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394 L'ART KT LES BELLES LETTRES

Nous pourrions allonger cette liste, en utilisant nos extraits des comptes d'églises : mais ce qui précède suffit pour montrer que l'art de la vénerie était encore en honneur, à Bruges, pendant le premier quart du XVI I^ siècle. Aussi, apiès les dévastations produites par les Gueux, Jean van Heester fut chargé de lépaier les dégais faits aux verrières de St-Sauveur '.

Peu de verrières anciennes ont été conservées. Après les violences des Gueux, le délabrement, le désir de von- clair à l'église, le mauvais goût en ont causé la destruction. Nous voyons détruire des vitraux à St-Sauveur, en 1671 ; mais surtout, et systématiquement, entre 1739 et 179^ ~. Ajoutons que les verrières du St-Sang ont été vendues, vers 1820, 14 fr. pièce -Mil ne nous reste que les vitraux de l'église de Jérusalem, datant de 1482 à i56o, qui ont été très consciencieusement restaurés par M. Arthur Verhaegen, en 1890 ; le vitrail de Jean de Gruuthuse, à N.-D., qui dénote le goût du premier quart du XVh' siècle ; quelques médaillons du XV-XYli^ siècle au Musée du St-Sang, et des fragments de la même époque au Musée archéologique ; enfin une partie du vitrail central de la chapelle de St Joseph, à la Cathédrale, qui date de i33i '.

A partir du XYl» siècle, nos verriers travaillaient dapiès des cartons fournis par des peintres. Ainsi Josse van der Beke dessina les cartons pour cinq vitiau.x de la chapelle du St Sang, en 1542 ■'' ; Lancelot Blondeel en dessina pour l'Hôtel de Ville". On conserve, à la Poterie, les dessins à la plume qui ont servi à laire les verrières. remplacées depuis lors. Ces dessins sont de la dernière période gothique 7.

2. Les lisserans de tapis. — • Nos lissecleedweveis se retrouvent dans nos plus anciennes archives, notamment au compte de 1297*. Leurs Honflmaiis faisaient partie de l'expédition à Winendale et Cassel, et se trouvèrent à la journée des Eperons d'Or ° : on les y appelle tapytjvevei s. Nous les voyons, dans nos documents, formant corporation, en i328, i357, i36i, 1407, dates aux quelles les métiers de Bruges apparaissent, agissant de concert, ou bien agissent dans l'intérêt général des corporations

Les œuvres de nos tisserands de haute lice ont fixé leur réputation. Au XV<^ siècle, Bruges luttait avantageusement avec Tournai, Bruxelles et même Arias. M. Mùniz se méprend quand il dit '° qu'au XVle siècle, la fabrication brugeoise fut écrasée par celle de Bruxelles. L'art brugeois était encore fort en 1340" ; nos œuvres étaient si estimées qu'en 1547 la Ville peimit aux producteurs, de les marquer du \\ couronné '^, et nos maîtres exportaient encore vers Paris, en 1607'^. Des œuvres de 1637, au St-Sang, et de 1639 à la Poterie n'indiquent pas la décadence. Celle-ci ne vint qu'à la fin du XVII^ siècle, comme le prouve entre autre, un antependium, conservé au Séminaire, et qui est de 1682. Il est vrai qu'au XVI^ siècle, Anvers s'efforça de déplacer le marché de la tapisserie, qui s'était trouvé à Bruges.

Les petites œuvres en basse lice (leechn'erck) étaient du domaine de la Corporation des Tapissiers. La hauts lice métier maertse était un métier bourgeois. On faisait l'ouvrage en figures et en verdures, à laine courte ; on produisait aussi du travail sarrasinois ou velu. On travaillait en laine ; en laine, soie et fil d'or. Le travail se faisait souvent d'après des cartons fournis par des peintres. Gilles den Stichele (1430), Jean Fabiaen (1479. 1480) Georges de Meyere (1307), Guillaume Wallinc (i526), Guillaume de Hollandere (i52Ô), Lancelot Blondeel et autres produisirent des cartons pour tapisseries. Ces cartons

1. AA Catli., c. du 16 juin 1 584 au ,u déc, i5S5. ^ 2. VSK, lii-ibi. ^ i. Wbai.e, Htiig. el rmi., 4- éd., 164 5. ^ 4. Cfr. VSK,2o3.^5.H, m. 289.^ 6. AE, Lvlll. 187. ^7, Voir les reproductions passables de rcs dessins. dansA'/ï/.fl'cA'.ZJ. dr InPoirtie. in 4'., édité par la Soc. d'Euiul , eu 184,1. ^ S. 1, 1. 54, ^ 9. AE. xxxv, iSS.c. i3o2. ^ 10. La Uiphsrrie. Paris. Quantiu. 223. ^ II. CE, II. 680. ^ 12, CE, m, 32. ^ iJ. AE. lvii. 409-10.

