‹ Broye-lez-Pesmes, histoire - statistique - langageChapitre 13 sur 14 · LA KO RALE UTILITAIRE · texte numérisé non relu

LA KO RALE UTILITAIRE

Gomme nous l'avons vu, les alimenl lonl nos

villageois se nourrissaient, leur genre 3e vie, leurs préoccupations matérielles, etc., tout cela n'était pas Eût pour donner des ailes à leur pensée, ni pour agrandir leur horizon moral.

L'éducation de famille les avait trop habitués à ne juger des choses que d'après leur utilité; à ne voir dans les faits accomplis que le résultai et non la lin.

Le terre à terre absorbait leur existence. Ils ne comprenaient îicn à l'apostolat on à l'esprit de propagande et de prosélytisme, rien non plus à la pratique de l'art pour l'art.

Ils ne supposaient pas qu'on pût ainsi de gaité de C03UT

travailler avec désintéressement el sans rétribution ferme à

moraliser les autres, à eiirielur les auti.

La gymnastique morale à laquelle on soumettait les enfants du village n'étail pas de nature à développer chez eux le goûl des distractions artistiques, ni à leur affiner les sens, à en faire des dilettanti, «les jouisseurs.

A Broyé, en fait d'instruments de musique, on en est resté aux pipeaux rustiques, au roseau troué, au sifflet taillé dans une branche de saule, aux trompettes d'écorce de coudrier, etc., à l'enfance de l'art... On n'y a jamais entendu que le violon de quelque aveugle de p >u le cornet à

piston et la clarinette des musiciens venus pour taire danser aux noces et aux fêtes du village.

Oui bien chante et qui bien danse Fait an métier qui peu avance.

dit-on en commun proverbe.

L'art y esl donc considéré comme une amusette et non comme une occupation sérieuse. On s'y contente des beaux

clianls d'éfflis

Tout chez eus était servilemenl conduit e1 préparé, parce que tout semble avoir été combiné pour les vouer à une servitude perpétuelle.

l»rs le bas âge, on élevait les enfants avec une sévérité quasi monacale; et leur nature, fmvelle généreuse, étail bien obligée de prendre l'empreinte du moule où on la coulait : elle ne pouvait manquer d'être refoulée ou dévoyée.

Ainsi dressée l'obéissance e1 forcé même de reconnaître la nécessité et les avantages pratiques de la soumission, l'évidence induisait le campagnard à conclure que la vie du terre à terre, des humiliations et des aplatissements, était encore la plus sûre el partant la plus sage.

on sentait là l'influence directrice des pères spirituels dans l'éducation des enfants, el l'action réfrigérante du célibat.

Les gens sans enfants ont beau être affectueux el bons, Us ne le Boni jamais autant qu'ils l'auraient été s'ils uvaienl eu de la progéniture. En d'antre- termes, la paternité et la maternité surtout, font naître une sentimentalité nouvelle, Inconnue de ceux qui n'ont pas d'entants.

Dans ces sortes de questions, je nie qu'un célibataire, quelque soit le caractère dont ij est revêtu, puisse en parfaite connaissance de cause contrôler ce que je dis.

Moralemont, H n'est pas complet. Il lui manque toujours, pour drosser les hommes, quelque chose, comme à l'eu

nuque i ■ en engendrer, Kt s'il a la hante main sur l'édu

cation des enfants, rarement la chose tourne a bien.

eronl ôl< cette bonne affection ma-

ternelle qui réchauffe le uceur; lia manqueront des sentiment i'' plu propn > leur inculquer l'esprit de sacrifice

qui esl le fond de la piété filiale el de toutes les vertus. ii, célibataire ne peut pas donner ee qu'il n'a pas.

Amour-propre.

Les pauvres mainmortables de Broyé étaienl dans des conditions de vie trop précaires pour avoir ta conscience IkuiI placée.

En quoi faisaient-ils consister le sentiment de leur dignité personnelle? Garc'esl là le premier jet de la conscience.

