‹ Bruin ou Les chasseurs d'ours par le Capitaine MayneReidChapitre 12 sur 13 · Fourmis blanches. [Note du traducteur · texte numérisé non relu

Fourmis blanches. [Note du traducteur

BRIJIN

deur que l’ours noir d’Amérique. Les Indiens le craignent, mais c’est principalement, il est vrai, à cause des ravages qu’il cause dans leurs récoltes , et surtou f dans les plantations de cannes à sucre.

Nous avons dit que l'ours paresseux n’habite pas seulement les monts Himalaya. Ces montagnes ne sont que la limite septentrionale de ses vastes domaines. On le trouve dans toute la péninsule de l’Hindoustan et même jusque dans l’île de Ceylan. Il est copamun dans le Dekkan, dans le pays des Mahrattes et très- probablement dans toute l’Inde transgangétique. C'est également l’ours qu’on rencontre le plus souvent dans les montagnes qui bornent la province du Bengale , à l’est et à l’ouest, ainsi qu’au pied des Himalaya du Népaul; mais il ne va pas plus haut, ce qui prouve qu’il préfère un climat chaud, malgré son épaisse fourrure.

Un trait reste à noter. Au lieu de se cacher dans les solitudes , loin des habitations , il recherche plutôt la société de l’homme; non qu’il ait de l’affection pour lui, mais tout simplement pour profiter de son travail. Il a soin de placer toujours son gîte dans le voisinage de quelque village, dont il puisse à son aise dévaster les cultures. Ce n’est pas, à proprement parler, un habitant des forêts ; il préfère les broussailles et les jungles. Il choisit habituellement pour repaire une cavité naturelle ou un trou creusé par quelque autre animal.

En quittant Calcutta, nos voyageurs prirent au nordouest, dans la direction des montagnes. Leur projet était de pénétrer dans la grande chaîne de l’Himalaya, pâr la principauté de Sikkim ou par le royaume du Népaul , et comme ils savaient que l’ours paresseux est très-répandu dans le pays qu’ils parcouraient, ils avaient constamment l’œil au guet.

Ils furent témoins, en effet, en beaucoup d’endroits,

des ravages que cet animal destructeur avait commis dans les champs cultivés , et ils virent sur leur route de nombreuses traces de son passage. Ils remarquèrent également, au milieu de quelques plantations de cannes , à sucre, des tours en bois, dépassant en hauteur les plus grands arbres. Ils demandèrent dans quel but avaient été élevées ces singulières constructions, et on leur répondit que c’étaient des guéi’ites où, quand la récolte commence à mûrir, des vedettes sont postées jour et nuit pour surveiller l’approche des ours et tâcher de les effrayer, dès qu’il en paraît quelqu’un dans les champs voisins.

Mais, malgré les preuves nombreuses de la présence de l’ours paresseux dans toute la province du Bengale, ce ne lut qu’au pied des monts Himalaya, dans une partie du pays appelée le Teraï, que nos chasseurs parvinrent à rencontrer ce qu’ils cherchaient. On donne ce nom de Teraï à une zone de terrain couverte de bois et de jungles, large d’environ trente kilomètres, qui s’étend parallèlement à la base méridionale de la chaîne de l’Himalaya, dans toute sa longueur, de l’Afghanistan à la Chine.

Toute cette contrée est si insalubre qu’elle est presque inhabitée; les seuls êtres humains qu’on y rencontre sont quelques tribus éparses des Mechs, qui, acclimatés dès l’enfance, n'ont rien à craindre de l’atmosphère chargée de miasmes qu'on y respire. Mais malheur à l’Européen qui fait un long séjour dans le Teraï! il est sur d’y trouver son tombeau.

Malgré cette insalubrité , les plus grands quadrupèdes, l’éléphant, le gros rhinocéros indien, le lion, le tigre, le bœuf sauvage, le cerf, la panthère et le léopard semblent avoir, pour cette portion du pays, une ' préférence marquée. L’ours paresseux y rôde sans cesse,

à travers les bois et les clairières , où il trouve abondamment des fourmis blanches, sa nourriture favorite

Nos chasseurs ne pouvaient manquer de l’y rencontrer.

Bruin pris par la langue.

