‹ Bronzes grecs d'Égypte de la collection FouquetChapitre 5 sur 58 · HERMAPHRODITE · texte numérisé non relu

HERMAPHRODITE

Mercurio genitore satus, génitrice Cythere,

Nominis ut mixti, sic corporis Hermaphroditus, Concretus sexu, sed non perfectus utroque,

Ambiguae Veneris , neutro potiundus amori.

Ausose, Epigr. Cil, p. 349, Peiper.

2. — PI. II (trois vues). H. 133. Basse Égypte. Belle patine vert gris, luisante. Fonte pleine.

Hermaphrodite debout, le poids du corps portant sur la jambe gauche, la tête penchée à droite. L’androgyne relève jusqu’au nombril la longue tunique de femme (y/rov) dont il est vêtu, et qui, agrafée sur l’épaule droite, laisse à nu le sein gauche. Conservation parfaite.

Ce n’est pas la première statuette de l’Hermaphrodite sese ostendens que l’on ait publiée. Mais comme ceux qui ont parlé de ce geste étrange ne me semblent pas l’avoir bien expliqué, comme on n’a même pas bien rendu compte, à mon avis du moins, du type d’Hermaphrodite, je demande à m’espacer un peu sur cette divinité singulière et sur le geste qu’on lui voit ici.

Notre statuette n’est pas seule, disions-nous, à le lui prêter. Deux autres petits bronzes, au musée du Louvre, en font autant. Notons tout de suite que ce sont des statuettes trouvées aussi en Égypte. L’une (pl. III au milieu; h. 130) provient du Sarapéum memphite, où elle a été découverte par Mariette (Longpérier, p. 47, n° 206). L’autre (pl. III à droite et à gauche; inventaire du MuséeMNC 9 1 5 ; R.einach, Rép., II, p. 177, 5 = Cultes, mythes et religions, II, p. 325) aurait été trouvée à Tell Ramsès, près Damanhour, dans le Delta. L’Hermaphrodite de Tell Ramsès a les pieds chaussés (même chaussure que l’Hermaphrodite du relief Colonna, publié par Schreiber, Relief hilder , pl. XV), tandis que l’Hermaphrodite du Sarapéum et celui de la collection Fouquet ont les pieds nus. Il est d’un travail moins fin, moins délicat, il doit dater d’une époque plus basse que les deux autres ; le corps de forme trapue, le bassin large rappellent les statuettes d’Aphrodite, si réalistes, de l’Égypte et de la Syrie.

Notre planche IV reproduit une statuette de bronze, de même taille à peu près que les trois

précédentes, qui a été trouvée à Bordeaux. Elle est conservée dans la collection bordelaiseMateo Petit (et non au musée de Bordeaux, comme le dit S. Reinach). Maxime Collignon l’a publiée en 18S0 dans la Société archéologique de Bordeaux, t. VII, p. 55, pl. IV. Il y reconnaissait une Aphrodite. Cette opinion a été adoptée par S. Reinach ( Cultes , mythes et religions, II, p. 325; Rép., II, 337,4). Il faudrait avoir pu examiner l’original, pour être tout à fait sûr de l’interprétation proposée. Sans doute, il existe des terres cuites égyptiennes de la période impériale (une, très bien conservée, dans la collection Foucpiet), qui représentent Aphrodite, ou une hiérodule d’Aphrodite, faisant le geste de l’àvaff'jpjxa. Mais Georges Radet, à l’obligeance de qui je dois les photographies du bronze Mateo Petit, m’avertit que cette statuette est en très mauvais état; le métal s’effrite, l’épiderme est écaillé, surtout au ventre, comme si elle avait été jadis mutilée en cet endroit. La photographie de profil est suffisamment explicite sur la dégradation de la statuette : le visage est rongé, les traits sont effacés. Je laisse à juger au lecteur si le bronze Mateo Petit ne représentait pas tout bonnement, comme nos trois statuettes d’Égypte, un Hermaphrodite ; on croit reconnaître la trace du «pocXX o', très petit, comme c’est toujours le cas pour Hermaphrodite. Si cette interprétation était vraie — ce que je ne garantis nullement — il n’y aurait plus lieu de parler, comme Collignon, de l’Aphrodite syrienne aux gestes trop expressifs, ni, comme Reinach, du caprice d’un artiste provincial, prêtant à Vénus le geste d’Hermaphrodite. D’ailleurs, quel qu’en soit le sexe, la statuette de Bordeaux est tellement identique à celle de la collection Fouquet et à celle du Sarapéum, non seulement comme geste, mais comme pose, costume et dimensions, que j’y reconnais sans hésiter un produit de l’Égypte grecque, fabriqué, comme ses deux pareils, au Ier ou au IIe siècle de l’Empire, peut-être dans le même atelier.

