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368 L'ART ET LES BELLES LETTRES

* La multiplicité de ces peintures, antérieures à l'époque des van Eyck. et In similitude de leurs caractères, prouvent l'existence d'une école de peinture brugeoise. dès le XIII<= siècle. L'on est frappé de l'expression de vérité, qui se dégage des œuvres conservées. Le dessin est bien souvent fautif, mais il a de reliure. Les personnages ont une tournure qui les apparente ; les draperies sont habilement agencées et ne manquent pas d'élégance ; les mouvements sont généralement bien compris et très parlants : les mains sont traitées avec soin, et les doigts effilés dénoncent la vie et sont quelquefois même traités avec recherche. Le dessin, en général, correspond à celui des miniatures et des xylogiaphes biugeois. Le coloris dénonce déjà le goût flamand. Certaines de ces figures, comme le St Louis, de N. D. Cvers i?4o', et celles du Calvaire des Tanneurs (vers 1400t. résument ces caractères et sont modelées avec art. « L'Ecole de Biuges, dit M. Hulin. à propos de cette dernière peinture, montre ici. dès 1400, les tendances spéciales qui continueront à la distinguer jusqu'au XVI^ siècle '. n

La plupart de ces travaux sont exécu'és en fiesque ou à la détrempe. Je voudrais traiter ici en déiail la technique de ces peintres et parler des couleurs qu'ils employaient = ; mais la question m'entraînerait trop loin.

Quelques travaux, dès le XII I« siècle, et plus tôt encore se fai.-aient à l'huile. Il semble de^'enu banal d'insister sur l'emploi de la couleiu- n l'huile avant les van Eyck. Le procédé de la peintuie à l'huile était connu avant It- XII^ siècle, comme il ressort des notes de techniciens et des assertions des historiographes ^. Son emploi est démontré pour Bruees dès i?5-'. et je ne désespère pas de trouver des textes antérieurs : mais la couleur bioyée à l'huile était surtout employée pour la polychromie de sculptures et pour la peintuie sur mur. Kn 1463 cependant, il fut défendu encore aux peintres décorateurs sur toile, clceiletycrive' s. de s'en servir •». Mais il paraît vraisemblable que dans les tableaux, on ait emplové un véhicule oleoiésineux pour accentuei les draperies '.

2. Apogée de L'ÉCOI.E brugeoise. — Nous prions le lecteur d'aller au Musée communal de Bruges, d'y comparer, dans leur ensemble, tant comme dessin que comme composition, expiession et coloris, les tableaux de Jean van Eyck. de Memlinc. de Gérard David et d'aller ensuite à N. D.. voir le tableau de N. D. des sept douleurs; d'aller examiner les tableaux du " Maître du Si Sang ■> ; de comparer avec toutes ces œuvres les groupes peints des tableaux de Lancelot Blondeel et les tableaux de Jean Provost. 11 devra se dire que toutes ces peintures sont étroitement apparentées et sont les productions d'une série de maîtres, divers de tempérament, mais ayant le même idéal, la même conception du coloris et une facture similaire : mais dont les derniers descendent la pente.

* Les vau Eyck. en peifs ctionnant ° un procédé que M. Ch. Dalbon appelle le procédé briifreois ?. et en le mettant au seivice de leur génie, opéièrent une révolution dans l'art de la peinture. Un bond aussi considérable que celui qu'il ont léiilisé. ne se constate nulle part ailleurs. Leur procédé faisant sécher toutes le couleurs en un temps déterminé, pei mettait d'employer des tons foncés à base bitumineuse et de fondre les couleurs sombres avec des tons plus clairs. Dès lors, on pouvait peindre des tableaux à plusieurs plans, ombrer fortement, produire l'illusion de la troisième dimension. Il en résulta la suppression des fonds à diaprages ou en estampages dorés ; l'introduction du

1. Cala/^giir-critigiie. 190Z, u. i. ^ 2. Voir RDH. IX. lQÇ-200 ; XXII. 323-2+: AE.XUI. 24J : XLV. 242; Cl:an. Vandbn Ghkvn, 11. rc, finsshn i*t les planrlies colorées qui aci'oiiip»pnenî ces diverses études. ^ i Cil. DaLBON, Les oyi}:i»fs de la printioeh l huile, l'aiis, Penin, IC04, i.î-34. ^4. .AE. .tvill. 33 ^ 5. Voir le Calvaire des Tnntietirs, à Sl-Sauveur Cfr. Ch. n,\LBciN, 1. c, 1V45. *6. Dalbon, 1 c. 11?. ^ ;. Ibid , 122.