Ils s’étaient arrêtés pour faire une collation et, avaient attaché leurs chevaux à des arbres. Pendant que Pouchskin étalait Ifes provisions et qu’ Alexis était occupé à consigner dans son journal les événements de la journée, Ivan s’était mis à la poursuite d’un bel oiseau, auquel il espérait bien envoyer un coup de fusil. Il suivait avec précaution une sorte de ravin dont les bords pouvaient atteindre à la hauteur île sa tête, mais étaient, en quelques endroits, minés en dessous, comme par l’action des eaux. Le terrain sur lequel il marchait était de plus couvert de caillouxet de gravier, indiquant clairement le passage d’un cours d’eau. Ce qui lui avait paru un chemin creux était, pendant la saison des pluies, le lit d’une rivière complètement à sec en ce moment.

Ivan ne faisait pas toutes ces réflexions et ne songeait qu’au bel oiseau qui volait d’arbre en arbre, se tenant toujours hors de la portée de son fusil. Il suivait un des bords du ravin, le corps penché, cherchant à s’approcher, sans être vu, du gibier qu’il poursuivait, lorsque tout à coup son oreille fut frappée d’un bruit étrange, — un bruit monotone comme celui d’un

rouet ou le ronron d’un chat. Cette musique ne lui fut pas précisément agréable, car elle annonçait le voisinage de quelque animal, qui, à en juger par le volume du son, quoiqu’il ne fût pas très-fort, pouvait être un voisin plus redoutable que commode. Ce fut pour lui un avertissement ; il renonça à la poursuite de l’oiseau et se tint immobile, écoutant avec beaucoup d’attention.

Pendant quelques instants, il ne put découvrir d’où venait le bruit ; il lui semblait l’entendre à la fois de tous les côtés. Sa première pensée avait été de l’attribuer à l’haleine d’un tigre; mais il connaissait le râle particulier qui accompagne la respiration du grand tigre royal du Bengale, et il ne le retrouvait pas dans les sons moins rudes et plus égaux qui l’occupaient.

Que ce fût d’ailleurs un tigre ou non, Ivan comprit tout de suite qu’il serait prudent ni de crier, ni de se mettre à courir pour rejoindre ses compagnons, bien qu’il n’en fut pas à plus de vingt mètres. En essayant de fuir, il pouvait attirer l’animal ou se jeter lui-même dans ses griffes, puisqu’il ne savait pas de quel côté il se trouvait. C’était pour reconnaître la position qu’il s’était arrêté et écoutait.

Il resta près d’une minute dans cette attente, interrogeant du regard, sur le bord du chemin, l’intérieur de la jungle. Il n’y put découvrir aucun être vivant; l’oiseau même avait disparu. Le bruit continuait toujours cependant, et une ou deux fois même il prit plus de volume, au point de ressembler à une sorte de grondement. Puis il cessa tout à coup et fut suivi d’un soufile rapide, plusieurs fois répété. C’était là un indice mieux défini, qui attira les yeux d’Ivan dans une direction où il n’avait pas encore cherché. Il avait examiné avec le plus grand soin tout ce qu’il pouvait voir sur

les deux rives ; il n’avait pas songé à regarder dans le lit même du torrent. Il se baissa, et, dans une des excavations creusées par les eaux, il aperçut, à sa grande surprise, l’auteur des bruits qui l’avaient si fort intrigué.

Il ne distingua d’abord qu’une tête d’un blanc sale, avec une paire de vilains yeux fixes; mais, en examinant avec plus d’attention, il reconnut que cette tète se détachait d’une grosse masse de poils noirs qui ne pouvait couvrir que le corps d’un ours, et, suivant toute vraisemblance, d’un ours paresseux.

Ce point éclairci, Ivan devait-il se réjouir ou s’alarmer? Il se serait félicité d'une telle rencontre, si l’ours avait été à distance ; mais, placé comme il l’était, assez près de la bête pour qu’elle pût l’atteindre d’un seul bond, il n’avait pas trop lieu de s’en applaudir. Il comprit, au contraire, bien vite tout le danger de sa situation, et ne songea qu’à fuir. Il songea néanmoins en même temps au péril d’attirer la bête sur lui. Il savait que, malgré les mouvements désordonnés que fait l’ours en courant, surtout l’ours paresseux, il court encore plus vite que l’homme. S’il lâchait pied, l’animal pouvait lui sauter sur le dos, et alors c’était fait de lui.