Pline (XXXIV, 80) mentionne un Hermaphroditus nobilis, œuvre de Polyclès. Furtwângler ( Über Statuenkopien, pl. XII, dans les Abhandlungen der bayerischen Akademie der Wissenschaften, I. Cl., XX

Bd, III Abt., p. 582) a soutenu que Pline avait voulu parler de Polyclès l’ancien, lequel florissait vers 370, et qu’une statue du musée de Berlin (Beschreibung der antiken Sculpturen , n° 193) était une réplique de Y Hermaphroditus nobilis. Je crois en effet qu’Hermann (dans Roscher, Lexicon I, 2323) s’est trompé en attribuant à l’art hellénistique le type de l’Hermaphrodite de Berlin, et que cette statue est bien la réplique d’une œuvre du IVe siècle ; mais je crois aussi avec Amelung ( Fülirer durch die Antilien in Florenz , p. 261), que c’est tout ce qu’il faut retenir de la théorie de Furtwângler. D’une part, en effet, il y a eu, pendant la période hellénistique, d’autres sculpteurs du nom de Polyclès ; et nous ne savons pas duquel Pline a voulu parler. D’autre part, la réplique de Berlin est seule de son espèce ; et l’on a peine à croire qu’une œuvre qualifiée de nobilis n’ait pas été souvent copiée. L’Hermaphrodite endormi, dont il n’existe pas moins de six répliques (sept en comptant la statue d’Athènes, transformée en Nymphe par un petit changement), semble, à tous égards, mériter beaucoup mieux l’épithète de nobilis.

Ce n’est pas sans surprise qu’un archéologue, qui connaît les monuments figurés du culte d’Hermaphrodite, lit ceci dans Diodore : « Hermaphrodite a la beauté et la mollesse du corps de la femme, mais en même temps il a dans le visage quelque chose de viril et d’énergique, xo S’ocpçevo- 7Cov xal Sçaaxixôv àvSpoç s'/siv. » Aucun monument ne vérifie cette assertion singulière. La tête d’PIermaphrodite est toujours celle d’une femme, l’expression du visage toujours féminine : 'Efjj-açpo- Sixo£ G-rjXuç xal vju.lavSço' xal àjJiçtëoXoç xy}v ovptv ' oùx av Siaxpivaiç six’ èçTjëcç saxiv ei'xs xal xapGévop (Lucien, Dial. Deor., XXIII). S. Reinach écrit que le type d’Hermaphrodite est « la synthèse de deux beautés », celle de l’homme et celle de la femme ( Cultes , mythes et religions, t. II, p. 326). C’est vrai pour quelques cas seulement, pour la statue de Berlin, pour la grande statuette de Sion- Vaudémont (au musée d’Epinal ; cf. Saint-Germain, p. 117), qui prêtent à l’Hermaphrodite le corps élancé et musclé, le bassin étroit d’un éphèbe. C’est inexact de la plupart des autres représenta-

tions, où Hermaphrodite a tout d’une fille, les jambes fuselées, le bassin large, les seins menus et fermes, les bras minces — tout, sauf « la petite différence », pour dire comme l’Anglais de Maupassant.

