‹ Broye-lez-Pesmes, histoire - statistique - langageChapitre 9 sur 14 · V. — ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

V. — ADMINISTRATION

Pays de main-morte.

La féodalité n'ayant pas jugé à propos d'élever un caste! à Broye-lez-Pesmes, les gens du pays n'ont jamais eu à souffrir du voisinage d'une maison seigneuriale sous aucun rapport. De sorte que, quand ils avaient payé l'impôt aux décimateurs et aux collecteurs de tailles, ils étaient à peu près quittes.

La plupart dos terres et des maisons du village n'avaient pas été affranchies. Elles sont restées biens de main-morte jusqu'en 1789.

Mon aïeule paternelle, Jeanne-Bapt. Lefranc, pour sauvegarder ses droits dans la succession de ses parents, «lut mettre en œuvre M" Guillaume, notaire à Pesmes, le 26 janvier 1789, à l'effet de constater par acte authentique a que t comme elle était obligée, par les lois divines et humaines, i de suivre son mari en sa résidence, el par là, quitter la ► communion de ses père et mère, voulant user et profiter » du remède et de la laveur accordés par la coutume génë- » raie de la province aux ailes de condition main-mortable, •• elle a, à cet effet, eu présence desdits notaire et témoins, i lui et mangé en ta maison résidentielle desdits Lefranc et » Gruyot, pour manifester la volonté qu'elle a de ne point mpre la communion d'avec ses père et mère, e1 par là, l pouvoir leur succéder de la même manière que si elle était i restée en leur communion jusqu'à leur mort, laquelle com- » munion, nonobstant ledit mariage, elle entend et prétend i conserver, de tout quoy elle a eu besoin de l'authorité de i Bon 1 1 1 . 1 1 ■ > , présent et l'authorisant, etc.... »

Contrôlé à Pesmes, le 26 janvier 1189. Reçu l.~> sous.

Signé : Mu.i.ot, et, pins bas, Guillaume, notaire.

On appelait cela un acte de respect, sans doute pour couvrir un peu ce que des exigences pareilles avaient d'ignominieux.

SANS \i i m i \ non.

i i de la commune consistaient en ce que chaque

m. h ni feu devait au Beigneur une poule en temps

■ i.- carême entrant ; et, poui chaque moix et maison de la contenance d'une faulx de pré, deua gro ■' . pour chaque

'. ■ '■ m li i. iii en t raw ho i iointtf, d 'i",p Dotn ' Il appin

faulx de pré main-mortable, aussi deux gros ; pour chaque journal do terre, trois blancs ; le tout taille à eux, payable audit Broyé, le jour de feste Saint-Michel.

Les fours eti ilins bannaux étaient de partage entre le

baron de Pesraes el le commandeur de Montseugny. Comme les fours étaient acensés annuellement à raison de :'><mi li> : chaque ménage ou feu était imposé & :> livreU 7 ious.

Tous ces droits en somme étaient plus avilissants, plus blessants ou contrariants que lourdsa supporter.

L'intervention de l'autorité, quelle qu'elle Boit, pour surveiller et môme pour régler les agissements «les individus dans la société, est légitime, ne servit-elle qu'à établir qu'il y a quelque chose de supérieur & nos intérêts particuliers ou corporatifs : la justice el l'intérêl de tout le monde, « >n comprend donc que cette autorité coûte à ceux & qui «'lie profite : c'est-à-dire au corps social.

Mais si les charges imposées et destinées à payer des services ne répondent plus à leur lin ; si les services ne Boni plus rendus , et que les charges subsistent quand même, il \ .1 fraude. C'est drainer une terre qu'on n'arrose pas. Cesl par conséquent la dessécher.

\iirait-on crié autant contre les tailles el les redevani si elles avaient été employées à des œuvres d'utilité générale, comme à la création de routes, au développement de l'instruction, etc.

L'autorité civile, sous ce rapport, négligeait un peu ses devoirs. On aurait dit qu'elle ne tenait qu'à ses droits domaniaux, qu'au produit pécuniaire de la seigneurie! Elle n'intervenait pour ainsi dire jamais dans les affaires de la communauté, si ce n'est puni' mettre sou veto aux changements et aux réformes qu'on aurait eu Bure.