Ils se faisaient gloire d'être mieux pourvus physiquement que les autres; de paraître plus forts ou mieux portants; mais non d'être plus justes ou meilleurs, ni même plus riches.... Car ils avaient des raisons particulières pour ne pas se targuer d'être riches. Ils en avaient même d< déclarer plus pauvres qu'ils ne l'étaient véritablement, La fiscalité guettanl sa proie

Ils Déconsidéraient comme honorables que les occupations se rapportant au labourage, comme !»'.> travaux des champs et les soins donnés au bétail, où une certaine I physique et quelque adresse sont indispensabl

Suivani eux, la besogne du ménage, aussi bien (pu- la tenu.1 .l'un magasin, ne pouvait convenir qu'à un.- femme ou à des êtres débil

Un vrai laboureur se serait exposé aux moqueries de ses voisins, et il aurait été montré au doigt s'il avait été vu pétrissant de la pâte, chauffant le four, tirant les vaches, surveillant sa marmite et son fricot : tout cola, c'était l'affaire des ménagères. Il aurait certes mieux aimé ne rien faire et se chauffer au coin du feu que se livrer à «1rs travaux pareils, réputés avilissants [tour un laboureur.

aussi méprisait-il les gens à vie sédentaire, les artisans qui travaillent en chambre, comme les tailleurs, les cordonniers, 1rs tisserands, et même ces désœuvrés de maîtres d'école qui n'étaienl bons qu'à taire «les paresseux.

Il était lier aussi d'avoir une bonne fressure (l), c'est-à-dire de bons poumons, et un estomac à digérer des cailloux. Il était, partant, glorieux de mieux boire et de mieux se tenir à table que les autres. Et si l'un des convives vomissait après avoir trop bu : ce n'eei pas un homme, disait-on, c'est un estomac de papier mâché ! H n'a pas de cœur (2)! Dans leurs légendes et dans leurs contes de veillées, ils se complaisaient à glorifier la force. Ils semblaient n'avoir d'admiration que peur les personnages rusés et adroits, que pour les bercules qui tranchent les montagnes, ou les magiciens qui changent les ronds de carottes en louis d'or....

Il faut reconnaître qu'à cet égard uns villageois d'aujour* d'iuii ont un peu changé à leur avantage. Leur amourpropre a des objectifs plus relevés.

Justice.

Les sentiments d'amour-propre sont les premiers degrés île la conscience humaine ; les idées de justice en seul les seconds.

laboureurs avaient du juste une notion assez, rudi-

mentaire.

Il- admettaient encore comme règle d'équité et de justice l'application du talion.

Que i'"i /ii. fâ li, qu'meni dit\Vauiéj ce qu'il t'a fait, fais

lui, comme dit l'oiseau. C'était une de leurs maximes. Rends

ennemis la pareille. Et cette conception busse les indui-

nl .i Caire comme les .-mires, c'est-à-dire & s'arroger les

droits dont leurs voisins B'étaient saisis Indûment. Us se

lient uni amment autorisés par le bou comme par le

mauvais exemple U rtitn fourrageaient dan- les Pois

'I M tilt A\ il ni ■ m ni . • • ■ I BVOil l'UVIr

de la commune ? On aurait été bien bète de n'en pas faire autant !

Que l'ai fâ, fâ li En 1882, le conseil municipal de

Broye-Jez-Pesmes, appliquait cette singulière règle de conduiteaux incendiés de Vaux qui demandaient un secours à la commune. La délibération porte que la commune de Vaux, n'ayant rien accorde aux incendiés de Broyé, en 1825, Broyé rejetait la demande qu'on lui adressait pour ceux de Vaux.

On n'était pas juste à L'égard aies faibles ë1 des infirmes dans la communion desquels on vivait. On invoquai! contre eux une égalité toute judaïque, mettant sur un des plateaux de la balance tout ce qu'on avait donné en force, en produits matériels, en activité physique ; el ue mettant pas sur l'autre l'apport moral des êtres chétife, ce qu'ils avaient pu donner en bien-être, en gaieté, en dôvouemenl el en soins affectueux. On taisait cela et On aurait voulu que la balance ne | Kiuliàt ni d'un coté ni de L'autre.

Cette manière de comprendre et d'appliquer la justice est indigne.

Ce n'est pas de la justice, ce n'en est que L'apparence.

La justice consiste quelquefois à donner plus à celui qui parait rapporter moins.

Humanité.

Lapins hante expression de la conscience humaine est la sentimentalité qui nous apparaît tout juste comme le oon* traire de l'égoïsme. C'est cette sentimentalité qui nous fait vivre en dehors de nous-mêmes, qui nous fait aimer les autres plus que nous-mêmes. Faculté morale si remarquable et si caractéristique de l'espèce humaine, qu'on l'a appelée humanité.

La conscience de nos ancêtres n'atteignait pas souvent ce niveau sentimental. Nous sommes bien forcés de convenir, en effet, que cette conscience n'était pas souvent inspirée

par l'esprit d'altruisme, en vertu duquel un homme supérieur, un homme digne de respect, pense aux autres avant que de penser à lui-même.

