IV. — COMMERCE ET INDUSTRIE
La situation économique.
Os grossières maisons de chaume ne dénotaient pourtant pas la misère autant qu'on le pourrait croire. Par rapport aux pays voisins, Broye-lez-Pesmea était un bon village de culture.
Le dénombrement de 1688 que nous avons déjà cité, pièce très curieuse, relève la population ^- chaque commune de la Franche-Comté en hommes, femmes et enfants ; en serviteurs et servantes ; il donne le comptage des bœufs, des vaches, des chevaux, des chèvres, des cochons, etc.
Sur les 354 habitants du village de Broyé , il y avait
quarante-six valets des doux sexes. Cette quantité de serviteurs à gage dénote que la population de ce village étail en généra] dans une aisance relative, el que l'ouvrage ne manquait pas à qui en voulait trouver.
Pas plus alors qu'aujourd'hui Broyé n'exportait les travailleurs.
Mais celte aisance relative des anciens ferait la misère grise pour nos contemporains. Qu'on en juge.
A peine comptait-on dans ce riche pays de culture trente hœufs pour labourer la terre ci quatre-vingts petits bidets de tout âge.
Trois cents tètes de bétail, ou plus exactement 297 vaches, veaux el génisses, formaient la proie rouge de la communauté (t).
Toutefois on n'eu était plus à Broyé, connue à IVsnies ou a Yalay, à compter les chèvres au demi cent, 08 qui montre bien l'état de pauvreté de ces localités. Ou ne s'amuse pas à tenir des chèvres quand on peut avoir une vache à l'écurie !...
Le paysan ne se livrait pas à l'élève du bétail, parce qu'autrefois la consommation de viande n'était pas générale comme aujourd'hui.
De toutes les communes *\\\ bailliage de Gray, celle de Broyé, avec ses 297 tètes de bétail, était pourtant la plus riche comme productive de lait et de chair 6 manger. Le viiia^o de Baujeu, qui venait après, ne comptait que 268 tètes de bétail ; Ghamplite, 208 ; Chargey> 200 j toutes les autres communes, n u de 180.
On élevait à Broyé une grande quantité de porcs qui étaient livrés vivants au commerce. <>u mettait oee animaux à la glandée dans les belles forets de la Vaivre, du Fah) et «les
Chazeaux, qui appartenaient à ta c mune usufruitière, el
qui comprenaient plus <!<• oinq cent arpents.
\"i' 'm. i iiin orapte pot > Broyé n ii de 060 boirai el va< lie
Chaque Camille avail au moins une laie ou truie a gorets — goroille (*)-— donl les portées étaienl vendues comme hourrhuou petits cochons à engraisser, aux foires de Pes sou
do Valay.
Difficulté des relations commercial]
La difficulté des communications, ta rareté el le mauvais étal des chemins, ne permettaient guère que les gens d'un pays qui était séparé du mondé par ses rivières el perdu dans ses forêts, pussenl se livrer à un commerce un peu
suivi.
Il y a cinquante ans, la commune n'avait .le ponl ni sur la
Saône, ni sur l'Ognon. Il n'v avait qu'un seul chemin un peu
empierré ci praticable aux chariots dans la bonne saison: c'étail le chemin foirei ferré «m empierré, où de temps en temps «m déchargeait, aux mauvais endroits, quelques voiimvs de prestation. Les autres chemins existant présentement comme ceux d'Aubigney ci de Montseugny, de Perri-
gny, etc., OU n'existaient pas du (nul, mi n'étaient .pi.' i\r^
voies de défrichement, «pic des chemins sablonneux, étroits, effondrés, bordés de haies vives ci de buissons.
ou n'y faisait aucun trais d'entretien.
Parfois cependant un paysan obligé de passer avec sa voiture par des uécessités d'exploitation , jetait sur les creux et dans les ornières des fagots d'épines pour servir comme d'un ponl volant; et cette réfection ('tait fade pour plusieurs aimé
Il n'existait pas même de sentiers pratiqués pour se rendre, soit àClery et à Perrigny, soit à Œilley, à Maxillv et à Talmay, localités qui sont distantes de Broyé de deux, trois ou quatre kilomètres, tout au plus.
Dans des conditions pareilles, le seul commerce possible, • •'•'•lait la culture.
(1 ) Voir ce mut au Glossaire.
Culture dés céréales.
Comme aujourd'hui, nos gens de Broyé étaient, par la force même des choses, des travailleurs de la terre, des laboureurs ou des manouvriers de cette grande famille du labourage, robuste et saine, qui assure aux races la durée et la stabilité.
La culture principale était celle des céréales.
D'après un état fourni à l'Intendance U) en 1759, et établi en vue d'indiquer les possessions en terres des ecclésiastiques et des seigneurs dans chaque communauté, le territoire de Broyé comprenait 1800 journaux de terres Labourables, 5552 faulx de prés et 522 arpents de bois dont 138 étaient mis en réserve.
La récolte annuelle s'éleva il en moyenne ;i 1,500 mesures de froment, 1,500 mesures de seigle, 2,250 mesures d'avoine el autant de menus grains.
On avait toujours soin, dans ces sortes de déclarations, de minore? ses recettes et de s'appauvrir, afin de ne pas exciter la cupidité des agents du lise. Mais on peut ôtrè sûr que le rende ni des terres était bien loin d'égaler celui d'aujourd'hui.
