Fondé par M. Thomas Rafles en 1819, Singapore ou Sinca
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Afin de diminuer le nombre de ces redoutables ennernjs, une prime a été instituée en faveur de ceux qui les détruisent. Cette prime est payée tantôt par le gouvernement du pays, tantôt parles autorités municipales du district. Il n’est pas rare enfin que des particuliers, possédant de nombreux troupeaux, offrent, de leur bourse, une récompense pour chaque jaguar tué dans leur voisinage.
De riches propriétaires de terres à bestiaux ( hacienda de ganados ) ont souvent même, à leur service, un ou plusieurs tigreros, dont la seule occupation est de faire la chasse aux jaguars et de les détruire. Ces tigreros sont quelquefois de purs Indiens, mais ils appartiennent plus généralement à la race des métis ou sang-mêlés ( mestizos ). Inutile de dire que ce sOQt d’intrépides chasseurs. — Il faut qu’ils le soient en effet, car le jaguar est un ennemi guère moins dangereux que le grand tigre rayé des jungles de l’Inde, et dans les combats qu’ils ont à livrer, les tigreros ont parfois cruellement à souffrir des dents et des griffes de leurs terribles adversaires. Souvent même ils y perdent la vie.
Comment donc se trouve-t-il des hommes pour embrasser une profession aussi périlleuse, et en vue d’un si mince bénéfice, car la prime elle-même n’est qu’une bagatelle d’un ou deux dollar;, suivant les districts et la libéralité des donateurs? Mais il en est, de cette vie de chasseur, comme de tant d’autres existences, où il semble que le danger même soit précisément l’attrait par lequel l’homme se sent entraîné et retenu.
pour n’était naguère encore qu’un misérable village. On y compte aujourd’hui plus de 30000 habitants.
(Noie du traducteur .)
L’arme du tigrero est ordinairement un fusil ; mais s’il manque son coup, et qu’il se voie serré de près par son ennemi, il attaquera résolùment le jaguar avec son macheie , sorte de CLuteau-poignard qui se trouve dans toutes les chaumières de l’Amérique espagnole, depuis la Californie jusqu’au Chili.
Souvent même la chasse au jaguar se fait sans fusil. Le tigrero, dans ce cas, s’arme d’une courte lance, dont le manche est fait d’un bois particulier : — d’une branche de gaïac, guajacum, ou d’un morceau de palmier très-dur. La pointe en est rarement garnie de fer; on se contente de la faire durcir au feu. Et sans autre arme que cette lance, qu’il tient de la main gauche, son machete dans la droite , le chasseur marche avec confiance sur son formidable ennemi. Il est vrai qu’il a la précaution d’envelopper son bras gauche dans les plis nombreux d’une couverture de laine nommée, selon le pays auquel il appartient, serape, roana ou poncho, et qui lui sert de bouclier.
Le jaguar, comme tous les animaux de la race féline, saute directement sur son adversaire. Le tigrero, le bras gauche en avant, de façon à couvrir son corps, reçoit l’animal sur la pointe de sa petite lance, et tandis que celui- ci s’acharne à belles dents sur la couverture de laine, le chasseur, dont le bras droit est resté libre, lui plonge dans le cœur ou dans les entrailles la lame de son machete. Il ne réussit pas toujours à tuer la bête, sans recevoir lui même quelques égratignures; mais un bon tireur se soucie peu de telles blessures, dont les cicatrices sont, pour lui, des signes de distinction et le font remarquer dans les villages de la Montana.
Tel était l’homme que nos jeunes voyageurs avaient pris pour guide, et qui, chasseur de tigres par profes-
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sion, ne dédaignait pas non plus les peaux d’ours, lorsqu’il arrivait à quelqu’un de ces animaux de quitter les hautes montagnes pour la région plus chaude qu’habitent les jaguars. On ne trouve pas en effet des ours en toute saison dans ces vallées, car bien que l’ttrsus fmgilegus vive sous les tropiques, il n’aime pas un climat trop chaud. Il n’habite pas non plus les froids plateaux — los paramos — qui s’étendent dans le voi sinage des neiges perpétuelles. Il préfère une température moyenne, et il la trouve, comme nous l’avons dit, sur les hauteurs qui forment comme les premiers anneaux de la chaîne des Andes orientales, L’est là qu’est son berceau, sa véritable patrie par conséquent, et il y passe la plus grande partie de son existence. Néanmoins, à une certaine époque de l’année, correspondant à l’été de notre pays, il descend dans les vallées inférieures. Qu’y vient-il faire? Telle fut la question qu’ Alexis fit au tigrero. La réponse lut aussi curieuse que laconique :
« Manger de la tête de nègre. ( Comer la cabeza ciel negro).
