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Espagnole, à son tour, offre quelques jolies maisons, les unes anciennes, d'autres modernes, conçues dans le style archaïque, très goûté à Bruges.
D'impressionnants souvenirs se rattachent au n" 15 : Ignace de Loyola, du moins la tradition l'assure, y fit divers séjours.
La « maison noire », rue des Tonneliers, n" 23, est un magnifique
Maison noire ", rue des Tonneliers, n"
spécimen d'habitation privée, au xv" siècle. C'est actuellement un café.
La rue de l'Académie, où aboutit la rue Espagnole, confine à la place van Eyck.
Van Eyck et Memling, deux figures dont Bruges évoque si naturellement le souvenir, revivent aux yeux de la postérité en des statues médiocrement imposantes, érigées en des endroits peu solennels. Limage du premier occupe la traverse, en face du quai du Miroir, au pied de l'antique « Poorters logie » loge des Bourgeois, naguère l'Académie,
nouvellement reconstruite pour le dépôt d'Archives. Ce bronze de Pickery remplace une statue du ciseau de R. Calloigne. inauguréi' en 1S30 et, depuis, transférée à rAcadémie, où elle orne la Cour.
La vue d'ensemble, du haut du perron de l'ancienne Académie, était charmante ; notre gravure en conserve le souvenir.
Les générations nouvelles ne retrouveront pas, sans doute, les joies que donnait à la nôtre, la vue de cette construction, noircie par le temps.
^Tt: .ii j:.'«.i^J
Lj Bibliothtqui.- : l'ancien Tonlitu.
dont l'angle a porté, durant cinq siècles, l'amusant petit ours, dressé sur ses pattes '/ Bccrtje van dr Logic, sorte de Pasquin brugeois, devant lequel plus d'un enfant s'est découvert, parla force d'une tradition locale.
Il occupe cette place depuis 1417! Que de souvenirs dans cette période de cinq siècles de l'histoire de Bruges.
L'affectation à sa bibliothèque publique, de l'ancien bâtiment du « Tonlieu », l'endroit où se percevaient les taxes sur les marchandises importées, a conservé à la ville une de ses plus pittoresques constructions. Les armoiries polychromées et dorées, qui surmontent le gracieux
porche de ce remarquable ensemble archilectural, sont celles de Pierre de Luxembourg, directeur général de la perception des accises.
Riche en beaux manuscrits provenant, pour la plupart, de l'ancienne
Porche d'entrée de la Bibliothèque
abbaye des Dunes, la bibliothèque de Bruges possède, en outre, de précieux incunables. Dans le nombre, plusieurs sont issus des presses de ColardMansion. C'est un legs de Joseph van Praet, un Brugeois, conservateur de la Bibliothèque de Paris, sous Napoléon. On y trouve, en outre. une collection d'estampes, nullement dépourvue d'intérêt.
La construction date de 1477 : à l'int^-rieur. elle est totalement appropriée à ses besoins nouveaux. Vu d ici, le quai du Miroir offre un charme tout particulier. lin face, le quai Spinola complète ce pittoresque ensemble.
Obliquant à gauche, nous gagnons la rue Cour-de-Gand. .Sur la place
L'cglibe de Jcrusak-m.
Memling, toujours du même côté, nous v03'ons bientôt, sur le fond sombre de maisons conventuelles, à pignons en gradins, se détacher la statue de marbre du poétique artiste, œuvre de Picker}', comme celle de van Eyck, érigée en 1871. La tourelle, à droite, surmontée du croissant, est une survivance de la maison des négociants de Smyrne, à ne pas confondre avec ceux qu'on nomme à Bruges les « Orientaux », par une traduction fautive du nom d'Hanséates : en flamand « Osterlings ».
La rue Cour-de-liand conserve une des rares façades de bois, de mince intérêt d'ailleurs, qu'on puisse voir en ville.
Nous atteignons la rue des Carmes ; après, le silencieux et pittoresque quai Sainte-Anne, enfin, la rue de Jérusalem, avec, à faible distance,
L'église de Jérusalem. Vue iiuérieure.
l'étrange construction connue sous le nom d'église de Jérusalem, plus justement de la .Sainte-Croix.
