RÉGIME ALIMENTAIRE
Les gens de Broyé étaient dans des conditions d'hygiène exceptionnelle.
Us avaient à peu près tout ce qu'il faut pour se porter bien. Les travaux de culture, qui se font au grand air, exigenl beaucoup d'exercice et une certaine activité. Mais leur variété récrée l'esprit en môme temps qu'elle tempère ce que la fatigue corporelle pourrait avoir d'excessif.
(i) lu Klâ, en Franche-Comté, esl la réapparition sur terre d'un voisin ou d'un parent défunt retenu loin du paradis jusqu'au jour où une personne amie aura réparé sa faute d'ici-bas, remis en place une borne, par exemple. Aussi, pour 8e débarrasser de ses obsessions, doit*on crier au revenant : Klù ! mairque, ;/ boûnera, marque, H je remettrai la borne en
place !
Si avec cela, un homme- adonné à de pareils travaux riait tempérant, il réaliserait indubitablement le type de la bonne santé.
Mais la tempérance leur taisait foute assez souvent.
Leur régime ordinaire était misérable.
Avant 1789, et longtemps après, on ne consommait à Broyé que de la viande fraîche ou salée, niais surtout salée. Cette viande bouillie servait à assaisonner des légumes qui formaient le repas principal de la journée.
On n'usait de vin et dé viande de bœuf ou de mouton qu'aux grandes fêtes et dans des circonstances exceptionnelles.
Le pays produisait diverses céréales, du froment, du méteil, du seigle, de l'orge, etc. Le paysan ne consommait pour son usage à la maison que la graine de seigle el d'orge, rarement de méteil, — cerné 0). — et, de préférence, la graine qui n'aurait pas été "le vente.
Le pain était un aliment de luxe. <>n n'eu mangeait pas à tous les repas. Kt encore voulait-on qu'il fui bien rassis (2). On le remplaçait par des substances plus grossières, plus viles, ins coûteuses.
On préparait dans de grandes chaudières des bouillies do
brins de mulet, de mais, des rceaui de potirons, etc.,
délayés avec de l'eau, un peu de sel et de lait. Onnusait cuire des pot ros légumes, de haricots, de fèves ou
de pois avec un peu d< et du Bel : et on mangeait ces
aliments 6 la poignée (•'*).
Ou m n-'iii i isssit encore habituellement de crudités, li iii\, raves, etc., plus ou moins as de \ inaigre et d'huile d'oeillette □ ipurée.
/.- / ftitc/ir ConUéi p t'.\) \«>ii la i
Oui ; mais on a beau 86 priver par raison d'économie et faire de nécessité vertu, le goût de la bonne chère n'en est [•as détruit pour autant. Qu'une occasion se présente de le satisfaire, ce goût, sans blesser les convenances, on s'y laissera aller outre mesure.
Quand on tuait le cochon gras pour le saler, on invitait ses parents, ses amis et ses bons voisins au boudin, c'est-à-dire
aux trois ou quatre repas obligés qu'où donnait à l'occasion
de cet événement, qui était une vraie fête de famille,
On taisait à ces repas nue bombance incroyable de viande de porc fraîche. Les plats défilaient sur la table, nombreux, énormes ; et ils étaient servis assez lentement pour permettre que chaque convive pût y revenir plusieurs fois.
0 sobriété du vieux temps !...
Comment la vertu de nos vieux parents s'arrangeait-elle
de ces infractions aux lois de la tempérance '.' On peut étr.
sûr en tout cas que leur santé s'en arrangeait fort mal. Après une série de ripailles successives, après ces dîners de boudin ou de tue-ebien, après d'autres excès encore commis au carnaval, il n'était pas rare qu'un paysan robuste lut pris de froid et emporté par une pblegmasie eatarrbale en
quelques jours.
La vertu, la tempérance de nos gens n'était au fond qu'une affaire de convenance et une question d'économie.
Leur régime de vie, misérable en somme, n'était p pour affermir la santé générale.
La capacité à digérer, les fonctions stomacales en un mot, ne constituent pas à elles seules la santé. Aussi les anciens, quoique digérant mieux que nous, présentaient une résis-
tance vitale moindre à L'assaut des cuises morbides. En d'autres termes, nous sommes mieux organisés à présenl pour réagir contre Les causes de destruction, contre les influences morbides quionl sévi dans tous les temps.
Quand une épidémie se déclarail autrefois dans Le village, elle ne manquait pas d'y l'aire ilVlTray;inls ravages.