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fond pittoresque et du paysage, de la perspective aérienne, obtenue plus par la couleur que par le dessin ; les effets de lufnièie. La peinture cessa d'être purement décoi ative et dépendante c'e l'aichiiecture : le vrai tableau de chevalet était créé.

Hubert et Jean sont de tempérament très différent. L'architecture chez Hubert

\th

des contrées Mosanes. Les ;re. Jean van Eyck est un

paysages d'Hubert progressiste qui va

vient du nord de l'Italie sont plus idéalisés qut à la recherche du lea lisme: l'Adam et 1 Eve du polyptique de 1 A gneau sont de lui 11 est moins élevé de sen timent que son tieie Hubert. Comme lea liste, il n'a jamais ele dépassé dans le poitrail. Voyez celui du chanoine van der Pale (grav., p. 9). Or. les têtes de ses saints et de ses saintes mêmes semblent être des portraits, quelquefois un peu vulgaires. Mais le style de Jean van Eyck s'impose à l'admiralion. Son coloris est vigoureuxcomme celui de son frère: il a fasciné ses successeurs.

Sa touche est plus franche que celle d'Hubert, les nuances sont plus fraîches, plus vives. Les carnations sont vigoureuses, au lieu d'être blafardes comme celles de ses prédécesseurs ; mais elles sont moins brunes que celles de son frère. Sa mise en page

monumentale a fait école; mais il a peint aussi des panneau.x dont la composition est essentiellement pittoresque. Sa Ste Barbe, du Musée d'Anvers, qui est peut-être un tableau inachevé ■. rend compte de son procédé, qui fut aussi celui de Memlinc. Il dessinait avec soin, sur le fond blanc ; de légers glacis déjà posés sur le ciel et le fond

3nde moitié du XIII'

bleuâtre du lointain, nous permettent de voir comment procédait sa teciinique. surtout, sans doute, dans ses (Euvres de moindre dimension, où il n'emploie pas franciiement le procédé de la peinture à l'huile.

Les van Evck sont nés probablement à.Maaseik; Hubert était établi h. Gand. avant 1425 et y mourut en 1426. Jean naquit, dit-on, versi!^85. La preuve fait délaui. Voici ce que nous savons de sa vie ■ .

.lean van Eyck fut peintre et chambellan de Jean de Bavière, veis 1420 ou 1421, et travailla pour lui, à La Haye (i4'22-24). 11 doit avoir exercé une influence notable sur les peintres de Haarlem, lors de ce séjour à La Haye. Il était à Bruijes. en 1425. au service de Philippe le bon, comme peintre et varlet de Chambie. 11 remplit pour le Duc plusieurs missions, comme celle d'allei- en Portugal, y faire le portrait d'Isabelle, la fiancée du Duc. 11 fit à cette occasion le pèlerinage de St-Jacques de Compostelle et parcourut l'Espagne (19 octobre 1428-25 décembre 1420J. Revenu à Bruges, il acheta une maison appartenant à Jean de Melans, en i43i-32, dans la rue Neuve St-Gilles. aujourd'hui rue de la Main d'Or, l'écurie à l'ouest du n" 6. C'est là qu'il reçut la visite du Magistrat de Bruges, qui y vint voir ses œuvres, le 1- juillet et le i6aoi!it 1432. C'est là qu'il mourut le 9 juillet 1440. Ses obsèques furent célébrées à St-Donatien. 11 fut enterré d'abord dans le cloître de l'église. Mais, à la prière de Lambert, son frère, son corps fut transféré dans l'église, près des fonts baptismaux, endioit qui correspond à peu près au carré pavé devant la grille de l'Hôtel du Gouverneur. Sa veuve, « damoiselle 11 Marguerite, née en 1406, qui avait di.x enfants =, dont Liévine devint religieuse chez les sœurs de Ste Agnès de Maaseik ', vendit la maison (1443-44") et alla habiter rue Est du Marais, la maison dite de wilde ^ee '\ Elle y habitait encore, en 1456.