Au lieu de tourner les talons, Ivan continua donc de faire face au péril, et, les yeux fixés sur l’ours, il commença à reculer lentement et silencieusement. Il avait en même temps abaissé son fusil dans la direction de l’animal, non avec l’intention de faire feu, mais seulement pour être prêt si l’ours devenait l’agresseur.

Bruin, en effet, ne semblait nullement disposé à abandonner la partie. Le grondement sauvage qu’il fit entendre en ce moment indiquait de tout autres intentions ; c’était le prélude du combat. Presque au même instant, Ivan le vit se lever sur ses pattes de derrière,

BRUIN

et avant qu'il eût pu lâcher son coup, ou même viser convenablement, la masse épaisse et velue, semblable à un tourbillon de loques noircies, s’élançait sur lui. On parle des bonds soudains du tigre et de la charge impétueuse du lion ; mais, quoique cela puisse paraître étrange, ni l’un ni l’autre de ces animaux ne se précipite sur sa victime avec plus de rapidité que l’ours, cette bête en apparence si lourde et si maladroite. La faculté qu’il possède de se tenir debout, et la grosseur de ses pattes de derrière, combinée avec la puissance musculaire dont la nature a armé ses jambes, lui permettent de bondir en avant avec une vélocité aussi surprenante qu’inattendue. Les chasseurs de profession le savent bien; aussi n’approchent-ils d'un ours, même au repos, qu’avec les plus grandes précautions. Ivan le savait comme eux, et c’est pour cela qu’il cherchait à accroître la distance qui le séparait de l’animal, avant que celui-ci prît son élan.

Malheureusement il n’avait pas assez gagné de terrain, et il se trouvait encore assez près pour que l’ours pût l’atteindre d’un bond, lorsque celui-ci se leva sur ses pattes. Un pas de plus qu’il fit en arrière, au moment où Bruin s’élançait, le sauva : l'animal manqua son but. Se relever et se précipiter de nouveau fut l’affaire d’un instant; mais cette fois son élan fut moins fort. Il arriva jusqu’au jeune chasseur, mais celui-ci put se maintenir debout et saisir son adversaire. S’il fût tombé, c’était fait de lui.

Ivan avait jeté son fusil, car n’ayant pas le temps de viser, il ne pouvait s’en servir utilement. Il avait donc les mains libres, et quand l’horrible bête arriva sur lui, il étendit les bras, saisit sa grande crinière, et réunissant toutes ses forces dans un suprême effort, il put tenir à distance la tête du monstre et ses redoutables mâchoires.

L’anirael avait entouré de ses pattes le corps du jeune chasseur, mais une épaisse et large ceinture qu’Ivan portait heureusement ce jour-là, le protégea contre les griffes de son terrible ennemi. Tant qu’il pourrait maintenir en arrière cette gueule ouverte, avec sa double rangée de dents blanches et aiguës, il avait peu de chose à craindre ; mais ses forces ne pouvaient suffire longtemps contre un si rude jouteur, et son seul espoir était que les cris qu’il poussait amèneraient ses compagnons à son secours. Heureusement, il allait en effet être secouru, et déjà il entendait venir Alexis et Pouchskin.

Le moment était critique. Les mâchoires de l’ours touchaient presque le visage du jeune homme, qui sentait sur ses joues l’humide et tiède haleine de l’animal. En même temps, Bruin allongeait sa langue autant qu’il pouvait, et lui imprimait des mouvements précipités, comme s’il eût espéré atteindre ainsi et attirer à lui la tête de son adversaire.

Mais la lutte fut courte. Elle ne dura que le temps nécessaire à Alexis et à Pouchskin pour arriver sur le lieu du combat, pas six secondes de plus. La première chosè que fit Pouchskin fut de saisir de la main gauche la langue de l’ours, tandis que de la droite il lui plongeait son grand couteau entre les côtes. Alexis en faisait autant de son côté, et avant qu’ils eussent l’un ou l’autre retiré leur arme, l’animal lâcha prise et roula sur le gravier, où, après quelques contorsions grotesques, il resta sans mouvement et sans vie.