Fondé en 1428 par Pierre et Jacques, deu.x: membres de l'illustre maison génoise des Adorno, le sanctuaire a eu certainement pour objet de reproduire, en ses grandes lignes, le Saint-Sépulcre. Extérieurement, le caractère oriental de sa tour n'est point méconnaissable. Ce n'est point une mosquée, sans doute, non plus, cependant, une tour d'église, telles qu'on les voit en pays flamand.
liRUGES
La disposition inti-rieure est originale. Un chœur très surhaussé, logé dans la tour même, est éclairé par les fenêtres de celle-ci. Un escalier, à double rampe, y donne accès. L'ensemble, infiniment pittoresque, se complète de boiseries anciennes, de splendides vitraux. Au centre, un mausolée en pierre de t.-.'uche, est celui d'Anselme Adorne ■[- 1483', et de sa femme, une van der Banck.
Il s'agit du gentilhomme c^ui jjosséda le Sû/n/ Fra)içois if Assise de
Tir des archers de Saint-Sébastien.
van Evck, aujourd'hui au musée de Turin, et sa réduction, actuellement en Amérique. Knvoj'é en mission par le duc de Bourgogne, Anselme mourut de mort violente en Ecosse, demandant à reposer dans sa chapelle de Bruges où, chose curieuse, ne furent inhumés ni Pierre ni Jacques Adorne. Fut-il satisfait au vœu d'Anselme ? C'est douteux. Les vitraux, de riche coloration, rt'ijrésentent les membres de la famille des fondateurs. Aux murs, i|ue]([ues jolis monuments funéraires; enfin, un triptj'que excellent: la \'/, rj^i- ri l' l:nf tint Jésus, acco)npagnés cV anges, peinture dont une répétition existe au musée de lîruxelles, œuvre de l'école de Quentin .Metsys. La voûte en bardeaux est digne d'attention.
]. 'église de Jérusalem conserve une relique de la vraie croix, rapportée de Terre-Sainte par les Adorne, chose qui, nécessairement, motiva la fondation de la chapelle. L'habitation de ces seigneurs lui était contigui-; c'est aujourd'hui une école dentellière.
Nous longerons l'église pour prendre le chemin d'une autre curiosité brugeoise. le tir de la Société de Saint-Sébastien. De la rue de la Balle.
Le lac d'Amour.
la silhouette de l'église Sainte-Croix, avec sa très curieuse lanterne couronnée d'une sphère, prend des apparences orientales très évidentes.
Bientôt, le vénérable siège de la société des Archers s'annonce par une gracieuse tourelle octogone, dominant les alentours. L'entrée est au bout de la rue des Carmes, à proximité des remparts.
P"iers de leur historique passé, les archers de Saint-Sébastien en conservent jalousement les reliques. On vous montrera la galerie des portraits des chefs-hommes, où figurent des personnages de haute mine, émanant du pinceau d'artistes en renom ; le livre d'or, où apposèrent leur signature des personnalités marquantes et jusqu'à des souverains. Charles II d'Angleterre, durant son exil en 1656 ; le duc de Gloucester, son frère, âgé alors de seize ans, furent, à ce qu'il semble, de fervents archers. Le buste
BRUGES 6i
du monarque ans^lais décore la cheminée de la salle des réunions; une flèche d'argent, don de son frère, y est religieusement conservée, ainsi qu'une coupe du même métal, offerte par la reine Victoria, venue à Bruges en 1843, avec son époux, le prince Albert. Outre le roi et la reine des Belges, le roi de Portugal, le comte de Paris et le duc de Chartres, le prince Napoléon signèrent au livre d'or de la confrérie.
Le << Dyver .■ avec la tour de Xotre-Dame.
La tourelle pentagonale date du xvr siècle. La galerie du tir. vers le jardin, est de la même époque, la chapelle, moins ancienne d'un siècle Il faut faire le tour de l'édifice, extrêmement pittoresque dans son irrégularité. Du dehors, avec, comme fond, les grandes tours des Halles, de Saint- Sauveur et de Notre-Dame, l'ensemble est prestigieux.
Quelques pas sur le rempart nous auront bientôt conduits à la porte de Sainte-Croix, massive construction du xiiT' siècle (p. 3), défigurée, sans doute, mais non dénuée de caractère et qui, par sa situation, au bord de l'eau, récupère en pittoresque ce qu'elle a perdu en importance monumentale. A peu de frais, les anciennes portes de Bruges pourraient être reconstituées, avec l'aide du plan très précis de Marc Gérard.
Le moulin, dont les eawx placides du canal réfléchissent la silhouette, foriae, avec le donjon, un ensemble dont Rembrandt eut tiré un merveilleux parti. Gravir la butte délaissée d"un moulin récemment disparu procure une vue îianiposante sur la ville. L*on ne regrettera point d'avoir poussé si loin sa promenade facilitée, du reste, par Tonmibus partant de la gfître.