D'après une tradition datant de iSdq '', le portrait de Jean van Eyck se trouve, de même que celui de Hubert, son frère, sur le panneau des juges sanctifiés, de l'Adoration de l'Agneau.

Quand le Magistrat de Bruges se rendit chez van Eyck, en 1432, le maître avait des élèves, cnapen t . Il est certain qu'on ne peut placer, parmi ces inconnus, Pierre Cristus, de Baerle. qui n'acquit droit de bourgeoisie à Bruges, que le 6 juillet 1444''. quand Jean van Eyck était mort depuis quatre ans. Les tableaux datés de Pierre Ci isliis vont de 1446 à 1467. Il apparaît parmi les notables de la corporation des peintres brugeois en 1469 et le 19 mars 1472 (n. s.) ; date après laquelle nous ne le trouvons plus dans les documents. Son coloris est riche et puissant ; ses ombres sont vigoureuses, soit qu'il les traite en gris, soit en brun. On peut trouver dans son œuvre des influences de van Eyck et de Bouts, des réminiscences de van der Weyden.

* //i77!X A/eH!//;;c (14..- 1404) ne semble pas procéder directement des van Eyck; maisa subi leur influence, peut-être par intermédiaire. Ses procédés, ainsi que son tempérament et ses tendances sont autres que les leurs. Memlinc, en effet, n'a pas toujours franchement adopté le procédé de la couleur à l'huile des van Eyck, du moins dans plusieurs de ses œuvres de petite dimension. 11 semble, dans celles-ci, dériver souvent des peintres à la détrempe. Il dessine souvent en noir ou en bistre, sur le panneau préparé en blanc, fait des ombres en hachures blaireautées et peint en glacis ou couleur transparente sur son dessin.

Dans quelques uns de ses petits tableaux, mais surtout dans ses grandes œuvres.

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1431:. fol. 78. ^8. 13, 1. 236.

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tion est très vigoureuse ; mais elle est plus souvent affiliée à celle dï Bouts e de Jean van Eyck. Pourtant le coloris de son triptyque du Musée Communal est très apparenté avec celui du Jean van Eyck qui lui fait pendant. Il est bien possible que Memlinc ait subi des influences colonaises, comme, plus lard, celles de Roger van der Weiden, dit de la Pastiire. qui, né à Tournai, était originaire de Louvain, et se fixa, dès 1435. à Bruxelles où il mouiut en 1464 Les œuvres de van der Weiden sont plus pieLiscs que celles de Jean van Eyck ; mais ses types n'ont

noblesse de ceu.x de Memli

quoique

..Lit unes Vierges de Roger se rapprochent de celles de notre mime Mais, comme nous venons de le dire, il est impossible de ne pas remarquer les grandes similitudes qui existent Liitie les oeuvres de Memlinc et celles de Thierry Bouts, qui s est marié à Louvain. en 1448 où il est mort, en 1475, M si ces deux maîtres ont-ils pu s'y rencontrer, peut-être / Roger van der Weyden, et la similitude de leur tem- 1 I unent peut avoir cimenté entre eux une amitié qui se liaduiMt dans leur art.

On pense, quand on compare Memlinc et van Eyck, à ce qu'on ressent quelquefois à l'audition d'ceuvres de Mozart et de van Beethoven. Il y a dans Mozart des pages qui semblent du Beethoven, et vice- versa. Je parle de style. Le tempérament de Memlinc est idéaliste, laïuiis que celui de Jean van Eyck était réaliste. Comparez les portraits peints par ces deux ai listes de premier ordre. Tout en étant très objectifs, les poitrails produits par Memlinc font ressortir une psychologie bien différente chez le maître: il leur inspire la sérénité de son àme. Memlinc avait une nature ascétique et mystique. 11 est le plus saint de nos peintres. En même temps il est gracieux, charmant, plein d'une douce et pieuse émotion : son cœur est pénétré de poésie brugeoise.