Selon Diodore, Hermaphrodite est un dieu qui apparaît de temps en temps parmi les hommes (IV, 6 : xoùxov 8 ’ 01 [asv cpaaiv... xaxâ xivaç çaivsffGai irap’ àv9po7roiç). Entendons que de temps à autre naissent des êtres mal conformés, dont le sexe reste incertain. Mais on n’a qu’à regarder les planches des ouvrages spéciaux où les médecins ont représenté ces anomalies (par exemple Cuyer et Kuhff, Le corps humain, complément, p. 48-5 1 ; Riclier, Les Hermaphrodites dans Fart, dans la Nouvelle iconographie de la Salpêtrière , 1892, p. 385-388 ; Meige, Deux cas d'hermaphroditisme antique, dans la même revue, 1S95, p. 56-64), pour se rendre compte qu’elles ne sauraient expliquer que d’une façon lointaine et médiate le type plastique d’Hermaphrodite. L’art grec n’a pas copié ces monstruosités répugnantes. Les cas tératologiques dont nous parlons ont peut-être donné naissance à la légende d’Hermaphrodite (au IVe siècle avant notre ère, ce semble, à l’époque même où Platon, dans son Banquet , prêtait à Aristophane ce singulier discours sur lesandrogynes). La légende à son tour, aura donné naissance au type plastique ; mais les sculpteurs qui ont créé ce type n’ont pas regardé comment étaient faits les « hermaphrodites » de la réalité.

La plupart des monuments montrent Hermaphrodite dans un état d’excitation voluptueuse : telles les statues qui le représentent couché, les statues et les statuettes qui le représentent se dévoilant comme la nôtre, ou s’admirant, comme la statuette de Sion. Cette excitation est toujours légère, ainsi qu’on peut s’y attendre d’un être qui, au point de vue sexuel, est resté un enfant : en sorte cju’Hermaphrodite est doublement anormal, parce que c’est une fille pourvue d’un qpâXXoç, et parce que son cpâXXcç est atrophié. Je demande pardon au lecteur d’insister sur ces choses. Mais il le faut bien, si l’on veut s’expliquer le succès et la signification de ce type étrange. Hermann (art. cit., col. 2319) écrit que l’antiquité hellénistique

et romaine a porté au type contre nature de l’Hermaphrodite « un intérêt extraordinaire, pour nous aujourd’hui incompréhensible, ein uns heute unbegreiJUches Intéresse ». Si l’Hermaphrodite a été tant de fois représenté, si la plupart de ces représentations nous le montrent ithyphallique, c’est pour des raisons dans lesquelles je crois qu’un moderne peut très bien entrer, à condition d’en emprunter la clef à la science des religions populaires.

Une lettre du recueil d’Alciphron (II, 35, p. 52 Schepers) sera notre point de départ. Elle est censée écrite par une jeune femme, Épiphyllis, qui a perdu son mari récemment et qui a des enfants en bas âge, vsoyvà izaihOz. Épiphyllis aurait voulu rester veuve, par attachement à son mari défunt. Mais un autre homme, amoureux d’elle, et qui depuis longtemps la poursuit de ses assiduités, lui a fait violence, comme elle se rendait au sanctuaire d’Hermaphrodite-en-Alopèce — annexe, probablement, du sanctuaire d’Aphrodite Alopécienne (CIA, III, 697) — pour y vouer une offrande : sipeffiuvYjv àvôùv Tzki&aoL yjeiv iç 'EppacppoSt/uou tou ’AXuTrsxŸjôsv xauxirjv avaG-rjaouaa (je garde, comme Gruppe, Griech. Myth., II, p. 885, note 8, la leçon du Vindobonensis ; Schepers adopte la correction arbitraire de Meineke è' spjxa $at.8çto’j xo'j ’AXotcsxtïQsv). Évidemment, il y a un rapport entre l’offrande qu’Épiphyllis allait faire à Hermaphrodite et ce que sa lettre nous apprend d’elle. Cette lettre nous la montre très attachée à la sainteté du lien conjugal, à la mémoire de son mari et aux enfants qu’elle a eus de lui. Donc le culte d’Hermaphrodite avait rapport au mariage. On peut préciser davantage : il devait avoir rapport à la fécondité du mariage. Je conclus cela du genre d’offrande vouée par Epiphyllis à Hermaphrodite : c’était une etpeaiovr], c’est-à-dire un emblème de fécondité (Pauly-Wissowa, s. v. Eiresione ) .