La tûr jTAniQcr.
Les Bffiuiims presses,, paur la rcie dltii Pmvre. domit. am défomt de ces pages, il a êtè dit uan nmoit p>. 5, . pjremdmoffliÈlla ime dm Prè-amac-Matilîiis poiiiiirafooiiiitîr am ejuiai Vert, wim des plous (JêlicîecEc pfiBmiits de viote de Bmnges;. et. enfin. se dïiriger vers; la <(.iiran!d'Pllace par Ee I>TTner.
liams Ha ma»? acnx LaÈEiesu em passamt- mcjuis salmeireMms la îielle amaisoum dm iiiraia»jl Martàeir. meMiiiMimet? aimsÈ. wsm poEmit d'après le camam (ijam sert de teoime à la mas?, maïs dm Emourtiier de dregmiste. sculpté à amie- façade de îaaisaa datamit dm xvmf àèdle. et irappielamii. paar ses scmlptiniEes. la dèlfiâîte des tmaaipes dm parftniicff d'Oiramige. Esedénic de Xassam. par les aïsaées esîKigiœOiîîes^ i^oce icsMuitimïiamdaitt stoan^oarasÈiii Jean- le GatîMs&nne- II siaf&t, tiammaaiît le cwiEnn. d'emtireir dams la maas des CînairCEBiises- pocur aniveff anji aamisèe d(*s Hiaspocss cïtEIIs..
Ce iBosée. de crèsiiaii xéoease. rassemble use acame partie des owiTres i 3X1 anirek»? réamis àlli^jâîal Sainî-Jean. et à llioepâce de la
lisons- es passant, combôen 3 impc«r:ersii en cène Tilîe de Br. gÎKodrT^mesi pacmae 4^ créatksms arxisriqises. degrooper. dans n:; '.■.<^^. --f c.'s. 1 ease^bsie de o^ rk&esseSw La recoeismicxioQ de la I-cçe des
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BiMirgieois. la c£— derant Acadésîâe- fcrarnissaiî une "t— ^
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Il ja-e:
des crisSi ;:t . des sculptures et ce qu'on dît être le collier de chevalerie. -1-1:3^ en 1471 par Edouard IV à Josse de BoL et retroaré dans la z- — '-^ -i- t>?rso?niage.
!RU(.tES
Nous suivons le rjyver jusqu'à la rue Sainte-Catherine, pour arriver au musée de peinture dit de <■ l'Académie », installé, fort mal et très à l'étroit, dans l'ancienne chapelle de l'orphelinat, ou école Bogaerde.
Pareille installation, force est d'y revenir, est peu digne de Bruges. Outre que l'espace fait défaut, au point c[u'il a fallu reléguer à l'Athénée nombre de créations de sérieux intérêt pour l'histoire locale, l'éclairage est essentiellement défectueux. L'étude des trésors qui font de la galerie brugeoise une des plus importantes du monde, estrendue, par là, des plus
Le quai des Ménétriers.
pénibles. Emettons donc le vœu que, sans plus tarder, l'administration se décide à remédier à un état de choses qui n'a que trop duré. Ce jour-là, elle aura bien mérité des amis de l'Art.
De ce que l'histoire connaît une « Kcole de Bruges », n'allons point conclure que ses représentants les plus fameux aient vu le jour aux bords du Dyver ou de la Reie. Pourtant, si le hasard les a amenés en ces lieux, une chose est à l'abri de la controverse : ils ne se confondent avec aucune autre école. Leur filiation n'est pas établie ailleurs, et pour les influences sous lesquelles se forma et se développa leur génie, on serait bien en peine de trouver soit à van Eyck, soit à Memling des précurseurs directs. Chose également certaine, pour qui connaît la Flandre, leurs types sont essentiellement et purement du terroir.
A tout seigneur, tout honneur! Voici la ]'/t'rge, dite « du chanoine
Pala », que van E\'ck termina en 1436. Van der Paele est vu agenouillé, sous la protection de saint Georges, son patron, et de saint Donatien, celui de son église, dont la présente peinture décora le maître-autel. Le musée d'Anvers en possède une excellente copie ancienne ; la galerie de
La maison dite du « GrandMonier ».
Hampton Court, une étude plus grande ciue nature, pour la tète du donateur. L'authenticité de cette dernière est contestée, ce qui n'empêche qu'elle soit remarquable. On croit, et la chose n'est pas improbable, que le fond d'architecture est un souvenir de la cathédrale disparue.