L ART ET LES BELLES LETTRES

indiquaient d'ordinaire les couleurs ; quelquefois on se contentait de dessins à la plume — voir le manuscrit de la Poterie — laissant la coloration à l'aptitude du haute-liceur.

Parmi les plus belles de nos productions connues, on peut sans doute ranger la série de l'Histoire d'Esther et d'Assuerus, trois pièces de m. 8,60 de large sur 4,25 de haut, appartenant à la Cathédrale de Sarragosse, qui sont du XN'^ siècle, et que nous avons vues à Bruges, à l'Exposition de la Toison d'Or, en 1907. D'autres tiipisseï les brugeoises se trouvent à la Poterie, au St-Sang.

Les tapis servaient à l'ornementation des églises, des parois des salles, au décor extérieur des monuments et des rues.

Nos tapissiers avaient Ste Genevière (3 janvier) pour patronne. Ils faisaient leurs services chez les Augustins, longtemps avant 1470. Ils emigrércnt à StGilles en i523, pour revenir chez les Augustins, en i5go, et aller détiniuvcment à St-Giilcs, en 1623 '.

Jean van Gobeelen, qui donna son nom à la célèbre manufacture parisienne des Gobelins, était, dit-on -, un hauie-liceur biugeois.

Il serait intéressant qu'on puisse en fournir la preuve.

* Disons quelques mots de deux métiers d'art plus ou moins connexes avec celui qui précède, à cause de la destination d'ornementation mobiliaire de leurs produits.

Les hiiusscrirers ■', qui formaient un des membres de la Corporation des peintres, faisaient de la peinture sur tissus, des cuirs peints dont on garnissait les boucliers, les selles, les bancs, les tables, les panneaux etc., et qu'on employa, dès la fin du XV>= siècle à garnir les parois des salles.

On les trouve déjà en i3o2. Le cuir d'ameublement, couvert de minces feuilles d'étain, prenait l'apparence de la dorure au moyen d'un vernis à l'ambre. Les Batteurs d'étain (/oelieslaghers) figurent dans nos documents du XV« siècle *. Les Adoubeurs (dobbeerders) * faisaient la préparation du cuir d'Espagne pour les huusscrivers. Ils figurent comme ''^'"^''* ''" B„/iettn des intin-s d-A,i.)

corporation depuis i328; et disparaissent des registres des renouvellements de la loi, en i5S6, en même temps que les batteurs d'or". Les excès des Gueux, qui leur firent perdre l'exportation en Allemagne et en Espagne, leur avaient été désastreux ?.

I. K.EiiLHOFF, Hist. dit ci-Jevani coitv. des Augiisiû uni. j^ 2. GB, 23. ^ 3. Voir ci-dessus, p. 364; AE, XLVII ^ é. AE, ZLVI1.371. ^ 7.ZEGUERVANM;tLE, Lavienl., a

s, à Bruges, l5l et, 3o5. 366. ^ 4 AE,

vv. ; Rembbv. Brkendc Pasiors vatt St-Gi/ùs, VII. 366. Voir plus loin. p. 400. ^ 5. D, 56o. 5Ô9.

396 LART ET LES BELLES LETTRES

* Les brodeurs {bordeitnucrkers), comme les wambaisstickers ou pourpointieis, et plusieurs petits métiers usnnt de soie, faisaient partie de la corporation des Courtepointiers [Culcstickers). Cette corporation nous est connue depuis 1293. Les diverses branches d'ouvriers qui la composaient, faisaient des broderies en soie, avec fil dor et d'argent. Quelques unes de leurs œuvres — si nombreuses aviint le temps des Gueux, au témoignage des Inventaires — existent encore, dans les sacristies de la ville et des environs. Voir nos gravures, aux pages 33 1 et 332. Les Carmélites de Sion se livraient aussi au travail de la broderie. Ce métier sombra au temps de la Réforme'. La chasublerie constituait un métier bourgeois, qu'on pratiquait sans être affilié à une corporation '■". La Keure des Merciers leur permettait d'en vendre.

