L.i Grand'Place en 177-I. d'après un tableau du Musée
chute de l'I'lmpire, une restaurati(jn fut entreprise, puis régulièrement poursuivie de 1843 à 1860. Les statues, par gr()U])e de deu.x, occupant les fausses fenêtres de l'étage, représentent, indépendamment des personnages souverains ayant régné sur la Flandre, les citoyens notables associés à Ihistoire de la C(jmmune. On }• a, par exemple, donné place au peintre -Melchior Broederlam, un précurseur de van Eyck à la cour de Bourgogne.
Ces diverses images, y comjjris celle de Notre-Dame de Tuine, patronne de la ville, et le Lion de Flandre, au-dessus de la porte principale, sont modernes, chose dont leur aspect passablement fruste pourrait faire douter les non-avertis.
Le campanile du beffroi, de même que les toits des Halles, semblent avoir été, au moj-en âge, décorés de peintures et de dorures, accompagnant de vastes blasons aux armes de la ville et du comté de Flandre.
Les plans anciens, nous l'avons dit, montrent la rivière Yperlée longeant les Halles vers l'ouest, ce ([ui permettait aux barques de décharger
au pied même de l'édifice. Des gravures, encore des lithographies récentes, montrent un perron à double rampe occupant le milieu de la façade des Halles. Ce perron, figuré pour la première fois dans les plans du XVii" siècle, disparut en 1848, au déplaisir extrême dune partie de la population ; on cria au vandalisme. Le fait est, pourtant, que ledit escalier était un hors-d"œuvre et que sa disparition a rendu à la Halle son vrai caractère. Chose curieuse, l'édifice n'a point d'entrée proprement dite. Des escaliers latéraux, auxquels donnent accès les portes extrêmes de la façade, desservent l'étage, mais ne datent point de l'origine de la construction.
Place Van den Peereboom.
La cause de cette bizarrerie doit être cherchée dans la disparition probable d'un ensemble de dépendances, remplacé par un corps de bâtiment connu sous le nom de Nicu'cccrk, nouvel œuvre, appliqué en façade à l'est des Halles, précisément à hauteur de l'étage et dont le rez-de-chaussée forme la galerie à colonnes qu'on voit à l'avant-plan de notre gravure.
Pour disparate que soit, en réalité, la juxtaposition de membres d'architecture d'époque différente, on ne peut méconnaître que le Nifuix:erk constitue un très gracieux ensemble. Conçu dès l'année 1575, par l'architecte gantois. Jean Sporeman, il ne fut réalisé qu'en 1620, peut-être à l'aide des plans originaux, chose qu'on n'a pu préciser.
Terminé en 1624, l'ensemble a été, en 1862, l'objet d'une restauration qui, sans doute, n'en a pas respecté tout le caractère. La grande fenêtre centrale, surmontée d'une croix, occupe l'emplacement de l'an-
cienne chapelle échevinale. Les pièces situées au-dessus de la galerie forment une dépendance de l'Hôtel de Ville, dont l'escalier est commun à l'étage de la Halle.
Cet étage, de grande sobriété architecturale, se compose d'une galerie continue à charpente visible. Les fermes, et leurs arbalétriers appuvés aux parois, la divisent en compartiments symétriques.
L'Hôtel de Ville, dit le " Nieuwerk ».
Deux artistes belges, M. Ferdinand Pauwels, mort en 1904, directeur à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde, et M. Louis Delbeke, formé à LAcadémie d'Ypres, également défunt, y ont représenté une suite d'épisodes de l'histoire locale.
Suffisamment élevées pour donner facilement place à l'ancienne façade de bois d'une maison démolie, ces galeries, interrompues à la traverse de la tour par une double baie en ogive, occupent une superficie de 2.472 mètres carrés. Affectés à des fêtes, servant même de lieu d'exercice à la milice cit03'enne, ces immenses locaux ont pour unique décoration les peintures prémentionnées. Celles de .M. Pauwels retracent l'histoire d'Ypres, de 1 1S7 à 1383, date du siège. L'épisode est représenté sur le mur du tond, en retour.
L'artiste, dans l'ensemble du travail, fait preuve d'un goût délicat. De remarquable élégance est le banquet des noces de Mahaut. fille de Robert de Béthune, avec Matthias de Lorraine i.iM!-
La peste de 1349, dont le souvenir a survécu dans la langue populaire sous le nom de « Mort d'Ypres », de Dood vaii Ypc-rcn, est ti-aduite d'une manière saisissante. Dans une rue jonchée de cadavres, apparaît, blême d'effroi, le fossoyeur chargé d'inviter les cito3^ens, à son de cloche, à porter leurs morts au sinistre toml^ereau destiné à leur enlèvement.