Ils riaient charitables. Mais leur charité procédail rarement d'un élan du cœur vers le sacrifice. Elle leur était le plus souvent inspirée el en quelque sorte arrachée à la vue d'une misère poignante, à l'audition d'un malheur ou d'une calamité qui les impressionnait.

Parfois aussi, elle n'étail qu'un acte de superstition. On faisait l'aumône pour l'amour de Dieu, en vue de mériter la

réc pense éternelle et d'éviter parfois les châtiments dent

sonl frappés les mauvais cœurs.

Leur charité n'allait pas tant au bien public qu'à leur

bien propre.

maux physiques du reste les touchaient beaucoup plus que les peines morale-. Leur commisération ne s'étendait pas aux douleurs muettes; et si un infortuné était trop discret pour se plaindre, on ne l'assistait p

Qtendaienl que le malheureux fui un mendiant et qu'il s'avilit. Il n'\ avait ni grandeur ni délicatesse dans leurs procédés de bienfaisance ; et parfois môme leur ièreté «'■tait tout à Lut ignoble.

-, les aliénés, le- boiteux, les bossus, etc., ion- lee infirmes étaient pour eux un objet de raillerie quand ils les rencontraient,

( >n Faisail eenre chaque année la hommes du village qu'on savail trompés par leur femme; et cette liste leur était envoyée a tous, individuellement, le jour de la fête de uni Joseph.

o, qui florissail encore eu 1840, dénote un manque

i moral chez les pay sans du bon \ ioux temps.

\ '-, i égard tnble que no mœur ni eu

Disons, pour terminer, que le système de sévérité employé autrefois dans l'éducation des jeunes gens, que les principes de rigorisme et de compression mis en usage, n'étaient guère propresà taire des hommes indépendants, des hommes de vraie liberté , ni à lés rendre simplement bons et affectueux.

Les paysans «ht vieux temps étaienl façonnés & la vertu comme un chien l'est aux exercices de la parade.

g X. - PÉRIODE MODERNE.

Scepticisme m: s villageois.

Il y a juste cent ans que l'Assemblée nationale lit table rase des droits féodaux, abolissant dans une nuit les dîmes, redevances el servitudes auxquelles nos pauvres mainmortables de Broyé étaienl soumis.

Une révolution aussi bienfaisante ne pouvait manquer d'être accueillie avec satisfaction el reconnaissance par ceux qu'elle intéressait particulièrement.

Kt cependant elle leur causa peut-être encore plus d'étonnemenl que de joie, On tut longtemps à se làire à l'idée que c'en était fini et bien fini du régime des seigneurs. <>n s'associait, en apparence, aux solennités et aux fêtes nationales que le gouvernement prescrivait à l'occasion de chaque événement un peu mémorable ; niais on s'y associait avec cette arrière-pensée que la bourrasque politique du moment aurait un retour, qu'une réaction inévitable se produirait, etc.

On était donc assez peu enthousiaste, on voulait voir venir, comme on dit.

D'ailleurs, si le cens avait été aboli, si les droits curiaux et seigneuriaux avaient été supprimés, d'autres charges fis-

cales, au moins aussi Lourdes, étaienl imposées aux contribuables. Payer les tailles à un percepteur de L'Etal ou bien les payer à un intendant de seigneurie, où étail la différence ?

— La différence était en ceci, observerez-vous, que le produil des tailles se dépensait pour la satisfaction et le plaisir des grands, tandis qu'à présent il allait être employé à faire marcher les services publics...

— Oui, mais ces services publie.- peur lesquels ils payaient, les gens de Broyé n'en profitaient guère. Ils manquaient de pouls : leurs chemins vicinaux étaient mal entretenus. Puis, ils avaient toujours, sous le nom plus moderne d'agents forestiers, des officiers de Gruerie pour les tracasser et les empêcher d'exploiter leur bois, d'y faucher l'herbe, d'y conduire leurs bestiaux, etc. Ils étaienl donc à se demander si la Révolution avait été bonne à quelque chose.

Il y avait des sceptiques.

Il y avait aussi des impatients ou des caractères aigris,

pour qui les réformes a'allaient pas assez, vite.

divergences d'esprit économique, ou, si Ton aune mieux, de sentiments politiques, ne devaient pas tarder ;'i se Eure jour.

