‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 30 sur 58 · MINISTRES OFFICIANTS · texte numérisé non relu

MINISTRES OFFICIANTS

82. — Pl. XXII. H. 133. Hermonthis (aujourd’hui Erment), dans la Thébaïde. Patine vert foncé, luisante. Fonte pleine.

Jeune prêtre égyptien, marchant lentement, enveloppé dans son grand manteau de lin. Ses mains, sous le manteau, portaient, serré contre la poitrine nue, un objet qui a disparu, et qui ne pouvait être qu’un vase, rempli de l’eau du Nil. Cette eau étant sacrée, le vase était sacré aussi, en sorte que des mains, même sacerdotales, ne devaient le manier qu’avec précaution : c’est pourquoi notre Isiaque, entre ses mains et le vase, a interposé un pan de son manteau de lin, comme on voit faire à la prêtresse du Musée Capitolin

(Helbig, Fiïhrer2, t. I, p. 362 ; Amelung, dans le Bull, comunale, 1897, P* 132)? et d maints personnages de l’art chrétien, pour les évangiles, le calice, le ciboire, l’ostensoir, etc. : sur le rite des mains voilées, feu Dieterich a fait une lecture au IIe Congrès de l’Histoire des religions, à Bâle, en igo4; le volume des comptes rendus du congrès, p. 322, donne un résumé de ce travail; dans sa notice nécrologique sur Dieterich ( Jahresbericht de Bursian, Bd. CXLV, Biogr. Jahrb. 1909, p. g5), Wünscli en a promis la publication intégrale. Après cette parenthèse, revenons à notre statuette. La tête, entièrement rasée (pour cette particularité du clergé isiaque, cf. Lafaye, p. i5i, n. 2 ; Dennison, Amer, journ. of archaeol., igo5, p. 29; Wolters, Münchner Jahrb. der bild. Kunst, 1909, II, p. 201), est rejetée en arrière et à gauche, d’où l’on doit conclure, que le vase arrivait jusqu’à la figure. Cette façon de porter la tête donne au personnage un air d’extase : il marche comme perdu dans son rêve mystique, on dirait qu’il voit son dieu.

La piété rigoureuse de la religion isiaque, la pureté, la chasteté que cette religion imposait à ses prêtres sont exprimées ici par un art singulièrement subtil, conscient et nouveau : l’art grec classique n’a rien produit d’analogue. Cette effigie admirable évoque pour nous les processions isiaques,les prêtres à tête rase (TCçoçTÏmt sÉjuçnrçpivoi, Lucien, De sacrificiis, i4), « vêtus de pureté candide et de lin blanc », que Tertullien proposait en modèles aux chrétiens : à la fin de ses traités sur la chasteté et sur la monogamie, il rappelle la continence parfaite des prêtres de Sarapis : Novimus et continentes viros, et quidem tauri illius aegyptii antistites (Aligne, P. L., II, 928). Etiam bovis illius aegyptii antistites de continentia infirmitatem christianorum judicabunt (Id., 953).

Une fresque célèbre, trouvée à Herculanum, et conservée au musée de Naples (Helbig, Wandgemâlde, n° 1 1 1 1 ; Lafaye, Divinités alexandrines hors de l’Égypte, p. n5 et 329 ; Guimet, C. R. de l’ Acad, des Inscr. 1896, pl. VIII; Erman, Die âgypt. Religion, fig. 163, p. 2 52 ; Aforet, Rois et Dieux d’Égypte, pl. XVI) représente l’adoration de l’eau du Nil : un prêtre, devant la porte du temple,

montre aux fidèles un vase rempli de l’eau sacrée : il le tient dans les plis de son vêtement. Cf. Apulée, Métamorphoses, XI, 11, Helm : Gerebat alius felici suo gremio summi numinis venerandam effigiem, non pecoris, non avis, non ferae ac ne hominis quidem ipsius consimilem, sed sollerti repertu etiam ipsa novitate reverendam, altioris utcumque et magno silentio tegendae religionis argumentum ineffabile, sed ad istum plane nodum fulgente auro figuratum : urnula faberrime cavata, fundo quant rutundo, miris extrinsecus simulacris Aegyptiorum effigiata ; ejus orijicium non altiuscule levatum in canalem porrectum longo rivulo prominebat, ex alia vero parte multum recedens spatiosa dilatione adhaerebat ansa, quant contorto nodulo supersedebat aspis squameae cervicis striato tumore sublimis. Ce texte d’Apulée nous permet d’imaginer la forme du vase, aujourd’hui disparu, que le prêtre de la collection Bouquet tenait dans les plis de son vêtement : c’était une aiguière à large panse et à long bec oblique. Tel est le vase que porte l’un des prêtres de la procession isiaque, sur un relief conservé au Vatican (la bibliographie ancienne dans Lafaye, p. 300; adde Wendland, Die hellenistich-rômische Kultur, Tubingue, 1907, pl. VII, 3, p. 186 ; Helbig, Fiïhrer2, t. I, p. 83); telles encore les aiguières de bronze que portent sur des plateaux les Isiaques mélanéphores d’une fresque d’Herculanum (C. R. de l’Acad. des Inscr., 1896, pl. VII; Aloret, Rois et Dieux d’Egypte, pl. XV).

L’eau du Nil était sacrée (Roscher, Lexicon, III, 93). Comme le Nil avait fini par être identifié avec Osiris et avec Sarapis (Id., go), son eau jouait un grand rôle dans le culte d’Isis. A l’office du matin, les prêtres isiaques faisaient une libation d’eau du Nil (Apulée, Métam., XI, 20 : deae penetrali fontem petitum spondeo libat). Les ’D'.sla d’Asie et d’Europe se procuraient ou étaient censés se procurer de l’eau du Nil; cf. Juvénal,

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