Alciphron écrivait au IIe siècle de notre ère, mais l’Athènes qu’on entrevoit dans ses ingénieux pastiches est celle du temps de Ménandre. Hermaphrodite recevait donc un culte public, à Athènes, dès le début de la période hellénistique. Et à plus forte raison, un culte privé. Ceci est garanti, peutêtre, par un texte de Théophraste. Le superstitieux

dont Théophraste (Caractères, 16) trace le portrait a, entre autres manies, celle de couronner tous les jours les images d’Hermaphrodite qui se trouvent dans sa maison : sio'eXGùv zlaa <r csçavùv xoù? rEp[Jia- 9po8écou£ oXt]v Tvjv ^[rspav. Texte gâté : ou bien il y a une lacune après etau, ou bien il faut corriger euxw et axsçavwv. Scliœll proposait èçioiç (7X£çavo’Jv ( Theophrasts Charaktere herausg. von der philol. Gesellschaft zu Leipzig, p. 128). Je me demande si euro ne serait pas la corruption d’sipsoauvY]. Notons en passant que les éditeurs de Leipzig n’ont pas eu tout à fait raison de dire que ce texte est le plus ancien témoignage sur Hermaphrodite : car la statue de Berlin remonte, comme l’a reconnu Furt wângler, jusqu’au IVe siècle. Je n’admets pas, comme on voit, l’opinion de Gangolf Kieseritzky (Anna li delV Istituto, 1882, p. 264), d'après qui les images mentionnées par Théophraste étaient simplement des « liermes » à tête d’Aphrodite, analogues à celui qui est mentionné par Pausanias dans sa notice sur le sanctuaire athénien d’Aphrodite-dans-les-jardins : xauxTjî cc/jj ixa x£xçày«vov xaxà xaùxà xal xoïç 'EpfAalç (Pausanias, I, 19, § 2) : le substantif spfxaçpéSixou^, dans ce texte de Théophraste, serait analogue, d’après Kieseritzky, à hermeracles = herme d’Héraclès (Cicéron, Ad Att., I, 10), et à hermeros = herme d’Éros (Pline, XXXVI, 5, 10). Mais il me semble que si les images mentionnées par Théophraste avaient été des liermes d’Aphrodite, le substantif composé aurait été féminin et à terminaison féminine, xàç spfxaçjoSi.xa^ au lieu de xoù^ £.pfj.açapo5éxou£5 de même qu’on appelait hermathenae au féminin, les liermes d’Athéna (Cicéron, Ad Att., I, 1 : hermatliena tua valde me delectat et posita ita belle est, ut totum gymnasium ejus àvâ0ïj)j.a esse videatur ).

Le culte d’Hermaphroditos semble d’origine chypriote (Cari Robert, dans Hermes, i884, p. 308), c’est une de ces religions étrangères comme il s’en introduisit un grand nombre au Pirée et à Athènes, dès la fin du cinquième siècle (cf. Foucart, Les Associations religieuses en Grèce). Les maisons dans lesquelles Théophraste avait observé le rite superstitieux de couronner les hermes d’Hermaphrodite étaient sans doute des mai-

sons de métèques. ^u°i qu’il en soit de cette hypothèse, il faut maintenant expliquer à quel titre l’image d’Hermaphrodite figurait au IVe siècle avant notre ère, dans des maisons d’Athènes.