Quand il l'ut question de célébrer un service funèbre à

Broyé, en l'honneur de Mirabeau, le maire refusa de donner

.m commandant de la milice nationale, Jos. Lefranc,

abstint, bu et ses amis, d'assister ;i la cérémonie qui eul

lieu quand môme. Un procès-verbal <\r cette cérémonie fui

mais il n«' put être Inséré aux actes de la co une,

du mauvais vouloir du secrétaire greffier qui s'étaii ab enté ave< le mécontents du conseil.

dh ■ intestines ont du être les mé s dans

tout ait ''H finalement ce résultat

ux, que chaque parti, pour agir sur l'opinion, a dû

c pin. du moins de proposer des

amélioration loi il

Ce serait trop long, mais forl amusant de descendre dans ions les détails des luttes politiques qui se sont poursun sur un aussi petil théâtre.

ÂHÉLI0RATI0N8 LOCALES.

Les choses marchaient quand même vers le mieux. On voyait peu à peu circuler plus d'argent qu'autrefois; la consommation des vrilles devenait plus active, le peuple des campagnes vendait mieux son bétail et ses denrô

Le village de Broyé, qui comptait déjà <»<><) âmes en l'an II, atteignit lu chiffre de 700 dix ans après.

Plus tard la prospérité du paya l'ut encore accrue par une source assez inattendue, smis i.t Restauration, le Tn payait la somme de 11 ,500 francs à 23 militaires pensionnés, mis ;i la retraite nu à la réforme, en résidence à Broyi Les M,r><>() francs encaissés par >ï.) chefs de famille ne laissaient pas (le profiter au pays; ils s'y dépensaient ou

niellaient à l'épargne.

Peu à peu les vastes masures de chaume, abritantquatre ou cinq ménages, tirent place à des maisons plus confortables, couvertes de tuiles, mieux éclairées et séparées les

unes des autres : parce que chacun voulut avoir sa demeure exempte de servitudes et de mitoyennet

Les pues étaient o lanceuses et aquatiques •>, suivant les termes d'une délibération de 1826. On les empierra el on les élargit en les bordant de rigoles pavées. On en lit, en un mot, des rues vraiment superbes.

On répara et on rendit praticable aux voitures l'unique chemin vicinal qu'on possédait et qui menail à Pesmes, chef-lieu du canton.

(1) Ces vingt-trois pensionnés comprenaient un cher de bataillon, deux capitaines, quatre lieutenants et sous-lieutenants, sept Bous-officiers el uenf

caporaux ou simples soldats. Actuellement il n'existe pas à Broyé un seu

pensionnaire de l'Etat.

Plus tard encore on fit quelques prestations sur un autre chemin de défrichement qui allait d'Aubigney sur Gray e1 V;ilay.

Ces améliorations de voirie en facilitant les relations de voisinage, favorisèrent un peu le commerce local.

Pendant que ces changements se produisaient l'un après l'autre, d'autres progrès s'opéraient dans les esprits e1 aussi tl;ms les procédés économiques. La routine était battue en brèche par des observations que précisément les habitudes de libre discussion favorisaient. Et il s'en suivit une émulation extraordinaire pour tout ce qui a rapport à la culture. C'était à qui aurait les plus belles récoltes ! A qui 1 écurie la mieux entretenue !

Aujourd'hui, Broyé possède une proie rouge d'environ 700 tètes ^ gros bétail, 81 bien que le bo! y soit en général médiocre, le rendement des terres est considérable. Le village B un excédent de production moyenne en blé, de plus

de 's<x» hectolitres.

On ne cultive plus guère de méteil : pendanl que la culture du seigle est conservée à cause de la paille qui sert à façonner des glus donl le commerce est assez, recherché.

LAiioutKints n'MJjomiD'HUI.

Je pro ird de mes compatriotes une estime

trop admirative pour ce pas suspecter l'expression d'un

aliment. C'est pourquoi, dans l'examen auquel je

m. • livrer sur le caractère de nos gens, j'emprunterai

d'abord le appréciations d'un étranger, d'un I ime né

un autre village, mais 'i111 ■' vécu b Broyé, qui est bien placé pour voir b1 i r compai ippréciations ne sau

M. Charpillet, instituteur communal, a fourni l'année dernière à l'inspection Académique de la Saute-Saône, cm travail assez étendu sur Broyé.

Je copie: « La population, dit-il, s'y distingue par Hé

9 tares habitudes de travail. L'agriculture est a peu i » son occupation exclusive. Elle s'y livre av§c ardeur et » n'économise pas ses bras. Sou- ce rapport ''lie peul ser- » vir d'exemple. Ce qui lui fait honneur surtout, c'est son '• attachement au pays natal et à la rie des champs. I.'éini- » gration que l'on combat ailleurs est inconnue à Broyé. La » ville et les emplois publics y recrutent peu. Le td> y suc- » cède à son père; et ses occupations lui procurent toujours » le nécessaire et souvent l'aisance. Cela, avec la liberté, •> snl'Ht à son ambition

Voilà qui esl l'exacte Vérité.