II a crée, entre autres, un type féminin et un type angélique inconnus avant lui, et que nos peintres brugeois ont copié longtemps, sans y mettre cependant le tact délicat du maître. Ses Vierges et ses Saintes sont plus que de belles Brugeoises : elles ont une grâce, une distinction, un recueillement et un parfum surnaturel de virginité qu'aucun peintre ne sut leur donner. Et ses anges ! quelle béatitude, se traduisant par une pointe de bonne humeur et d'esprit caustique, qu'on ne trouve chez aucun autre artiste flamand. Memlinc voyait étonnamment haut et son cœur ascétique guidait son pinceau.

Memlinc s'écarte souvent des frères van Eyck par sa mise en page. Jean van Eyck, comme ses devanciers à Bruges, compose d'ordinaire d'après le système du groupement symétrique. Memlinc, tout en suivant ce système dans ses

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retables, qu'il considérait comme de la peinture quasi monumentale, s'en écarte dans lu plupart de ses œuvres, pour faire des compositions essentiellement pittoresques.

Memlinc a été le plus grand des peintres de l'Ecole brugeoise ; et, abstraction faite de tout sentiment de clocher, nous osons l'appeler le plus complet des peintres. « La fidèle interprétation de la nature, la puissance de son coloris, dit M. H. Hymans, le rangent parmi les praticiens les plus extraordinairement au fait des ressources de leur art. Il

Memlinc personnifie, presque à lui seul, la seconde manifestation de la plus glorieuse époque de l'Ecole brugeoise ; et il a fait école. Son influence s'exerça sur ses contemporains ; et pendant presque tout un siècle après son décès, l'on voit se produire de petites œuvres fort nombreuses, qui dérivent de lui. Les enlumineurs de son temps — voir le Bréviaire Grimani, à Venise — ont également subi son influence : mais ils n'ont atteint ni aux délicatesses de son dessin, ni aux hauteurs de son idéalisme. Nous connaissons deux leercnapen de Memlinc : Jean Veranneman, homme marié quand il kit reçu comme apprenti, en 1480; Paschier van der Mersch, reçu en 1^83. Ils ne figurent pas dans les listes de réception à la maîtrise, et le second seul est inscrit à l'obtuaire de la corporation '.

* Il faut éliminer de l'histoire la légende fabriquée au XYIll"^ siècle, par Descamps, un écrivain français, d'après laquelle Memlinc aurait été un soldat blessé, accueilli à l'Hôpital St-Jean, à la suite du désastre de Charles le téméraire devant Nancy (3 janvier 1477). Memlinc, que Marc van Vaernewyck appelait den diiilschen Haiis -, est originaire de Mayence ou de l'électorat de ce nom ■' ; peut être y atil vu le jour. L'on fixe sa naissance vers 1430 ; mais sans même donner de commencement de preuve. Il peut avoir passé par Cologne et par Louvain, avant de venir à Bruges. Il aurait pu rencontrer en cette ville Roger van der Weyden, dit de la Pastme, et Thierry Bouts. Il était à Bruges, probablement vers 1467, donc avant les fêtes du mariage de Charles le téméraire et de Marguerite de York (1468) ■♦. Il se maria à Bruges avec Anne, fille dï Louis de Valckenaere, qui lui donna trois enfants : Hans, Corneille ■" et Nicolas. Sa femme mourut avant le 10 septembre 1487 ". Il mourut lui-même à Bruges, le 1 1 août 1494 et fut enterré à St-Gilles '. Ses trois enfants étaient mineurs, c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas encore vingt-cinq ans, le 10 décembre 1495, quand leurs tuteurs se présentèrent en Chambre pupillaire pour déclarer la masse, du côté de leur père, comprenant aussi 8 livres de gros, provenant de la vente mobilière *. La masse comprenait trois maisons, avec dépendances et sortie dans la rue Jean Marael, que Memlinc avait achetées, avant 1480, en communauté avec sa femme. Elles se trouvaient vis-à-vis du Joiichof, et sont représentées aujourd'hui par la maison marquée n" 20, rue St-Georges. et les magasins n" 9, rue Jan Marael. La situation de fortune de Memlinc était très appréciable, puisque nous le trouvons, en mai 1480, parmi les deux-cent quarante-sept citoyens les plus imposés de la Ville ". Un portrait de Hans Memlinc, gravé à l'eau forte par Jacques van Oost le vieux, est conservé à la Hofbibliotheh, à Vienne, gravures, n» 2100 =°. Il reproduit les traits de la figure du St Jean-Baptiste dans