Le tableau manque d'attrait, au point de vue de la grâce ; il est, en revanche, d'une vérité pénétrante, d'un coloris riche et profond. Tout y est, peut-on dire, fouillé d'une manière incomparable. La tête et les mains du vieux chanoine peuvent compter parmi les plus prodigieuses réalisa-
tions auxquelles soit arrivé un peintre. Quelque préférence qu'on ressente pour d'autres maîtres du xv° siècle, il faut admettre cjue \'an E3^ck domine tous ses confrères, et d'une hauteur considérable.
Le portrait de la femme du peintre, daté de 1439, doit compter parmi les jjIus parfaites créations de l'époque. Agée de trente-trois ans, selon l'inscription du cadre, la dame n'est point séduisante. La juxtaposition de la rol^e rouge et de la ceinture verte n'est pas non plus exempte de quelque crudité. Pourtant, van Eyck a produit ici un pur chef-
L'Hôpital de la Poterie.
d'œuvre, et cela, avec une simplicité de moyens dont seul était capable un grand artiste. Ce portrait appartint à la corporation des peintres, à laquelle van Eyck passe pour avoir également donné sa propre effigie. L'Académie le reçut en don, en 1808, d'un M. van Lede. Le nom de ce généreux donateur mérite d'échapper à l'oubli
Vingt ans plus tôt, M. de Busscher, imprimeur, fit hommage au musée d'une Tcte de Clirist portant la date prétendue de 1420, et la signature — fausse, — de van Eyck. L'original de cette peinture, daté de 1438, est au musée de Berlin ; une autre copie à la Pinacothèque de Munich.
Un splendide retable de Memling, Saint Christophe, saint Maiir et saint Gilles, avec le donateur Guillaume Moreel, son patron et ses cinq fils ; la donatrice, avec sainte Barbe et ses onze filles, procède de l'église Saint-Jacques. Memling fait preuve, dans cette création, d'une
énergie remarquable, comme dessinateur et comme coloriste. La peinture est datée de 1484.
Loin de perdre en importance par le voisinage de van Eyck et de Memling, Gérard David, qu'on peut surnommer le dernier des Brugeois, se révèle un maître exceptionnel. Né en Hollande, contemporain de Memling, David finit ses jours en 1523, après une carrière illustrée par des productions que distinguent des ijualités de premier ordre. Il trouve sur sa palette des harmonies de coloration que n'ont connues ni cherchées van Eyck ni Memling, et, pour s'inspirer de l'esprit du dernier, ne conserve pas moins un style qui lui est propre et caractérise parfaitement ses œuvres, d'ailleurs fort dispersées.
Memling vivait encore, quand, en 1488, la municipalité de Bruges chargeait David de créer, pour son hôtel de ville, deux panneaux représentant la Pilllilioii, par Caiiibyse, du juge prévaricateur. .Superbes de coloris, les deu.\ pages sont d'une puissance d'expression tout à fait remarquable. Il y a là des têtes du plus grand caractère. Le Supplice des Sysamnes est rendu sans qu'on nous fasse grâce de l'horreur d'aucun détail, et, techniquement, d'un mérite supérieur. On y lit la date de 1498.
Jadis, avant que le nom même de David eût été tiré de l'oubli, ces deu.K yjanneaux étaient attribués à Ant. Claisscns et la date se lisait 1598. Le fait est que David n'est point d'ordinaire si libre dans sa facture, et, comme ses personnages n'atteignent pas, en général, de grandes proportions, il ne s'annonce pas, tout d'abord, comme l'auteur de ces pages remarquables.
Bien que postérieur de dix ans (1508), \q Baptême du Christ nous le montre inébranlablement fidèle aux traditions de iMemling. Le paysage
Jean van Hyck. Portrait do la tenime Ju maître.
est merveilleux. Sus les volets, le donateur Jean des Trompes, sa femme et leurs enfants, sous la protection de saint Jean-Baptiste et de sainte Elisabeth de Hongrie ; à l'extérieur, la Vierge et l'Enfant Jésus, avec la seconde femme de des Trompes, accompagnée de la Madeleine.
Le coloris, d'une suavité remarquable ; l'excellence de la forme ; la beauté du paysage, font de ce triptj-que une des plus nobles créations de son auteur et de l'école brugeoise entière. Il décorait jadis l'autel de la chapelle du Saint-Sang.
Une page infiniment précieuse du musée de Bruges, est la Mort de la Vitrgc, longtemps tenue pour de Jean Scorel, et dont l'attribution à Hugues van der Goes, par M. Firmenich-Richarts, semble justifiée, non moins par le coloris que par le style. La cathédrale de Saint-Sauveur possède, on l'a vu, une copie ancienne de cette intéressante peinture.