3. L'art des métaux. — A. L'or/èi'ierie et les arts cotinexes. — Les « orfèvres » ', ainsi nommés en i328, portent couramment, dans nos documents flamands, le nom de ^elversmeden. Le nom goiidsmeden semble avoir prévalu vers le milieu du XV'^ siècle, sans que celui de ^eh'ersmeden dispaiùt. La ^eh'ersmidstrate (XV"^ siècle) est celle que les archives de St-Donatien appellent, pour la première fois, en 1490, du nom de Phlipstockstrate *.

Les ^elversmeden figurent au compte de i3o2, prêtant de l'argent à la Ville '. Nous les retrouvons à l'expédition de Douai (i3o2) et dans les documents de 1328, 1357, i36i etc. et, de nouveau sous le nom d'orfèvies, dans la sentence d'Hesdin ([441)°. Ils marchaient sous le grand Doyen des Smeden. Etablis d'abord dans la chapelle de ceux-ci, dédiée à St Eloi, on les trouve plus tard dans celle de St Amand, puis, à partir de i5io à N.-D. ?. Le très joli maucler en chêne polychrome de la porte de la clôture qu'ils y firent établir, est au Musée archéologique et l'on y voit encore les deux derniers chiffres du millésime i5io, le blason de la corporation et l'emblème de la coupe, comme élément de décor. Avant 1454, la maison de la corporation se trouvait dans la rue des Foulons ; plus tard!'*î&»|^àM'ije de l'Hydromel, où ils eurent aussi leurs maisons de refuge pour vieillards, jusqu'à la Révolution fiançaise ■. En 1454, les chefs, les notables et le commun du métier comptaient quarante-quatre personnes; en 1776, ce nombre était de quarante-neuf". Le commerce des métaux précieux était réglé à Bruges, par une ordonnance du Magistrat, de 1309. Le Bureau de garantie, qui existait en 1290, fut réorganisé alors '".

La Keure des orfèvres se trouve au grand registre des Corporations compilé vers le milieu du XV'' siècle, au moyen des chartes plus anciennes ". Nous y voyons que les batteurs d'or avec les tréfileurs d'or dépendaient de leur métier. Tout orfèvre devait faire partie du Métier, qui était tellement identifié avec la Gilde de St Eloi, que les fonctions de doyen et de syndic devaient être tenues, dans les deux, par les mêmes hommes.

La /^e!»-e fait entendre que l'art d'émailleur était métier bourgeois '^ L'émailleur pouvait toutefois s'affilier à la Gilde de St Eloi. à des conditions avantageuses ; mais il ne pouvait se livrer à d'autres travaux qu'à ceux de lémaillure. Nos comptes prouvent que nos émailleurs ne manquaient pas de travail. 11 est vrai toutefois qu'à certaines époques au moins, les Osterlings importaient des émaux ■•' et les Merciers en vendaient. Les marchands étrangers en vendaient aussi, lors des Franches Foires. Les Merciers ven-

I. Zeghkr v*n llALE, l.amettl., 5r. ^ 2, AE, 1. c, 384. ^ .1. AA, cliarle de iJaS, I, I. ôçS. ^ 4. AA Evûclié, comptes de .St-Uonaiienet /,;^f.r<;//nr«j«. Voir plus loin sur les vicissiludes dece nom. ^ 5. AE.xxxv. 92. ^6. I, I. Sç; I. 3qS ; IJ, iq3 ; I, II. 119 ; V. aSS. ^ 7. AE, xxxi. 83 ; RDH, 11. 76 et V. 83 ; Gaii.l., Imcr.fiiiiir, .\.-D., 097 ; lÎBAUCOUBT. Dcscr. A'. D., 128. ^ 8 Desn. ,iu Uép. de hi I.ys, an XII, 96 07 ; AE, xl.in, 100 ; AE, xx,\l. 84. ^ o. AE, xxxl. 44. 00. 91. * 10. I, I..Î00: IJ. 184-7; Cfr.GT. 41. ^ II. A A Etat, Bruges, .\Ulieis.H' 1. ^ 12. Uitl.. ai t. .18 et .îi, fol. 164. ^ li. 7. van Mai.b. l.amem.^a.

