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404 L'ART ET LES BELLES LETTRES
fabriqué de grès en notre ville, avant le XVII' siècle. La glaise de Rrabant que nos potiers importaient ', au XV« siècle, n'était-elle pas destinée à la fabrication du grès ? D'autre part, nos Merciers ne vendaient pas de poteries, comme on le constate à la lecture de leur Keure de i63i. Tous les grès utilisés à Bruges auraient d(^nc été introduits lors des Franches Foires : ce qui paraît exagéré. Il est de fait que Jacques Mellinck en fabriquait, à Bruges, en i55i =.
La Keure du XVi^ siècle de nos Potiers ' leur défendait tout travail pendant les deu.x mois dont midwinter (la Noël) était le point central. Nul potier ne pouvait travailler plus d'un last de glaise brabançonne par an, et l'on ne pouvait mélanger plus de deux tiers de glaise du pays à celle du Brabant. Mais les poteries communes se faisaient en glaise de la région, et le potier pouvait en travailler tant qu'il voulait. L'on ne pouvait cuire de la poterie qui avait été gelée.
Notre Musée archéologique possède une grande collection de briques à foyer et de poteries brugeoises. L'on y voit aussi des têtes et masques en terre émaillée et un fragment non verni en poterie brune, qui représente une tête de femme, au caractère de nos sculptures du XI V'î-XV>= siècle. Le Musée de la Cathédrale possède un carreau en terre cuite émaillée, provenant d'un tombeau de l'église de l'Eekhout, représentant la tête de la Ste Vierge {WV^ siècle).
* L'on peut se demander si la briqueterie a toujours été un métiei- bourgeois. Car une charte de iSSy't constate devant Echevins, que le serment des Potiers de terre avait reçu trois livres parisis pour autoriser un briquetier à exercer son métier. Cette charte mentionne les briques pour carrelages et les carreaux de couverture ; mais elle ne mentionne pas les briques à foyer, ni les carreaux émaillés pour carrelages.
* Bruges a fabriqué aussi des fa'iences. Parmi nos faïenciers il faut citer Josse Wyts, qui introduisit cette industrie en notre ville, en i53g et travailla jusqu'en iSSy. 11 eut pour successeurs Hans Guldens et Chrétien van den Abeele. Mais le plus céièbie de nos faïenciers fut Henri Pulincx (1698-1781). Il obtint, le 11 octobre i-5i. de pouvoir établir dans la maison de Panne loge, près du Minnewater, sa faïencerie, qu'un incendie dévora, le 28 février lySS ^ Je crois qu'il obtint la permission de rebâtir.
L'on connaît nos pots, nos plats et nos assiettes, bescrevetie pateelen (XVI I<^ siècle!, c'est-à-dire notre faïence brugeoise à décor bleu, ou bleu et bistre, mauve et jaune, avec fleurs, quelquefois avec raisins et feuillages. Mais ce que nous avons de plus beau, ce sont les productions de Henri Pulincx, artiste multiple, déjà directeur, oversiender, des travaux de la Ville, à l'âge de vingt-quatre ans. On lui doit des sculptures en bois, des mausolées, entre autres ceux des Evêques van Susteren et de Castillon. actuellement placés dans le chœur de St-Sauveur. L'on conserve au Musée archéologique (Grand'Place) deux cheminées de ce maître. L'une est en faïence bleue, l'autre en faïence marbrée d'un ton rose violacé. L'on y voit aussi trois porte-montre, dont deux en marbré violacé, un en blanc, et des consoles en marbré violacé. Une autre cheminée en marbré violet se trouve à Damme, dans la ferme, à l'ouest du pont.