Le village est resté ce qu'il était jadis, une colonie absolument agricole. On naît où l'on devient laboureur, et labouivur on reste.

Gomme il n'existe au pays ni couvent, m château, ni fabrique ou usine, on n'y connaît pas la mendicité ni la domesticité servile, ni le travail débilitant et souvent avilissant de l'atelier.

Chacun y cultive ses champs, et, par esprit de fierté el d'indépendance, personne ne voudrait aliéner sa liberté pour

se rendre le serviteur ou l'homme lige de qui que ee soit.

Après 1880, la forge de Pesmes expédiait sur la Saône beaucoup de gueuses et de 1er en barre, pour de là ces marchandises être expédiées par bateaux sur différents points. Les transports de Pesmes au port Saint-Pierre, assez bien rémunérés, transitant par Broyé; d était naturel qu'ils fussent effectués par les voituriers de l'endroit. Or, nos laboureurs ont toujours préféré laisser l'aire ce VOiturage par ceux d'Aubigney et de Sauvigney, estimant qu'il ne faut pas répondre par les grands chemins un fumier dont la terre a si grand besoin. Puis, d'ailleurs, à charrier tout n'est pas

profit; on néglige le travail des champs qui n'admet pas les atermoiements; et quand on a tout bien compté, le coût du maréchal et du charron, on s'aperçoit que le train mange le train.

Ils se livrent donc à la culture sans partage.

Toutes les maisons du village et leurs dépendances sont appropriées en vue des aisances agricoles. C'est dire que l'agrément en est exclu. Ecurie, remises, grenier occupent pins des trois quarts des bâtiments.

On n'y sacrifie rien au luxe.

Cependant, depuis quelques années, les propriétaires les plus riches ont l'ait (''lever sur rue de beaux murs surmontés d'une grille pour enclore leur devanl de maison. Espérons qu'on en viendra prochainement à ties clôtures moins coûteuses et plus pittoresques <le charmille, de lilas et de chèvrefeuille.

A Broyé, on ne connaît pas la domesticité Bervile. Les

i .m en service, domestiques, valets, Berviteurs

srvantee, qu'on les appelle comme on voudra, ne rap-

pellenl en rien la valetaille qui une dans Les maisons

boni Os sont considérés comme des membres de la

famille, comme des aides el des compagnons, et ils mangent

table commune , car

Qui m n t.i table

Mange .1 i .i.iiitr. ......

ii | • , Broyé, dit m. Charpillet, il

on toi! et quelques sillon

» qu'il l'ait produire »>. La mendicité n'y est pratiquée que par les pauvres des paya voisins.

Presque tous les épiciers, meuniers, marchands el aubergistes du village sont encore des étrangers qui sont venus s'y fixer el dont les descendants, par une sorte de contagion, prendront le goût du Labourage, goût caractéristique de notre vaillante population.

Chez nous, comme l'observait M. Charpillet, on ne s'expatrie pas. <>n acquitte pas son pays pour devenir en ville garde de police ou cocher de bonne maison.

Non ; un attrail irrésistible nous rappelle au villaj nous avons vécu sainement dans une sorte de familiarité générale, indépendante, avec des mœurs simples et un profond sentiment du droit qu'on a d'être maître chez soi et d'y vivre à sa guise.

C'esl pourquoi dos jeunes gens, revenus du régiment, rentrenl chez eux tous pour reprendre la queue de la charrue.

Et pourtant je ne crois pas qu'à l'armée on ait des recrues plus intelligentes el taisant un meilleur service que celles de Broyé. En effet, quand on a été tonné aux vertus champêtres par l'exemple de ses parents ; quand on a contracté dès le bas âge des habitudes de sobriété, l'esprit

d'économie et l'amour du travail, on ne saurait être qu'un

soldat modèle et i|u'un bon citoyen.

Sans compter qu'avec ces vertus-là, on n'est jamais

pauvre.

La crise agricole passe presque inaperçue à Broye-lez- Pesraes >>.... Et les crises politiques, ajouterons nous, n'ont

(1) M. GHABPILLET, manuscrit cité.

jamais agité te pays qu'à la surface. Kilos ont servi plus ou moins à masquer dos jalousies ou des animosités personnelles : mais elles ont laissé la masse des paysans assez Indifférente en somme. Car, république on monarchie, ne faut-il pas des sacrifices et de la subordination sous n'importe quel régime?

