F, VI
ET LA BIENFAISANCE
et ouverte au culte, le lendemain. On ajouta le caveau des Evêques, en iSgS.
dans lequel les corps de Mgr. Faict et de Mgr. de Brabandere, Evêques de Bruges, dabord déposés parmi les chanoines, furent transférés le 9 octobre iSgS. Le petit Calvaire sous auvent contre le mur oriental de la chapelle, est de Ch. DeWuIf (■895).
* Anciennement des vieillards pau vres annonçaient les décès par la ville ; ils accompagnaient aussi, avec des Hambeau.v, les corps, aux funérailles. Vers 1672. ces vieillards furent remplacés définitivement, dans ce dernier service, par les écoliers de l'Ecole Boggarde (Steedsche liolleni. qui le remplissaient déjà vers le milieu du XVI« siècle, chaque fois qu'ils en étaient requis par testament \ L'école Ste Elisabeth rendait le même service aux personnes du se.xe. Ces orphelines suc cédèrent-elles à de vieilles lemmes ?... Aujourd'hui encore, ces écoles d'orplielms et d'orphelines étant supprimées, les orphelins à charge de la Ville s'acquittent du service d'accompagner les funérailles, avec des flambeaux; et \esSteedsche BoUen chantent le de profundis. La Ville a institué, le 10 octobre 1674, vingt-quatre offices, dits Biddeischappen ter begravynghe ende viitvaerden ^. Nous trouvons les fi;dfi^er.s, appelés aussi Reeiiivers, et plus tard Lijkdragers (croque-morts), dans les occupations suivantes : annoncer les décès par la ville et inviter aux enterrements ; préparer les cérémonies et fournir le drap mortuaire ; couvrir de paille le pavement de l'église où se fait un grand service ; porter les défunts à l'église et au cimetière.
Aujourd'hui, chaque église paroissiale possède ses lijkdragers, les pompes funèbres de la Ville s'occupent du transport au cimetière par le corbillard, qu'accompagnent ses préposés.
. A .1/. 5'- Oe Couinck.
pierre de N.-D-, provenant du couvei Prêcheurs, à Bruges ; XIV- siècle les Dominicaines d'Engelendale, rue
.fol.ô. Cfr. KDH,
284 LE CULTE, L'ENSEIGNEMENT
* La Ville intervenait, par voie de subsides, dans les acquisitions et dans les travaux à faire aux églises et aux couvents. Ces travaux étaient bien souvent des travaux somptuaires. Mentionnons d'abord, pour mémoire, le remboursement, pour reconstructions à l'église, en 1 332, de trois cents livres sur les 460 livres prêtées par ceux de St- Donatien à la Ville, en i3o2 '. Nous trouvons en 1292 des subsides pour l'achat de la maison de Cruninghe et pour l'acquisition d'une teire sise à St-Michel, sur la Reie ; en 1 346, pour des reconstructions à l'église ; en 1 397, pour la construction de la tour ; vers 1414, pour continuer la construction de celle-ci ; en 1418 et en 1584, pour des verrières ; en 1430, pour deux statues en argent du maître-autel, en remplacement de celles qui avaient été volées ; en 1432, à l'occasion de la bénédiction d'une cloche ''.
Nous aurons à nous appuyer, dans la dernière partie de cet ouvrage, sur les subsides et les prêts concédés pour des constructions à faire à St-Sauveur, à N.-D., à St-Jacques, à l'église de St Jean, à la chapelle de St Christophe, aux couvents des Frères Mineurs, des Capucins, des Carmes chaussés, des Sœurs de Ste Claire, des Willelmites, des Chartreux, ainsi qu'à l'Hôpital et à l'Hospice de St Julien.
La ville faisait des dons, A N.-D.. pour le baptême d'une cloche ^ 1340-4 11 '. pour une verrière (1401) -t ; à St-Jacques, à l'occasion de la consécration du maître-autel (1471) '.
Nous ne dirons rien de la chapelle du St Sang, où la Ville faisait les dépenses de construction, tout comme à sa chapelle échevinale.
Elle concédait des aumônes, à l'occasion d'un Chapitre général tenu dans un couvent de la ville, d'une ordination, d'une première Messe, de promotions doctorales i^. De même elle donnait des aumônes à des couvents d'Utrecht, Lierre, Arras, Maldeghem, Middelburg, Ziericzee, Geertrudenberg, Waesmunster, etc., soit pour réparations, soit pour leur institution '. Elle donnait des aumônes pour vêtements et des pitances étaient concédées régulièrement, nous le constatons dès 1282, aux Ordres mendiants, établis à Bruges*.
Un esprit profondément religieux a été de tout temps une caractéristique de la Ville de Bruges. « Bruges me paraît une ville qui intéresse beaucoup par ses souvenirs et ses monuments ; mais qui console encore davantage par la fermeté et la constance de sa population dans la foi catholique. » Telles sont les paroles du Pape Léon XHI, qui avait visité deux fois notre villa, au temps de sa nonciature à Bruxelles ".