On peut, au musée de Bruges, apprendre à connaître Jean Prévost, de Mons, franc-maître de la gilde de Saint-Luc d'Anvers, en 1493, fixé à Bruges dès l'année suivante, et mort dans cette ville en 1528. Albert Durer, son compagnon de route d'x'Vnvers à Bruges, en 1521, fut hébergé par lui ; en remercîment de quoi, Durer lui traça son portrait, au crayon, et fit don de dix sous k sa femme! L'argent avait plus de valeur alors qu'aujourd'hui.
'Le Jugement dernier de Jean Prévost, daté de 1525, créé pour le Magistrat, est une page de dimensions restreintes, offrant des analogies de pensée, d'exécution, et même de coloris et de style, avec les conceptions similaires d'Albert Durer.
Les types et les épisodes grotesques y abondent.
Il ne semble pas qu'on puisse confondre Jean Prévost avec son homonyme (( Jacques » Prévost, dont Bartsch et, après lui, Robert-Dumesnil ont décrit les fort rares estampes.
Cinquante ans après la mort du peintre, en 1578, Jacques van den Coorenhuuse, copia son Jugement dernier pour la prévôté de .Saint- Donatien. Cette nouvelle version figure également au musée.
Nous ne songeons pas à décrire l'ensemble des productions intéressantes composant la galerie brugeoise. Il importe, cependant, de signaler un excellent Blondeel {Saint Lue), un Jugement dernier, de Pierre Pourbus, et des portraits du même maître, a Hivres de la meilleure qualité, enfin, quelques très bonnes créations du XVII'' siècle.
La partie du musée qui n'a pu trouver place sur les parois de l'ancienne chapelle Bogaerde, n'est pas à dédaigner pour qui s'intéresse à l'art flamand du XVIII' siècle et du commencement du xix' siècle, mo-
liRUC.ES
ment où Bruges occupa dans l'art une place plus importante qu'on ne présume. On fait espérer qu'un emplacement meilleur sera assigné à ces peintures, trop peu appréciées, ce nous semble, du public et de l'édilité. En dehors des curiosités que l'on rencontre au musée d'archéologie et au musée des Flospices, quelques sculptures et tableaux anciens se con-
GruuiK Je BrL-\ JlI et Je Coniiick.
servent à l'hôpital de la Poterie et au Séminaire épiscopal, ancienne abbaye des Dunes. Les deux établissements se touchent, mais sont assez éloignés du centre.
Au séminaire, se conserve un bas-relief de la \'isitiitiou, d'après l'estampe sur bois d'Albert Diirer, J'». 84, travail délicat, en pierre de Kehlheim, appartenant à une série dont il existe d'autres échantillons, au British 31useum et à Brunswick. Il est superflu de faire observer que,
70 lîRUGES
sauf la composition, Diirer n'est pour rien dans ces bas-reliefs. Ce qui n'empêche de récents guides de désigner toujours le morceau de Bruges comme l'œuvre personnelle du maître.
Un tableau à volets, la Ct'ur. réminiscence affaiblie de la peinture de Thierry Bouts, à Saint-Pierre, de Louvain ; un portrait, de grandeur naturelle, de BernardCampmans, abbé des Dunes, représenté sur son lit de mort; un très beau Paiiof a iiiû i/Wnvr/s. peint en 1656. par Bonnecroy, un tableau de Jacques de Gheyn, le Clirist appai-aissa>it à sainte Hi'lt'iw, senties plus marquantes d'entre les productions réunies dans le parloir de l'établissement religieux.
La Poterie et le Séminaire nous ont quelque peu détournés de la direction qu'il fallait suivre au sortir du musée. La rue de l'Arsenal nous aura bientôt ramenés au sein d'un quartier qui, toujours urbain, garde pourtant une physionomie essentiellement agreste.
Une vaste et calme nappe d'eau, vrai miroir bordé de rives verdoyantes, s'étend à notre gauche ; c'est le Minncix.hxter, le lac d'Amour, ancien bassin de Bruges, alimenté par les eaux de la Reie. Le donjon qui, avec le pont à plusieurs arches, contribues! bien au caractère pittoresque de l'ensemble, ne compte pas moins de cinq siècles ! Exactement, il date de 1398 et, naguère encore, servait de poudrière. Plus d'un lecteur se souviendra de l'avoir aperçu au fond de certainepeinture gothique, ou de quelque miniature de l'école brugeoise du xv" siècle.