On cultive peu, on ne cultive môme pas du tout les beaux arts à Broye-lez-Pesmes. A cet égard, on a des idées fausses parce qu'elles Boni exagéré

On croit que la peinture n'est propre qu'à distraire les riches el les désœuvrés; et la musique, qu*à faire danser.

En dehors dès chants d'église el de quelques chansons grivoises on patriotiques, <»n ne connaît que les airs de bastringue popularisés à l'occasion d'uni' noce ou de là fête patronale par les ménétriers, cornistes et joueurs de clarinette, artistes venus de Pesmes.... Car je ne sache pas qu'à Broyé il y ail un seul Instrumentiste.

il est évident qu'un grand musicien ne saurait se développer dans un pareil milieu.

Le village n'a vu naître auci célébrité artistique, aucun

nd écrivain, aucun homme de guerre fameux ; mais une multitude de braves gens dont quelques personnes fort mmandables.

Qaude Hubert et François Goyot (1712-1714), deux frères dont l'un, chanoine de Comines, fut professeur de rhétorique ollège de Lille en Flandre; «'i donl l'autre, cordelier, docteur en Sorbonne, devint procureur général de son ordre el cordon-bleu de l'ordre du Saint-Esprit, <'.<• dernier mourut •' Sellière Jura) dans le eouvenl des Cordeliers.

m in i,in( filles de la charité, néei dans les

dei nièn du w ur ièele ■< Broyé ; i, l'une

iin.iii ni 1 1 1 •• 1 1. ■m.- de i hôpital de Méziôre - . l'autre, de

pital cii i Iroi iôme, de l'hôpital de Corbeil.

a Devaal la grande croix centrale du cimetière de Corbeil, » se trouve un monument où es! gravée l'inscription sui-

» vante : Cï GIT JEANNE PIERRE OUDIN, FILLE DE LA » charité , NÉE a BR0YES-LEZ-PesMES (Haute-Saône) , p DÉCEDÉE SUPÉRIEURE DE L'HOPITAL DE CETTE VILLE LE » 6 AVRIL 1851, ÂGÉE DE 70 v.\s DONT 40 DE VOCATION » CONSACRÉS A.UX MALADES.

<>.... Qne vie entièrement consacrée à l'humanité soufb frante, dont chaque jour a $té employé au secours <ln t pauvre, qui a'esl éteinte calme et sereine, comme elle .) avail été simple et modeste, au milieu de ceux qu'elle 9 avait assistés depuis 39 ans a Corbeil.... Une pareille vie » a droit aux respects, aux regrets Bincères de toute la » population à quelque classe qu'elle appartienne.... ileuil » public... La s. nu- Oudin lit ses débuts a Corbeil en I8i c p au moment oc la bataille de liontereau nous envoyait son » déplorable tribut. <>n la vit prodiguer, etc tt). »

Broyé tut aussi la patrie de François Perron, qui fut professeur au collège de Nancy; puis, plus tard, professeur de philosophie à la Faculté des lettres de Besancon, et longtemps secrétaire perpétuel de l'Académie, où il faisait des rapports brillants et faciles, el pour ainsi dire improvisés.

Il l'ut sous l'Empire chef de division au ministère d'Etat, directeur du journal ['International, créateur des assurances agricoles, directeur et fondateur du Petit Caporal, etc. François Perron, aé en 1804, mourut à Paris en 1<s7ô.

L'étude plus sociologique qu'historique que nous consacrons à une commune absolument livrée au travail des champs prouve une fois de plus que l'agriculture est la

plus saine et la plus murale ile> professions.

(1) Note communiquée pw M. Goyot-Briot

ï XI. — LE PATOIS DE BROYE-LEZ-1'KSMES.

De nos patois confus procèdent les langues écrites, comme de celles-ci devra procéder la langue univer- SELLE.

Dans les pays voisins on taquine volontiers les gens de Broyé au sujet de leur patois qui est moins mélodique que celui «1rs villages de Bourgogne, mais aussi moins lourd et moins traînant, moins chargé de diphthongues que celui des villages de 'Franche Comté : el on leur jette en passant par moquerie, [cette phrase de leur vocabulaire: Aipotè Vtotot, Vtrirot, lai coude .'... Le totot, le viroi el la corde sont toutes i,.s pièces de l'appareil nécessaire pour serrer une voiture de foin.