Elle y figurait, évidemment, à titre de génie domestique, de divinité de la famille. Les images d’Hermaphrodite nous semblent, à nous modernes, des curiosités pour musée secret. Les anciens en jugeaient autrement. Ils adoraient, sans y voir malice, des dieux ithyphalliques, destinés à assurer la perpétuité de la famille, la fécondité des troupeaux, la fertilité des champs. Dans cette religion naturaliste, Hermaphrodite était un Saqiov analogue à Hermès et à Priape (cf. Schol. Luc. dial. Deor. 23, p. 61, Jacobitz : Mvaasaç 8$ 0 ITaTaçsù* fEçp.açpâ- 8itov tov ïïçaaxov Xsyst). Être androgyne, dont la nature symbolisait l’union et le mélange des sexes, il avait rapport, je crois, non pas exactement à l’amoureux déduit, mais à la cause finale de l’acte vénérien, à la procréation. Il préservait les mariages de la stérilité. Ainsi s’expliquerait qu’une statue, trouvée en 1823 à Torre-Marancia, et que Clarac ( Musée de sculpture, t. IV, p. 180, pl. 670) a fait dessiner à Rome dans la collection Chablais, représente Hermaphrodite tenant dans le pan de son vêtement un enfant nouveau-né (peut-être Éros : le relief hellénistique du palais Colonna représente Hermaphrodite debout, portant l’enfant Éros). Par là aussi s’expliquerait le geste de nos statuettes d’Hermaphrodite. Ce geste, que nous trouvons obscène, ne l’était pas pour les anciens — je parle, est-il besoin de le dire, non des esprits forts, mais des personnes superstitieuses, qui étaient légion. Ce geste ne leur paraissait pas obscène, parce qu’elles pensaient uniquement aux bons effets qu’il devait avoir. En montrant sa nudité — comme on le voit faire aux images de Priape, — ■ en exhibant l'ardeur de son désir. Hermaphrodite s’opposait aux mauvaises influences, qui auraient pu empêcher le mariage d’être fécond, faire mourir la femme en couches, faire dépérir les enfants nouveau-nés. Hermaphrodite monstrans se était prophylactique, comme toutes les figures phalliques. Personnage anormal, ni garçon, ni fille, et pourtant désireux des plaisirs d’amour, Hermaphrodite était un être particulièrement drôle,

aT07u:v Tt xal ysXoïov. Or, les mauvais démons que redoutaient les Grecs ressemblaient au personnage de la comédie : ils étaient désarmés, du moment qu’ils avaient ri. Sur la valeur prophylactique de I’octotov, je me permets de renvoyer le lecteur curieux de folklore à mon travail sur l’Hippalectryon ( Revue des études anciennes. igo4, p. 18); et sur l’àvaa,'jçi[jLa, aux explications dans lesquelles est entré Otto Jahn ( Uber den Aberglauben des bôsen Blicks bei den Alten, ap. Berichte der sâchsischen Gesellschaft der Wissenschaften, phil.-hist. Classe, iS55, p. 93). Ce serait donc faire fausse route que de nous demander si le motif de la statuette Fouquet n’aurait pas été emprunté à une composition du grand art, groupant Hermaphrodite avec Pan: si l’Hermaphrodite monstrans se ne dévoilerait pas sa nudité à Pan, pour éviter les poursuites dont le dieu chèvre-pied l’accabla, tant qu’il ignora la singulière conformation de l’Androgyne. Je me résume ainsi : la vogue de l’Hermaphrodite, l’obscénité de la plupart de ses représentations s’expliquent par le rôle généthliaque de cette divinité : on demandait à Hermaphrodite d’assurer la fécondité du mariage. Bien entendu, le type d’Hermaphrodite a servi maintes fois de prétexte à des œuvres faites pour plaire uniquement au goût sensuel de la période hellénistique et romaine. Mais tel n’a certes pas été le cas de nos statuettes : si elles sont devenues des bibelots de vitrine, des curiosités de cabinet, elles n’ont pas été faites à cette intention ; elles ont garni des laraires, elles ont reçu un culte dans le secret du foyer domestique, elles ont entendu des prières anxieuses de gens qui désiraient ardemment avoir des enfants.