Cet esprit se manifesta toujours, dans tous les domaines. La Foi des fidèles les avait poussés à faire de nombreuses fondations pour le chant de l'Office divin. Outre les trois Chapitres, qui faisaient l'office complet du chieur, on avait encore le « Commun » ou Communaulé de prêtres, chantant les sept heures canoniales, soit tous les jours, soit à certains jours déterminés, dans les églises de St Jacques depuis 1424'", de St Gilles avant 1224" et de Ste Walburge, avant i36i '^. Le nombre de Messes fondées dans les églises séculières et régulières, dans les chapelles si nombreuses, était considérable. Ces fondations requéraient un grand nombre de chapelains, attachés aux églises et aux chapelles.
La magistrature donnait l'exemple. L'Hôtel de Ville avait sa chapelle '^, dès avant la construction du monument actuel ; et les Ordres mendiants y célébraient
I, IV. 420; AA, Srcr. resolttiieb. ; Ibid et II. 3ia. jt> 8. I, il. 3i8-lo A A de Stjarq., Rég. îh. fol. t.
I.C.I302, AE,xxxv.96; IJ, 447- * 2. 1, u. ôiS ; .Wrf.; I,iii.3o5; I,iv.3J9'tv.
45; 1, V. 27. * ô. I, H. 3,8. « 4. 1, ni. 485. ^ 5. I, vi. 116. 9t &■ I, V. 43-48; lv.420.
.. .46. * 0. Mgr. DE t'SercLAE.s. Lr Pnpr I.iou Xlll, 1. çô. RDH. XIM. 116. ^
.. Kemory, Bckmde Padors van Sl-Gillis. V et 30-42. ^ 12. F, i. 63. 263 ; Gaill.
SUIVV
■. * i3. AA, c. 1376, fol. 02.
ET LA BIENFAISANCE
et le
une messe quotidienne '. Plus tard il y eut un chapelain attitré et un sacristain, dont les
honoraires figurent encore au compte de 1789 ^ Il existait même des fondations de
Messes à exonérer en cette chapelle -\
La Ville payait un salut quotidien avec Sci/re à St-Donatien, pendant la Foire, et elle
le fonde pour tous les jours de l'année, en 1482 +. Des sermons étaient prêches au Bourg,
de la bretèquede l'Hôtel de Ville, le jour de la Procession du St Sang, dés i3i
Vendredi-Saint ; même, en certaines circonstances, la Ville
faisait prêcher au Marché et aux carrefours ''.
Les actes solennels de la magistrature commençaient
au nom de la Ste Trinité, et s'appuyaient sur des considérants
religieux ".
Dans les circonstances critiques, ou bien comme signe
de joie, la Ville ordonnait et payait les frais de processions
générales ', qui étaient d'ordinaire accompagnées de sermons. La Procession du StSang était à la charge de la Ville, à partir
de i3o3 ; et c'est elle qui, dès i33i, la faisait annoncer par
le pays ; elle offrait des cadeaux aux Prélats qui l'honoraient
de leur présence '.
Le magistrat offrait tous les ans un cierge à N. D. aux
neiges, en l'église de N.-D., et envoyait des délégués à la Procession de l'Exaltation de la Ste Croix, à Tournai " ; il fit placer la statue de St Michel, haute de quinze pieds, sur
la tour des Halles, après la construction de la flèche qui
couronnait la lanterne octogonale '° ; et une statue de la
Ste Vierge ornait déjà la façade du bâtiment au XI V^ siècle ".
La Vierge avec l'archange Gabriel fut placée dans la façade
de l'Hôtel de Ville '^,où fut placée également, bien avant 1429, p'"""s> ■i^ '/ 7 i^<- «'" '
la statue de N. D. d'Aeidenburg, qui fut renouvelée en dEiifceie„<i,ie me&i c.eo.s")
i853'^. La Bretèque est ornée des statues de St Eloi et de
St Donatien; dans la chambre échevinale se trouvaient la statue de la Ste Vierge '^
et le tableau de Gérard David représentant le jugement dernier'*, et le portail portait
les statues des prophètes, entourant les armes de Bruges '°. Au XIVi: siècle, le pont
St-,lean était orné des statues des deux SS. Jean, et l'on y établit, en 1445, dans quatre
niches, des statues en laiton, qui furent, dil-on, remplacées en 1468 par d'autres
statues en laiton de St Jean, de St Georges et de St Lambert, que Charles le Téméraire
aurait apportées de Liège ". Le pont de l'Eekhout portait une chapelle abiitant un
crucifix, et l'on y plaça, en 1767, la statue de St Jean Népomucène ■".
