‹ Brune et Blonde (volume 2)Chapitre 25 sur 36 · IL EST MORT · texte numérisé non relu

IL EST MORT

— Voilà la colombe que nous avions dénichée tout à l'heure de celle chambre ! murmura le premier guérillero à son camarade ; la petite a la physionomie moins rébarbative que le vieux paysan, et je l'emmènerais volontiers à la place de l'oiseau que nous pourchassons...

Le second guérillero fit un geste sympathique, et Manuela s'avança jusqu'au milieu de la salle...

— Don Stefano gardé par deux soldats ! dit-elle en remarquant alors son cousin près de la fenêtre. Qu'est-ce que cela signifie, sainte Vierge! et que se passe-t-il donc ici depuis une heure?

Elle se souvint avec effroi que Pedro lui avait annoncé l'arrivée de son promis, et elle s'assura en tremblant que d'Hervilliers n'était point dans la salle...

220 MANDELA DAVILEZ.

Alors elle fit un mouvement instinctif vers son cousin, et elle allait s'approcher tout à fait de lui, si Pedro n'eût couru l'arrêter...

— Enfant ! lui dit-il en retrouvant son exaltation, garde-toi d'approcher de ce maudit!... Toi qui lui as avoué tout à l'heure que tu l'aimais, hâte-toi de lui déclarer que tu le méprises!... car, vois-tu, c'est un lâche et un traître; il a vendu son hôte et ton fiancé!...

— Il a vendu mon fiancé, lui! s'écria la jeune Espagnole avec horreur. Oh! c'est impossible , ajouta-t-elle d'un ton de superbe incrédulité.

— Regarde! reprit le vieillard en lui mon" tranl la fenêtre; regarde là-bas ces hommes armés qui font le tour du jardin par la grande route...

IL EST MOKT 1 22 <

— Les guérilleros ! Eli bien ?

— Eh bien ! c'est lui. c'est Stefano qui les a envoyés là! Ils vont surprendre et assassiner d'Hervilliers dans son dernier refuge !

— Juste ciel! s'écria la jeune fille, qui apercevait effectivement, par-dessus la baie du jardin, les têtes des guérilleros arrivant à la masure.

Don Slefano la vit au même instant s'éloigner de lui avec effroi, et il se fût précipité vers elle, s'il n'eût été retenu par ses deux gardiens.

Il se rappela l'ordre terrible du capitaine, et se retourna pour la troisième fois vers la fenêtre...

— Et non-seulement il a trahi, continua le vieillard, achevant de décharger sa colère et reprenant la main de sa nièce, mais tu vois

222 MANDELA D'AVILEZ.

encore qu'il surveille le succès de sa trahison, qu'il suit d'un œil impatient les complices de son crime... Reconnais-tu là mon fils, Manuela ! ajouta-t-il tout à coup avec un désespoir déchirant; reconnais-tu là l'homme que tu as aimé f

Il se renversa dans son fauteuil, en levant les deux mains au ciel, et, ses yeux épuisés n'ayant plus de larmes, son cœur éclata en sanglots effrayants.

La jeune fille, consternée, le regardait avec terreur ; les guérilleros détournaient la tête d'une scène qui les attendrissait malgré eux, et Stefano, les yeux fixés sur la fenêtre, semblait prier le ciel de lui envoyer un coup de tonnerre.

A l'instant même, ce vœu parut exaucé, et une effroyable détonation fit trembler la salle...

li'tSt MORTl m

Chacun reconnut la tiisillade annoncée par le capitaine, dans le cas où le prisonnier serait retrouvé dans sa cachette; et pendant que les deux guérilleros répondaient à ce signal de mort par un cri de joie, Manuela se jeta éperdue entre les bras du vieux Castillan.

Le bruit meurtrier de la fusillade fut suivi d'un lugubre silence.

Pedro et Manuela semblaient évanouis ensemble. Stefano appuyait à la croisée son front pâle comme la mort, et les deux guérilleros eux-mêmes se regardaient avec une stupéfaction muette...

— ■ Allons, l'ami, dit enfui l'un d'eux au jeune homme, d'un son de voix sinistre, voilà votre hôte parfaitement mort, et vous n'avez pas volé l'argent de cette bourse...

224 MANDELA D'AVILEZ.

Nous souhaitons qu'il vous profile ici-bas, et nous sommes bien vos serviteurs...

En parlant ainsi, ils échangèrent un signe, et ils se préparèrent à gagner la route, suivant l'injonction de leur chef.

Réveillés par le bruit de leuis pas, Manuela et Pedro les suivirent avec horreur jusqu'à la porte, et quand ils les virent disparaître derrière le seuil, ils retombèrent anéantis dans les bras l'un de l'autre...

— Il est mort ! dit le vieillard d'une voix sombre.

— Il est mort ! répéta sur le même ton la jeune fille.

XXÏII

31 eet gauof !

— Il est sauvé! s'écria Stefano, qui jeta loin de lui la bourse des guérilleros. Il est sauvé, mon père! ma cousine, il est sauvé!