/.<■ franc = 13 sous el î deniers, monnaie de France ; Le gros 5= I son, l denier et un liera de denier ; Le blanc = 3 deniers et un tiers de denier; Le sol = 8 deniers.

De temps en temps pourtant, après la conquête française, le sub-délégué de Gray rendait compte à l'intendant de !;i province de la situation matérielle qui était faite aux manants de rendroil : mais en réalité il se bornai! à transmettre, en les annotant, les états que les échevins lui fournissaient sur des questions générales.

L'étal dressé en I7ô!) par ce fonctionnaire déclare que les charges <\e< habitants «le Broyé sont suffisantes. Il n'y aurait qu'en cas d'orvales, comme gresles, gelées et incendies qu'il tiendrail de les diminuer. La communauté ne serait pu* suffisamment imposée pri ; égard aux autres, qui Vavoisinent, ei à l'étendue et bonté de son territoire ; mais f estime écrit le sub-délégué, qu'elle l'est suffisamment par la généralité île main-morte dont, elle est affectée, ainsi que des autres redevanet

Libertés communales.

Kii appaivmv on no pouvait guère rêver une liberté mu- Dicipale plus complète. Ecoutez !

Les manants el habitants de Broyé avaient le droil de s'as-

bler tout lu'il en était besoin pour la résolution

de.< affaires de la commune, sans, pour ce, demander licence

mir, me d gui gue ee sidl.

il- avaient le droit d'élire pour chaque année deux prit-

d'Iminmes rehrri,r< eliarges de négocier ces affaires et d'as- ■■-,- d,in I le /""/' Une lionne police.

imme ces échevins avaient qualité pour relever les

. assembl 'aie <

pour punir les contrevenants de telle peine gue bon leur

iblerait, cettu peine devant être applicable aux besoin i de

i,i fabrique el au profit de la communauté, aauf les trois

p>i ,-, r, ,,oir il ,) la seigneurie , il ivslillo

dnm chaque cora iiiiiit.'iiiii ai h< (ii Ciiiton C 1 1 'i

de tout cela, qu'en vertu die leur constitution communale, les échevins étaient chargés d'assurer les volontés des 'j,ru> du village, comme les consuls de Rome de faire exécuter 1rs décrets du Sénat el du peuple romain.

La communauté avait aussi le droit de présenter chaque \e mi personnage bien qualifié 'eproche à Vagrê-

meni de I" prévôté du lieu /iota- être -ter,

c'est-à-dire pour faire le devoir requis << I" conservation , tant du finage que des praiyi

C'était, comme on voit, une liberté municipale très grande. C'étail l'autonomie, puisque uos manants de Broyé pouvaient réglementer leur police, se prescrire des lois el nommer

leurs juges.

Décidément, ce qui paraissai) leur manquer, ce n'était pas la franchise politique, mais bien la capacité de s'en servir.

D'abord ils n'étaient guère en état <le saisir toute l'importance des améliorations donl nous jouissons aujourd'hui, ni des réformes dont ils avaient peur : ensuite ils n'étaient pas non plus dans (les conditions h les appliquer. Ils n'avaient, en un mot, ni l'esprit d'initiative qui conçoit, ni la force matérielle qui exécute.

Autonomie illusoire, d'ailleurs, puisque nos manants étaient de condition mainmortable comme aussi leur m< maisons et héritages, tant envers ledit baron que d'autres particuliers ayant droit de seigneurie, tailles, cens ou redevances audit Broyé, chacun d'eux endroit soy.

Ce charabia «lu Terrier de 1660 prouve que Broyé ne s'appartenait pas ; chaque habitant n'y était que le tenancier de sa terre. Il ne pouvait disposer de rien.

On déclarail que le paysan étail maître dans sa commune ; on en faisait quasiment un petit souverain.... Mais ce pauvre souverain était tenu de reconnaître et confesser, pour l<<i et / qu'il restait homme origi lel et juridique de

condition servile, taillable , corvoyable, etc.: el tout cela à perpétuité.

Sa servitude devait être éternelle.

Combien nou&devons bénira Broyé la révolution salutaire de 1 7S! ) ! Elle nous a débarrassés de toutes ces perpétuités qui sont une image de la mort.

Monsieur le curé.