Je me figure qu'à Broyé, localité essentiellement agricole, qui s'esl toujours complu dans la routine, < 1 < >i 1 1 la population n'a jamais été exterminée à fond ni par conséquent renouvelée, dont les croyances, les coutumes, les usages n'onl presque pas varié depuis deux mille ans ; je me figure, dis-je, que le langage n'a dû > subir que peu de transformations, el qu'il j a conservé son originalité, au moins dans ladésition nominale des choses vulgaires et dos objets les plus usuels aussi bien que dans Bes éléments constitutifs et sa ixe.

Quand i' Grammairiens, exclusivement préoccupés ,|n m étaient écrite ont daigné examiner d'un

peu | • ■ - le |)atol il ont été bien \ ite frappés de l'affinité ,i .i ■ taienl entre les mol de tous

; | , pour d ner li même objets ; el ils

n ont pa- manqué de proclamer que ce mol ■ titaienl

d'origine grecque ou latine; que nâ par exemple venait de nasus, e1 que /'/•"' el lenne né pouvaienl qu'être une variante des termes latins fructus et 'ioc(. El cette manière de voir êtail d'autanl plus spécieuse que les mots luna, fructus et nastw étaient déjà employés chez les Romains au temps des douze tables....

— Eh bien ; el nâf el frutt pourquoi ces mots

n'auraient-ils pas été employés clvéz les Celtes a la même époque '.'

— Rien ne le prouve, puisque aucun texte écril n'en Bail mention....

— .l'en conviens. Mais à, défaut de textes imprimi manuscrits, le bon sens nous indique que bien avant l'invasion des Romains dans la Gaule, on y récoltail des Bruits;

eu y Voyait la lune et les étoile-, el les Celtes eoiuiue les

Romains devaienl être pourvus d'un appendice nasal, d'yeux et d'oreilles !.. El sans doute qu'ils avaient aussi des vocables [tour désigner toul cela !

Or, je ne vois pas bien pourquoi étant en possession d'un langage traditionnel, adapté à ses besoins et à sa civilisation, les Gaulois l'auraient changé pour en prendre un autre, eux qui étaient par nature si fortement attachés à leurs habitudes et si Qers de leurs traditions.

A priori, il parait donc vraisemblable que la population de chaque pays a dû conserver une bonne part des éléments et «les formes primitives de son langage, à moins que le pays n'ait été saccagé el détruit de tond en comble.

Une horde qui s'installait dans une contrée veuve de ses habitants devait nécessairement y apporter avec elle son idiome, en même temps que ses traditions et ses mœurs; cela va de soi. Il n'y a pas de doute par exemple, comme l'a

dit Fallut, que les Celles, en envahissant la haute Italie

plusieurs siècles avant l'ère chrétienne el en refoulant les colonies d'Ibères et de Ligures vers les deux Siciles, n'aient importé dans la Cisalpine leur jargon, leur patois, qui (Mail plus ou moins celui des Arvernes, des Eduens él des Séquanais. Cola devait être, ou la vérité historique n'aurait aucune vraisemblance.

Et cependant l'élément indigène vaincu, refoulé et dispersé, était resté encore si vivace, qu'il a fini par imposer son ancien idiome, ses tonnes, ses accents, aux envahisseurs.

Gomment admettre, après li1 tait historique que nous citons, que des conquérants de passage dans la Gaule, comme l'ont été les Romains, aient imposé si facilement leur langue aux peuple- qu'ils avaient vaincus?... Jamais ces peuples n'avaient pu uniformiser les différents dialectes de leurs tribus, qui ne se comprenaient pas de Tune à l'autre : et l'un voudrait qu'il <'ùt suffi d'une occupation temporaire de- citadelles et di^ bourgs de quelques points de leur vaste territoire, pour changer radicalement leur Idiome ?... Est-ce admissible?...

o serait en toul cas un miracle qu'on n'aurait plus jamais re\ u.

Non , ce n'esl pas quand un peuple occupe simplement

les cités principales d'un grand pays qu'il peut y implanter

ie, changer les mots techniques en usage dans ce

pays, ^ (aire oublier le nom des choses et des objets qui y

lient auparavant.

\ m - donc qu'elle n'ait complètement disparu h pour

i peu qu'il en reste, la race autochl ne perdra pas facilement le expi e ion qui lui ont familières et qu'elle tient • m h uctiona spécj inunaire.

il v tinqueur et le vaincu ; des

m. m. c li i "ni emprunté i de l'un 6

l'autre, qui nécessiteront des vocables nouveaux. Mais les objets dont les colons anciens continueront à se servir; mais les vieux procédés retenus, les vieilles croyances, les produits du sol, les lieux dits, etc.. i « .ut cela aura chance de conserver s;i dénomination connue et de garder la situation acquise. Cela même ne pourrait pas se faire autrement, l'étranger ne pouvant dénommer que ce qu'il connaît.