LART ET LES BELLES LETTRES

daient aussi des joailleries à la Halle, et bien des fois le Magistrat dut appaiser des conflits survenus entre eux et les Orfèvres. La charte de ceux-ci fixait le litre de fin. qui était contrôlé par le métier et par la Ville. Elle défendait de sertir des pierres fines dans du cuivre, et de fausses pierres dans de l'or. La joaillerie vendue par les Merciers ne pouvait provenir que de villes où le contrôle était exercé, et devait porter le poinçon de garantie '.

Certains de nos orfèvres s'occupaient de la gravure de sceaux, de méreaux, de fers à marquer, de poinçons et marques de fabrique.

Leur habilité était bien grande, comme le témoignent les sceaux et signets duXIII» et du XIV^ siècle, représentés par de si nombreuses empreintes dans nos divers dépôts d'archives, par le second sceau de Bruges (grav., p. 124) et par celui de i3o4 igrav., p. i25), dont la superbe matrice en argent, conservée aux Archives de la "Ville est l'œuvre de Jan Inghelbrecht, que les comptes appellent tantôt :;egheliiiaker.

tantôt :{eghelsnider =. Fouille profonde et hardie, richesse d'ornementation, luxe et profusion de détails qui ne compromettent pas la masse ^^'' principale, dessin élégant et correct, "

telles sont les qualités auxquelles p,^ „ d. 1 ra, c ne Bruges (au 1 ala s ,e J st e) 'Vslru t e ,5o. par

atteignaient nos maîtres dès cette josse van der st.ciieie; daprés .m dessi.idc k. Veisci.eiue. i«7iépoque.

Nos orfèvres gravaient aussi des lames tombales, la plupart des fois niellées ou émailltes •'. Malgré les ravages des siècles, nous en conservons encore un grand nombre ^, et il semble probable que plusieurs des beaux cuivres funéraires du XlVi^ et du XV<= siècle trouvés en Angleterre et en Allemagne, et qu'on attribue à des artistes flamands, sont l'œuvre de nos graveurs ■\

Les œuvres de nos orfèvres, si nombreuses, quelquefois merveilleusement belles ", renseignées par nos textes ", sont pour la plupart perdues. L'époque des Gueux suitout

mas elSl-Liic, %m. iSÔ-igo. ^ 5. Voir AE, Coui Irai, iv. 299. * 6. I, VI. 355-0. ^ 7. Voir H, I. II 111, 1 gienafi, Masft ht, Piaen ; GT, 219. 355-59; I"^ <^c l'orfèvrt nos églises, du St-Sang, de Jérusalem, de l'Hôpital, nos Mu

Voir celle .ie St-S.,nveur, chapelle ne N -D. des re la lame. ^ 4. Voii nos gravures, pp. lo5. 112. ; et W. H. JAMKs Wkale, Hull. Gtlde de St-Tkohomas et Sl-Lnc. vu. 2J0; Hull. Soc. Hist. cl Archéol. nvenlaiies de St-Donatien ; GG, aux mois A'n/»/^, Trarment de St-Georges, I, IV. 452-55; plus loin, Tiésots du nos gravures, pp. 17. 19. 170. 199. 2o5. 240. 584. 390. 403.

SgS L'ART ET LES BELLES LETTRES.

fut désastreuse '. Nous prions le lecteur de donner une attention spéciale à la châsse de St Donatien, conservée à la Cathédrale, où l'on voit des fragments de châsses plus anciennes : de petites plaques ciselées, des terminaisons de crête, un ange aux ailes émaillées, une Vierge et deux statuettes d'évêques (XIl-XIII"^ s.), des cabochons et des filigranes (XI ll«-XIVe s. i, t^es crétages du commencement du XVI 1<^ siècle.

Nos orfèvres devaient faire contrôler leurs œuvres. Ils ne pouvaient travailler, d'apiès leur Keiiic (art. 18), qu'au titre lixé à Paiis ; et leurs ouvrages devaient être poinçonnés de leur marque, de celle de la corporation — soit une lettre, variant tous les ans, — et de celle de la Ville. Leur marque devait être déposée, par son apposition sur une plaque de plomb. Gailliard donne la reproduction d'une de ces plaques, qui porte les marques de cent soi.\ante dix maîtres (1567-1638) = ; une autre plaque qui porte seize marques de plus, intercalées parmi les autres, est conservée au Musée archéologique '.

