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LA TERRASSE DE SAINT-CLOUD

4 heures de l'après-midi.

La terrasse du château. Les troupes d'infanterie sont rangées en bataille, face aux bâtiments. Les avenues sont gardées par des piquets de cavalerie... Plusieurs généraux, à cheval, circulent devant le front des troupes... Devant l'entrée principale du château, Bonaparte tient conseil au milieu de ses officiers.

Le général Serrurier, passant et repassant devant les rangs. — Les misérables!... Ils ont voulu tuer le général Bonaparte !... le mettre hors la loi, lui, que les rois de l'Europe n'ont jamais pu y mettre... Ne bougez pas, soldats... restez tranquilles... attendez qu'on vous donne des ordres...

Des murmures, exprimant des sentiments divers..., circulent de rang en rang... Quelques députés, venant de l'Orangerie, cherchent à se rapprocher de la troupe et à la haranguer.

Leclerc, désignant à Murât Bonaparte qui se promène très agité. — Regarde donc le général, il est pâle comme la mort !

Murât, s" approchant de Bonaparte. — Remettez-vous, général... Il n'est pas raisonnable que celui qui triompha de tant d'ennemis puissants redoute des bavards... Du courage... et la victoire est à nous.

Bonaparte. — Dis tout de suite que j'ai eu peur, Murât.

Il les entraîne tous deux et leur parle fiévreusement tout en faisant de grands gestes, et en agitant la jambe droite dans le vide, comme s'il donnait des coups de pied à quelqu'un... Murât lui montre le général Jourdan que quelques députés cherchent à entraîner. A cette vue, Bonaparte hausse les épaules.

Aréna, pendant ce qui précède. — Soldats de la liberté... ou vous trompe, on vous abuse... Marchez avec nous... Restez fidèles à la représentation nationale.

Le général Serrurier, fondant sur eux et les dispersant. — Retirez-vous, canailles que vous êtes... sinon je vous fais sabrer par mes hommes.

Les députés s'éloignent précipitamment... et regagnent l'Orangerie en criant: Hors la loi!... Hors la loi!... De nouveaux murmures se font entendre parmi les soldats : Ce sont les représentants du peuple !

Le général Serrurier. — Silence dans les

ranffs

Bonaparte s'est avancé pour s'enquérir de ce qui se passe... Il rencontre Augereau.

Augereau. — Vous voilà dans une jolie situation.

Bonaparte. — Souviens-toi d'Arcole, Augereau, où les affaires étaient plus désespérées... Sois tranquille, dans une heure tout sera changé...

Le tumulte continue dans l'Orangerie, d'où les cris de : Hors la loi! parviennent jusqu'à la terrasse.

Sieyès, s' approchant de Bonaparte. — Ils veu-

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lent vous mettre hors la loi, général ; mettez-les bors

la salle !...

A ce momenl les Inspecteurs Fargues el Courtois sortenl du château el arrivenl jusqu'à Bonaparte, qui, après leur avoir fait, d'assez haute vuix pour être- entendu «les soldats, le récil de l'attentai donl il a été l'objel el nommé Axéna, les prie de se rendre aux Anciens, pour eu informer le Conseil... Pendanl que Fargues et Tourlois regagnenl le château, Lucien Bonaparte arrive de l'Orangerie au milieu des grenadiers de Lefebvre el d'une grande foule de députés... Il s'avance vers son frère el parlemente un momenl avec lui el les autres généraux. Discussion très vive où l'on entend : 1/ ni/ a pas d'autres moyens d'en finir!... Chassons-les de l'Orangerie. Les Anciens sont avec nous!... et à la suite de laquelle les généraux rejoignent leurs troupes. *

Bonaparte, qui est remonté à chev&l, à Leclerc et à Murât. — Général Leclerc... général Murât... demeurez auprès de moi.

Lucien Bonaparte est monté sur un cheval qu'on lui a amené et fait face aux troupes. Grande anxiété parmi les soldats.

Lucien. — Soldats, des audacieux, des criminels n'ont pas craint de lever leurs poignards sur mon frère, sur votre général, lui, le libérateur de la Patrie, le protecteur de la République, le sauveur de la liberté... Moi-même, je n'ai réussi à me soustraire à leurs coups que grâce au courage de ces braves grenadiers, vos camarades. Soldats, voulez-vous nous laisser périr... et avec nous, voulez-vous laisser périr la République ? (Un long frémissement d'indi-

gnation s'empare de la troupe qui pousse aussitôt les cris : «Non, non... Vive Bonaparte !... Vive notre général!... Lucien continue en s adressant à Bonaparte qui a poussé son cheval à la hauteur de celui de son frère, puis aux soldats et aux députés rangés autour d'eux.) Général... et vous, soldats... et vous aussi, citoyens, vous ne reconnaîtrez pour législateurs que ceux qui sont venus se ranger à mes côtés... Quant à ceux qui sont demeurés dans l'Orangerie... ce sont des factieux... des assassins... Que la force les expulse... Ils ne sont plus les représentants du peuple... ils sont les représentants du poignard. (A Bonaparte.) Allez, général, obéissez à la loi dont je suis le représentant. (Réunissant toutes ses forces.) Vive la République !... (Prenant une épée quyil dirige sur Bonaparte.) Je jure de percer le sein de mon frère, si jamais il porte atteinte à la liberté des Français!... (Les cris de « Vive la République!... Vive le général Bonaparte !.. . Vive le Président!... » éclatent dans tous les rangs de la troupe qui est décidément gagnée.)

Bonaparte, à son frère. — Président, vos ordres seront exécutés !... Vive la République !... Lefebvre, Murât, Leclerc... à moi !...

Un officier, s' approchant de Bonaparte. — Général, autorisez-moi seulement à prendre cinquante hommes... et quand ces cannibales sortiront, je les fusillerai comme des lapins...

Bonaparte feint de n'avoir pas entendu, et pousse son

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cheval en avant, imn sans dissimuler l'horreur que lui inspire celle proposition.

Mu rat. — Grenadiers, en avant!... A la baïonnette !...

Sur un signe «le Bonaparte, les tambours battenl la charge... Un bataillon de grenadiers, conduit par Murât cl Leclerc, se dirige vers l'Orangerie ci l'envahit. Les

députés, surpris ci poussant <lcs ciis, cherchent «les issues de tous les côtés, sautent par les croisées, s'échappent par les portes, accueillis partout par des huées. Quelques-uns arrivent en courant sur la terrasse... En apercevant la masse des fantassins et des cavaliers qui s'avancent pour cerner la salle, ils fonl volte-face et se sauvent à toutes jambes dans la direction des bois, après s'être dépouillés de leurs costumes et les avoir rejelés loin d'eux.

Bonaparte, observant de loin le mouvement des troupes, à Sieyès qui est près de lui, très anxieux. — Partie gagnée!... monsieur Sieyès. Vous pouvez décommander votre chaise de poste !

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