‹ BrugesChapitre 89 sur 137 · Ibui · texte numérisé non relu

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L'ART ET LES BELLES LETTRES. 387

de concert avec l'Evèque. .ijoute ;iux l.ibiaiies et aux Imprimeuis les Maiires et les Maîtresses d'écoles, dont plusieurs, sinon tous, taisaient partie de la Gilde, dès le XVi^ siècle, et en furent membres jusqu'en 1768 '.

La Gilde de St Jean l'Evangeliste était donc établie dans léiilise de l'Abbaye de l'Eekhout, avant 1454. Le nom de St Luc vient s'ajouter, dans son titre, à celui de St .ledn. dans le compte de 1469 - ; et la messe de St Luc est portée en compte, pour la première fois, ensemble avec celle de la St Jean en décembre, au compte de 1468"'.

* Nous pourrions procéder ici d'après la méthode que nous avons suivie pour les peintres, et énumérer les documents qui nous indiquent les œuvres des miniaturistes et celles qui sont conservées. Mais ceci étendrait trop ce parat^raphe.

On a pratiqué beaucoup l'art de la miiii.iiui c à Bruf^es. vers la lin du X'V'-^ siècle, même datis les bonnes familles. Un des Trompes ciait miniatuiiste : une Moreel introduisit cet art au couvent des Carmélites de Sion, où beaucoup de religieuses s'occupèrent de calligraphie, de notation musicale, de lettrines et de miniatures. Leur aumônier s'en occupait également. On trouvait des enlumineurs au Couvent des Frères- Mineurs et chez les Carmes Chaussés. Je crois que les Sœurs Noires, dites du Castavjeboom, s'occupaient de calligraphie musicale. Il en était de même, parmi le personnel de St-Donatien. Un nombre considérable de femmes étaient affiliées à la Gilde de St Jean.

Nous dirons quelques mots des miniaturistes qui ont laissé une réputation ou des œuvres de valeur.

Il y a d'abord Guillauine "Vrelant, le voisin et l'ami de Hans Memlinc. Celui-ci peignit le portrait de 'Vrelant et celui de sa lemme dans le retable à quatre volets, qu'il fit pour la Gilde de St Jean ■». Il y a ensuite : Jean le Tavernier, d'Audenarde, franc-maître à Bruges dans la Corporation des peintres, entre 1453 et 1456. qui est inscrit à l'obituaire de la corporation ; Philippe de Mazerolles, varlet de chambre et enlumineur de Charles le téméraire, qui fut membre de la Gilde de St Jean, de 1469 à 1480; Adrien de Raedt, dit 'Vrelant. élève et pupille du miniaturiste Guillaume Vrelant, membre de la Gilde de St Jean, en 1475, et franc-maître peintre, en i5ii ' \ Simon Benninc. fils du miniaturiste gantois, Ale.xandre Benninc et de Catherine van der Goes, né à Anvers, et qui vint souvent à Bruges, où il finit par s'établir, en i5i8. Des œuvres de ces miniaturistes sont connues ". Nous donnons ici, à la page 877. une belle œuvre de Simon Benninc, qui est documentée '. Elle date de i 529-30.

Il nous faut citer encore Gérard David et sa femme Cornélie Cnoop, dont nous avons vu des miniatures, aux expositions brugeoises, de iqo2 et de 1907. Le célèbre Bréviaire Giimani, de Venise, produit, croit-on, à Bruges**, mais dans lequel on voit beaucoup d'architectures qui rappelent les anciennes portes de la ville de Gand, renferme des miniatures de mains différentes, dont une dizaine peut être attribuée à Gérard David et à sa femme '^.