< ëp>

Une peau non classée.

L’aventure ainsi menée à bonne fin, nos chasseurs ne prirent que le temps d’avaler un morceau. On les avait prévenus du danger que pouvait leur faire courir le climat du Teraï ; ils se hâtèrent de le traverser et atteignirent, avant la nuit, une région plus élevée. Ils gagnèrent ensuite les coteaux duNépaul, où ils espéraient rencontrer l’ours du Thihet (ursus thibttanvs). Cet animal a été regardé, par quelques naturalistes, comme une simple variété de Yursus arclos , mais sans la moindre raison. Il est beaucoup plus doux et exclusivement frugivore; son pelage est noir, mais avec une marque blanche sur la poitrine, ayant la forme d’un Y: les branches de la lettre montent le long des épaules, tandis que le pied descend entre les deux jambes et jusque vers le milieu du ventre. Cet ours a, en outre, les griffes courtes et faibles, et son profil, loin de ressembler à celui de l’nrsus arctos , forme presque une ligne droite. Il est enfin beaucoup plus petit; sa taille, qui n’est guère que la moitié de celle de l’espèce avec laquelle ou le confond, dépasse à peine celle de l’ursus malayanus , auquel il ressemble beaucoup plus.

Il habite principalement les montagnes de Sylhet et toute la partie de l’Himalaya qu’entoure dans le Thihet le Brahmapoutra*. On le trouve aussi sur les plateaux élevés du Népaul; et c’est là que nos chasseurs résolurent de l’aller chercher. Guidés par un Ghoorka qu’ils avaient pris à leur service, ils ne tardèrent pas, en effet, à en découvrir un, dont la peau fut ajoutée à leur collection sans incident qui mérite d’être raconté. Ils auraient pu, avant de quitter le Népaul, y rencontrer encore l’ours brun ou isabelle ( ursus isabellinus). Il ne fallait pour cela qu’entreprendre l’ascension de quelqu’un des sommets couverts de neige qui dominent toute la contrée ; mais ils savaient qu’ils le trouveraient aussi près des sources du Gange, et ils désiraient visiter ce lieu célèbre ; ils continuèrent donc leur route vers l’ouest, par le Népaul et Delhi, jusqu’à la station de Mussoorie, dans la belle vallée du Dehra-Doon;

Après s’y être reposés quelques jours, ils s’engagèrent dans les montagnes, dont le pied et la partie moyenne sont couverts de magnifiques forêts de chênes de plusieurs espèces différentes.

En traversant une de ces forêts, ils apprirent, à la grande surprise d’Alexis, qu’on y trouvait un grand ours noir, ne ressemblant ni à Yursus thibetanus ni àl’wrsus isabellinus , — une espèce distincte qui, quoique bien connue des chasseurs anglo-hindous, paraît avoir échappé à l’attention des naturalistes.

Ils eurent en même temps la preuve que cet ours, non classé, n’est rien moins que rare, et qu’il y aurait injustice à le considérer comme un membre insignifiant de la grande famille. Pour la taille, la force et la férocité, il ne le cède qu’à Y ursus ferox et à l'ursus ma-

1. Fils de Brahma , grand fleuve de l’Inde. (Note du traducteur .)

ritimus , et il peut aller de pair avec Yursus arctos. Nos voyageurs virent dans presque tous les villages qu’ils traversèrent, les témoignages nombreux de sa cruauté et de la force dont il est armé pour faire le mal : — des hommes blessés, estropiés et quelques-uns même horriblement mutilés. On leur en montra à qui cet ours noir avait complètement arraché la peau du crâne et du visage, et dont les traits offraient l’aspect le plus hideux.

Cette singulière habitude de s’attaquer de préférence au cuir chevelu et au visage de l’homme, paraît être commune à toute la tribu des ours. On la trouve nonseulement chez l’ours noir et l’ours brun de l’Himalaya, mais encore chez Yursus arctos et les ours gris et blanc. Ils visent constamment à la tête et particulièrement au visage, et un seul coup de griffe leur suffit d’ordinaire pour enlever la peau et la chair. Il est à femarquer encore qu’une fois sa victime ainsi défigurée , un ours cesse généralement de la maltraiter, et si l'homme a la présence d’esprit de rester tranquille et de faire le mort, le plus souvent le monstre s’éloigne et le laisse en repos.

