LES ANCIENS
il heures du matin.
La salle des séances du conseil des Anciens, au palais des Tuileries. Les représentants sont à leurs bancs. On remarque cpielques sièges inoccupés. Lemercier est assis au fauteuil présidentiel, entouré des membres du bureau et des inspecteurs... Les tribunes réservées au public regorgent de monde... Bonaparte est debout à la barre, entouré de ses généraux... Vis-à-vis la tribune du Conseil, un autel de forme antique, sur lequel est placé, tout ouvert, le livre de la Constitution de l'An 111.
Lemercier, au milieu du plus grand silence. — Général, vous avez la parole.
Bonaparte. — Citoyens représentants, la République périssait. Votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai, aidé du général Lefebvre et de tous mes compagnons d'armes. Qu'on ne cherche pas dans le passé des exemples qui pourraient entraver votre marche... Rien, clans l'histoire, ne ressemble à la fin du dix-huitième siècle... Rien, dans la fin du dix-huitième siècle, ne ressemble au moment actuel... Votre sagesse a rendu le décret... Nos bras sauront le faire exécuter... Nous voulons la République honnête et forte... Nous l'aurons, je le jure... Je le jure en mon nom et en celui de mes frères d'armes !
Des applaudissements et des bravos éclatent dans les tribunes publiques.
LES DEUX .H'i RNÉES 279
Lkmercier, agitant la sonnette. — Citoyens, je De saurais tolérer aucune marque d'approbation ou d'improbation. A celle heure solennelle, le silence s'impose à tous.
( i aiï a r, de SB place. — Je demande la parole.
Lemercier, debout, s 'adressant au général Bonaparte.— Général, le Conseil des Anciens reçoit vos serments. Il ae forme aucun doute sur votre sincérité et votre zèle à les remplir Celui qui ne
promit jamais en vain des victoires à la lîépublique ne peut qu'exécuter avec dévouement ses nouveaux engagements de la servir et de lui rester fidèle.
Garât. — Citoyen président, j'ai demandé la parole.
Lemercier. — Je ferai observer au citoyen Garât qu'aux termes de la Constitution et après le décret que le Conseil vient de rendre, il ne peut plus y avoir de discussion ni à Paris ni ailleurs avant demain midi... Je mets aux voix l'adresse au Peuple français...
Humeurs diverses.
Les huissiers. — Silence!... citoyens représentants !... Silence !
Lemercier. — Pour l'adoption ? (La grande majorité des représentants se lève et se rasseoit au bout d'un instant.) Contre?... (Quelques représentants seulement se lèvent.) Le projet d'adresse est adopté... Le procès-verbal de la séance sera notifié
au Directoire et au Conseil des Cinq-Cents, par voie de message...
Un représentant. — Citoyen président... quel sera l'ordre du jour... demain, à Saint-Cloud?
Lemercier. — Le rapport du citoyen Lebrun sur les finances... (Etonnement général. Les protestations se mêlent aux questions les plus diverses... Le py^ésident agite sa sonnette jusqu'au moment où le silence se fait dans rassemblée.) Citoyens représentants, la séance est levée.
Les cris de : Vive la République!... Vive la Constitution!... éclatent sur plusieurs bancs... pendant que la tribune et la salle sont évacuées et que le général Bonaparte et les autres généraux rejoignent le président et les inspecteurs.