‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 37 sur 58 · LA MUSIOUE ET LA DANSE · texte numérisé non relu

LA MUSIOUE ET LA DANSE

101. — Pl. XXIX, au milieu, en haut. H. 110. Basse Égypte. Vert gris.

Danseuse, debout, les jambes jointes, les bras en croix, les mains près des tempes, tenant les crotales. Chignon à grosses tresses, relevé sur le front, tombant en perruque sur la nuque. Le corps semble vêtu d’une gaze, qu’une ceinture empêche de tomber. Cette étoffe légère laisse apercevoir les formes du ventre et des jambes; la poitrine est nue. Un trou de mortaise, creusé dans le haut de la tête, donne à croire que l’objet a servi de manche (à un miroir probablement, ou à un sistre). Travail très lourd et peu soigné, de basse époque romaine.

Le vêtement de cette xpora^icxpia demande quelques explications. C’est la même « grande robe de linon transparent, souple et tombant en plis mous, dont les femmes sont revêtues dans les tableaux d’intérieur de la période thébaine : le corps tout entier était visible sous ce voile nuageux, et les artistes égyptiens ne se sont pas fait faute d’indiquer des détails qui montrent à quel point le vêtement cachait peu les formes qu'il recouvrait. Plusieurs momies de la trouvaille de Déir-el-Baharî, entre autres celles de Thoutmôsis III et de Ramsès II, portaient, appliquées contre la peau, des bandes de ce linon, dont on peut voir des spécimens au musée du Caire : il est jauni par le temps et par les parfums dont il fut trempé au moment de l’embaumement, mais les peintres anciens n’ont rien exagéré en

xpoupaiwv SpL7lEtp0l xat opyjr)[iaTü)V Dion, Sermon aux Alexandrins , p. 273, Arnim.

représentant comme à peu près nues les femmes qui s’en habillaient. On comprendra, en les examinant, ce qu’étaient ces gazes de Cos que les auteurs classiques appelaient de l’air tissé » (Maspero, Les contes populaires de l’Egypte ancienne , 3e édition, p. 124). Les gazes de Cos étaient en soie (Pline l’Ancien, XI, 22-23), tandis que le linon des momies est en lin. Qui, du reste, ne se rappelle ces délicieuses peintures de Pompéi, représentant des danseuses qui tourbillonnent dans des voiles transparents ? Le bronze Fouquet est d’un travail grossier, mais, tout de même, il est évocateur.

Par son costume comme par ses instruments, notre joueuse de castagnettes rappelle les aimées qui exécutent la danse du ventre dans les mariages arabes. Les divertissements de l’Orient ont peu changé au cours des siècles. Dans une débauche romaine décrite par Properce, figure une crotalistria alexandrine (IV, 8, 39 : Nile, tuus tibicen erat, crotalistria Phyllis). Hérodote avait vu, sur les barques qui allaient à la fête de Boubaste, les femmes égyptiennes danser au son des castagnettes (II, 60 : aï pèv xivèç xôv yuvaixôv xpéxaXa lypvooLi xçoTaXïÇoufft.). Les danses lascives des joueuses de castagnettes n’étaient du reste pas propres à l’Égypte. Elles avaient place dans les cultes orgiastiques de Bacchos et de Cybèle ( Anth . Pal., VII, 223 :

'H xpotâXotç op)(T)aTpl{ ’Apiaxiov, t\ t.i pi JtEtSxa;

T7j Ku6E),r) 7c)oxàp»ouç pî^at ÈJitatapievT]...

La fille d’auberge crayonnée par Virgile dans sa Copa,

Copa Syrisca, caput Graia redimita mitella ,

Crispum sub crotalo docta movere latus ,

Ebria fumosa saltat lasciva taberna,

est une esclave syrienne, Syrisca.

Dans une mosaïque de Carthage (. Arch . Anzeiger, 1899, p. 68), qui représente un banquet, figure une danseuse qui s’accompagne de deux grandes cliquettes, d’un type fréquent dans l’Égypte romaine (cf. Schreiber, dans Miscellanea Salinas, p. 2 1 5 ; Nekropole, p. 2 2 5, 246 et Beiblatt, pl. IV, fig. 5-6). Les crotales de notre statuette sont très différentes: il s’agit bel et bien de castagnettes. Ici, je donnerai la parole à notre vieux Spon, qui, dans ses Recherches curieuses, p. i52, s’exprime ainsi : « On appeloit Crumata une espèce de castagnettes qui estoient faites de petits os, ou de coquilles, comme Scaliger le remarque sur la Copa de Virgile. Elles estoient beaucoup en usage chez les Espagnols, et principalement chez ceux qui habitoient dans la province Bétique aux environs de Cadix. Les peuples de ce païs là ont conservé jusqu’à présent cet instrument qu’ils appellent Castagnetas, et c’est d’eux que nous en est venu l’usage. Ces sortes de castagnettes n’estoient pas néanmoins inconnues aux anciens Grecs. Aristophane les appelle Ostraca, comme qui diroit des coquilles d’huystre, et Martial leur donne le nom de testae ou coquilles : audiat ille testarum crépitas. » Le passage d’Aristophane auquel Spon se réfère se trouve dans les Grenouilles (1305-6); Eschyle prétend que la seule musique qui convienne aux parties lyriques du drame d’Euripide, c’est celle que font les filles, quand elles dansent en marquant la mesure avec des ostraca :

riou ’ <ïtiv 5] toÎ{ oarpaxot; aÜT7) xpoxoücîa ; Ssüpo MoDa' EùptreESou.

