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LES FUNERAILLES DE LA LIBERTE

La rue de la Loi, à la hauteur de l'hôtel habité parle citoyen Michel Le Planté, représentant du peuple. La porte cochère et les murs sont tendus de draperies noires frangées d'argent. L'intérieur de la cour est disposé en chapelle ardente. Sous un dais, le cercueil, contenant la dépouille mortelle du colonel Maxime Le Planté, est exposé au milieu de la cour, sur une estrade à laquelle on accède par trois marches. Le cercueil est recouvert d'un drap noir duquel se détache un drapeau tricolore tombant en pointe jusqu'à terre. Sur le drap, est étendue la grande tenue de colonel de chasseurs à cheval, avec l'épée. Quatre hauts lampadaires, où brûlent des flammes vertes, sont placés aux quatre coins du monument funéraire. Tout autour de la cour, sur les murs, des écussons noirs avec les initiales des noms du défunt. Le sol est jonché de cou-

ronnes, de bouquets, de gerbes de fleurs naturelles, qui s'élèvent en monceau, jusqu'au cercueil. Une immense couronne de lauriers est suspendue à un mât, planté en tête de la chapelle et au haut duquel flotte le pavillon national cravaté d'un crêpe. Des femmes, vêtues de noir, dans une attitude de recueillement, entourent le monument et versent d'abondantes larmes. Une tribune, enveloppée de noir, est établie en face. Sur le mur du fond, on peut lire une inscription en grosses lettres : « 11 est mort, assassiné par les Royalistes !... Nous le vengerons ! » Le cœur de Maxime, déposé dans une urne en vermeil, est placé en face du cercueil.

A l'extérieur, dans la rue, beaucoup de monde. Quelques boutiques sont closes et sur les volets est placé un écriteau : « Fermé pour cause de deuil public! » Les citoyens et les citoyennes vont et viennent, beaucoup avec des immortelles rouges à la boutonnière et au corsage. Ils causent tout bas entre eux, bousculés et surveillés de près par les agents de police, qui tout en s'etforçant de maintenir la circulation, observent la foule et prêtent l'oreille à ses propos. Des enfants des deux sexes, sans souci pour ces apprêts funéraires, jouent au milieu de la chaussée, s'engagent dans la cour, font le tour du cercueil et ressortent en riant et en chantant. Pas de recueillement, mais de l'agitation dans cette foule, déshabituée du respect imposé par la majesté de la mort. — Dans le lointain, du côté des rues qui conduisent à la Seine, aux débouchés sur la rue Honoré, on aperçoit des troupes massées, les fantassins l'arme au pied, les cavaliers pied à terre, à la tête de leurs chevaux. Les voitures du cortège arrivent les unes après les autres et se rangent en enfilade le long des maisons. La foule grossit de minute en minute jusqu'au moment où, sur un signe du maître des cérémonies, les crieurs ou porteurs pénètrent dans la cour, enlèvent le cercueil et le transportent dans le char qui doit le conduire au lieu de sépulture.

Premier bourgeois, débouchant avec plusieurs autres de la rue duHazard. — Que de monde !... Je viens des Petits-Champs et je ne pourrai jamais arriver au quai des Orfèvres où je suis attendu !

Deuxième bourgeois. — Oui... il y a beaux jours qu'on n'en avait vu autant à un enterrement...

Troisième bourgeois. — Depuis que la guillotine nous a familiarisés avec la mort, les funérailles ont

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