LES NÈGRES
subinde intravcrunt duo Aethiopes capillati.
Pétrone, Cena Trimalchionis , p.23, Bücheler.
93. — PI. XXV, à droite (deux vues). Long. 102. Basse Égypte. Vert grenouille. Applique (peut-être poignée de vase), en fonte creuse, très épaisse, la partie antérieure, y compris les bras, remplie d’une masse de coulée.
Petit Nubien ; coiffure à boucles étagées, tunique courte. Un trou assez profond représente la pupille. Le lobe de l’oreille était percé d’un trou, où passait une boucle (encore aujourd’hui, les Nubiens portent des boucles d’oreille). Il rampe en relevant la tête à droite, la jambe et le bras droits en avant. Les bras ayant disparu, on ne saurait dire avec certitude quelle était l’action représentée. Ce négrillon s’aplatissait-il sous une correction ? Mais la figure ne semble pas exprimer la douleur ou la rage. Il s’y marque plutôt une attention concentrée et rusée : le petit drôle doit être en maraude, il rampe en tapinois, vers une proie difficile à atteindre, à travers une haie, vers les fruits d’un verger, ou dans les roseaux du Nil, vers un nid d’oiseaux aquatiques : j’opterais volontiers pour la deuxième de ces explications ; ne dirait-on pas en effet de notre négrillon qu’il souffle en sortant de l’eau P Ses yeux clignotent après la plongée, les lèvres sont serrées, les joues gonflées d’air rappellent le nom du Roi des grenouilles, $uaéyva9oç, dans la Batrachomyomachie. Tout d’ailleurs, dans cette statuette, fait penser aux grenouilles, la couleur de la patine, l’attitude à quatre pattes. Il est regrettable que cette statuette soit mutilée et partant, d’une
explication incertaine : par son réalisme de bon aloi comme par la beauté de sa patine, elle se serait classée au nombre des morceaux de genre les plus savoureux de la toreutique alexandrine, — je n’oserais dire de la toreutique alexandrine ptolémaïque, car on a trouvé à Carnuntum une statuette de nègre ( Jahreshefte , IX, pl. III) qui n’est pas moins admirable de réalisme et de vie que celle de la collection Fouquet, et qui, étant donné sa provenance, ne doit pas être antérieure au premier siècle de notre ère.
94. — Pl. XXV, à gauche (deux vues). H. 85. Tell Moqdam (Léontopolis). Belle patine vert noirâtre, luisante. Peson fondu en creux, l'intérieur rempli d’une masse de coulée.
Tête de Négrillon; boucles courtes, étagées. La tête coiffée d’un fleuron à quatre pétales bilobes (cf. Coll. De Clercq, III, n° 2 78, pl. 45), dans la tige duquel était percé le trou de suspension. Les yeux étaient faits de matières rapportées, qui ont disparu. Noter la forme du crâne, fortement déprimé aux tempes.
Reinach et Pottier, dans la Nécropole de Myrina, p. 473 et 485, ont énuméré beaucoup de monuments anciens, représentant des nègres. On y ajoutera les références données dans les Athenische Mittheilungen, t. X, p. 380 (Schreiber), VArch. Jahrbuch, 1S97, P* 4g (Michaelis), 1 e Jahrbuch der kunsthistor. Sammlungen , III, p. 3, IV, p. 320 (Schneider), les Monuments Piot , IV, p. 216
BRONZES GRECS d’ÉGTPTB
(Perdrizet), IX, p. i44, pl. 12 (Pottier), la Collection De Clercq, III, nos 277 et 5io, le Rép., II, 561-3, III, i58, IV, 354, les Jahreshef 'te de 1904 (Stern) et de 1906, p. 321 (Schneider), et dans le travail de H. Schrader, Über den Marmorkopf eines Negers in den hgl. Museen (Berl. Winckelmannsprogr. n° 60). R. von Schneider avait annoncé à plusieurs reprises l’intention de consacrer une monographie exhaustive aux nègres dans l’art antique ; sa mort prématurée laisse cette tâche disponible ; elle devrait bien, écrivait naguère S. Reinach (Gaz. des Beaux-Arts 1911, t. I, p. 260), tenter un autre que lui.
Je ne comprends pas bien De Ilidder, quand il dit : « Les Attiques et les Grecs n’avaient guère connu que les négroïdes, dont la face camuse n'avait pas été sans piquer leur curiosité. Les Alexandrins devaient aller plus loin dans cette voie » (Coll. De Clercq, t. III, p. XXVI). Je crois que si l’on comparait les monuments figurés, on verrait que les Grecs de la période classique ont connu des noirs de races très diverses, depuis les fils de Cliam les plus lippus, crépus et camus, jusqu’aux Nubiens, race fine, élégante, nullement désagréable à voir — les Nubiens, ou pour employer leur nom ancien, les Ethiopiens.
La Nubie, qui encore aujourd’hui fournit l’Égypte d’excellents domestiques, et l’Éthiopie actuelle devaient dans l’antiquité fournir Alexandrie d’esclaves ; la Grèce a eu de ces esclaves
« barbarins » et éthiopiens, dès la période archaïque. Ce sont des « barbarins » ou des Éthiopiens que nous représentent la plupart des « nègres » de l’art antique ; éthiopien, le nègre du bronze Fouquet; « barbarin », et bien reconnaissable à ses membres grêles et à son déhanchement (pour cette caractéristique, cf. la statuette d’Erment publiée dans Arch. Anzeiger, 1906, col. 139, fig. 9), l’admirable statuette du cabinet des Médailles, si magistralement décrite par Olivier Rayet (Monuments de l’art antique, pl. 58).
Les Éthiopiens se distinguaient des Égyptiens par diverses particularités physiques qui tenaient les unes à la race, les autres aux us et coutumes : non seulement leur peau était plus noire, non seulement leurs traits étaient marqués, d’une façon plus ou moins accusée, au caractère de la race de Cham ; mais, tandis que les Égyptiens se rasaient soigneusement la tête, les Éthiopiens laissaient croître leur épaisse chevelure crépue, et à grand renfort de fers chauds et de cosmétiques, ils l’arrangeaient en petites tresses étagées. Encolpe note cette particularité à propos des esclaves nubiens de Trimalchion : subinde intraverunt duo Aethiopes capillati (Bücheler, p. 23). Friedlànder, sur ce passage, écrit : « capillati, also unechte » (Petronii cena Trimalchionis, 2e éd., p. 2 25), explication erronée, dont la connaissance des documents archéologiques eût préservé ce latiniste excellent.