I. AE, xvlll. ^2. .^Vl•« Trnclar.l cmic tu, le brschrijviHshc van hcl nA! s<<i'Mha/: T„n Vlacminen: l.eiil, iSo:;. iitruplie 121. ^ 3. H. DlssAKi, l'ingmenta iiiidits de Rombotidt de Bof-pci e ièdit. llimilalion} ^ 1902, 49 : Cfr. UDH, xxlv. ô; ; XXV. 227; BiBKOKF, VI. 6; AK, xi.t. 111. Kombout tie Doppere ;i ;issistê, leai octobre 1489, comme uotaire-actuaiie â la tiaiisl.<liun <les reliques de Ste Ur&ule, à.nis la nouvelle cliâ^se, peinte, par Memlinc. Al. Wealk tient toujours pour Meileuiblic, eu Gueldre. Voir son : Ilam .Metrliiic, lirui;es, 1901, 5. ^ 4. Wealb, llaiis Mrmiinc, Bruges, iqoi, 8-9, ^ ,S. Et tiun pas Pétroinlle (CB, 11. 186). iVwMcest un dérivé masculin du nom Corneille^ 6. CB, n 186. * 7. KoMBOuni i.k Doi'Peee. I. c^8 CB. 11. iSo ^ 9. Wealb, Hmis Memlinc, zijn Uven en zijne uhildet v.'et hen, 1871, a6. ^ 10. Grav., B, iv. 45.

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le triptyque de Jean Floreins m" 2 du Musée-Memlinc) et non pas ceux du personnage qu'on montre sur le même triptyque, regardant par la fenêtre. Le portrait qui se trouve sur le retable de Sir John Donne, et que Kiimmerer l'ait passer pour celui de notre maître (grav. p. 371) est encore différent.

'■ Gérard David.— Gérard David, tils de Jean, naquit à Oudewaler, province de la Hollande méridionale, dans la seconde moitié du XV<= siècle '. Il se fixa à Bruges, et fut reçu franc-maître de la corporation de St Luc et St Eloi, le 14 janvier 1484, payant le droit de six livres de gros, comme étranger -. Il occupa plusieurs fois dans la corporation la dignité de Vinder. entre 1488 et 1499, et fut doyen, en i5oi-2. 11 était membre aussi de la corporation des enlumineurs ^. Gérard David visita Anvers, en i 5 i ? et les Liggercii semblent mentionner son admission comme fianc-maitre de la corporation des peintres de celte ville. Il avait épousé, après 1496, Cornélie ("noop, fille de Jaccjues Cnoop, le jeune, doyen des oifèvres de Bruges. Sa femme lui donna une fille. Barbe, qui était mariée, lors de la mort de son père, mais n'avait alors pas encore vingt-cinq ans. Gérard David mourut le i3 août i523 et fut enterré à N.-D. sous la tour, sous une dalle bleue portant son blason et Celui de sa femme. Il était pieux et avait beaucoup d'amitié pour les Carmélites de Sion \ Son portrait et celui de sa femme se trouvent sur le tableau qu'il peignit pour ces religieuses (i5oq), et qui est au Musée de Rouen. Un autre portrait se trouve à la Bibliothèque publique d'Arras ". Le second personnage à senestre, dans le tableau du juge prévaricateur, commencé en 1488, représente, dirait-on, le même homme, plus jeune.

Les œuvres de Gérard David ont été longtemps confondues avec celles de Memlinc ; on n'en peut faire un plus bel éloge. Memlinc était dans toute la gloire de sa renommée, quand le Magistrat de Bruges commanda à Gérard David, les deux tableaux du juge prévaricateur, destinés à la Vierscare des échevins t. Des reuvres documentées nous font connaître la carrière artistique de Gérard David, de 1488 à iSog. II est l'initiateur, très entendu, de l'école des paysagistes. H connaît les arbres, les herbes, les fleurs et leur donne

224 ; Wealb, Gérard Da .". *3. B.... 203. S(.4. n.