Galerie de l'étage de l.i Halk-, avec les fresques de F. Pauwels.
Pauwels, dans toute la série de ses peintures, déploya les qualités d'un coloriste de race, d'un exécutant habile et d'un homme dégoût.
M. Delbeke, dont la mort interrompit le travail, en i8gi, avait pour plan d'illustrer la vie civile de la cité, par un ensemble de scènes destinées à mettre en relief ses institutions philanthropiques et intellectuelles, au moj'en âge. Ce programme eût été réalisé de manière peu banale.
Soucieux de mettre ses compositions en Iiarmonie avec le cadre qui leur était assigné, l'artiste avait jugé devoir les revêtir d'une forme archaïque extrêmement intéressante. Il vit, de ce fait, son oeuvre en butte à d'âpres critiques. Interrompue un certain temps, elle fut déférée au jugement d'un comité d'artistes, dont, seul, l'avis favorable, décida de sa reprise. Un moment poursuivie, elle fut définitivement arrêtée par la mort de son auteur.
Jugeant par la partie réalisée, il ne nous paraît guère douteux que s'il eût été donné à .M. Delbeke de mener son entreprise à bonne fin, Ypres ne fût dotée d'une création des plus méritantes, faite pour donner le plus honorable relief à son école. Les croquis des compositions du peintre se conservent au musée de sa ville natale ; les esquisses au musée des Arts décoratifs, à Bruxelles.
La salle cdievinalc. Fresques Je J. Swerts.
Il n'est pas interdit d'espérer que l'école belge trouvera, dans ses rangs, quelque artiste capable de poursuivre l'œuvre interrompue. Le musée des Arts décoratifs possède aussi les cartons que Charles detJroux avait tracés en vue de la décoration des Halles, entreprise au moment de sa mort (1870}.
L'Hôtel de Ville ne brille intérieurement par aucun élément fait pour arrêter longuement le visiteur, si ce n'est la salle échevinale, reconstituée de notre temps, et à la décoration de laquelle ont concouru divers artistes de mérite. ♦
De vastes fresques de Swerts et Guffens ; une cheminée, dans le style du XV' siècle, œuvre de M. .Malfait, de Bruxelles; des vitraux de M. Dobbelaere, de Bruges, donnent à cette salle une sjilendeur incontestable.
D'anciennes peintures, retrouvées sous le badigeon, décorent, ou plutôt décoraient une partie de la pièce. L'intérêt en est grandement réduit par des « restaurations » peu discrètes. Il suffit, dès lors, de mentionner que ces peintures se trouvent sur le tympan faisant face à la fenêtre ; qu'elles se composent de grandes figures des évangélistes saint jNiarc et saint Jean, en outre d'une frise où sont figurés, debout, les
J..I c.uhcJralc S.iiin-.\l.irtin et l.i lialic
comtes et comtesses de Flandre depuis Louis de Nevers et Marguerite d'Artois, jusqu'à Charles le Téméraire et 3Iarguerite d'York. L'attribution de ces fresques à iMelchior Broederlam ne s'accorde pas davantage avec leur style qu'avec la date de leur production. Jean Pennant et Floris Utenhoven, peintres mentionnés comme travaillant à Ypres en 1468, seraient, au gré de M. Alph. van den Peereboom, les auteurs de ces créations dont, il faut le dire, l'intention primitive, à peine, se devine aujourd'hui.
Un passage voûté, sous le beffroi, met la Grand'Place en commu-
nication avec l'église de vSaint-.^Iartin. A remarquer, à droite et à gauche, dans le mur de cette arcade, l'installation des guichets de la recette des marchés, en tout pareille au tj'pe fourni par les peintures du moyen âge. avec leurs auvents raliattus formant comptoir.
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La Cathédrale, vue prise à travt
On la retrouve identique à la façade de bois conservée à l'étage de la Halle.
Vaste, et le plus souvent déserte, la place à laquelle nous arrivons doit à sa solitude même d'être plus impressionnante. D'une part, la fruste façade de l'immense édifice s'appuyant à la colonnade du Nieiiu:erk, avec son échappée de vue sur les lointains de la Grand'Place; en retour, une rangée de délicieuses constructions anciennes, la Conciergerie et les maisons attenantes, dignes de compter parmi les joyaux de l'architecture
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du temps. Chefs-d'œuvre de fer forgé, enfin, les ancres de l'une des façades, formant la date 1616.