Autre élément d'intérêt, et placé là comme à souhait pour rehausser le charme du tableau : la maison éclusière du xV siècle, restaurée avec beaucoup d'entente, et en face de laquelle s'ouvre le portail du Béguinage. Même pour Bruges, le calme de cette retraite impressionne par sa grande poésie.
Les béguinages, de très ancienne fondation, sans être particuliers à la Flandre, y aV^ondent. Albert Durer leur consacre une mention dans le Journal de son voyage aux Pays-Bas. Les femmes et les filles dévotes y vivent en communauté, tout en habitant des maisonnettes à part. Elles se réunissent, aux heures de la prière, à l'église qui leur sert d'oratoire. Les habitations, désignées par le nom de quelque saint ou de quelque épisode de la légende sacrée, s'alignent le long d'un tapis de verdure, place publique de ces agglomérations d'un genre si spécial, et presque partout respectées par le temps. A Bruges, des arbres séculaires ombragent la pelouse et forment un ensemble d'harmonie riche et profonde.
L'église date de 1605; la porte est du xiii° siècle. L'église contient quelques peintures. Une chapelle du xv' siècle, annexée à la maison de
la supérieure, mérite d'être visitée, surtout à cause d'une plaque tombale, de cuivre gravé, provenant de la sépulture de demoiselle 3largueritede Renescure. La défunte }■ est figurée au milieu d'une ornementation d'excellent goût. C'est le morceau du genre, le plus distingué, sinon le plus ancien, existant à Bruges.
Par la place de la Digue et la rue Xeuve-du-Marais, nous aurons bientôt resfaa'né la o-are.
l.e pont du Béguin.ige.
Nous ne pouvions, dans ces pages, donner qu'un aperçu bien sommaire d'une ville remarquable, même après Venise et Florence. La connaître, c'est éprouver le désir de la revoir ; la revoir, c'est s'j- attacher davantage.
Une course, rapide comme la nôtre, ne saurait suffire à passer en revue l'ensemble de ce qu'une cité de si haut renom historique et monumental offre d'intéressant pour l'archéologue et le curieux, non plus qu'elle ne saurait permettre d'apprécier à suffisance son attrait exceptionnel pour l'artiste en cjuête du pittoresque. Sous tous ces rapports, Bruges réserve des joies infinies au visiteur.
Une face tout à fait attraj'ante de Bruges, et que nous n'avons pu qu'eftleurer ici, est son architecture privée, ancienne et moderne. La
ville ne compte actuellement qu'un nombre restreint d'habitations datant de l'époque de sa grande prospérité. Quelques-unes des plus belles façades sont postérieures au XVI" siècle ; il en est du xvil% voire du
Le Béguinage. La Chapelle.
XVIII- siècle, dignes, à tous égards, d'être tenues pour des modèles de bon goût. Leur élégance vient rompre à propos la monotonie d'un stvle ogival trop prodigué, de notre temps.
Le xix" siècle a vu, incontestablement, s'accomplir des actes de réel vandalisme, au nom des principes du prétendu « grand art » mé-
connus. Le temps, par bonheur, a eu raison de ces tendances funestes. Il est louable, autant que légitime, de s'appliquer à effacer, dans la mesure du possible, leurs déplorables conséquences. Est-ce à dire que notre admiration des choses anciennes, le respect dont nous avons appris à les environner, ne se puisse traduire qu'en des formules à peine moins exclusives ? Xul ne l'admettra.
Réparons les fautes de nos devanciers, mais a)'ons garde d"en commettre d'aussi graves, à notre tour. Veillons jalousement à la conservation des trésors que nous a transmis le passé, tout en laissant libre carrière à l'imagination des maîtres nouveaux.
L'art ne progresse que par la liberté et à aucune époque, non plus que dans aucun pays, l'on n'a vu naître du pastiche un accroissement de force.
Et s'il est permis aux Brugeois d'aspirer à voir renaître les jours d'ancienne splendeur de leur admirable cité, ce ne peut être uniquement par le commerce ; de nouveaux fleurons peuvent s'ajouter aussi à sa glorieuse couronne artistique.
Moulins à l.i porte Sainte-Croi:
Vue générale.
Imposante encore, quoique déchue, Ypres garde la vi\-e empreinte de ses jours d'opulence, et l'artiste, autant que l'historien et l'archéologue, trouvent dans ses murs des occasions d'étude vx d'inftjrmation d'égal attrait.
