CHAPITRE III
NOTIONS PATHOGENIQUES
Les indications thérapeutiques des bruits d’oreille peuvent-elles reposer sur une connaissance exacte de leur pathogénie.
Ce serait une grave erreur de vouloir fonder sur elle des directives impérieuses. Et en pratique bien souvent, le tâtonnement thérapeutique sera, dans ce chapitre de la pathologie comme en bien d’autres, obligatoire sinon rationnel.
Quel mécanisme intime préside à la production des bourdonnements ?
Quelles causes indirectes relève-t-on ?
Deux problèmes d’inégale difficulté, dont la solution thérapeutique sera des plus diverses.
Mécanisme intime
Il siège certes dans l’organe sensoriel proprement dit : le bourdonnement est, avons-nous rappelé plus haut comme définition, une réaction des éléments sensoriels à une excitation quelconque; excitation qui sera transmise aux cellules par le liquide labyrin-
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thique, ou anomalie atteignant directement les cellules nerveuses ?
On admet en général que la cause fréquente probable réside dans des troubles d’ordre circulatoire au niveau du labyrinthe.
En fait concluait Baldenweck dans son rapport sur les bruits vasculaires de l’oreille en 1933, tout se résume à l’anémie ou à la congestion du labyrinthe. Cette modification circulatoire peut être sous la dépendance de la pression sanguine générale, mais c’est surtout la pression locale qui est importante. Comme l’a montré Van Caneghem, elle est indépendante de la première dans une large mesure : leurs variations parallèles ou non peuvent, il est vrai, dépendre d’une même cause générale mais en réalité les bourdonnements vasculaires paraissent dus surtout à une dystonie vasculaire locale.
Quelles peuvent être les causes d’hyperhémie ou d’anémie du labyrinthe ? Citons avant tout l’artériosclérose, ou le spasme des artérioles labyrinthiques. Les bruits subjectifs dus à l’angiospasme du labyrinthe semblent facilement disparaître sous l’action d'agents vaso-dilatateurs. Mais dans tous ces cas le sympathique ne joue-t-il pas un rôle ?
En général toute compression exagérée et durable de la périlymphe telle qu’elle résulte pour diverses causes de l’enfoncement de la platine de l’étrier dans la fenêtre ovale peut déterminer des bruits subjectifs. L'augmentation de la tension des liquides labyrinthiques qui en résulte doit agir comme agit le rétrécis-
on
sement des espaces périlymphatiques réalisé dans l’otospongiose ou capsisclérose par l’hyperostose de la capsule osseuse du labyrinthe en un ou plusieurs points (Bonain).
En réalité, combien il est difficile de préciser l’état circulatoire. C'était déjà ce sur quoi Moulonguet, en 1933, dans son rapport: sur le traitement chirurgical des bourdonnements d’oreille, insistait, quand il s’agissait de poser des indications opératoires. Nous pouvons si mal discerner, disait-1l, s’il y a anémie ou congestion du labyrinthe, s’il y a hypertension ou hypotension des milieux liquides de l'oreille interne, qu’il paraît présomptueux de vouloir établir des indications opératoires formelles.
Nous passerons sur les altéralions de l’endolymphe, ou des éléments sensoriels, dues à une intoxication comme l’urémie, la goutte, le diabète, les infections diverses, l’absorption à haute dose de quinine ou de salicylate de soude. La thérapeutique, dans ces cas, s'impose d’elle-même. Elle doit s’adresser à la cause générale en question.
Il faut connaître aussi la possibilité de rencontrer des bourdonnements d’oreille dans certaines affections nerveuses comme la neurasthénie, l’hystérie, l’aliénation mentale, dans lesquelles les bruits subjectifs peuvent se transformer en véritables hallucinations de l’ouïe. Il faut les connaître pour ne pas disperser ses efforts thérapeutiques et multiplier des échecs prévisibles.
Rôle du sympathique.
Après ce bref rappel des notions pathogéniques admises dans la production des bruits d'oreille, voyons maintenant quel peut être le rôle du sympathique sur lequel nous avons fait porter notre effort thérapeutique.
Admet-on un trouble vasculaire circulatoire ? et nous avons vu que ce trouble est généralement admis. On ne saurait se désintéresser du tonus vasculaire contrôlé par le sympathique.
Obtient-on des résultats favorables dans ces cas par l’emploi des agents vaso-dilatateurs ? Mais une action appropriée sur le sympathique pourra elle aussi produire une action vaso-dilatatrice.
Ces simples réflexions justifieraient à elles seules les tentatives faites sur le sympathique. Aussi malgré les résultats incertains jusqu’a'ors Baldenweck, proposait-il de reprendre les interventions chirurgicales sur le sympathique cervical et péri-artériel, en étudiant les bruits vasculaires par perturbation du sympathique vaso-moteur.
Rappelons même quelques faits curieux rapportés par Worms dans son travail sur les Troubles auriculaires d’origine sympathique ou réflexe. L'auteur montre qu’une large place est à faire dans la pathogénie des bruits de souffle auriculaire d’origine vasculaire aux troubles du système nerveux végétatif.
Certains purement subjectifs apparaissent par crises se présentent avec l’allure de véritables réflexes