B. Les métiers du cuivre. — Les métiers du cuivie dépendaient des forgeions (Smeden. fèvres, maréchaux;. Il en était ainsi des fondeurs de cuivie (gheelghieters) et des batteurs de cuivre [koperslaghers, ketelaers. ketelboeters). L'art de fondre des cloches était métier bourgeois au XV^ siècle ••. Les Leenknecht, de Haielbeke, ont fondu des cloches pour Damme, à la fin du XI V" siècle ; et je crois qu'entre 1280 et l'an i5oo Bruges et ses enviions se sont souvent adressés à l'étranger, pour la fonte des cloches. Nos textes toutefois semblent prouver que nos fondeurs de cuivre s'acquittaient fort bien de ce travail jusque vers i6(o, où Marc Leserre, fondeur de cloches, lue des Maréchaux, en fondit beaucoup pour notre Ville". Nous voyons nos fondeurs produire aussi de la dinanderie de toutes sortes et même couler des statues : telles les quatre statues, pesant 1768 livres, placées, en 1447, ^^^^ 'es niches en pierre d'Ecaussines sur les parapets du pont St-Jean, aujourd'hui la Place .lean van Eyck. Ils produisaient aussi de grandes pièces de mobilier ecclésiastique, tels que des lutrins, des clôtures de chapelles '^. Thomas Huppyn ou van Houpv, qui produisit entre autres un lutrin-aigle pour St Donatien, en 1431-32, devait être un praticien habile. .'\u XV1<= siècle encore, Louis Farryn, Jean van den Dorpe, Jacques de Keysere, dit l'Empereur, l'auteur de la brétèque en cuivre des Halles (i526i, Laurent de Lyckere, — les trois dernieis furent Vinder des Maréchaux — , produisirent de belles pièces, pour la Vdie et pour des endroits même très éloignés, en France". Mais dès i5oi, les Malinois, puis les .\nversois fondent nos grandes cloches, jusqu'h ce que Jacques du Mery, d'Anvers, fût venu s'établir à Bruges. C'est à lui que nous devons le carillon (1743) et son fils Geoiges fondit la grande cloche du Beffroi (1744), ainsique des cloches pour Ste-Anne 117541. pour St-Jacques (1766) et pour St-Gilles (1769'.

Zegher van Maie, dans sa La)«fH/fl//c, nous apprend que le métier àe geluwgieter fut réduit à rien, au temps des Gueux ".

Nos fondeurs ont coulé des busse?i et des serpentines en cuivre ". Nous en voyons couler par Renier van der Stichele (i382), par Guillaume Gheerards, fondeur de cloches, dans la première moitié du XV« siècle, par Thomas van Houpy (1438-39). L'on croit même que Pierre de Bruges, potier d'étain, qui fondit, en 1346, la fameuse Connoille de

I. A A Kvêclié, InveuLiire des joyaux île St-I)onatien qu'on dut .nliéner. eu l56~ ; et Iii\eiituire lies joyaux confisqués par les Etats eu 1579. ^ 2. ^mi. ni net., H. 118. *3. Cfr. AE, xxxl, 87-88. ^ 4. AE, XI.VII. 384. ^5. B, m. 148; IJ.SJ: I, Ill.38;H, IV. 77;1, II. 38; VSK.z.. ^6. I. v. 3!ii. 340; R, m. 69. 298; AA St Jacq., c. i5l9-35, fol. 427 V.; VSK, i3o, :3i, etc. ^7. AA, c. 1S26, fol. 99 r; CE, 11. 582 1 li, m. 296. 297. ^ 8. Lament.,ti. cit., 45. ^9. Voir plus haut, p. i38l39.

L'ART ET LES BELLES LETTRES

Tournai, dont le carreau plombé tua un homme lors du premier essai de la pièce ', appartenait à la famille brugeoise des Potgliieter, qui travaillait déjà le cuivre, à Bruges, en 1202 -. Mai'C Leserre est appelé artillerieghiett^r dans un acte de 1574. dans lequel il vieil! déclarer, avec Henri Plouvier et Bernard van Bouchoutte, tous les trois i( manans et bourgeois de Bruges », comme lui, qu'il n'est plus d'usage de fondre les pièces d'artillerie, mais de les marteler ■>.