Les portes de la ville furent ornées, lors de leur construction, à la fin du XI ! 1«^ siècle.
ou bien au cours des siècles suivants, de statues de Saints. 11 y en avait aux
portes de Ste Catherine et des Maréchaux ; le crucifix, à celle de Ste Croix ; St Nicolas,
à celle de Coolkerke ; St .Adrien, à la porte de Gand ; St Léonard, à celle de son nom '°.
Il n'est pas étonnant qu'avec cet esprit de piété, qui se manifestait encore dans
I. 1.111.486.^ 2. F, xllI.3o5. *3, 1,11. 228.^4. I, VI. 470 et.* .A. c. 1482, I. IV. 82; VI. 100; - I. V. 38i ; - AA St- Jacques, c. 15Ô8-9. fol. 4.6; l6ll-i,3, tel. acledeijiSo, I, II. 107. 108. ^7.GT, ô65-6;I.vi 108, etc. ^ 8. GT. 413-416. ^t ^ 10. 1, VI. 49.. * II. C. 1345, ap. I, m. 1,8. ^ ,2. I, V. 327 ; VI. 402. ^ i3. *. 5.1, «1.484-* 16. I, m. 491.* 17 I. V. 320. 321; KDH, v,ll 407- Me. no. abouti, j^ 18. RDH, XI. 193 ^ 19. IJ, 340. 341. 341. 341. 449 ; I, iv. 339.
.157. *t , IJ, 108
LE CULTE, LENSELGNEMENT
l'oiganisation des métiers, la Ville de Bruges fît fête aux Evêques et aux Cardinaux qui la visitèrent et qu'elle leur offrait des présents comme aux princes '.
Bruges est connue, au XVI li^ siècle, sous le nom de Mariastad. Ce titre lui viendrait d'Eneas Sylvius Piccolomini, devenu plus tard Pape sous le nom de Pie 11 (1458- 64), qui visita notre ville, avant son élévation au Pontificat. II ne trouva, aurait il écrit, que deux villes, hors Bruges, l'une en Hongrie, l'autre en Italie, qui méritassent ce titre. Ce témoignage du Pape Pie II est une tradition, annotée en 1634 par Josse .\ndries, de la compagnie de Jésus - ; mais, malgré mes recherches, je n'ai pu retrouver, dans les diverses éditions des œuvres d'Eneas Sylvius, le texte auquel le Père Aiidues fait nllnsinn. Andries dit le cirer de seconde mnin. d'après un manuscrit ^
. Je M. Vihun De Dcyiic.
La ciiapelle de N.-D.
aveugl
1 idSi
Toujours est-il que Bruges peut lévendiquer ce titre. Aux origines de la ville, nous trouvons, comme presqiie partout, une chapelle de la Ste Vierge, qui devint l'église de St Donatien. La chapelle du châtelain, au Bourg, était également dédiée à la Vierge ■». Bruges eut bientôt son église paroissiale et collégiale de N.-D. dont la tour, plus tard, se fit voir au loin, comme symbole de la cité. Aux extrémités de la ville, l'on avait les hospices de N.-D. de la Poterie et de N.-D. des Aveugles.
L'on trouvait la statue de la Vierge aux façades des Halles, de l'Hôtel de Ville, de la Waterlialle. au Greffe, à la place de la Bourse, aux maisons des Poids publics, à
;Cfr. RDH,
ET LA BIENFAISANCE
diverses portes de la ville, au Mont de piété, à l'Hôtel Portunari, à celui des Espagnols, aux deux Boucheries, au Marché au blé, etc. '. Chaque coin de rue avait sa Viert^e, devant laquelle pendait une lanterne; l'on en trouvait sur les ponts, aux loges des portefaix. Tel est le témoignage du Père Andries. en 1634. Les iconoclastes en avaient cependant détruit beaucoup. Ce même écrivain ajoute que devant les Vierges des bâtiments publics et des ponts on voyait brûler, le samedi soir, jusqu'à dix ou douze cierges ; les rues, dit-il, ressemblaient, le samedi soir, à un ciel étoile -.
: N.-D. des Aveuli,
L'on comptait à Bruges tant de Vierges en rue, vers 1760. qu'on n'avait pas le temps, dit-on. de terminer son Ave Maria en allant de l'une à l'autre -\ D'après un document de i65i. l'épreuve préparatoire pour l'admission des sculpteurs consistait à produire une statue de la Vierge, et, pour l'épreuve définitive, les candidats pouvaient choisir entre un crucifix, une Vierge ou une statue d'Apôtre*. La renaissance de l'art des façades, a été l'occasion de l'établissement de bien de statues de la Vierge, depuis quelques années. Mais c'est surtout le jubilé de la proclamation du dogme de l'immaculée Conception (1904) qui a ramené l'esprit de la population vers cette manifestation publique du cuite envers la Ste Vierge. Les Ex-voto près des églises de N.-D. et de Si .lacques ont engagé beaucoup de nos concitoyens à renouveler des statues anciennes et à en placer de nouvelles. La Ville en établit une. à la porte de Gand (iQoS) et la Commission des Hospices en fit placer à plusieuis petits Hospices.