Nos jeunes chasseurs avaient été informés par les Shikkards, nom que l’on donne aux chasseurs dans cette partie de l’Inde, de quelques autres habitudes de l’ours noir de l’Himalaya, qui le font ressembler beaucoup à Yursus arctos de l’Europe septentrionale. Il se nourrit généralement de fruits, de racines et d’insectes de toute espèce, même de scorpions, et, lorsque les forêts ne lui fournissent pas une nourriture assez abondante, il pénètre dans les terres cultivées et ravage les récoltes. Chose étrange, il ne touche pas au froment, bien qu’il n’épargne ni les champs d’orge, ni ceux de sarrasin. Pendant la nuit, il entre dans, les jardins con-

tigus aux habitations et se régale de fruits et de légumes. Il pousse même l’audace jusqu’à prendre le miel des ruches, qui , suivant la coutume de ces villages, sont placées dans de petites niches, le long des murs de chaque maison.

L’ours noir mange quelquefois des melons et des concombres, mais il aime surtout les abricots, qui sont le fruit le plus communément cultivé dans toute la partie moyenne de l’Himalaya. Il entre de nuit dans les vergers, monte sur les arbres et y fait plus de dégâts, en quelques heures, qu’une vingtaine d’enfants n’en pourraient faire en une journée. Aussi, dan3 presque tous, a-t-on établi des guérites pour des gardiens qui surveillent ces terribles maraudeurs, et, dans la saison, en tuent un assez grand nombre.

L’ours noir de l’ Himalaya mange de la chair fraîche ou en putréfaction, et, quand il en a une fois goûté, il n'en perd plus l’habitude et reste carnivore toute sa vie. Il donne alors la chasse aux chèvres et aux moutons qui paissent sur les montagnes, pénètre même dans les villages et attaque les bestiaux jusque dans leurs étables. Lorsqu’un troupeau de moutons se trouve sur son chemin, à moins qu’il ne soit poursuivi par les bergers, il ne se contente pas d’en tuer un, il en immole quelquefois une vingtaine.

Ces ours atteignent souvent une taille énorme, presque égale à celle de 1 ’ursus arctos , dont on ne peut supposer cependant qu’ils soient une variété. Leur longueur ordinaire est de 2 mètres 40 centimètres, et lorsqu’ils ont atteint toute leur croissance , leur poids représente la charge de plusieurs hommes.

L’automne est la saison où ils sont le plus gras, — surtout le moment où les glands sont mûrs et encore sur les arbres. On les voit alors, en grand nombre, ve-

nir de tous côtés, dans les forêts de chênes, et monter aux arbres pour se régaler de leur mets favori. Ils ne cueillent pas les glands un à un ; ils cassent d’abord les rameaux qui en sont chargés et les portent tous au même endroit, ordinairement à la fourche formée par deux ou trois grosses branches, et là, assis comme des écureuils, ils mangent à loisir.

Dans les forêts voisines des habitations et souvent visitées par le3 chasseurs, ils se tiennent ordinairement cachés pendant le jour, et ne sortent de leurs retraites qu’au coucher du soleil. Mais, dans les régions plus élevées et loin des villages, ils ne prennent même pas la peine de se cacher, et restent toute la journée sur les chênes à cueillir des glands. C’est en cette saison qu’on leur donne la chasse avec le plus de succès. Le chasseur n’a pas d’efforts à faire pour découvrir un ours; il trouve son gibier en se promenant tranquillement dans. les bois et en regardant aux feuilles, comme s’il cherchait des écureuils.

Nos héros arrivèrent précisément au mois d’octobre . dans cette partie des monts Himalaya, et à peine entrés dans la région des forêts de grands chênes, ils commencèrent leurs recherches. Ils désiraient vivement réussir, sachant combien leur père serait charmé d’avoir, par surcroît, la peau de cet ours noir, qui pouvait être considéré comme une variété non décrite.

Page 1