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Malgré tant de remarquables travaux, la discussion restait ouverte, lorsque, en 1856, A. Chauveau et J. Faivre, instituèrent une série d'expériences mémorables qui tranchèrent définitivement la question. « C'est au cœur des animaux mammifères, disent-ils [Nouvelles recherches expériment. sur les mouvements et les bruits normaux du cœur, envisagés au point de vue de la physiologie médicale; Gazette médicale, Paris, p. 366 et suiv., '1856), que nous avons demandé les secrets de la physiologie du cœur de l'homme. » L'animal choisi de préférence par eux est le cheval adulte, dont le pouls ne donne que 35 à 40 pulsations par minute et peut descendre même à 30 chez les bêtes un peu âgées. Ils suppriment ainsi la difficulté sérieuse qu'apporterait à l'observation, une succession trop précipitée des battements du cœur. L'animal est couché sur une table ; on met la trachée à nu par une incision longitudinale en avant du cou ; on y perce deux ouvertures superposées, l'une supérieure destinée à recevoir un bouchon en liège qui termine un tube de caoutchouc ajusté d'autre part à un soufflet de boucher, l'autre inférieure, plus petite, destinée à servir au passage de l'air expiré pendant la marche de la respiration artificielle. On pratique ensuite la section de la moelle entre l'atlas et l'occipital, à la manière de Legallois, et on paralyse ainsi la
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motilité et la sensibilité du tronc, tout en respectant l'intégrité des autres actions nerveuses, et on n'altère en rien le fonctionnement du cœur. Avec une insufflation bien faite , il est possible ainsi de faire battre le cœur avec son rythme normal, pendant toute une journée.
Cette opération terminée, le tube en caoutchouc est fixé sur la trachée par une forte ligature, et un aide fait manœuvrer le soufflet, de manière à représenter la respiration normale du cheval.
L'insufflation mise en train, on découvre la paroi thoracique derrière le membre antérieur, par une incision en ï, puis on l'ouvre par l'excision des trois ou quatre côtes qui répondent au cœur, et celui-ci apparaît dans sa position et ses rapports normaux.
Ces préUminaires établis, un long stéthoscope est appliqué sur l'origine d'un des troncs artériels ou sur l'une des oreillettes ; on perçoit aisément les bruits avec leur rythme et leur timbre à l'état normal. Une oreillette est saisie entre les doigts; on sent sa contraction avant d'entendre le premier bruit. La main quitte alors l'oreillette et se porte sur les ventricules; on constate alors un isochronisme parfait entre le premier bruit et la systole venlriculaire ; le second bruit s'entend au moment où les ventricules passent de la systole à la diastole. On fait tenir le stéthoscope par un
aide, et les deux mains sont appliquées à la surface du cœur, l'une sur les oreillettes, l'autre sur les ventricules, et l'on obtient encore les mêmes résultats : systole auriculaire aphone ; systole ventriculaire avec premier bruit; diastole générale avec deuxième bruit au commencement. On varie l'expérience de la façon suivante : un doigt est introduit dans une oreillette, il sent la contraction des parois de cette cavité avant que l'oreille entende aucun bruit ; le premier bruit sur- Adent quand la valvule auriculo- ventriculaire frappe la pulpe du doigt en se relevant ; ce bruit cesse et est remplacé par le second, quand ces valvules s'abaissent.
Ainsi donc le rythme des battements cardiaques s'accomplit suivant une mesure à trois temps, et chaque révolution du cœur se divise en trois périodes : la première, caractérisée par la systole auriculaire qui est silencieuse, la seconde remplie par la systole des ventricules qui coïncide avec le premier bruit et le choc du cœur, la troisième, correspondant à la diastole ventriculaire, au commencement de laquelle se produit le second bruit.
Chauveau et Faivre ont montré encore, ainsi que l'avaient déclaré Garswell , Rouanet et plus tard Bouillaud, que le prem.ier bruit reconnaît pour cause essentielle, le redressement et la ten-
sion des valvules auriculo-ventriculaires, par la projection du sang des ventricules. Ils en ont fourni les preuves expérimentales suivantes :
1° On introduit un ténotomç courbe à pointe mousse dans l'oreUlette droite, et on coupe les cordages tendineux qui fixent les trois festons de la valvule tricuspide aux parois ventriculaires ; il en résulte que la valvule ne se tend plus sous l'effort de la contraction ventriculaire et le sang reflue dans l'oreillette à chaque systole du ventricule. Avant l'expérience, on percevait très nettement le premier bruit ; après l'expérience, il est remplacé par un souffle énorme.
2° Au lieu de couper les valvules avec un ténotomo, on se contente d'empêcher l'affrontement et la tension des valvules, en engageant dans l'orifice auriculo-ventriculaire une tige de fil de fer; le premier bruit normal est alors supprimé et remplacé par un bruit de souffle.