VIL La dentelle aux fuseaux. — La dentelle aux fuseaux serait, d'après quelques-uns, d'origine brugeoise. Cette thèse, à mon avis, est insoutenable. On trouve, il est vrai, un « passement » sur le tableau de Memlinc, au Louvre (1^89), comme on en trouve sur certains tableaux de van der Goes, mort en 1482, de Quinten Metsys
|2. Wbale, Si iif.ct ses, environs. 4-éii.. 2i8. ^3 AA EulBiufeB. lletiers. reg, t Pollebakkeis. ^ 5. AA, Resoliilieb. t-,ii-ii. fol. 88 v. ; iV/., i;5J-5(;, fol 6 v.
(tableaux de iSog et vers i525), de Gossaert (avant i532) et de Bernard van Orley. mort en 1541. Mais qui nous dit que plusieurs de ces dentelles ne sont pas des passements à fils tirés? Il paraît admissible, au contraire, que le tableau de i556, de Fourbus, à St-Jacques (N.-D. des VII douleurs) nous représente de vraies dentelles. Le centre de Bruxelles-Anvers serait-il en avance 5ur Biuges? Cependant le livre de palioi'.c, publié à Anvers, en 1542, chez Guillaume Vostermans, ne donne aucun dessin pour dentelle aux fuseaux '.
Nous savons que le travail aux fuseaux se faisait à Milan, avant 1493 ^ et lut importé à Zurich, vers i536, par deux marchands venant de Venise-'; et le livre qui nous l'apprend, et qui est imprimé vers i56o, donne une ijravure où l'on voit deux femmes travailler aux fuseaux. Les Vénitiens avaient des relations avec Bruges avant iBig-*; ils y avaient des replé^enIants dèsi335-36=, et un consul, en 1347°. Les relations, rompues en i5oi, furent reprises en i5o5, et les galées Vénitiennes apportaient
trouver de servantes, les
encore leurs marchandises dans le port de la Suène, en i5i7 '. Les Vénitiens ne peuvent-ils pas avoir introduit aussi à Bruges la facture des dentelles aux fuseaux ?
Nous savons que les dentellières étaient nombreuses à Lille, en i582 * et que, en iSqy, deux hommes venant de Flandre, ont enseigné à Senlis et aux environs de cette ville, u à faire des dentelles que l'on appelle ouvrages de Flandres^ °.
A la fin du XVI« siècle, ce travail était fort pratiqué dans toute la Flandre, Aussi s'était - on plaint au Roi de ne plus
filles s'occupant toutes de « minuties, tels que le spelleiverc etc. « Alors païut le placard, donné à Binche. le 5 décembre I 58- '°, autorisant les magistrat lires à prendre des mesures. Noussavonsque Gand prit des mesures sé- \eies ", mais qui étaient tombées en désuétude bien avant 1G22 ; tandis qu'à Bruges le placard fut tout simplement publié ter cloche, le 14 mars iSqo, sans que le Magistrat crût devoir prendre des mesures spéciales '^ Ceci me fait supposer que l'art de la dentelle fut toujours librement prati-
qué en notre ville. Les filles pouvaient apprendre à faire de la dentelle, dans les écoles spéciales reconnues par l'autorité civile, dès 1612'-'. Quand, en 1768, l'enseignement des travaux à l'aiguille devint libre, celui de la dentelle resta un privilège de la corporation des Maîtres et Maîtresses d'école '■». Les maîtresses de dentelles avaient à passer un examen, aussi bien que les autres.
Bruges a fabriqué, dès le XVI^ siècle et surtout au XVI Is plusieurs espèces de dentelles •'. II y a surtout le bloenuperk où les fleurs, faites séparément, sont reliées ensuite au point de Bruxelles ou au point d'Alençon ; c'est que ce qu'on appelle Duchesse
^ 2. Ji,W, 255. ^ 3. /«/rf., 255. ift 4- CE, l. i5i. 0, ERllAEGEN, La dentclU et la broderie sur lii/lr, Bnii., , i584-q6, fol. 442. ^ II. P. VERHAtGBN, 1, c, I. 32. ^ - (1628). ^ 14. AE, LU. 25o. ^ i.rVoir BlEKORF, IQOT,