— Sauvé! répétèrent l'oncle et la nièce en se relevant d'un bond, tandis que le jeune

226 MANDELA D'AVILEZ.

homme , courant à la petite porte de la grange, criait avec force :

— A moi, d'Hervilliers !

— Oui, reprit-il sans attendre la réponse, en revenant vivement dans la salle ; oui, mon père; oui, Manuela, le lieutenant est sain et sauf, et vous allez le revoir à l'instant!

— Il se pourrait ! dit Pedro, passant de la mort à la vie.

— Eh! comment cela? demanda la jeune fille moins rassurée.

— En laissant d'Hervilliers dans la masure, répondit rapidement Stefan o, tandis que son regard encore agité allait de la salle à la grange, j'étais convenu avec lui de l'avertir par un coup de ])istolet, s'il devait quitter sa cachette pour revenir à la maison ;

dans ce cas, je lui avais dit de se glisser le long de la haie du jardin jusque dans cette grange, où je le déroberais de nouveau à ses ennemis, pendant qu'ils le chercheraient en vain dans le pavillon. Vous comprenez maintenant le trouble et l'effroi où m'a jeté le coup de feu tiré là-haut par le lieutenant de la guérilla : prenant nécessairement le coup de feu pour le signal arrêté entre nous, d'Hervilliers allait quitter la masure pour la grange, et se jeter lui-même entre les mains qui le cherchaient. Le seul moyen de le cacher ici était donc d'envoyer là-t>as les guérilleros; c'est cequej'aieulecouragede faire, en feignant de vendre mon hôte, en acceptant la bourse honteuse qui contenait le prix de soo sang, en me laissant maudire par vous, mon père, comme un infâme, exécrer par vous, ma cousine, comme un assassin!... J'ai connu p^idant un quart

22R MANDELA D'AVILEZ.

d'heure tous les tourments de l'enfer; mais j'ai vaincu les affreuses tentations de la jalousie; j'ai sauvé mon hôte et mon rival, et je suis digne de vous deux!

Le jeune homme n'avait pas achevé sa justification, que Pedro et Manuela étaient à ses pieds.

— Don Stefano Riaz ! dit le vieux Castillan d'une voix solennelle, pardon! pardon, mon fils !

— Pardon, Stefano! pardon! répéta tendrement Manuela.

Et peu s'en fallut que le père ne s'agenouillât devant son enfant, que la jeune fille ne couvrît de baisers les mains du jeune homme...

Don Stefano les attira ensemble sur son

cœur, et cet embrassement le consola de toutes ses souffrances...

Cependant son appel à d'Hervilliers demeurait sans effet, et celui-ci ne paraissait point à la porte de la grange...

Étonné de ce relard, le jeune homme appelle de nouveau... Mais il ne reçoit pas plus de réponse que la première fois, et sa surprise se change en inquiétude...

Il court à la porte qu'il avait ouverte, et crie encore : — D'Hervilliers!

Même silence, et autre surcroît d'étonnement, compliqué cette fois d'une secrète terreur...

Pedro se joint à son fils pour appeler à son tour, et tous deux frémissent à la fois de rester sans réponse.

230 MANDELA DAVILEZ.

— Juste ciel! dit Stef'ano, qui se trouble tout à fait, que devient donc le lieutenant? Il doit pourtant nous entendre, et il ne peut être ailleurs que là!...

— D'Hervilliers! reprend-il d'une voix tremblante, eu se précipitant dans la grange, plus silencieuse que jamais...

Et , ne pouvant plus enfin dissimuler rhorril)le pressentiment qui le saisit :

— Mon Dieu! mon Dieu! s'écrie-t-il avec épouvante, si je m'étais trompé! si je m'étais trompé!...

— Trompé ! Que dit-il ? répètent le vieillard et la jeune fille glacés d'effroi, tandis qu'il parcourt, éperdu, tous les coins de la grange.

Et cette nouvelle émotion les cloue si fortement à leurs places, qu'ils peuvent à

peine le suivre de l'oreille et des yeux dans sa terrible recherche.

Pendant deux minutes, un silence mortel règne dans la salle, interrompu seulement par de vagues clameurs arrivant de la route.

Tout à coup Stefano reparaît, pâle, chancelant, hors d'haleine, les cheveux épars...

— Malheur! malheur! s'écrie-t-il; d'Hervilliers n'est pas dans la grange ! Il n'y est point venu ! Il n'aura pas pris ce coup de feu pour notre signal! Il sera resté dans la masure, et cette fusillade des guérilleros !...

Il s'arrêta brusquement, n'osant exprimer la pensée atroce qui lui venait à l'esprit.

Pedro et Manuela la comprirent, et poussèrent une exclamation d'horreur.

252 MAÎSUELA DAVILEZ.

En même temps, les clameurs qui s'étaient élevées sur la route augmentèrent en se rapprochant.