L'église Saint-Martin se présente par le travers, dans tout le développement de son magnifique vaisseau. Le transept sud, avec le triple portail qui nous fait face, bien que dénaturé par une restauration médiocrement comprise, ne forme pas moins, avec sa splendide rose polygo-
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La Concier"eri(
nale, ses gracieux clochetons latéraux, ses arcs-boutants de belle portée, avec sa galerie aux élégants pinacles, un ensemble vraiment grandiose.
C'est, tout d'abord, par ses nobles proportions que nous impressionne l'édifice, encore que ses diverses parties soient d'époque très diverse. Tandis que le chœur fut commencé en 1221, chose établie par l'épitaphe de Hugues, prévôt de Saint-Martin, dont la dépouille repose dans l'église qu'il fit élever ; que la pose de la première pierre de la nef et des transepts fut faite par Marguerite de Constantinople, en 1254, le portail sud et la tour appartiennent au milieu du xV siècle. D'un siècle postérieur, encore, la chapelle dite « du doyen » qu'on voit, en hors-d'œuvre, vers le sud, au pied de la tour.
Celle-ci, conception de Martin Utenhove, de ^lalines, remplace une tour primitive, effondrée en 1433. De très sévère ordonnance, elle a grande
ph3^sionomie et l'on doit déplorer qu'arrivée à 57 mètres elle soit arrêtée à mi-chemin de sa hauteur projetée. Le porche, comme d'ailleurs plus d'un de ses éléments, nous rappelle les églises que Jean \-an I{yck inlroduit dans plusieurs de ses créations.
J.a C.uhOJr.ilc, poruil --
i.cpt.
Ce n est pas sans raison que Schayes, dans V Histoire de l'Architcc- Itirc en Belgique, désigne le chœur de Saint-Martin d'Ypres comme la plus remarquable des constructions religieuses du temps, en Belgique. Les proportions sont, en effet, des plus nobles, et n'était l'écrasant autel, conçu dans le stjde jésuite, qui, littéralement, offustiue la majeure partie du fond, l'ensemble serait d'harmonie parfaite.
Éclairé par une double rangée tie verrières, encadré d'un arc triomphal de style jjrimaire reposant sur de grêles colonnettes. il off're.
en plus, un beau triforium formant, avec de puissantes nervures rayonnantes, un tout de splendide effet.
La CatliL-draic; l.i "rande nef.
Le chœur n'a point de pourtour. Le vaisseau, à trois nefs, est, pour sa part, d'une ligne élégante. D'épaisses colonnes cylindriques, pourvues de chapiteaux à crochets, offrent ceci de particulier que chacune porte, à sa partie supérieure, une tète, sans doute destinée à servir de support à quelque statue, car nous voyons un baldaquin terminer la colonnettedes arceaux du triforium. La succession de ces bustes est d'effet étrange. Les
statues d'apôtres, adossées aux colonnes, à mi-hauteur, sont de simples hors-d'œuvre.
La retombée des voûtes sur une colonne unique, dans les chapelles latérales du chœur, mérite l'attention très particulière de l'arcliéolo^ue. Par malheur, plus d'une colonne s'écarte visiblement de la pcrpcndicu-
La Cathédrale; stalles du choeur.
laire et l'on constatera, en plus, ([u'à maint endroit le sol s'est affaissé de manière peu rassurante.
La décoration de Saint-.Marlin est, à tous égards, remarquable. Une fresque, à gauche du chœur, fut originairement un portrait de Robert de Réthune, comte de Flandre, mort à Ypres en 1322 el inhumé dansTcglise ; elle a été repeinte par quelque barl)ouilleur.
Les stalles du cha'ur, à deux rangées de sièges (vingt-sept en haut, vingt-quatre en bas), portent la date de 1598 et la signature d'Urliain Taillebert, sculpteur yprois de haut mérite, que nous aurons caractérisé à suffisance en disant qu'il est l'auteur du fameux jubé de Dixmude. D'autres œuvres du même Taillebert, non moins remarquables, décorent l'église, telle, notamment, la superbe arcade, avec le Christ triomphant.
suspendue entre les colonnes de l'entrée principale. Taillebert, est aussi l'auteur du mausolée de l'évêque Antoine de Hennin, érigé, en 1622, dans le chœur. Ici se trouvent placés, en outre, passablement mal agencés,