288 LE CULTE, L ENSEIGNEMENT
La Vierge des Halles était l'objet d'une dévotion spéciale. Le vendredi, et pendant la quinzaine du St Sang, les pèlerins de VOnimegaug s'y arrêtaient pour prier '. La gilde des Ménestrels venait lui donner une. aubade, la veille du jour l'an, usage qui ne fut pas même interrompu au temps des Gueux =. et persista jusqu'à la Révolution française. Elle en faisait de même tous les soirs, pendant la foire de Mai ■'.
Les grandes confréries de N.-D. furent nombreuses.
Les plus réputées, remontant au XI'V'-' siècle, sont celle de l'Assomption, à St Sauveur; celle de la Ste Chandelle d'Arras, en la chapelle des Ménétriers-»; celle de N.-D. de l'Arbre sec, qui est, en définitive, une Confrérie de l'immaculée Conception, chez les Frères Mineurs ^ Cette confrérie existe encore en l'église de Ste Walburge. Puis vient la confrérie de N.-D. des sept Douleurs, à St-Sauveur, qui remonte au XVi^ siècle '\
Mais la vieille dévotion des Brugeois envers la Ste Vierge est surtout démontrée par le vœu de 1304, conne.xe avec la bataille de Mons en Pèvle. L'e.xécution de ce vœu fut maintenue à travers les siècles jusqu'aujourd'hui, où Ton porte encore, tous les ans, le cierge promis à la Vierge de la Poterie '. L'image votive du XIV'' siècle, existe encore dans cette église *.
2. L'ENSKIGNEMENT. — Dès que nous pouvons nous rendre compte de l'organisation de l'enseignement à Bruges, nous le trouvons soumis à chaque Ecolàtre sur l'étendue du patronat du Chapitre dans lequel il exerçait son office. Cet Ecolàtre conférait la licence d'enseigner et semble en avoir eu le monopole juridique sur ce territoire ". Nous en avons des indices du XV^ siècle, pour St-Donatien, dont le patronat s'exerçait, à Bruges, sur Ste-Croix et Ste-Anne ; et une preuve de i522, pour N.-D. '°. Les écoles paroissiales dépendaient, en outre, des marguilliers. Au XVIi^ siècle le pouvoir civil commença à régler la matière, tout en reconnaissant des droits à l'Ecolâtre. Nous en dirons un mot plus loin, en parlant de l'enseignement populaire.
Une seconde période s'ouvre avec l'érection du diocèse. L'Evèque de Bruges charge l'Ecolâtre de St-Donatien, en i566, de la visite de toutes les écoles de la ville de Bruges. II aura à procéder à l'interrogatoire des maîtres d'école, à recevoir leur serment et à examiner les livres classiques ".
Aucun document, à notre connaissance, n'indique l'ingérence du Comte ou de la magistrature, dans les questions d'enseignement, à Bruges, avant le XVI<^ siècle. 11 y a des documents, du X1I-XIII« siècle, pour Gand et pour Ypres ■-.
Gramaye, il est vrai, fait réglementer l'enseignement par le Magistrat de Bruges, • en i3o4'\ Mais nous avons ici une simple assertion, d'un auteur peu apprécié. Cette réglementation n'aurait-elle pas laissé de traces ? Or, l'on n'en trouve que beaucoup plus tard. L'intervention, qu'on constate au XV1<? siècle '-t, ne serait-elle pas une conséquence de l'affiliation des maîtres d'école à la Gilde des miniaturistes etc., dans laquelle nous en voyons figurer un, dès 1469 '^ 1 Et l'on sait que les Corporations se trouvaient sous la surintendance du Magistrat '". Nous avons ensuite le Placart d'Albert et d'Isabelle, du 3i août 1608''. Il faut dire cependant que l'intervention du pouvoir civil a été sollicitée par l'Episcopat belge, pendant les troubles religieux et à leur suite'*. La régle-
xtesduc. de 1481, AE, x». 64. * 4. RDH, xlli. table; AE, I. ^ 6. VSK. 2i3. ^ 7. Ad. Duclos, Otne lime Vromoe tvii. 145-6. * 10. /*i</., M4- 121 ; 146-S. ^!i,AE,xxxiil.i84, BSBiioussAKT, II. i32; WG. V. J67. 369. 404. ^ i3. Anliq. )I 53; ibid., 24 avr. 1377. ^ 16. Plus liant, p. S9. ^ 17. Plac. Synodi liioecesattae bttigctisis, tuctwii autiquaslatlita, etc.