En fait, l'autorité des échevins étail nulle, parce que les manants de Broyé ne pouvaient leur en conférer que ce qu'ils en avaient eux-mêmes, c'est-à-dire zéro ; leur autorité était nulle, dis-je, parce qu'ils étaient sans prestige ; parce que, n'étant rien par eux-mêmes, ils n'étaient pas la représentation d'un pouvoir forl et conséquemment respecté.

Il y avait une seule autorité sérieuse et agissante d.ins la

commune: c'était l'autorité ecclésiastique. 1-e seul maître et seigneur, c'était le curé.

Sans lettres patentes et sans investiture, en vertu de sou caractère sacerdotal, le prêtre était devenu dans sa paroisse l'œil et l'oreille du pouvoir séculier. Il suppléait ce pouvoir absent ; H l<' représentait ; et il avail fini par en exercer les principales attributions.

c'est bien lui qui réglait <•! qui surveillait la police îles mœurs; qui maintenait la décence dans lea fêtes publiques et privées ; qui autorisait ou qui faisait prohiber les jeux et le- amusements frivoles.

: luiencorequi dirigeait l'instruction de la jeunesse ;

qui stylait et qui gourmandait les recteurs d'école ; qui pres-

crivait l'enseignement qu'on pouvait donner <'t les exercices

auxquels H était permis de ><• h\ rer.

lui toujours 'i111 tenait note, dans ses registres «le

paro le la vie ch lie, h m111 célébrai! les nais-

m- ôpultures, s'associanl ain i è

i unent in.' able* si louchants de chaque

famille . cho e ônormi

Son domaine étail spirituel. Mais I»' spirituel esi dans tout, s'étend à tout et domino tout.

Auxiliaire du Christ el ministre de Dieu sur terre, l'autorité d'un prêtre était bien autremen! solide et inattaquable que celle d'un haut baron, mortel en définitive comme les autres.

L'importance d'un curé dans la commune étail énorme.

Il esi dans la nature des choses dn resté que si un membre prend ^\r^ développements excessifs, o'esl presque toujours an détrimenl des autres parties du corps.

L'autorité du prêtre éclairée, disciplinée el surtout savamment organisée, avait Uni par s'imposer absolument. Elle avait grandi peu à peu, absorbant celle des autres pouvoirs établis, <\cr< pouvoirs élus surtout qui n'étaient que créatures el ses très humbles serviteurs.

Un pasteur avait tant de petits moyens pour diriger la charrue administrative, Bans avoir Pair d'y mettre la main!

Il avail donc pris sans beaucoup de peine la direction absolue de l'ordre politique el moral qui, croyait-on, ne pouvail exister Bans lui ou en dehors de lui.

Le o<> janvier 17!)0 avait lieu l'élection des officiers niuni-

eipaux de Broye-lez-Pesmes. Sous l'influence de l'esprit de révolte qui souflail partout, des éléments hostiles au clergé

flIIVIll élus.

Une élection aussi insolite bouleversait toutes les traditions. Aussi l'abbé Descourvières, curé du lieu, tonna-t-il en chaire contre tes gens qu'on avait choisis pour administrer les affaires de la commune. Ils ne sont pas faits pour remplir de telles placée, dit-il, ce sont (/es- homme» captieux ei de ^réputation équivoque, qui ne sachant pas te conduite, étaient incapables de conduire lu communauté. Ceux qui les ont nommés ont chargé leur conscience, et volé la veuve et l'orphelin, etc.

Bref, le bon abbé déclara le scrutin nul et convoqua tous les électeurs de la paroisse pour le dimanche 7 février suivant, à l'effet-de procéder à de nouvelles opérations électoral

Gelait donna lieu aune longue procédure.

Je ne sais ce que l'affaire devint : et cela importe assez peu. Elle montre seulement combien était grjsmde l'ingérance du curé dans l'administration de la commune.

Comme nous l'avons dit, l'intervention de l'Etal étail nulle, ou peu s'en faut, dans les choses des communautés ; et le rôle îles échevins, livrés à eux-mêmes, se bornait à amodier des pâquis : l'intendance se chargeait d'aménager leurs forêts, et l'église de manger leurs revenus.

u'esl pas que la cure de Broyé fût très riche [*), ni que les titulaires qui l'occupaient tussent des hommes d'argent,

non ; car la plupart ont été de bons prêtres. Mais le servieo

(t) La 'lire .iv;iit en propriété quinze journaux de terres labourables et neuf (aulx il'1 pi -

Il était ilù .-m curé, en dehors de cela, deux gerbes 'le blé par feu et par ménage, >;m> compter la gerbe qui étail 'lui- comme dime par journal 'le chaque es| ins.

in arrêt da Parlement (30 mai 1785) réglait les droits curiaux de Broyelez-Pesmes.

