VI. Xi
a commune.
La commune de Biiit;es est née des circonstance qui ont donné l'origine a une bourgade, de plus en plus importante. Le prmce en favorise le développement politique, parce qu'elle fera équilibre avec les barons féodaux. Elle sera un baron collectif, qui devra tout au Comte, et qui aura des droits et des devoirs féodaux '.
Les éléments de I.'ORGANMSATION communale. — Une population jouissant de privilèges personnels et collectifs, vivant sur un territoire privilégié, constitue une communauté, une Commune. La commune est une société politique d'ordre secondaire, ayant sa vie politique et économique propie, subordonnée en quelque mesure à l'état féodal. Cette personnalité morale comporte des droits et des devoirs.
Avant la concession de la ChartuLi du 6 avril 1127, nous trouvons à Bruges une enceinte, des arsenau.x, un lieu public de réunion où se traitent les affaires d'intérêt général, et des « bourgeois », appartenant même aux métiers manuels. Nos citoyens concourent au choix du Comte, ils délibèrent, remettent au lendemain leur acceptation du Comte, élu à Arras, et se concertent avec ceu.\ de Gand et du Franc. Ils reçoivent son serment, lui font hommage, d'.ipiés la coutume, et reçoivent de lui une charte '. Il y a donc une communauté organisée
Le territoire lui-même était sans doule déterminé, peut-être depuis la fin du IX^ siècles II était inviolable. Il y avait aussi les échiL'j'ws, judices terre, comme nous le verrons plus loin ; il y avait les meliores, qui se présentent avec ceu.\-ci. comme mandataires de la communauté de « nos concitoyens :> jouissant du droit de bourgeoisie ■•.
La communauté se mettait donc en rapports avec les autres communautés du pays, pour agir de concert, et. par l'intermédiaire de ses représentants, jurait fidélité au Comte, aussi bien que le clergé et la noblesse. Elle était entrée dans la féodalité comme un baron collectif. Le Comte y avait son grand justicier -^
1 . Droit d'avoir une magistrature distincte. — La suppression ou la suspension de ce droit, était la punition la plus grande que le prince put intiiger h une commune °. Celte magistrature était protégée : tout attentat, commis contre elle, était puni des peines les plus graves ?. Nous esquisserons plus loin l'histoire de cette magistrature.
2. Le siège distinct de cette magistrature. — Nous ne croyons pas que l'administration devenue autonome ait eu son siège au Bourg, dans les temps anciens Le Bourg était la terre du Comte. Il y avait son Steen, y construisit plus taid sa Loove. avec donjon et mur crénelé, il y avait sa Maison des otages, dont le nom resta à l'Hôtel de Ville jusqu'après 1403, malgré que nos Elchevins y fussent établis probablement depuis 1280. Il céda une grande partie du Bourg à la Prévôté et au Canonicat, quanti il érigea cette double seigneurie ecclésiastique, à la 'nn du XI= siècle ; et une partie du nouvel Hôtel de Ville fut construite, en iBjq. sur la terre du Canonicat.
T. ko OaCLO?.. Onzr He/dfu van /Joî, l' édit. iSSi 101-117: =• .Miit. ( ,qoj1 i:!7-i44 * 2 :\v. !)uci.os. A',i;v/ de Coedc. 1884, 6oi VHE. 96; GP. 44. i58; 4; 48.80. 82.83; S4. etc. ■«. 5. Voii phis l,;n.t, S2. ^ 4. GP. 44.48. .48. .5i. etc. * 5. GP. 79-8o, note. * 6. CB, .. 3o4 ; I. M. 477 ; m. 1-2, 9 10. 17 ; IV. ii5;vl. 97. .00 roi;- WG. iv. m. « 7. ClK.rle 1004. art. J5 et 36 :
LA COMMUNE
Nous trouvons ÏOiid Scepenhiitis, dans hi rue dite aujourd'hui du Vieux Bourg, C. i3 '. Or, avant la construction des Halles, cette Maison échevinale se trouvait au sud du Marché. La Halle fut construite sur ce Marché, quand il était encore terre du Comte, puisqu'il y constitua une rente en faveur de l'abbaye de Ciairvaux en 1239 ^. De ce Marché faisait aussi partie le fonds, dit « de Colve ». Mais, avant 1281, la rente due à Clairvaux était devenue une charge de la Ville et le fond de Colve lui appartenait en I 297 ■'. On constiuisit au Marché nos Halles et le Beffroi, peutêtre avant le XII le siècle — le beffroi en pierre ne perdit que son campanile, par l'incendie de 1280. En 121 I, il y avait déjà un
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échevin s'appelanl Richardits post liallam. Ce nom, qui dit quelque chose, se traduit plus tard par « van Bachterhalle ».