B, ..226. ^-28.^ 7. Extrait

/./, Loiui

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tous leurs caractères; il ménage de beaux lointains entre les troncs des arbres ; sous son pinceau, l'eau est transparente et réHéchit avec exactitude. Ses draperies sont arrangées avec goût : des contrastes soudains de couleurs brillantes se produisent dans les vêlements. Ses portraits sont finement traités et bien réels. Les têtes de ses personnages ont une forme un peu spéciale, qui fait songer au « Maitie de Flémalle » ; ses visages fémuiins ont une grâce pleine de douceur et de mélancolie ; les mains sont peintes avec soin. 11 est coloriste puissant. Le sentiment de ses œuvres est plein de piété. Tel connaissons-nous Gérard David, jusqu'en iSog. Le maître resta-t-il fidèle à son idéal, après cette époque? Nous pensons qu'il fut affilié à la Gilde des peintres d'Anvers, en i5i5. C'est l'époque où Quentin Metsys y imposait son idéal. Le maître des demi figures de femme n'uurait-il aucun rapport avec le Gérard David, de la seconde manière ?

Nous avons, parmi nos maîtres inconnus, celui qu'on désigne sous le nom du Maître du St-Sang. On remarque, dans les ouvrages de ce maître, l'influence très prononcée de Quentin Metsys. La Dépositron du Christ, qui sert de type à l'œuvre de ce Maître, était attribuée à Gérard David, en 1675 '. Quelques uns se demandent si nous n'avons pas, dans ce Maître inconnu, le Gérard David, tel qu'il évolua après ses rapports avec le maître Ajiversois ?

3. Les continuateurs de Gér.vrd David. — Gérard David fit école, et son influence semble s'être fait sentir jusqu'à Gand '. Mais celle de Quentin Metsys, plus sentimental, à la façon moderne, modifiait peu à peu l'idéal brugeois, et les idées de la Renaissance entraîneront la mentalité de nos artistes.

Le Registre de la corporation de Bruges ne mentionne aucun apprenti de Gérard David. Mais Sanderus nous indique Adrien Isenbrant, comme son élève \ Quand Sanderus dit qu'Isenbrant fut élève de Gérard David, nous croyons qu'il désigne ainsi un jeune franc-maître, travaillant dans son atelier. Memlinc et Gérard David peJvent avoir eu plusieurs élèves de ce genre, tout comme Rubens ; et ceci expliquerait l'immense quantité d'œuvres, quelquefois très inégales, qu'on attribue à ces peintres. Adrien Isenbrant fut admis au droit de bourgeoisie, à Bruges, en i5io-t. 11 fut reçu comme franc-maître, à titre d'étranger, le 29 novembre, de la même année. 11 fut neuf fois KiH^er de la Corporation, entre i3i6et 1347, gouverneur en i52C)ct 13.17. 11 habitait rue flamande, décéda en juillet i55i ei fut enterre dans le cimetière de St-Jacques '. L'on croit que la Vierge des Douleurs ue N.-D. est de lui: ce qui lui fan attribuer un nombre considérable d'œuvres ; car le maître de N.-D. des sept Douleurs, le principal des Pseudo-Mostaert de Waagen, fut très productif. Le maître des Sept Douleurs dérive de Gérard David, dans sa première manière, avant qu'il n'eut éclairci son coloris ". Gomme caractéristiques, marquons : l'éclat du colons obtenu par glacis, la douceur du modelé, la grâce de certaines figures.

Un autre maîire contemporain est yl;«è;-o/se iieHio/i, un Lombard, devenu bourgeois de Bruges, en 1 5 18- 19, reçu à la maîtrise dans la Corporation de nos peintres, le 21 aoiii iSig'. 11 fut plusieurs fois Vinder, et gouverneur de la corporation à partir ue i52i et même doyen, en 1537 et 1543. 11 fut fortement influencé par Gérard David. On lui attribue la Deipara du Musée d'Anvers. M. Hulin croît qu'Ambroise Benson est un des peintres en lesquels se dédouble le pseudo-Mostaert, de Waagen *.

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