Nos baileurs de cuivre produisaient des chaudières à brasser comme aussi des objets usuels, qu'ils mettaient en vente au Braeinberg, et des pièces artistiques. Tels, le St Michel, haut de 1? pieds, avec le dragon, long de 16 pieds, œuvre d'Eeuwout van den Kelnare, qui est qualifié traiiipelina/cere, placé vers 1485 sur la flèche du Beffroi, et le Zeertidder de la toiture des Halles ■*. Après l'incendie de la Bêche, le St Michel fut remplacé par un lion, i5oi-2. œuvre de Henri van Haiidernaken, qui était sans doute un artiste d'origine rhénane, établi à Bruges. Ce lion fut exécuté d'après un modèle du sculpteur Laurent Weins. Tous nos monuments, suitoLit au XV^ siècle, étaient ornés de pommes, de bannières, de coupes, de flammes, de giroutles {balsaiieii], placées sur des broches. Cette ornementation était souvent en cuivre, et produite par nos ATe/e/iJe/i '; à moins qu'elle ne lût en fer battu ou en plomb '-'. L'art de nos batteurs de cuivre dépérit aussi au temps des Gueu.v ; et les grands chandeliers en cuivre battu, du XVII« et du XVIIIe siècle, que nous trouvons encore dans nos églises, sont pour la plupart l'œuvre d'artistes étrangers.

Notons toutefois que nous contatons par le tarif du Tonlieu de Damme, de 1232, l'importation à Bruges, de cloches, clochettes, d'objets de cuivie divers ; constatation que nous faisons encore au WN<^ et au XVI^ siècle, où l'on spé- p,, k,.> r. 1/ 7 citie des objets d'art <. On désigne même l'Evéché Pumpe ui 1 .uf

de Liège, comme lieu d'origine de ces produits, '"^'^^"u'uM

dus, sans doute, surtout aux Dinantais. Notre marché d'objets en cuivre battu était fourni également parles Allemands, qui avaient leurs étaux dans la Halle et par les Merciers, qui vendaient aussi toutes sortes de marchandises de Nijrenberg *; et ceci l'xplique entre autres la présence à St-Sauveur, à Ste-Anne, à Lisseweghe, à Houttave, de plats d'offertoire allemands, du XV!*! siècle.

C. Les Potiers d'étain. tenin stoopmakers. — (2es artisans constituaient un métier à Keure '\ que nous voyons constamment figurer avec les autres métiers, depuis i328. Ils avaient leur sceau, en l'ii-j'". Ils étaient fixés à St-Sauveur, dès 1374, où ils vénéraient Ste Geneviève, leur patronne, à l'autel de St Wulfram. On les trouve, à St-Sauveur. pour la dernière fois, en 1704 ". Leur nombre, en notre Ville, au WN'^ et au XVi^ siècle, devait

*5. tfr. I.v,

■s arcluol. Binées, 1687, 219 ; I, 11. Jçi. 56. ^ 2 53o. 353 ; II. 36. ^ 6. B, iv. 236. jj^ 7. VVG, 11. 444 lers, fol. 3ç)o V., 091. ^9. Ibid., ibûi., fol. 177. jj^

IJ. 398.187; 5i3;CE, V, t o. IJ. 190. ^

159, ^8. A A Etat, Bruges, Me VSK, 2,h.

40() L'ART ET LES BELLES LETTRES

être sensiblement en équilibre avec celui des scieurs, des armurieis, des ceinlurieis, des corroyeurs en noir, des s;anliers, etc.

Les foelgeslaghers ' ou batteurs d'étain en feuilles, faisaient partie du métier. La Keure. dont nous avons une transcription du XV<^ siècle ^, leur accordait le monopole de tenir boutique ouverte d'objets, même en vieil étain raffraîchi. Le vieil étain, resté bossue, pouvait seul être vendu au marché du Vendredi. L'introduction d'objets en étain fabriqués à l'étranger était prohibée, et la charte des Merciers n'en mentionne pas. Mais l'importation d'ouvrages fabriqués dans le West- quartier est supposée dans les ordonnances de 161 5 (art. i 1 ).

Les Keures distinguent les objets en étain, d'après la qualité du métal, tantôt en fijne H'erc et en cuei werc (XV« siècle) ; tantôt en inghcls irerck, hamertin, cuerwerc appelé aussi brugsche ctiere (161 5). Le cuerwerc ne pouvait être fait en thieretheii (161 5). mot qui représente sans doute ce que nous appellerions « de la camelote ». en empruntant également notre métaphore au tissage. L'ouvrage fin devait être fait en étain des Cornouailles et ne pouvait contenir que 0,04 d'alliage de plomb; cet alliage était toléré jusqu'au quart, pour le cuerwerc.

