‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 29 sur 58 · DIVINITÉS · texte numérisé non relu

DIVINITÉS

68. — PI. XXI, à gauche en bas. H. 91. Belle patine vert sombre. Fonclu en creux.

Isis-Tyché debout, le poids du corps portant sur la jambe droite, la tête regardant en haut, à gauche. Tunique, manteau, châle noué sur la poitrine ; coiffure à longues tresses de grandeur inégale, soigneusement calamistrées. Taille élancée. La main gauche, qui manque, tenait la corne d’abondance. Manquent aussi le « diadème » dont la tête était surmontée, et l’avant-bras droit. La main droite devait tenir le gouvernail, plutôt que le sistre, la patère ou l’uræus. Pour le type, cf. par exemple Rép., I, 609, n° 2571; IV, i42-i43, i54- ] 55 ; Bibl. Nat., nos 628-635 ; Erman, Die âgypt. Religion, fig. 132; Furtwàngler, Antihe Gemmen, pl. XL IV, 73.

69. — Pl. XXI, à droite en bas. H. 130. Basse Egypte; acheté en iSS5. Vert sombre. Fondu en plein.

Sarapis debout, de trois quarts à droite. La main gauche, levée, s’appuyait à un sceptre qui a disparu. Disparue aussi la main droite, qui présentait la patère ou quelque autre objet. Assez bon travail, alourdi par l’oxydation. Statuette analogue : Caire , pl. I, n° 27632.

70. — Pl. XXI, eu haut. FI. 25. Basse Égypte ; acheté en iSS5. Vert sombre. Fondu en plein.

Tune terra ista sanctissima , sedes delubrorum atque templorum, sepulcrorum erit mortuorumque plenissima. O Ægypte, Ægypte, religionum tuarum solat supererunt fabulat solaque supererunt verba lapidibus incisa.

Apulée, Dial. Herm. Trism., 24.

Égypte ! Égypte ! tes grands Dieux immobiles ont les épaules blanchies par la fiente des oiseaux, et le vent qui passe sur le désert roule la cendre de tes morts !

Flaubert, La Tentation de saint Antoine.

Médaillon ovale, jadis soudé, portant en très fort relief le buste de Sarapis. Le mouvement des épaules est identique à celui de la statuette précé. dente ; l’épaule droite abaissée, l’autre levée.

Il se peut que ce médaillon provienne de la couronne liturgique d’un prêtre de Sarapis. L’archigalle du relief du Capitole (Righetti, Campidoglio, I, 130; Helbig, Fii/irer'2, t. I, p. 2S0) est coiffé d’une couronne ornée de trois médaillons semblables au nôtre, et cpii représentent, celui du milieu Cybèle, les deux autres Attis et Papas.

L’existence de ces diadèmes liturgiques est attestée par quelques textes littéraires. Suétone ( Dornit ., 4) rapporte que Domitien présidait aux Jeux Capitolins qu’il avait institués, capite gestans coronam auream cum effigie Jovis ac Junonis Minervaeque ; à ses côtés figuraient le Jlamen Dialis et le collège des Flaviales, coiffés d’un diadème semblable, sauf qu’il portait, outre les effigies de la triade Capitoline, celle de Domitien lui-même : pari habita, nisi qnod ïllorum coronis inierat et ipsius imago. Tous, l’empereur comme le Dialis et les Flaviales . portaient, en cette circonstance, non la toge romaine, mais le manteau écarlate des prêtres porphyrophores de l’Orient grec, purpurea amicti toga graecanica : d’où l’on peut conclure cpie l’usage des diadèmes liturgiques à effigies divines était à Rome un emprunt à l’Orient grec. Athénée (V, p. 211) raconte que le philosophe épicurien Diogène avait obtenu du roi de Syrie Alexandre I Balas, le titre de prêtre de la déesse Vertu : non

seulement, le Roi lui avait permis de prendre ce titre, mais il lui avait octroyé les insignes de prêtrise, 7ccf ç'jçoûv yiToviaxov xal xp’jaoùv cnréçavov, t'/cvra Tcpoaoxov ’Aps-c-rjç xarà [jticrov. Mais le prêtre d’Arété aimait une demoiselle de très petite vertu ; elle eut tôt fait de se faire donner la tunique de pourpre et la couronne d’or. De ce texte d’ Athénée, on a rapproché avec raison le buste d’Antiochos Sôter au Musée du Vatican ( Jahrbuch , 1902, pl. III), buste dont le diadème est orné de l’effigie de Séleucos Nicatôr, fondateur de la dynastie des Séleucides.

