‹ Brumes de fjordsChapitre 8 sur 17 · LES DEUX AMOURS · texte numérisé non relu

LES DEUX AMOURS

// a repris le chemin qui côtoie les abîmes.

Il n'a pu oublier la Forme de son Rêve.

Les caresses de l'épouse lui laissaient une saveur grossière...

Il a repris le chemin qui côtoie les abîmes...

Et l'Ombre amoureuse l'attendait dans le soir;

Elle lui dit : « O toi qui ne sais choisir,

« O toi qui hésites éternellement,

« Me suivras-tu sans crainte dans le royaume du songe ? »

Et le pâtre répondit à la Forme de son Rêve :

« Je n'ose abandonner à tout jamais la terre des vivants,

« Je ne puis abandonner à tout jamais l'Epouse,

« Mais, à l'heure du soir, je descendrai avec toi dans le royaume des Ombres,

« Et, pendant une heure, je t'aimerai. »

48 BRUMESDEFJORDS

Égaré dans la bruine et trompé par le crépuscule, un vivant s'est épris d'un fantôme.

A l'heure du soir, le pâtre descendit avec l'Amoureuse mystique dans le royaume des Ombres,

Où les roses même ont d'étranges pâleurs, où les oiseaux ne chantent plus, où les lèvres n'ont point de baisers,

Mais où les reflets, plus beaux que les couleurs, et les échos, plus doux que les sons, ne heurtent jamais la paresse du Rêve.

Egaré dans la brume et trompé par le crépuscule, un vivant s'est épris d'un fantôme.

Pendant une heure, il fut Roi dans le royaume des Ombres.

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