Les productions des artistes flamands de cette époque atteignent des qualités artistiques supérieures. Elles sont, en général, a'uvres de vrais dessinateurs. L'art de la composition, la perfection de l'exécution, le charme du coloris font comprendre tout le cas que les ducs de Bourgogne et Louis de Gruuthuse faisaient du talent de plusieurs d'entre ces artistes. Il y a souvent, dans nos miniatures, moins de distinction

I. Voirplus haut, p. 296. ^ 2. lbi<i., 277. ^ 3. IbiJ., 277. ^ 4. B, iv. 299. 3oi. 306. ^ 5. Cfr. R. P. Van den Gheyn, d^.ns \e fi,,//, lie la société d'Hist. el d'Archéo/. de Gand.xu. icj-\i; B, 11.006; lv.118.* 6. Biogr. i;a//o«,- xviii. 57q;B. !.. 3oi. <)fe 7- B, IV. H8-19. ^ S. Dans la miniatuie n- i3, on voit une maison conslruile dans le style bru^cois à tr.ivées. 1^ ,1. Wealh. Gérard David, London, 1895, 47 et suivv.

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que dans la miniature française contemporaine. Mais on y trouve un coloris plus frais et plus varié, une individualisation plus grande des types, une humeur plus gaie, qui va jusqu'à l'espièglerie et la fantaisie caricaturale, dans les bordures. Le réalisme de Jean van Eyck et son coloris éclatant ont séduit ces artistes. 11 n'est pas possible d'étudier la miniature de Simon Benninc (p. 377) sans voir que Géiard David a influencé ce maître.

L'art de la miniature n'a pas disparu avec la ditïusioii de la typograpiiie. Les ouvrages imprimés par Colard Mansion sont illustrés d'uiitiales peintes et de traiis calligraphiques à l'encre de cou- -^

leur. Les Métamorphoses d'Ovide, de 1484, est le premier de ses livres qui soit orné de grandes planches gravées sur bois. Mais les vignettes gravées des incunables sont très souvent coloriées à l'aquarelle. La Gilde des Miniaturistes faisait enluminer en i 522, les majuscules dans un missel imprimé, et y ajoutait des pages peintes en miniature '. En i53i, l'enlumineur Adrien Metteneye est chargé de colorier une gravure du crucifiement en face du canon dans un Missel imprimé, acheté par la Gilde de St Jean ^. En 1 541 le chapitre de St-Donatien faisait écrire sur parchemin, huit exemplaires du Salve, par Guillaume Petyt, destinés à être encadrés et suspendus dans la nef de l'église.

Le maitre - peintre Guillaume Wallin est chargé de les orner et de les II fleurir » ^ Cependant, les comptes desNavoogden ( 1 5 19-H i j ne mentionnent plus que trois boucscrivers et un enlumineur ■•.

Notre concitoyen Ferdinand de Pape, né en 1810 *, après avoir

étudié les manuscrits de la Bibliothèque royale, reprit l'a le genre de l'époque bourguignonne. Il avait associé à ses lra\ François (1814-63) qui s'occupait surtout des bordures, des arc

dans

muiiatiues, ers 1840, son fiére 1res, de la peinture

héraldique et de la calligraphie. Après iSSq, Charles, tils de Ferdinand, prit la place de son oncle, et continua encore la miniature après la mort de son père, arrivée en i885.

2. La gravure sur bois. — Haarlem était un centre de peinture, des la seconde moitié du XV"^ siècle ; et cette fortune est due, sans doute, à l'influence que Jean v;in