Les effigies qui décoraient ces diadèmes sacerdotaux n’étaient pas toujours des reliefs, comme c’est le cas pour le diadème de l’archigalle. Un diadème trouvé à Rome et conservé au musée de Berlin porte deux médaillons sur lesquels sont fixés les bustes en ronde-bosse de Cybèle et d’Attis ( Arch . Anz., 1892, p. III; Schreiber, Studien über das Bildniss Alexanders des Grossen, p. 157). Polybe a noté les images pieuses, plaques en relief et bustes en ronde-bosse qui ornaient la tête et la poitrine des galles de Pessinonte (XXI, 37, p. 74, Büttner-Wobst; cf. Tite- Live, XXXVIII, 18, et Longpérier, OEuvres, III, p. 4o2). Il se peut que nombre de petits bustes eu bronze, qui représentent des divinités, par exemple l’Alexandre de notre pl. XVI (n° 5i), soient des pièces détachées de diadèmes analogues à celui de Berlin.

71. — Pl. XX, au milieu. Diam. 56 ; ép. 5. Vert sombre. Fonte pleine. Médaillon circulaire, épais, provenant peut-être, comme le précédent, d’une couronne liturgique.

La tranche et le revers sont lisses. Sur l’avers, se détache en fort relief Harpocrate, nu, assis de trois quarts à gauche, les jambes croisées, sur une grande fleur de lotus. Du même pied que cette grande fleur en partent d’autres plus petites, les unes épanouies, les autres en bouton. Deux, l’une à droite, l’autre à gauche, portent l’une le diadème hemhem, l’autre le pschent, ou double couronne du Sud et du Nord. Par derrière sont des tiges de papyrus, en fleur et en bouton.

La fleur de lotus et la fleur de papyrus, les emblèmes par excellence de la religion égyptienne, étaient des symboles de résurrection. « Elles rappelaient, dit Maxence de Rochemonteix ( OEuvres diverses, p. 178), le grand dogme égyptien, l’évolution perpétuelle de toutes choses, le reverdissement éternel de la Nature. Les Grecs nous ont appris que l’âme d’Osiris se cachait avant sa résurrection dans un lotus ; au matin la fleur s’épanouit, et le dieu s’élance hors du calice. Les représentations des temples nous montrent, audessus d’une des deux fleurs sacrées, un serpent, un disque solaire, un épervier, un enfant, symboles du dieu rendu à la vie. » A l’époque grécoromaine, le dieu-enfant qui naît de la fleur de lotus est le fils d’Osiris et d’Isis, Horus-Harpocrate. Les représentations d’ Harpocrate assis sur la fleur de lotus sont extrêmement fréquentes : cf. au musée du Caire la terre-cuite gréco-romaine n° 38813 ; dans le catalogue de Poole, plusieurs monnaies d’Alexandrie (pl. XVII, n° 1130 ; p. 180, n° n45); de nombreuses pierres gravées (par ex. dans Spon, Miscellanea eruditae antiquitatis, p. 16); etc.

Les deux diadèmes placés à côté de notre Harpocrate sont l’un, le pschent, un symbole de royauté, l’autre, le hemhem, un symbole de renaissance. Pour les diadèmes en général, et pour ces deux-là en particulier, cf. Maxence de Rochemonteix, OEuvres diverses, notamment p. 219 et 222, pl. II, 42.

72. — - Pl. XX, à droite en bas. H. 90. Basse Egypte. Vert foncé. Fondu en plein.

Harpocrate assis sur la fleur de lotus, les jambes écartées, les talons joints. Il est vêtu d’une tunique agrafée sur l’épaule gauche, et porte à la bouche l’index de la main droite. Dans la main gauche une grande uræus. Sur la tête la double couronne, très petite. Ce pschent minuscule distingue, dans l’imagerie de la période romaine, les représentations d’Harpocrate de celles d’Éros, avec lesquelles on est tenté de les confondre, quand on ne fait pas attention à cette caractéristique (corriger, d’après cela, les rubriques du Rép., III, 261, n° 1 et IV, 261, n° 7).