Le curé devait recevoir pour droîl de mariage et '!>• lettres de recedo par iches, trois livres, par les médiocres, deux livres, et par les pauvres, une livre : tant qu'il puiste exiger double droU lorsque lot <iri<.r mariât su, ii d

Les droits mortuaires sont également de trois livres pour lot chefs deux livres pour les médiocres, et une livre pour les pauvret. Pta chefs d'hôtel on entendait le mari et la femme, et, i leur ut, t.- plus ancien de la famille.

ii m i.. m [eux document, dont je dois la communication à mon dévoué compatriol iot, nous voyons qu'il osl défendu eu curé de propriei l< ■•! <•! d'argent qu'on faisait bénii par lui ■> l'occi

H pour tout, poui la i oui I" bon

lion puits i * ■ ■ —

. i ni tenu 'ii' payci une ;;'■! be de trois pieds de ., do la i' • nte Cvoiw

,< failli imptei la >

du culte, .ivre toul ce qui s'y rattache, a besoin d'apparat, de décorum, d'un certain luxe extérieur....

Les dépenses faites en vue d'une amélioration communale quelconque sonl simplement utiles, vous dira sérieusemenl un théologien ; celles qui sonl relatives au culte, sonl les seules nécessaires : porta unum est neeessarium.

Des nommée imbus d'idées pareilles seul de bien mauvais administrateurs.

La conquête française a apporté une atténuation sensible a l'omnipotence du clergé dans im> campagnes. Mais ce ne

fui pas sans peine.

Ainsi , après HiTi , l'Administration française voulu! imposer au clergé franc-comtois la tenue des livres de paroisse, de registres spéciaux pour les baptêmes, les mariai et les sépultures, comme cela bs pratiquai! dans les autres parties «lu royaume. Or, pour exercer sur la tenue de registres un contrôle presque dérisoire, l'Intendance et le Parlement, el même l'Archevêché, jurent obligés d'agir avec énergie el persévérance.

Les membres du clergé n'entendaienl pas Bubir le contrôle de qui que ce fût, même dans un sei déminent d'ordre

public, ils tenaient à leur Indépendance,

A cet égard, les événements de I7S!) la leur uni donnée complète; puisqu'aujourd'hui ils peuvent tenir leurs livres de pamisse comme ils l'entendent et sans visa de personne.

; VI.— EDUCATION ET DRESSEMENT (i).

Les vieux laboureurs.

Bronzés par le soleil el les intempéries, amaigris par suite d'un travail excessif, d'excès et de privations, négligés dans

(1) Tous nos renseignements sonl puisés dans '!<•- souvenirs ou dans les

leur tenue, flétris avanl l'âge, les paysans d'autrefois ressemblaient plus à des êtres demi-sauvages qu'à des hommes civilises.

Toutefois, on aurait tort de les juger ton! à l'ait d'après leur accoutrement et sur la mine.

Nos vieux parents avaient leurs défauts sans doute, et des vices dont, nous faisons bien de nous corriger; mais ils avaient aussi quelques qualités que nous devons tâcher de ne pas laisser perdre.

Leur système d'éducation s'adaptait très bien aux conditions de demi servage dans lesquelles ils ôtaienl maintenus.

Leur indifférence n'était qu'à la surface. Sous des dehors d'apathie se dérobait leur sensibilité, qu'il aurait été peu convenable, croyaient-ils, et quelquefois dangereux de laisser paraître.

Leur bonhomie, leur air en dessous, leur aspect sauvage, toul cela n'éi.-iit l«> plus souvent qu'un masque qui servail à cacher une àme ordinairement maîtresse d'elle-même.