— Ha, ha ! manger de la tète de nègre ! répéta Ivan avec un rire annonçant l’incrédulité.
— Oui, seîiorito, oui! reprit le chasseur, c’est là ce qui l’attire.
— Oh ! la vorace bête ! s’écria Ivan ; vous ne voulez pas dire cependant qu’il tue de pauvres noirs pour leur manger la tête?
— Non, non ! répliqua le tigrero, souriant à son tour; ce n’est pas cela.
— Qu’est-ce donc? demanda impatiemment le jeune Russe. J’ai entendu parler de tabac tête de nègre, estce qu’il aimerait la chique?
— Garamba! non, seîiorito, répondit le chasseur de
tigres, riant, à son tour, àgorge déployée; ce n’est pas là ce qu’aime le drôle. Vous allez le voir tout à l’heure. Heureusement nous sommes dans la saison où il trouve à se satisfaire, autrement ce serait peine perdue que de chercher des ours par ici. Il nous faudrait aller plus haut dans les montagnes, où ils sont plus difficiles à découvrir et à suivre. Mais nul doute que nous n’en fassions aisément lever un, lorsque nous arriverons parmi les têtes de nègres (cabczas del negro). Leurs noix sont en ce moment pleines de cette douce pâte laiteuse dont les ours sont si friands, et à environ un kilomètre d’ici, il y a des forêts entières de ces arbres. Je garantis que nous y trouverons un ours. »
Quoique cette demi-explication fût loin de satisfaire leur curiosité, nos jeunes chasseurs suivirent avec confiance le tigrero.
L’ivoire végétal.
Après avoir fait environ un mille, comme leur guide les en avait prévenus, ils arrivèrent à une vallée unie ou plutôt à une plaine couverte d’une singulière végétation. Il semblait que ce fût une forêt de palmiers, dont les troncs s’étaient enfoncés dans la terre et dont les têtes seules étaient restées au-dessus du sol. Quelques-uns avaient de trente à soixante centimètres de tige, mais la plupart semblaient complètement enterrées, sauf le leuillage qui s’épanouissait partout avec une égale vigueur, et au milieu de chaque grand faisceau de feuilles brillantes et allongées, se détachait un certain nombre d’objets gros et arrondis, — évidemment les fruits de la plante, qui de loin ressemblaient assez bien à des têtes africaines.
C’était tout simplement un bosquet de taguas , — nom donné par les Péruviens à l’ivoire végétal.
Cet arbre singulier a été regardé pendant longtemps, comme appartenant à la famille des cycadées , puis classé, par quelques botanistes, parmi les pandances. Ses feuilles, poussant presque à la surface du sol ou se détachant d’un tronc très-court, lui donnent une res-
^emblance marquée avec les cycadées ; mais malgré cela, c’est un véritable palmier. Il est à remarquer d'ailleurs que plusieurs autres espèces de palmacées sont également dépourvues de tige visible. Les plus éminents botanistes admettent donc aujourd'hui que le lagua ou cabeza del negro, comme l’appellent les Péruviens, est un palmier, et le considèrent comme formant une espèce, le phytelephas 1 , dont il n’y aquedeux variétés connues : le phytelephas à gros fruits et le phytelephas à petits fruits ( macrocarpa et microcar pà). Toutes les deux sont originaires des chaudes vallées des Andes et diffèrent très-peu l’une de l’autre. C’est le phytelephas à gros fruits ou tagua, qu’on désigne par le nom figuratif de tète de nègre.
Les Indiens du Pérou emploient les feuilles de l’une et de l’autre variété pour couvrir leurs huttes; mais c’est surtout aux fruits de la grosse espèce que l’arbre doit sa célébrité. Ces fruits sont de forme triangulaire, oblongue, et enfermés, en grand nombre, dans l’enveloppe dont nous venons de parler. Avant leur maturité, ils sont remplis d’un liquide aqueux qui n’a aucun goût, mais que les Indiens considèrent comme une boisson très-rafraîchissante. Un peu plus tard cette eau, d’abord très-limpide, prend une couleur et une consistance laiteuse, puis elle se transforme en «ne pâte blanche. Lorsque le fruit est tout à fait mûr, cette pâte a la couleur et la dureté de l’ivoire. Cet ivoire végétal a été employé, de temps immémorial, par les Indiens pour faire des boutons, des têtes de pipes et beaucoup d’autres menus objets. Depuis quelque temps, on le travaille dans les fabriques européennes, et*