73. — PI. XX, à droite, rangée du milieu. H. 46. Vert clair. Fonte pleine.

Harpocrate enfant, se traînant sur les genoux, vêtu d’une draperie qu’il ramène sur l’épaule droite. Coiffure en tresses. Au-dessus du front, se dressent les soi-disant « bourgeons », où il conviendrait peut-être de reconnaître des boutons de lotus. Cet attribut est caractéristique d’Harpocrate et des Pygmées. Je me demande si c’est à bon droit que Guimet (Le Dieu aux bourgeons, dans les C. R. de TAc. deslnscr., igo5, p. 121, a voulu enrichir d’un « dieu aux bourgeons », distinct d’Harpocrate, le Panthéon populaire de l’Égypte gréco-romaine.

Un type de relief, dans la poterie gallo-romaine, représente un personnage assez analogue, par la pose et la draperie, à notre Harpocrate. Il faudrait pouvoir examiner les originaux pour décider si Déchelette (Les vases céramiques ornés de la Gaule romaine , t. II, p. 82, n° 48g) a eu raison d’y reconnaître un Niobide, et non Harpocrate

ou, simplement, un enfant.

74. — PL XX, à gauche en bas. H. 77. Basse Égypte. Vert foncé.

Harpocrate-Héracliscos, assis, vêtu d’une chemise, la main droite s’approchant de la bouche. Il semble coiffé d’un serre-téte, que surmonte le disque solaire où deux traits incisés forment une croix. Harpocrate (Horus enfant) a la tête surmontée du disque solaire, parce que Horus est le soleil levant. Horus, on le sait, a aidé sa mère Isis à vaincre Typhon-Seth, et à venger Osiris. Comme l’Héraclès grec, il a donc fait la guerre, avec succès, aux monstres, aux puissances du mal. D’où son identification, à la basse époque, avec Héraclès. De cette identification, notre statuette porte un curieux témoignage : elle nous montre Harpocrate muni de la massue héracléennne, et aussi robuste et râblé que le petit Héraclès ; devant cette sorte de Gargantua enfant, on songe aux représentations grecques d’Héracliscos étouffant les serpents. Pour d’autres Harpocrate à la massue, cf. Lafaye, Divinités alexandrines hors de l’Égypte , nos 67 et 101 ; Poole,

pl. XVII, nos 1130 et 1387. Les monnaies du nome Héracléopolite (Poole, p. 308) représentent

un dieu adulte, imberbe, debout, voilé comme les divinités funéraires, qui fait, comme Harpocrate, le geste de sucer son doigt, et qui porte la massue, comme Héraclès ; ce type prouve que le dieu d’Héracléopolis Magna, Her-Shefit, qui est une forme d’Osiris (ainsi s’expliquent et le voile funéraire et la taille adulte), avait été identifié par les Héracléopolitains à la fois avec Héraclès et avec Harpocrate. Le même type paraît sur les monnaies d’Alexandrie (Poole, p. LXIV, pl. XVII, nos 455, 766).

75. — PL XIX, à gauche en bas. H. 86. Basse Égypte. Vert brunâtre. Fonte pleine.

Harpocrate (?) vêtu d’une longue tunique agrafée sur l’épaule droite. Il marche à petits pas, les bras sous la tunique, le gauche replié sur la poitrine, l’autre relevant les plis traînants de l’étoffe. La tête, de trois quarts, regarde attentivement à gauche, la marche fait hancher le corps. La chevelure mi-longue semble coiffée de pampres ou de lierre. Sur le haut de la tête, subsiste l'attache du diadème divin dont le petit dieu, si c’est bien lui, était coiffé. — Travail médiocre, d’époque romaine.

76. — PL XX, à gauche, rangée du milieu. H. 66. Brunâtre. Fonte creuse.

Buste nu d’HoRus, coiffé de la double couronne du Nord et du Sud, devant laquelle se dresse l’uræus. La figure, de trois quarts à droite, est de type grec.

77. — PL XX, au milieu, rangée supérieure. H. 78. Basse Égypte. Vert gris. Manche de couteau en fonte pleine.

