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DUEL A MORT

5 heures de l'après-midi.

Une clairière oblongue, dans les bois de Saint-Cloud... Deux bancs de chaque côté... Maxime Le Planté et Georges de Hautecœur sont placés en face l,vun de l'autre, à vingt-cinq pas, au milieu de la clairière, un pistolet élevé dans la main droite... Ils sont l'un et l'autre assistés de deux témoins et d'un chirurgien...

La Roserie est chargé de la direction du combat, dont les dernières dispositions viennent d'être prises. — Un profond silence règne dans la clairière où parviennent, à travers les arbres, les dernières clameurs du château.

La Roserie, très solennel. — Attention!... Messieurs, êtes-vous prêts ?

Maxime et Georges, d'une voix ferme. — Oui... La Roserie. — Une... deux... !

Les deux combattants l'ont feu presque en même temps... La fumée les masque un moment aux regards de leurs témoins... Quand elle s'est dissipée, on aperçoit Maxime, qui, atteint dans la région du cœur, chancelle, tourne sur lui-même... et tombe raide à terre... Le chirurgien et les témoins se précipitent vers lui, tandis que Hautecœur, fixe et immobile, contemple indifféremment ce qui se passe... Au même moment, des cris, qui se sont fait entendre dans le lointain, se rapprochent... Des hommes revêtus de robes rouges, qu'ils retroussent, paraissent, à la lisière de la clairière, s'arrêtent un moment au spectacle de Maxime étendu sur le gazon, puis en poussant les cris de : « Trahison!... Assassins!... » poursuivent leur route à travers bois... Michel Le Planté, dans son costume de représentant, apparaît à son tour, regarde comme pour s'assurer qu'il ne s'est pas trompé, et s'avance, pendant que les chirurgiens transportent Maxime et retendent sur l'un des bancs.

Michel Le Planté. — C'est bien ici !... Citoyens, que se passe-t-il ?... On vient seulement de me prévenir... (Reconnaissant son fils que les chirurgiens démasquent.)... Mon fils... Maxime... Mort ?... Ah ! . . . C'en est trop ! . . . Les brigands ! . . . Ils me l'ont tué!...

Il \;i se précipiter, menaçant, sur Hautecœur. On l'arrête... Adriciinr, échevelée, arrive par le chemin qui conduil à la clairière.

A.DRIENNE. — Ce coup dr l'eu !... Non... je ne me suis pas trompée !... Ah!... pourvu qu'il ne soit pas trop tard... (Apercevant le groupe d'hommes qui se pressent autour <lc Maxime,) Lui... C'est lui... blessé... mort ! peut-être. (Ecartant les h' moins et les chirurgiens.)... Laissez-moi passer. Je veux le voir... (A genoux devant le bancettout ensanglotant.) Ah ! Maxime... Maxime... pardon !... grâce !...

Maxime rouvre les yeux... il regarde autour de lui... porte la main à sa blessure... s'essuie le front... aperçoit Adrienne... qu'il repousse avec l'expression d'un sentiment de haine...

Maxime, douloureusement, mais énergiquement. — Non, je ne puispas. . . (Apercevant son père.) Mon père!... Ah ! mon père... C'est vous... Je suis heureux de vous voir. . . Est-ce que je vais mourir ?. . . Ah! dites-moi du moins que tout n'est pas perdu... que la République triomphe... que la liberté est sauvée... que Bonaparte est vaincu!... (Les cris de : Vive le général Bonaparte ! poussés dans les environs du château, arrivent distinctement jusque dans la clairière)... Non !... il est victorieux... Ah ! damnation !... mon père, vengez-moi... vengez la Rép...

Il ne peut achever... Les spasmes le saisissent... Il tombe à terre comme foudroyé, en poussant un rugissement de rage... Les chirurgiens s'agenouillent... L'un d'eux

applique son oreille sur la poitrine de Maxime, et se relève presque aussitôt.

Le chirurgien. — Mort!...

Michel Le Planté. — Mort!... Ah! mon fils... je le jure... je te vengerai...

Hautecœur s'est approché cTAclrienne tout interdite... et va lui offrir son bras.

Adrienne, le repoussant. — Horreur!... Non...

pas vous... Oh! non, pas vous.

Elle se sauve comme une folle à travers le taillis... tandis que Michel Le Planté est tombé assis sur un banc, abîmé dans sa douleur; les témoins et les chirurgiens se concertent, et prennent leurs dispositions pour faire transporter le corps de Maxime.

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