On paratl avoir essayé la culture de la vigne, puisque nous voyons mentionné dans un acte de partage (ail en 1707 un journal '■" nature de vigne siim- prêt du Breuil <-)....
Cette culture ni- pareil pas avoir donné de bons résultats, puisqu'elle •> été abandonnée tout à faii. Quoi qu'il en soit, I.- terrain situé prèi du Breuil b conservé le nom de /<" uaignotte, ta petite vigne.
.1 \ r, 7imv. ilriuirlrmriiliilr du llmilis, i.iiIhii Ci III.
têtnentalet dé '<« Haut* Saône, n. ih<w.
Cultures industrielles.
Après la culture des céréales, celle du chanvre était certainement la plus intéressante de toutes. On consacrait à (aire venir la plante textile un temps considérable, et surtout à préparer et à utiliser les produits de eet£e précieuse denrée.
on semait au printemps la graine récoltée l'année précédente, dans une terre de choix, dans l;i terre la plu> pl.mtu-
reuse, la mieux préparée, la mieux fumée, qu'on appelait la chenevière. On en confiait la garde a la vigilance des enfanta un d'un bon chien chargé d'en éloigner la volaille et les
oiseaux qui sonl très friands de cbenevis, comme on sad
on arrachait te chanvre à la tin d'août pour le rouir.
Pour faire l'opération du rouissage, ou a employé à Broyé jusqu'après 1830 exclusivement la méthode par voie humide. Trente ou quarante gerbes de chanvre étaient empilées dans la rivière entre quatre pieux solidement plantés, et I entre elles de manière à résister au courant. Dix ou douze
joins après, on relirait le chanvre mïsi et on le taisait sécher pour ensuite le décortiquer OU le teillcr.
Ce procédé de rouissage était répugnanl à cause de l'odeur infecte ii1"' répandait la plante putréfiée.
Le teillage se taisait dans les veillées d'automne. A peine était-il fini, qu'on voyait arriver, après l.i Toussaint, des troupes de Bressands, — les pignardt ou les foirtoux, — qui savaient peigner le chanvre et qui avaient l'art de préparer la belle œuvre et les bonnes étoupes. On les payait bien et on les nourrissait grassement, dans l'espoir que l'ouvrage Berail soigné et l'œuvre facile à hier.
Dans les soirées d'hiver les femmes étaient occupées à faire tourner les rouets, à hier l'œuvre et les étoupes. ouede
temps consacré à cette hesogne !
Mois c'était si bon d'avoir une provision de beau linge de ménage '
La tâche des ûleuses achevée, on remettail au tisserand d'un village voisin les vicie* — paquets de (il, — qu'on avail bien sein de peser- Mais on avait beau peser ; les tisserands étaient si voleurs !
Etonnons-n<>us après cela que nos vieux parents aient été si
ûers île leur beau linge, de leur lin nappage, de leurs serviettes ouvragées, el de leurs armoires où les elieimses en toile d'œuvre el les draps étaient empilés et bien rangés.
C'était leur luxe.
Le l'ait est qu'une table garnie d'une belle nappe blanche
Halle bien ini«Mi\ les sens el L'appétit, que si elle était reeou-
verle d'une affreuse toile goudronnée, si bien peinturlurée soit-elle.
On tenait à l'oeuvre et aux étoiipes à ce point que, dans
l'abandon de ses bien- par donation, on réservait tant de blé «■/ de lard pour m pitance, et tant de livres d'œuvres ei autant cFétovpes préparées, prêtes à être filées.
El dire qu'aujourd'hui la culturedu chanvre esl à peu près abandonnée dans nos villages....
Une autre culture qui fui jadis très répandue, ei qui o disparu depuis longtemps déjà, c'esl celle «lu millet.
Chaque petil ménage avait sa meillotère — son champ à millet, • dont les produits étaieni conson ïs habituellement a la maison, comme la larme de mais l'a été après.
Le millet faisait d'excellentes bouillies. Avant de le ouire du i m, on le pilait rement dans un mortier,
le nom de pilé ou de plû bous lequel il était connu.
le croi |u de < lomté en pilent encore dans
leurs [eux, qu mil oulèvent et -<• reuversenl alterna
iis.inriii. .1" ■' d . '■! qu'ils chantent
/ n'en peux pu!
Pilez le plâ !
I n'en peutt ma I
Les nourrices font aussi semblanl d'en piler sur le fronl «les bébés quand elles disent, pour les distraire :
Groue œillot, P'tiot œillot, Toqu'meillot !
Le dernier marchand de raille! parcourait mélancoliquement, après ls;iu, tes nies de Besançon, avec sa petite voiture, ou était attelé un vieux cheval qui avait nom Bavard, comme celui de Renaud, L'aîné des quatre Ris Aymon. De temps en temps l'attelage s'arretail à on carrefour et le pauvre marchand glapissait :
Au plâ! au plâ .' Tro sous! tvo Uut Quat'sous moins in in '
Et, après un petil temps d'arrêt,
Hue, bu<i<< '
La veille n'allait déjà plus. La mode était aux fécules exotiques qui eut un nom plus distingué... Le millet, c'était lien pour les ,^ens d'autrefois !