Nous avons entendu dire souvenl que malgré un genre de vie -i contraire aux règles de l'hygiène, Le peuple des campagnes était vigoureux el bien portant. C'est invraisemblable.
- pauvres habitants de nos campagnes, dil l'annoi tateur de Tourtelle, mangenl raremenl delà viande.. A la » vérité, peu jouissent d'une lionne santé et atteignent Le •• terme ordinaire de la vie. Il est vrai que la misère el la » malpropreté dans lesquelles ils vivent, contribuent beau-
» coup à L'état de cachexie dans lequel ils languissent
.. presque toujours ' . ■•
Soins de propreté.
Mais en dehors des actes d'intempérance que riOUS avons
rappelés, et qui étaient intermittents, nos paysans commettaient d'autres écarts d'hygiène plus funestes encore, puisque ces écarts étaient de tous les jours.
On croyait à la campagne que ta plupart de nos maux,
rhumes ou catarrhes, fluxions, pleurésies, etc., proviennent
du froid ; et on avait recours 6 d'étranges pratiques pour
s'en pi i
(in voulait que le logement fût bas, peu éclairé, ù l'abri
!, comme un terrier : el od se confinaient i dire dans
rmétiquemenl cln m n mi, ,iu heu d'armer l'écoi ■ vivante contre les
> i. h 1 1 1 |i 20U i Nota ilu profo oui lliilli' i
variations de la température, on la calfeutrait dans une atmosphère viciée el on la débilitait. Car en se privant d'air pur, "ii se rend frileux et, par surcroit, plus accessible à toutes les influences morbides.
Le taudis des pauvres gens, qu'on ne lavait jamais, qu'on nepouvail môme pas laver, puisque l'aire en était faite d'argile battue, ce taudis n'était balayé qu'une fois par semaine tout au plus, le dimanche matin.
La propreté pour qos aïeux était une superfluité :
l.ai r'messe et le torchon
Ne raipotant ran ai lai nuisait .'
On n'était pas plus soigneux de bs personne que de son
ouUui .
[I aurait été si facile eu été de se baigner dans l'Ognon mi dans la Saône dont les rives sablonneuses sont partout ssibles.
Oui.... mais la besogne commande ; el un laboureur n'a guère le temps de s'amuser dans la belle saison.
Quant à se livrer chez soi à des ablutions corporelles, on ne le pouvait pas. il aurait fallu [mur cela avoir un cabinet de toilette, nue petite pièce où l'on put se retirer. Kt les pauvres gens n'avaient qu'une chambre «m toul le mondi
tenait, encombrée de lits, de l'armoire, des Sièges* d'une
table, sans compter les bahuts et fauteuil du grand'père.
G'esl à peine si l'on avait la latitude de S'y faire la barbe le
dimanche avant la messe.
Voilà pourquoi la propreté était un luxe que nos campagnards n'étaient pas en situation de se payer.
D'ailleurs mi avait peur des kiins.
D'après les idées du temps, les lavages n'étaient pas sans présenter quelques dangers. Les feux, le> dartres, les boutons u'ont-ils pas une utilité évidente*? Ne purifient-ils pas le sang eu donnant issue aux buuieurs mauvaises '.'.....
On croyait cela, el on craignait de les faire passer pard
lavages intempestifs. El cette crainte chimérique étail cause que les pauvres gens entretenaient soigneusement les affections parasitaires qui ne vont pas sans altérer la santé él sans attrister le caractère.
Il n'esl pas douteux du reste que des habitudes de malpropreté et de suppuration ne soienl de nature à eugendrer certaines formes de scrofule, et à enlaidir la race. Voyez comme des bêtes proprement tenues, bien soignées, bien bouchonnées et bien nourries ont meilleur aspect que les autres ! comme elles ont plus de vivacité e1 de gaieté! Ceci soit dit sans comparaison; mais aux gens comme aux bêtes les bons soins procurent les attributs de La santé.
En général, nos laboureurs étaient d'une stature au dessous de la moyenne, un peu trapus, plutôt maigres ou bouffis que gras.
Le voisinage des prairies un peu marécageuses inondées souvent, exposait les habitants du pays à des engorgements de viscères, à des accès intermittents qui aggravaient certainement chez eux les maladies courantes.
Même Bans compter les victimes de la variole, contre laquelle on n'avait pas encore de spécifique, il mourait beaucoup plus d'enfants qu'aujourd'hui, attendu que les accidents d'impaludisme sont funestes surtout dans le
jeune
ni d'aliment les paysans étaient lourds
pecl . i intelligence ne rayonnait pas but leur physionomie qui in.iiKpi.nl le pin- Bouvent d'expression