LE PRIX DU SANG
et son impatience soudaine de partir, Pedro s'expliqua cruellement son crime, et comprit qu'il n'avait vendu son hôte que pour perdre son rival. La passion avait sans doute égaré sa tête jusqu'à la folie, et il n'avait pas été plus maître alors de son action qu'il ne paraissait l'être désormais de ses pensées.
Quoi qu'il en fut, le vieux Castillan ne pouvait croire à tant d'infamie ou à tant de démence, et les yeux qu'il fixait sur Stefano semblaient aussi délirants que ceux du jeune homme lui-même.
Après avoir échangé quelques mots à voix basse avec le lieutenant, le capitaine fit un signe à deux des guérilleros qui accompagnaient le villageois :
— Restez ici près de ce drôle, leur dit-il, traitant déjà Stefano avec le mépris dont on
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paye les traîtres; surveillez-le bien jusqu'à ce que nous ayons le temps d'arriver au lieu indiqué; s'il fait un seul mouvement suspect, avertissez-nous, en lui cassant la tête d'un coup de pistolet, et si une bonne fusillade vous annonce qu'il ne nous a pas trompés, quittez-le aussitôt pour venir nous rejoindre, en filant comme nous par la grande route.
— C'est entendu, capitaine, dirent les deux guérilleros.
Et ils reprirent kur place à droite et à gauche de Stefano, tandis que tous les autres sortaient sans bruit par la porte de l'aire, et s'avançaient à petits pas vers la masure, en armant silencieusement leurs fusils.
ffa 'ilkUîïii:tion.
Un morne silence régnait dans la petite salle, où il ne restait plus que don Pedro et son fils avec les deux guérilleros.
Stefano, deboiit devant la fenêtre, entre ses deux gardiens, se croyait encore seul avec
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eux, et ne détournait pas ses yeux hagards de la route.
Pedro, sans force et sans voix dans son fauteuil, ressemblait à un homme qui vient de perdre d'un seul coup tout ce qu'il possédait sur la terre.
Hélas! le vieux Castillan pleurait son trésor le plus précieux, l'honneur de son nom, livré par son propre fils!
Pendant quelques minutes sa pensée ne fut qu'une sorte de chaos, au milieu duquel se croisaient la douleur et la honte, le doute et le désespoir, le regret lardif d'avoir eu confiance en Stefano, et le désir non moins inutile d'empêcher l'effet de sa trahison.
La tête de don Riaz ressemblait, en ce moment, à ces sublimes figures de larmoyeurs qu'on voit dans les tableaux des