Tout produit devait être poinçonné. D'après les dispositions les plus anciennes, tout ouvrage devait porter la lettre du potier d'étain et la mai que de la Ville. Celle-ci se trouvait dans un écu, pour l'ouvrage tin ; dans un cercle, pour le cuerwerc. Ces dispositions furent changées, en i6i5 '; l'ouvrage fin en étain d'Angleterre devra porter la rose avec l'écu au lion, au centre, et la marque du (j couronné. Le cuerwerc portera les armes de la Ville, dans un cercle, et la marque de l'étainier, également dans un cercle. Le hamertiu devra porter les armes de la Ville, dans un cercle, et, en plus, un marteau couionné, portant les lettres de l'ouvrier, dans la couronne ou de part et d'autre du manche, qui sera lisse. Les produits venant du West- quartier devaient porter le blason de la Ville de provenance, avec la marque du maître (161 5). Les règlemeiiis de 161 5 nous apprennent que le cuerwerck ne pouvait être battu au marteau, mais fait au tour et bruni, comme on le faisait depuis le vieu.\ temps (art. 8).

Voici ce que nous avons pu constater sur bien des pièces que nous avons examinées. Celles en ciain fin, portent la marque de la double rose héraldique de 0,01 3. ayant, en cœur, un écu au lion rampant, et surmontée d'une couronne royale dans le bandeau de laquelle se trouvent deu.v lettres, qui constituent sans doute la lettere du maître. La rose n'a parfois que 0,010 ou 0,007 de diamètre. Les pièces fines portent toutes une seconde marque qui est le [) couronné, dans un écu; et celui-ci affecte, comme la rose, des formes gothiques en usage vers l'an i5oo. D'autres pièces ne portent pas la marque de Bruges. Les objets en étain de qualité inférieure (cuerewerc) ne portent que la marque du fabricant, dans im cercle. Le nom de Roo^etin, qui était encore très connu il y a un demi siècle, était appliqué aux ouvrages en étain fin, des Cornouailles ou du Devonshire. La rose servait aussi, à Anvers, à Liège et ailleurs, de marque à l'étain de pemière qualité. Le cuerewerc était fait sans doute en étain importé par les Osterlings, lequel une sentence du 1 5 mars 1456 •» oppose à l'étain anglais.

Chaque maître devait mettre l'empreinte de son poinçon sur deux plaques de plomb, dans lesquelles on inscrivait son nom. L'une de ces plaques était conservée par les Eciieviiis, l'aulre dans le coffre de la Corpoiation. .le ne crois pas qu'il existe encore de ces plaques.

I, Voir ci-de«us, ]), 395^ ^ 2. AA Eut Biufes, ililUn, reg, n- i, foK 177. Elle est .iiitéiieure a 1456, i.Vil'. fol. iSo. ^ .^. AA, Keg. petit fol., parcheilini. «^ 4. AA Etat Bruges, Utitieis, leg. u" i, fol. 180.

L'ART ET LES BELLES LETTRES

On faisait en étain des aiguières, des brocs, des chopines, des salières, des huiliers

des écLielles, des coupes, des lianaps. des chandeliers, des miroirs, des clochettes, ainsi que du/; /i7/;j't'/-c/i: : plats, assiettes, bassins. Ces objets étaient quelquefois dorés. On faisait des médaillons en étain, souvent dorés sur argenture, pour orner les chapeaux, des boucles, des fermoirs. On faisait, à Bruges, des méreau.v en étain, quoique ceu.x des œuvres de charité fassent la plupart des fois en plomb. Les inventaires men-

Phologr. Je M. G. T: irh/s.

Ch.isse de Ste Godeli.

tionnent de grands reliquaires fabriqués en étain. Les beaux objets en étain ont sans aucun doute été nombreux en notre ville. Le sceau des potiers d'étain, appendu à la charte de iSSy, nous offre la représentation d'une belle cannette. L'inventaire des orfèvreries de la Gilde des Arbalétriers du vieux serment ', mentionne huit cannettes à vin, pesant en moyenne vingt livres, et l'énumération de ces ustensiles parmi les ouvrages d'orfèvrerie semble assez indiquer que c'étaient des objets, précieux sans doute par leur valeur artistique. La Ville, dont la vaisselle était en argent, dès le XlVe siècle, avait aussi des plats en étain '. Nos musées, malheureusement, sont

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