, dont la verve ordurière a tout osé, ont représenté souvent des mingentes.
56. — Pl. XIV, au milieu. H. gS. Xoïs. Brunâtre. Fonte pleine.
Manche de miroir, en forme de massue. A l’époque hellénistique et romaine, les miroirs ont souvent pour manche la massue héracléenne (Monuments Piot, t. V, p. 18g), par allusion à la sandalocratie d’Omphale (Lucien, Quomodo historia conscrib., 10; Plutarque, Compar. Demetr., 3) et à la domination que les femmes, à l'aide du mundus muliebris, exercent sur le sexe fort ; on se rappelle les monuments figurés, peintures pompéiennes (Roscher, Lexicon, III, 887) et pierres gravées (Furtwangler, Antike Gemmen , pl. XXV, 48, XXXVII, 13, i4, LXII, 5) qui repré-
sentent Omphale avec la massue et la peau néméenne.
57. — Pl. XIV, à gauche en bas. H. 84. Basse Egypte. Noirâtre, terne, mal conservée.
Athéna debout, casquée, la tête penchée à droite. Chiton, égide àgorgonéion. Noter l’allongement du corps et la petitesse de la tête. Cette disproportion est fréquente dans les statuettes postérieures à la période classique, aussi bien dans celles de terre cuite ou de marbre que dans celles de bronze (Delphes, p. 3g, n° 47). Les mains manquent. La gauche devait être posée sur le bouclier, dont il reste un vestige sur la plaquette de base. L’autre main, tendue en avant, tenait la patère (Rép., III, p. 87, n° g), ou, plus probablement, portait la chouette.
Pour les petits bronzes représentant Athéna à la chouette, voir le dossier réuni dans Delphes, V, p. 38, n° 46, où j’aurais dü faire remarquer l’intérêt spécial qu’offrait la découverte d’une Athéna de cette espèce dans le sanctuaire d’Apollon delphien, le dieu archégète par excellence. Une scholie sur Aristophane (Oiseaux, 5i5) nous dit en effet que la statue d’Athéna Archégète avait une chouette sur la main, T^ç’Apx^Y&'t|-Soç,A9Y]vô;ç tÔ àyoApa yXaüxa eixsv sv xf x&içî- Il s’agit d’une statue du cinquième siècle, dont certains reliefs (Schone, Griech. Rel., pl. XX, 87) et quelques peintures de vases peuvent nous donner idée (sur Athéna Archégètis à Athènes, cf. Pauly-Wissowa, III, 444). Les monnaies apprennent qu’à Sidé aussi, en Pamphylie, il devait exister une idole très vénérée, représentant Athéna avec la chouette sur la main droite (Lermann, Athenatypen au f griech. Münzen, Munich, igoo, p. 75).
Athéna, à en croire les Grecs cl’Égypte, était la même déesse que Neitli de Sais. Cette assimilation, admise déjà par Hérodote, se retrouve dans le Timée et dans le calendrier de Saïs, qui date de 300 environ avant notre ère : sv 2at mxvryupiç Afbpâç ' xal Vjyyovç xàouai xam rrv x«pav (Grenfell et Hunt, The Hibeh Papy ri , t. I, n° 27, 1. i65 sq). On n’en a pas encore rendu raison, que je sache (cf. Wiedemann, Herodotos erklârt, p. 2 5g ; Sourdille, Hérodote et la religion de I Égypte,
p. 178); car Neith était une déesse éxTjêoXoç, ce qu’Athénanefut jamais; on ne comprend pas pourquoi Neith n’a pas été assimilée plutôt à Artémis.
Le type d’Athéna à la chouette était destiné en Égypte à une fortune singulière. On racontait dans ce pays que les Athéniens étaient, non pas autochthones, comme ils le prétendaient, mais originaires de Sais. Neith-Athéna avait donc été qui avait conduit et installé en Grèce les premiers Athéniens. Les savants qui croient à l’origine égyptienne de la Déméter éleusinienne et du Dionysos attique, ont négligé de se prévaloir de cette tradition. Quand elle se constitua, le type figuré d’Athéna oLçyjiyixiç, c’est-à-dire d’Athéna à la chouette, existait déjà ; il avait été inventé au cinquième siècle par les sculpteurs athéniens, pour représenter Athéna en tant que protectrice des colonies parties d’Athènes, Amphipolis, Thourioi, Bréa. Quand les Grecs d’Égypte, ou les Égyptiens hellénisés eurent imaginé que Neith, la déesse de Sais, autrement dit Athéna, avait été P « archégète » des Égyptiens qui, dans des temps légendaires, étaient censés avoir colonisé l’Attique, ils empruntèrent, pour représenter cette Athéna Saïte le type attique d’Athéna à la chouette : telle on la voit figurée sur les monnaies du nome Saïte (Poole, p. 353) et d’Alexandrie (Id., p. 83, n° 6g5, p. 108, n° g42, pl. IV et XLV). On peut, d’après ces monnaies, se représenter ce que devait être, dans son intégrité, l’Athéna Fouquet.