On fait observer que le latin (Haut devenu la langue religieuse du | >.i > -, a dû nécessairement introduire beaucoup de mots dans nos vocabulaires.... .Mais les pauvres gens qui l'ont entendu chanter dans nos églises pendant des siècles n'y uni jamais rien compris. Ils n'uni pas dû par conséquent v foire de bien larges emprunts pour enrichir leur langue maternelle. Le clergé a certainement plus latinise'' de vieux mots patois en les affublant d'une terminaison en us on en um qu'il n'a procuré de mots latins au langage vulgaire. Nous avons moins reçu que donné.

Est-ce que nous n'avons [tas imposé à l'Italie l'article qui simplifie si fort les déclinaisons ? ... Est-ce que nous n'avons pas imposé pareillement nos constructions do phrases, si régulières, si méthodiques, >i opposées aux amphibologii

Et les pronoms \'

Les patois ne sont donc pas des dérives du latin. Ils sont bien des idiomes primitifs, et dans toute la force du terme des langues mères dont les tangues savantes dérivent assurément.

C'est donc avec ce qui nous reste du patois que nous pourrons retrouver l'étymologie d'une feule de mots au sujet desquels la philologie est dans la mut.

La recherche des origines des mots devient de plus eu plus difficile avec la disparition des patois.

Quelquefois un phénomène observé, un t'ait physique quelconque aura été le point de départ d'une série de mots

composés pour désigner des actions ou des choses qui s'y rapportant de près ou de loin. Or, il peut se l'aire que ce phénomène ait disparu ou soit oublié, et que les composés qui en dérivent soient conservés. Par exemple, le mot frein

— linge de corps — n'a plus cours depuis longtemps ; quoique le mol enfretoilHe qui lui doit son origine soit encore employé assez souvent.

Ainsi encore, bretu — rapière — ne se dit plus ; mais le mol breteUe nous est resté pour désigner ce qui soutenait la rapière.

C'e.-t SOUVenl dans ces radicaux oubliés ou peu connus qu'on retrouvera la clef de plus d'une étymologie.

Demandez à nos lexicographes d'où provienl le oio1 d'éblouissement*? Ils vous répondront qu'il vient d'éblouir.

— Et éblouir? — Ouvrons Littré: ».... 8», préfixe, et un

idical qui est aussi dans le provençal eiit-hhinzir , i étonner, d'origine incertaine. On a proposé bleu : faire » bleu devanl les yeux, il est certain qu'au \i\ siècle, on a » dit rx-hh'nir. Mais hic/, objecte que bleu, de l'allemand i hhui, n'aurait pas pris un /. en provençal pour éviter an ■i hiatus, — et en effet, btaveuc} bUweza, etc., dérivés de i Mau, et non pas blauzeuc^ blauzeza, etc. Il se range donc

de l'avis de Grandgagnage qui Indique l'ancien haut i allemand blôdi, interdit, incertain. Y aurait-il deux i thèmes, sic?.... ..

H est clair que Grandgagnage, Diez, Littré, et tutti quanti u'\ ont vu que du bleu.

i h paysan de Broyé un peu avisé vous dira : ablouit Mrfl tMoui, bien quand on s les abluottot I Abluottet

que jignifle*? Ehl oui; avoir les abluottes, c'esl voir trente ix chandelles, comme l des apluet vous dansaient li cea apluea, qu'est-ce encore ? <>u appelle apluet chez nou le particules de fer incandescent, Lincelle 'i111 jailli enl ou le m. nie. m du forgeron.

h. .plue- i aiplues, comme on dll È Be onçon, sont

issues les aibluottes ; et (V aibluottes ;i éblouir il n'y a qu'un pas.

Un autre exemple encore : cherchez dans les dictionnaires L'étymologie «lu mot breloque, vous trouverez que i breloque » est formé par une particule péjorative, — bre ou bér, — » et par le mot loque, qui viendrai! «lu haut allemand loc, » chose pendante.... » Mais c'est chercher uinli à quatorze heures.

Une breloque est une machine dont l'intérieur esl détraqué, dont le mouvement ne vit plus, qui loque ou berloque comme un œuf dont le germe .:i demi formé est morl dans l.i coquille. (Voir le mot loquai).

Ce qui prouve bien, comme l'a «lit notre compatriote Bullet dans ses éléments primitifs des langues, que pour faire Vanalyee du français il faut attendre </'"■ noue ayons de*

dictionnaires de tous les patois de nos provinces.

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