Spon a fait erreur en traduisant oaxpâxo tç par « coquilles d’huîtres ». Comme dans les textes relatifs à l’ostracisme, le mot oa'xpaxov est employé ici par métaphore; il a le sens de « tesson »; de même testae dans le texte de Martial cité par Spon. Carmen, de Mérimée, nous fournira le

meilleur commentaire de ces expressions : « Je lui dis que je voudrais la voir danser; mais où trouver des castagnettes ? Aussitôt elle prend la seule assiette de la vieille, la casse en morceaux, et la voilà qui danse la komalis en faisant claquer les morceaux de faïence aussi bien que si elle avait eu des castagnettes d’ébène ou d’ivoire » (de là le jeu de scène de l’opéra de Bizet, acte II, scène 5). A Athènes, les crotales vulgaires, ceux des Tcoçvfôia dont parle le texte d’Aristophane ( Grenouilles , 1301), étaient faits de fragments de poterie, sans doute convenablement taillés et rognés. Cf. Hésychios, s. v. xpsfJiëaX(.âÇs(.v * xoyxûXta xai oaxpaxa ff’jyxpoxo'Jvxap sù'puôpov xtva vy/pv à-jcoxsXeïv xoîç opxoujxsvoij, et Eustathe, Ad II., À, 160 : crxe'joç xt, s£ offxpàxoy XUX.0V r |uXou f xaXxoû 0 sv -/ppaà xpaxo’jjxsvov ôopuêsf. C’était l’un des nombreux emplois auxquels donnaient lieu, dans l’antiquité, les fragments des vaisseaux de terre cuite : on les utilisait encore dans les écoles, comme tablettes à écrire ; dans les administrations, pour les récépissés et les quittances ; ils servaient aussi à faire des pions (irsacjoi!) ; ils servaient enfin à des usages tout intimes.

« A notre connaissance, lit-on dans l’article Crotalistria du Dictionnaire des Antiquités, les collections ne contiennent aucun spécimen de crotales ». Sauf erreur il y en a, en bronze, au musée de Naples. Peut-être doit-on reconnaître des crotales de terre cuite dans quelques objets énigmatiques, conservés au musée d’Alexandrie, où j’ai eu l’occasion de les examiner et les manier. Trouvés dans les terres rapportées qui couvraient les tombes de la nécropole alexandrine de l’Ibrahimieh, ils ont été publiés par M. Breccia dans le Bulletin de la Société archéologique d'Alexandrie, n° g (1907), p. 69, pl. II, n°i. « Di quattro piccoli oggetti di terra cotta mi sufggono l’uso e la destinazione. Hanno la forma oblunga e protrebbero, credo, essere paragonati a una spola de telaio. Un foro rettangolare s’apre parallelamente all’asse maggiore presso uno dei fianchi. Presso il fianco opposto, sulla superficie concava è incisa un’iscrizione e tablora una palmetta. I nostri esemplari hanno : 1) T]pxXaxn]Ç 2) sppis'.ou 3) epjjtzaxsvsxu 4) apro ». J’ai eu l’idée

de voir si ces objets, dont je ne connais pas d’analogues, n’auraient pas pu servir de castagnettes. Ils conviennent tout à fait à cet emploi : en les appariant, on a des castagnettes excellentes, ni trop lourdes, ni trop légères, ni trop grandes, ni trop petites ; les trous rectangulaires dont ces objets sont percés sont à la mesure des doigts; le son obtenu est sec et claquant. Il est possible que ces crotales aient servi dans les fêtes funéraires, qu’on célébrait auprès des tombes, dans les repas offerts aux morts (vsx’jffia, rosalia). Les castagnettes de l'Ibrahimieh ne sont du reste pas des tessons, mais des objets fabriqués expressément en vue de leur destination. Elles portaient, au génitif, le nom de leur propriétaire. Le n° 2 porte EPMEIOY, génitif de rEp[uaç). Le n° 3, EPMIATENETY (Y iota n’est pas certain) et le n° 1, HPKAATHC : ce sont là, ce semble, des génitifs de noms gréco-égyptiens. Sur le n° 4, on lit APIIO, abréviation d’un nom comme f Açtco- ('xoaT'.'ovo').

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