Les paysans étaient habitués à cotte volonté énergique le jeune âge, se gardanl bien de foire i itredes sentiments qu'ils éprouvaient, ils avaient doublement , el comme campagnards el comme Comtois, oette timidité défiante qui rend nos compatriotes en général gauches et peu adroits.

ignaient souvent Bans approuver ; car résignation

sentiment, lis réglaient leur conduite sur des

toial et but la force des choses, n fallait

hien.se eourlier, obéir aux prescriptions de la loi et Bubir

le m titutiona au moyen desquelle lea castes nobiliaire el

on) '•!''' i.ni pai |i i i6 'i Rvnnl la Révolu

ii"ti ; dam h m "M ,iu m, -ux tâmpl ; 011 an mol ilani

•I. 'lui uni' ni U |.|u uiiM'iil un

sacerdotale avaient espéré éterniser le régime féodal à leur profit,

Ges pauvres gens ne craignaient rien tant que la licence dans le gouvernement de leurs affaires. El cette crainte les empêchait de rêver plus d'indépendance qu'ils n'en possédaient.

Ils no couraient dune pas après les Libertés politiques, lesquelles ne vonl pas Bans une certaine capacité morale qui leur manquait. Us estimaient avoir assez de libertés comme cola.

Ils étaienl persuadés du reste, et cette croyance avait alors, comme elle a encore à présent, beaucoup d'appareno de raison, ils étaient persuadés qu'un régime de Licence, qui est la liberté des inconscients, engendre plus de désordre e1 de perturbations, plus de misères en somme qu'une vitude administrative appuyée sur des règlements de bien public.

Respect de l'autqbitê.

L'éducation qu'ils donnaient aux enfanta était fondée sur cette maxime morale qu'une crainte reapectu i /,•

principe de la . On ne discutait pas l'autorité établie-

on n'osait même pas raisonner contre elle.

()" morigénait dès le jeune ôge en Taisant sentir aux enfants la nécessité d'obéir à leurs parents, et .le se montrer soumis et respectueux vis-à-vis de ceux qui avaient qualité [inur commander.

Obedientia fœlicitatU mater, on se trouve bien d'obéir. Tout joug est plus eu moins lourd à supporter; et nous sommes naturellement enclins à nous y soustraire.

L'espril d'obéissance a doue besoin d'être Bac \é par une

longue discipline, que les parents [e sachent bien, et aussi par l'exemple, pour qu'on s'y habitue; tandis que l'esprit d'insubordination pou •/. de lui-même chez tout |...

monde, eu peu s'en tant

De ces deux habitudes opposées, l'une est bien moins que l'autre compatible avec la tranquillité sociale et l'ordre public, moins favorable même au bien-être particulier.

Aussi les gens sages de tous les temps se sont-ils efforcés de prémunir l'enfance contre cette tendance naturelle de l'esprit à l'insoumission.

Esprit de corps.

Une autre règle de conduite chez nos aïeux, c'était de ne pas vilipender leur profession. En toute circonstance, au contraire, on tachail d'inculquer à la jeunesse le sentiment de la dignité du corps d'état auquel on se faisait gloire d'appartenir.

Mauvais métier qui t'ait honte à son maître, a dit un vieux proverbe. Et bien à plaindre celui qui a honte du métier qu'il t'ait, ajouterons-nous; car il travaille sans plaisir, sans entrain, sans courage. 11 n'est pas soutenu par ce qu'on appelle le feu sacré ; et comme ces soldats qu'on l'ail marcher

à l'ei mi avec la persuasion d'une défaite, il est vaincu

d'avance,

Sous d' rapport, nos grand8-pôres avaient au moins I.'

sentiment de la convenance,

Etaient-ils sincères? Ils ne voyaient rien de plus inmorable, partant rien de pins beau, que l'étal de laboureur. El Ils élevaient, comme mais le disions tout a l'heure, leur monde dans ces Idées-là; bien différents de ers parents maladroite qu mdent en plaintes contre les misères

«le leur professi coin -i toutes i«'s professions n'en

avaient p

d< tu d'éducation, absoh ni opposés,

doivent produire dei fruil bien différent L'un raffermit le moral <\> enfanta, pendanl que l'autre jette l'amertume el le . ment au cœur de jeune citoyens, et, '-h.. <• pins e plaire -m monde.

Il AlîITUDES DE TRAVAIL.

Il y a cinquante ans à Broyé, dès les minuit, un chef de famille était debout. Dans la belle saison, c'était pour BC rendre au labour avec son petit valet; dans la mauvaise, c'était pour battre à la grange. On battait à la grange et on labourait à la lanterne.