BRONZES GRECS d’ÉGYPTE

LES ÉROTES

Obvia, nescioquol puen, mihi turba minuta Venerat.

Properce, II, 29.

3. — PI. V, à gauche en bas. H. 134. Le vert de gris pulvérulent qui avait recouvert cette statuette a presque entièrement disparu et l’on voit la couleur cuivrée du bronze.

Éros dionysiaque ; couronne et collier de lierre. Le petit dieu tient dans la main gauche un canthare sans pied, dont il parait regarder le contenu avec attention. Dans l’autre main, il tient un miroir (cf. Myrina, pl. IX, 4, p. 325 ; Winter, Die Tvpen, t. II, p. 290) ; je ne crois point que ce soit une paire de crotales, encore moins un coquillage bivalve, comme celui qu’on voit à côté d’Éros, sur la gemme de Phrygillos (Furtwângler, Antike Gemmen, pl. XIV). Les yeux étaient incrustés d’une matière coloriée, qui a disparu. Conservation excellente. La forme du canthare, et la lourdeur avec laquelle sont indiqués les cheveux, les plis du ventre et les feuilles de lierre, tout indique la période romaine. Le type semble nouveau.

4. — Pl. V, à droite en bas. H. 178. Basse Egypte. Noirâtre. Fonte pleine. Cette statuette qui se dresse sur une plaquette circulaire, sous laquelle est une forte douille (diam. 30, haut. 25), ornait peut-être une enseigne sacrée.

Eros dionysiaque, le front ceint du bandeau, la tête couronnée de pampres. Il est nu, debout, au repos, la jambe gauche avancée. Le bras gauche est cassé à l’épaule, la main droite levée tenait un attribut aujourd’hui brisé. La tête de face

regarde en haut. Médiocre travail, période impériale.

5. — Pl. V, en haut à droite. H. 90. Vert foncé, patine luisante. Applique fondue.

Buste d’Eros dionysiaque, couronné de lierre et portant un collier de feuillage. Les cheveux noués en petit chignon au-dessus du front. La tête surmontée d’une bélière. Travail lourd, période impériale.

6. — Pl. V, en haut à gauche. H. g 6. Vert gris, patine grasse et luisante. Fonte pleine.

Eros nu, volant. Les mains, aux doigts allongés et joints, ne portaient pas d’attributs. Conservation excellente, exception faite pour l’aile gauche, dont le bout est cassé. Pour des statuettes analogues, cf. Rép., II, 443-447.

7. — Pl. XXXIV, au milieu de la rangée inférieure. FI. 71. Athribis (Benha). Jolie patine verte. Le rocher est creux et contient encore la masse de coulée.

Éros pêchant a la ligne. Il est coiffé d’un chapeau conique, comme en portent les travailleurs (cf. pl. XXIX). Le catalogue de la collection Joseph de Rémusat, vendue à Paris le 18 mai 1900, reproduit un petit bronze pareil au nôtre {Rép., III, 132, n° 4), sauf que la tête de l’Éros est baissée au lieu d’être levée. L’Éros Rémusat attendait que le poisson mordît ; l’Éros Fouquet lève brusquement sa ligne pour tirer une prise. Cf. encore Caire, pl. III, n° 27667.

Nous parlerons plus loin (p. 61) avec quelque détail des thèmes tirés de la pêche à la ligne par l’art hellénistique.

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