Anoubis, à tête de chacal, debout sur un fleuron. Il est vêtu d’une courte tunique qui ne lui arrive qu’aux hanches et qui est marquée de petites incisions. Il porte dans la main droite un petit objet indistinct, et sur l’épaule gauche, attachée à une corde, un objet carré, dont la forme rappelle le sac de nos fantassins.

78. — PL XX, à droite en haut. H. g5. Basse Égypte. Vert gris. Fonte pleine.

Le dieu de Memphis, Phtah-momie, couronné du disque solaire, au menton la fausse barbe, le corps enveloppé de bandelettes qui se croisent en losanges ; seules sont vivantes la tête et les mains, qui, dégagées des bandelettes, tiennent le sceptre. La douceur de la figure, la finesse des traits n’apparaissent pas bien sur notre reproduction. Ce sont les caractères des représentations de Phtah, « le dieu au beau visage », comme l’appellent les textes égyptiens.

La statuette Fouquet est de type purement égyptien ; mais le travail m’en paraît grec ; c’est pourquoi je lui fais place ici. Phtah-momie est figuré de la même façon sur quelques monnaies d’Alexandrie du IIe siècle de l’ère vulgaire (Poole, p. LXXXII et 76, pl. XXIII, 637). Le petit bronze du musée de Lyon, classé sous la rubrique « Isis » dans le Rép., IV, p. 255, n° 10, représente plus probablement le dieu Phtah.

79. — Pl.XXI, à gauche en haut. H. 87. Vert gris. Fonte pleine.

Zeus-Amon, debout, immobile. La main droite devait s’appuyer à un sceptre, qui a disparu. Le dieu est drapé dans le manteau, la poitrine et le bras droit restant nus. La tête, de trois quarts à droite, porte les cornes de bélier et le diadème d’Amon (deux grandes cornes de bélier surmontées du disque solaire entre deux oùpaïot.).

80. — Pl. XXI, à droite en haut. H. avec la douille, 5g. Vert foncé.

Enseigne sacrée. Douille creuse, surmontée d’une plaquette, sur laquelle est debout, immobile, le bélier d’Amon, reconnaissable à son diadème, disque solaire sur deux cornes de bélier.

Pour les enseignes sacrées, voir Pierret, Dict. d’arcliéol. égypt., au mot « Étendards », et Maspero, Cat. du musée égyptien de Marseille, p. VI, nos 632-648. Elles se composaient d’une longue hampe de bois, emmanchée en haut dans une douille de bronze que surmontait un emblème religieux, tel que coiffure divine, animal sacré, barque, naos, fleur de lotus, etc. Chaque nome avait la sienne, dont le type remontait aux temps les plus anciens (Quibell, Hierakonpolis, t. I,

pl. XXVI b). Elles figuraient, portées par les prêtres, dans les cérémonies du culte royal (Moret, Du caractère religieux de la religion pharaonique, fig. 66, 67, 74, 84) et dans les fêtes où les dieux d’un nome recevaient les dieux des nomes voisins, comme on le voit par exemple sur les reliefs du grand temple de Dendérah (Mariette, Den~ dérah, t. I, pl. 38, IV, pl. 21, 31-34, 4o-43, mais surtout t. IV, pl. a-5 et i2-i4, reliefs de l’escalier du Sud). La collection Fouquet renferme une superbe enseigne provenant de Tell-Moqdam (Léontopolis), qui représente le lion divin dont une étoile à sept branches surmonte la tête.

81. — Pl. XXI, au milieu. Long. 70. Basse Égypte. Vert foncé.

Sur une plaque rectangulaire, bélier debout. Je ne crois pas qu’il ait surmonté une enseigne sacrée. Les boucles de la toison et les tores des cornes indiquées en fortes incisions. Entre la naissance des cornes, trace d’un diadème aujourd’hui disparu. Il faudrait connaître la provenance exacte pour affirmer qu’il s’agit du bélier Amon. C’est probable, mais non tout à fait certain ; car Amon n’était pas le seul dieu bélier : le dieu de Mendès (cf. Erman, Die âgypt. Religion, p. 206, fig. 128), et Khnoum d’Éléphantine étaient, comme Amon, criomorphes.

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