A sept heures, Yaplice (!) Unie, on naîtrait à la maison pour déjeuner et pour envoyer les bêtes aux champs

Gela fait, la besogne ne manquait pas. Car par nécessité ou par économie, c'est le laboureur qui réparait ou qui fabriquait tout son matériel de culture, ses chariots, sa charrue, sa herse, ses râteaux, etc. Et ce matériel primitif et grossier, comme on pense, se détraquait bien souvent.

Le bûcheron de la commune mettait dans chaque moule de l'affouage des bois & toutes ans; des billes d'orme pour faire des essieux, des perches pour entretenir la toiture ou pour regarnir les chamarrù I3).

Après cela, vous savez, un bon chrétien ne se (aisait pas faute d'aller cueillir en forêt, pendant que les gardes dormaient, les matériaux dont il pouvait avoir faute. Voler la communauté, c'est ne voler personne.

Pas n'était besoin d'un charron pour remettre à neuf la queue ou les oreilles de la charrue, pour ajuster des bressots (l) de voiture ; pas plus que du forgeron pour les ferrer. Charron, maréchal et forgeron, tout ce monde d'artisans coûtait trop cher !

Le maréchal surtout !... C'est à cause de cela que dan.- nos pays de sable, on ce terrait jamais les chevaux qui s'en allaient nus-pieds, comme leurs maîtres du reste.

(1) Aiplèie. (Voir ce mot au Glossaire.)

C2) Champs, Champoy. (Voir au Glossaire.)

(3) Voir ces mois au Glossaire.

Lé vieux paysan, vrai Jean Fait-Tout, s'arrangeait autant que possible pour n'avoir besoin de personne.

Homme de rude labeur, il suffisait à tout. Et il savait utiliser son monde, je vous en réponds.

Dur pour lui-même, il n'était pas tendre non plus pour ses compagnons de misère. Sa femme L'appelait notre ntaitve, et ses enfants n'osaient lui parier qu'à la troisième personne : le père veut-il qu'on fasse ceci !... Ou simplement: veut-il qu'on aille là ".'.... h., c'était lui.

11 donnait à tous l'exemple d'Une sobriété phénoménale et d'une activité infatigable.

Chiche, il Pétait même pool* ses terres auxquelles il montrait le fumier plutôt qu'il n'en répandait.

Pour lui, un sou était un sou. Il était à cheval sur ses droits, et il se serait fait étriper pour un quart de gerbe au partage de la dime.

Son rêve, nous l'avons dit, c'était de pouvoir se passer

d'aid.-s. On n'est pas toujours sûr d'en avoir à l'heure du beSÔifl, iin'iiie eu payant.

<:•• rôve chimérique avait pourtant été réalisé en partie par noir.' laboureur de Broyé.

Son jardin lin donnait th's léonines <|ue le lard de son saloir a--ai-oiinail. Sa l'ein pétrissait et cilisai! la inonluiv. Ses

filles façonnaient son linge de corps, lui tricotaient des chautêêi •■! lui confectionnaient des vêtements avec un net dont la trame avait été filée a la maison.

!»«• \ m, ou §»en pe i luanl ù la \ lande . on n'en

mangeai! chei noi geni qu'aux grand jours de fête et pour les réjou de famille.

t in n'achetait presque rien

i. ,i genl ■ lait I rare t

On peinait beaucoup et on ne récoltait guère.

Les champs d'abord rapportaient peu, parce que la terre manquai! d'engrais, on qu'elle était mal préparée, ou que la saison avait marché de travers.... Et quand un laboureur avait mis de côté la graine nécessaire pour les semailles prochaines el pour la consommation de son ménage, le produit «lu surplus suffisait à peine pour payer les tailles, le

valet et une petite redevance au vieil usurier de l'i'.-mo àqui il avait emprunté cent écus depuis Tannée où tout son bétail avait péri.

Aussi quand le pauvre homme passait le long des mares, il entendait les crapauds qui lui chantaient ce refrain monotone et bien vrai : pour'houme .'... pour'houme '.... pour'houme ! ! ! pauvre homme '

Ces mœurs simples et nide>, cette existence austère, toute

de privations, de modestie et de travail, nous avons encore été témoins de tout cela.

Et ces braves gens ne récriminaient pas tout haut contre la destinée; ils ne maudissaient p;is la vie; ils aimaient au contraire avec une passion jalouse leur pauvre toit de chaume et leur pays, et ils bénissaient Dieu de les avoir mis au monde.

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