3° On pratique, avec le ténotome, la section des valvules auriculo-ventriculaires sur les deux cœurs, le premier bruit normal est, dans ce cas, remplacé par un bruit de souffle considérable.
Quelques auteurs admettent qu'il existe certaines conditions secondaires, qui concourent encore à la production du phénomène : ce sont la contraction du muscle cardiaque, ainsi que l'ont établi Launnec et plus tard Wilhams, le choc du
cœur contre la paroi thoraciquo (Magendie et Slioda); les ^dbrations produites par les mouvements du sang pendant la systole (Gendrin).
Sans nier l'influence de ces causes accessoires, il est de toute évidence que leur rôle est très efface, et que la véritable cause du phénomène reste toujours le claquement des valvules auriculo-ventriculaires .
Le second bruil, synchrone avec le début de la diastole ventriculaire, est produit, ainsi que l'ont établi également Chauveau et Faivre, par le claquement des valvules sigmoïdes, sous le choc en retour du sang contenu dans les artères. Ils l'ont prouvé par des expériences nombreuses empêchant les valvules sigmoïdes de s'abaisser, en pinçant les gros troncs artériels à leur origine, ou en retenant, par des crochets fins, les sigmoïdes appliquées contre les parois des artères. Dans le même but, ils ont introduit dans les troncs artériels, jusqu'au-dessous du niveau des valvules sigmoïdes, un trocart dont la gaine renfermait plusieurs lames élastiques ; la gaine était ensuite retirée, les lames élastiques s'écartaient et les valvules ne pouvaient plus s'abaisser. Dans toutes ces expériences, le second bruit était supprimé et remplacé par un bruit de souffle.
Les bruits normaux du cœur sont donc produits parla tension des valvules; la tension est
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soudaine pour les valvules aortiques et pulmonaires, minces et élastiques, d'où le timbre bref et clair du bruit qu elles produisent. Les valvules amiculo - ventriculaires sont plus épaisses et maintenues par des cordages tendineux doués d'une certaine résistance, aussi se tendent-elles un peu moins brusquement, et le bruit qui résulte de cette tension est d'un timbre plus sourd, plus grave que celui résultant de la tension des valvules sigmoïdes.
Le mécanisme des bruits du cœur, tel que nous venons de le rappeler, fait comprendre également pourquoi ces bruits présentent leur maximum d'intensité dans certaines régions bien déterminées de la région thoracique.
Le premier bruit, isochrone àlasj'.stole ventriculaire, s'entend de préférence au niveau de la pointe du cœur ; c'est que la tension brusque des valvules auriculo-ventriculaires, sous l'impulsion énergique du sang, pressé de tout côté par la contraction énergique des ventricules, détermine à la fois la vibration des replis valvulaires et celle de leurs cordages tendineux. Or comme ces valvules vont se rattacher au voisinage de la pointe du cœur « leurs cordages doivent transmettre à ce niveau les A-ibrations des valvules, et les vibrations propres dont ils sont animés ».
Le second bruit, qui correspond h la diastole du
cœur, présente son maximum d'intensité à la base du cœur; il est surtout très manifeste dans le deuxième espace intercostal du côté gauche, le long du rebord du sternum, zone limitée, correspondante à l'artère pulmonaire, qui est plus superficielle que l'aorte.
Les bruils normaux du cœur peuvent être remplacés par des bruits pathologiques de trois ordres,
1 . Les uns ont reçu le nom de bruits de soufflet « parce qu'ils ressemblent exactement à celui que produit cet instrument lorsqu'on s'en sert pour animer le feu d'une cheminée » (Laënnec), ou plus simplement de br^uits de souffle, comme on dit généralement aujourd'hui. Ces bruits de souffle se passent tantôt dans l'intérieur du cœur, ils sont désignés sous le nom de bruits solidiens comme les appelait Monneret, ou le plus souvent sous le nom de bruits intr a-cardiaques, ou mieux encore de bruils organiques.Wîmixes ioislQS bruits de souffle se passent en dehors du cœur, ce sont les bruits de souffle extra-cardiaques.
2. Les bruits pathologiques du second genre se passent également en dehors du cœur, mais ce ne sont plus des bruits do soufflet ; ils présentent le
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caractère de frottement nettement accusé : ce sont les froltcmenls péricardiques.
3. Enfin le troisième groupe des bruits anormaux du cœur est caractérisé, non par des altérations de timbre, mais par des modifications profondes dans le rythme physiologique des bruits : il comprend les dédoublements de bruifs et les bîniits de galop.
Nous laisserons de côté les frottements péricardiques et les dédoublements, et ce travail sera exclusivement consacré à l'étude des bruits de souffle et des bruits de galop.