Tandis que, au cours de leur promenade, vingt fois ils s'arrêteront charmés à la vue de constructions du groupement le plus pittoresque, ou que, poursuivant leur course, par des venelles aux capricieux détours ils gagneront des rues de noble aspect, ailleurs, à l'ombre des églises, sur des places bordées d'arbres, ils verront s'aligner des maisons, aux toits bizarrement raccordés, dont la ligne les captivera, autant par l'imprévu des ensembles que par l'élégance et la finesse des détails.
Quelle parole rendra l'impression éprouvée à la vue de cette Halle immense, écrasante en sa masse rectiligne, confinant à l'église Saint- ,^lartin, un des types les plus sévères du style ogival aux Pays-Bas ? Alors.
sur ce fond de monuments de superlje ordonnance, résumant, peut-on dire, cinq siècles de l'art de la construction, se détache, en puissant relief, la Boucherie. Vingt fois signalée et reiDroduite, c'est un des plus parfaits échantillons de l'architecture civile du moyen âge.
La maison des Bateliers.
Ypres, sans doute, n'a pas échappé aux vicissitudes des siècles. Pourtant, il faut reconnaître, avec M. Alph. van den Peereboom, le plus notoire de ses historiens que. moins ici qu'ailleurs, on a vu sévir le « fléau des restaurations ». Ici, en effet, la maison ancienne l'est pour de vrai, et le badigeon qui la recouvre n'en dissimule point la structure élégante ni la conception originale.
Le chiffre de la population, à peine dix-sept mille âmes, paraît dérisoire à qui parcourt ces rues spacieuses, embrasse de l'œil ces places
immenses. N'oublions pas, cependant, que la superficie a peu varié depuis le moyen âge. La ville, à cette époque, aurait compté ses habitants par cinquantaines de mille*. Mais, de cela, il y a longtemps, et Ypres ne semble pas du tout s'absorber dans le vain regret de sa puissance éva-
Maison, M.irché au Bois.
nouie, ou rêver le retour, impossible, de son glorieux passé. La joie [de vivre s'y manifeste très évidente, et l'aspect général est d'une sérénité qui, dès l'abord, dispose à la bonne humeur.
Rare dans l'architecture privée, l'ogive fait place à l'arc Tudor, lequel, ici, enfante des motifs infiniment gracieux, nés sans doute de ces constructions de bois, si nombreuses au temps de Guichardin. Peut-être de là, aussi, le caractère quelque peu anglais de certaines façades.
' A la fin du xiv'siùclc, la population ctait do cent mille àmcs, assurent des historiens.
Les pignons aux lignes contournés, alternent avec d'autres à gradins, et, même, où domine ce dernier élément, on le voit, à maintes reprises, rajeuni par des initiatives absolument heureuses.
Du reste, nulle monotonie. Telle façade, d'aspect austère, a sa porte abritée par un auvent ; telle autre a conservé sa saillante corniclie, d'effet
Maison de bois, prés de la porte Lille.
si gracieux, alors que sa voisine est précédée d'un perron, proscrit dans la plupart des autres villes.
L'ornement ra3'onnant, en coquille ou en éventail, emprunté à la Renaissance française, apparaît ici aux fenêtres, avec une fréquence presque caractéristique, comme les faîtages tors, les ancres du plus délicat travail achèvent et complètent la décoration, riche et pittoresque, de multiples façades yproises.
Parvenue à l'apogée de sa puissance dès le xiv" siècle, Ypres, en dehors de la Halle aux draps, garde peu de chose de sa physionomie du
mo^en âge. Nombreuses, il y a un demi-siècle encore, les maisons de bois, de remarquable originalité, si l'on en juge par les dessins de M. Bœhm, exposés au musée, se réduisent à un type unique. D'autre part, les canaux que formait, jusqu'au pied de la Halle, comme en face de Saint-Martin. l'Yperlée, et que les vieux plans nous montrent traversés par des ponts en quantité innombrable, sont aujourd'hui voûtés. De là ces places spacieuses, ces rues de largeur exceptionnelle, même dans les villes d'importance infiniment supérieure.
Rangée double de façades, place Van den Peereboom.
On peut voir, faisant face à ce qu'il est, en somme, permis d'appeler la cathédrale, Ypres ayant été, en 1559, érigée en évêché, une rangée double de façades, la seconde conservant l'alignement primitif du quai. Plus loin, au Marché au bétail, une maison, dite des Bateliers, toujours décorée des attributs de la navigation, se trouve privée du bassin qui faisait sa raison d'être ! Exemple rare, sinon unique.