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Eyck y exerça '. Mais dès la fin du XIV« siècle, on y pratiquait la gravure sur bois, et l'on obtenait, par frottis, des images tirées de la planchette, qu'on livrait au commerce. soit en noir, soit décorées à l'aquarelle. Il existait un autre centre de production de ces objets de piété, qu'on appelle « des images u, dites ghetidelike beildekius - dès le XVe siècle, et que nous appelons des Sanctjes. Ce second centre était Utrecht. Ces images d'Utreclit se vendaient à Bruges, en grande quantité dès avant 1426 '. Cette importation valut aux librairiers des difficultés avec les peintres, et le Statut des échevins qui appaisa la difficulté, permit l'importation de livres et de rouleaux à images faites ailleurs. Quant aux images isolées, on ne pouvait vendre que celles faites en ville. Mais quand on parle de gheprent werc, ]\ ne s'agit pas exclusivement d'images en xylographie. Ainsi en 1447, on parle de ^/fe/re;;/ ji'erc à l'aquarelle -t, que tout brugeois pourra produire lui-même, à la main, sans toutefois pouvoir user d'aides. Mais il ne s'agit pas ici d' « images » ; il s'agit d'étoffes décorées par procédé mécanique * ; et les peintres voulaient protéger les Cleederscrivers, qui formaient un let de leur Corporation, contre la concurrence illicite. En 1457, au contraire'^, il s'agit de nouveau d' « images ». Ce document distingue entre les boucscrivers, les verlichtet s et ceux qui font des images dans des livres ou rouleaux, et qui étaient assez nombreux à Bruges, à cette époque. Ils faisaient l'exportation, notamment vers Gand et vers Vpres, Anvers et ailleurs'.

Nous trouvons \e prenlere, dés 1456 Sj, dans les comptes de la Gilde de St Jean, (lù. du reste, peu de noms, surtout dans les commencements, furent suivis d'une qualification spéciale. L'on en reçut huit entre 1456 et 1499. Tiois sont désignés comme ^/eH/i'e/x-oo/e;- *; cinq franc-maîires peintres sont qualifiés ^re?!/er, dans les livies de leur corporation ?.

3. — La typographie. — Nous avons donné, à la page 291, la reproduction de la dernière page du doctrinal imprimé à Bruges, en caractères mobiles, par Jean Brito '. 11 est probable que ce Jean Brito est le Jan Bortoen. fils de Jean, de Pipriac (Ille-et Vilaine, en Bretagne), qui acquit droit de bourgeoisie à Bruges, le 22 mai 1456. 11 habitait Tournai, en 1446, et y exerçait la calligraphie. On le trouve, avant son acquisition de bourgeoisie, au plus ancien des comptes de la Gilde de St Jean qui soient conservés, celui du 6 mai 1454 au 5 mai 1455 ; et cela ne doit pas étonner : il en faisait déjà partie peut-être, depuis du temps, sans être bourgeois ; car ce n'est que le statut du 27 juin 1457 •", qui ait donné son existence légale à la Gilde et a reconnu comme métier bourgeois c( le commerce de la librairie et toute industrie qui s'y rapportait ». Il pouvait donc très bien exercer l'art de prenter ou de libraire avant son acquisition de bourgeoisie. Il est toutefois certain qu'il faut dater le Doctrinal du civis britgensis après le 22 mai 1456. Il est donc impossible de le dater de 1445 ",car l'année suivante Brito habitait encore Tournai.

Jean Brito figure assez régulièrement aux comptes de la Gilde jusqu'en 1490, où il donne sa cotisation in mindringhe, a raison sans doute de ses retards. Il mourut en i4<)4. On lui donne presque régulièrement le titre de meester, à partir de 1458-59 : qualification que Colard Mansion ne porta jamais et dont les comptes de la Gilde ne gratifient presque personne. Lui aurait-on donné ce titre, après la publication de son premier incunable ? Il fut certainement le proto-typographe brugeois; mais peut-on

240, statut des Echevins de Biuges, !• Avril 1.426. ^ 4. Jbùi., 14. ^ 6 B. IV. 245. ^ 7- liid., 248. 249. Voir ce que nous avons

7. B, IV. 259-328. Cfr. B, IV. 3o7. 320. ^ 8. AE. xvi]l.65.68. i38. I. L. GlLLlODTS, Archiviste de la Ville, sur Jean lirilo et son . Btill.. Cercle hisl. et aychiot. de CmrU ai, IV. 67. un a.ticle

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