Aux Halles était le centre de l'action commerciale priviléi,'iée de la communauté, le maichc public où s'écoulaient les produits de l'industrie privilégiée, dont la commune avait le inoiH^ole. dans une circonscription déterminée pai les privilèges princiers.
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I.a Vierge des VII Douleurs (Eglise de N. 0.). — Tableau typique d'un maît "de GÉRARD DAVID.'qui est peut-être ADRIEN ISENBRANT. (v
Là aussi était le centre de l'action de la magistrature. Dans la salle voûtée du Beffroi se conservaient les privilèges de la cité, ceu.x des gildes et corps de métiers, le sceau de la communauté. On y conservait les dépôts d'argent confiés à la Ville : le compte de l'Hôpital St-Jean, pour 1275-6, en fournit la preuve. Une charte de l'Hôpital St-Jean, datée de 1276, est donné au «Beffroi». Cette vieille coutume semblait très ancrée.
Ainsi, en i3o5 encore, c'est « en le Haie de Bruges « que les Abbés et autres autorités ecclésiastiques assistent à l'annulation de l'ancien sceau de la Ville et à l'adoption du nouveau, et en donnent acte '. C'est aux Halles que siègent, en i3o2. les ordonnateurs du grain, c'est là que les Cent-hommes tiennent leurs réunions, pendant tout le cours de leur existence, de i3o2 à i3i6; c'est là que l'on entend la reddition du compte de la 'Ville. — Les lois municipales sont appelées Hallegeboden et promulguées à la bretèque du Beffroi.
I La hache et le glaive, symboles de la , judicature du magistrat, sont encore susi pendus, en i3o5, à la façade de la Halle. Au XIVc siècle, la toiture était décorée, du côté du Marché, de deux grands écussons de plomb, pemts et dorés au.v armes de la Ville. Ce n'est qu'au cours du siècle suivant, que l'un de ces blasons fut remplacé par celui de la Flandre ; et le blason des .•\iciiiducs ne fut peint, qu'au commencement du XVI le siècle, dans l'ancien cadran. Dans le décor de la brelèque de la Halle on représente, en i52t). avec St Donatien et Si Eloi, le lion et l'ours, et la pucelle de Bruges tenant les clefs de la Ville ^
Toute la vie communale se concentre aux Halles et au Beffroi. Ainsi Bruges n'avait pas encore de cloche banale, en 1 128 ; car on fait sonner l'appel aux aimes par les coutres des églises ; et la Keiire de ± 1190, ne parle pas de cloche. Mais nous trouvons au Beffroi la cloche n de la Ville » avant l'incendie de 1280. Tom- \ bée à travers la voiite de la Trésorerie, lors de ce sinistre, elle tut placée dans un beffroi établi sur la place, en 1284''. Elle se trouvait rétablie au Beffroi, dès 1290. - Quand il fallait la renouveler, les corps ? des métiers se cotisaient pour aider à H \i M I I M 1 1 1 01 couvrir la dépense •».
avant l'incendie du 3o l^ li i ii I ir 1 1 i" lilanche de la Ce/- w ■. , , -,
fe/«« </</>/»» par II Kuii 1 1 fie che datait de i5o2 l'» communc pouvait perdre son droit
de cloche pour forfaiture.
On sonnait quatre fois par jour, pour les ouvriers ; la cloche de la commune annonçait le marché, le renouvellement de la Magistrature, la sortie du St Sang, la proclamation des Hallegeboden. C'était par elle ou par la scepenen-scelle qu'on convoquait aux réunions publiques, qu'on appelait les hommes à s'armer et à se rendre, avant de sortir en expédition, aux places qui leur revenaient traditionnellement, au Marché. La petite cloche, scelle, sonnait le réveil et le couvre-feu ^
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87Ô. ^ ô. AA, compte 1284, fol. 16. ^ 4. IJ. 27,;
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LA COMMUNE
Aussi la cloche communale était-elle bien gardée. En temps de guerre, elle se trouvait sous la garde de délégués des métiers, ambochters, comme le dit le compte de i3o2, ou d'agents spécialement délégués à cet effet '. On mettait même un homme sur pour garder la cloche de la Ville, quand on travaillait à la tour, et en toute circonstance peu ordinaire.
Le Beffroi, comme le donjon du seigneur servait au guet. Les veilleurs habitaient la tour, dès 1288. Leur rôle à'acliotiters, d'éclaireurs, consistait à voir s'il n'y avait pas d'incendies, si des gens armés ne s'approchaient pas de la ville, ou si « aiiders dan goet » ne se passait autour de celle-ci -.
Tout cela démontre • suffisamment
croyons-nous, que les Halles furent toujours, depuis le X1II« siècle, le vrai centre de hi vie municipale a Biuges; et que le déplacement de la vierscarc et des services administra tifs au Ghisclhiiiis dans le Bourg, ne sont que le résuliat d'une circonstance fciluite, l'incendie du
Beffroi, de 1280.