Puissante par l'industrie drapière qui, en quelque sorte, avait absorbé chez elle les autres sources de prospérité, la ville d'Ypres fut frappée dans ses forces vives par le siège de 1383. Les causes de cet événement nous montrent combien, au moyen âge, était précaire le sort de ces communes si jalouses de leurs droits, si fières de leurs privilèges et sans cesse, pourtant, à la merci des visées ambitieuses de quelque prince guerroyeur, ou des entreprises, à peine moins redoutables, de concurrents
avides et sans scrupule. Ypres y devait trouver la source des plus cruels revers.
Au cours, donc, de l'année 1383, entraînée par le comte de Flandre
dans la lutte issue de la rivalité d'Urbain VI, dont la cause avait pour soutienl'Angleterre, etdeClément VII, la ville connut les horreurs d'un siège ou, à côté de vingt mille Gantois, combattait une formidable armée anglaise.
Résolus à tous les sacrifices, les Yprois firent preuve d'une endurance extraordinaire et surent forcer l'assaillant à la retraite.
Victoire, hélas! chèrement concj^uise, car la population ouvrière, fixée principalement hors ville, s'étaitvue contrainte à l'émigration. Elle avait porté ailleurs l'industrie qui faisait la fortune de la cité. Et comme, d'autre part, le magistrat, dévoué à la cause du duc de Boi;rgogne, faisait défense de réédifier les habitations détruites, la déchéance s'ensuivit, rapide.
Le XVI'' siècle vint ravi râla ville les dernières épaves de sa prosjiérité. Centre de résistance au régimeespagnol, Ypres eut, en 15S4, à soutenir un autre siège, de huit mois de durée, suivi d'épouvantables représailles à l'entrée des troupes du prince de Parme. Les historiens assurent qu'à cette époque le chiffre de la population était réduit à cinq mille âmes.
Du reste, point stratégique important, prise et reprise par les Français au cours du xv!!*-" siècle; fortifiée par Vauban ; cédée à la France par le traité de Ximègue (1678) ; rétrocédée à l'Autriche par le traité de
Maison rue Je Li Bouche.
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Rastadt (1716), Ypres redevint ville française, pour le rester tant que durèrent la République et l'Kmpire. C'est prodige, en vérité, après tant de vicissitudes, de voir encore debout ses superbes monuments, menacés même de démolition, sous le régime républicain.
La vue de la Halle aux draps, dont un écrivain français a pu dire qu'elle égale par ses dimensions la majesté des cathédrales ; par la beauté
La Halle.
de ses lignes, les palais vénitiens; jjar la richesse de l'ornementation, les constructions des Maures d'Espagne, frappe de surprise, même les plus avertis, lit quelle preuve plus éloquente de la puissance d'une ville. qu"un monument de pareille importance, érigé par un groupe de citoyens aux besoins de leur industrie, en même temps qu'à sa sauvegarde ? L'l-"urope n"en offre point de second exemple.
Du commencement du Xlli" siècle date le beffroi communal, massif de pierre, haut de 70 mètres, cantonné de tourelles, à trois rangs de baies ogivales. Couronnés du dragon, symbole des libertés publiques, les trois étages de ce donjon servaient aux métiers tout ensemble d'arsenal, de trésorerie, de lieu d'assemblée, de dépôt de privilèges. Ceux-ci étaient jalousement protégés contre toute atteinte par des coffres à serrures
multiples dont les clefs étaient ré])arties entre diverses mains. Les coffres en question reposent aujourd'hui au musée.
Au deuxième étage était située la prison, et, au sommet de la tour, se tenaient en permanence les guetteurs chargés à la fois de signaler les
La Halle, vue latérale.
incendies, fréquents et redoutables dans une ville aux constructions de Ijois, et de donner l'alarme à l'aj^proche de l'ennemi. Maintenant encore les guetteurs de la Aille occupent un poste au haut du Ijeffroi. C'est en 1330 que furent placés, à la base du campanile, les aigles de cuivre doré qui complètent si heureusement sa fière silhouette.
L'industrie drapière exigeait de vastes installations, tout spécialement des entrepôts. Dans ce but, à l'est et à l'ouest du beffroi s'étendirent,
sur un développement de cent trente-trois mètres, les Halles proprement dites, bâtiment crénelé, à étage unique, développant en façade quarantehuit fenêtres et autant de portes ogivales, portant aux angles des clochetons de forme semblable à ceux du l^effroi. Le tout était achevé en 1380.
Sous le régime français, en 1794, un membre de la municipalité vint faire la proposition de démolir la Halle et le beffroi. Le monument, à cette époque, était dans un piteux état, et sa réparation eùtcoûté cher. Après la