— Victoire! victoire! répétaient une centaine de voix confondues en une seule.

Et croyant reconnaître les cris de triomphe de la guérilla qui venait de fusiller d'Hervilliers dans la masure :

— Plus de doute, malheureux! s'écria Stefano avec une explosion de désespoir, j'ai livré le lieutenant à ses bourreaux, en pensant l'arracher à la mort!...

Les cris de victoire retentirent bientôt à la porte de la maison, et Manuela se rejeta défaillante dans les bras de Pedro.

Mais la consternation de tous les trois fit aussitôt place à la plus vive surprise, lors-

qu'ils virent entrer dans la salle, au lieu des meurtriers du lieutenant, un bataillon des volontaires constitutionnels , conduit par d'Hervilliers en personne.

Ces (Explications.

— D'Hervilliers ! s'écrièrent en même temps Stefano, don Riaz et Manuela.

— Des soldats de Christine ! des ennemis ! ajouta aussitôt le vieux Castillan, tandis que sa nièce se dérobait derrière lui...

— Dites des amis et des serviteurs ! ré-

236 MANUELA D'AVILEZ.

pondil le lieutenant, qui tendit la main à Stefano; il n'y a plus ici de carlistes ni de christinos, morbleu ! il y a de braves Espagnols qui ont sauvé un honnête Français, et un homme reconnaissant qui leur apporte ses actions de grâce... voilà tout !...

— Mais, dit le jeune homme, qui ne comprenait rien à ce qui se passait, ce n'est pas à nous que vous devez...

^Pas à vous, mille bombes! interrompit d'Hervilliers avec une cordiale brusquerie. Ah çà ! qu'est-ce que vous dites donc, jeune Castillan ?...

— Alors, comment se fait-il ?. .

— C'est juste [ Une minute d'attention voici la chose. D'abord et avant tout, il faut que je vous signifie, en quelque sorte, que vous vous êtes comporté comme un héroï-

LES EXPLICATIOÎSS. 257

que Espagnol qiievousêtes, sacrebleu ! et que c'est moi seul qui ai pris sous mon bonnet de fausser plus ou moins la consigne.

Voici : J'étais depuis une demi-heure, assez tranquillement, mais pas trop, dans la masure où vous m'aviez, en quelque sorte, mis en faction de corvée... Je ne voyais, sur la route et dans le jardin, ni guérilleros ni âme qui vive, et je commençais à me dire avec une certaine jouissance que la faction devait tirer à sa fin, lorsque j'entends subito, de ce côté, le coup de pistolet convenu entre nous deux, lequel me signifie de votre part qu'il faut déménager sans trompette...

— C'était un coup de feu tiré sur moi par le lieutenant des guérilleros, dit Stefano ; j'étais bien sûr que vous le prendriez pour notre signal, et qu'il vous ferait quitter immédiatement le pavillon.

S58 MANDELA DAVILEZ.

— Je le quittai, en effet, instantanément, reprit d'Hervilliers, et je me préparais à filer, suivant nos conventions, vers la grange... Tout à coup, en jetant un dernier coup d'oeil sur la route, voilà que j'aperçois, au lieu des habits plus ou moins quelconques des guérilleros du pays, l'uniforme assez ficelé, j'ose le dire, qui distingue les volontaires de Sa Majesté... Pardon, noble Castillan ! je veux dire de Christine !... C'était, ô coup de la Providence ! le bataillon dont je vous ai parlé ce matin, jeune homme, et qui, pour arriver un peu tard à Pafiola, n'en arrivait pas moins à propos, comme vous voyez! Enfin, bref en deux mots, reprit d'Hervilliers en montrant les soldats qui l'entouraient, c'étaient ces messieurs que voici, et que j'ai bien l'honneur de vous présenter, messeigneurs !...

— Portez armes ! présentez... armes !... ajouta-t-il militairement.

Et les soldats exécutèrent ce double mouvement avec la précision la plus coquette.

— Vous sentez bien , poursuivit le lieutenant, qu'au lieu de gagner la grange où vous m'appeliez, je ne fis qu'un saut vers les défenseurs que m'envoyait le ciel, au risque de vous causer de l'inquiétude sur mon compte... Je fianchis baies et fossés, et je tombe au milieu du bataillon comme un boulet de trente -six... Je leur conte, plus ou moins brièvement mes aventures et ma position; et, décidés à me venger en bons camarades, ils marclient avec moi à la découverte des guérilleros. Mais à peine avions-nous fait dix pas, que voici bien une autre histoire ! Nos petits amis venaient de quitter celte maison pour courir à la ma-

240 MANUELA D'AVILEZ.

sure, et, en croyant me pincer bel et bien dans ma cachette, ils arrivaient, en quelque sorte, dans la gueule du loup... Attention à la manœuvre ! dis-je à mes camarades, et sachons profiter de nos avantages... En même temps nous nous embusquons à un détour de la route, nous laissons venir les guérilleros en désordre jusqu'à vingt-cinq pas, et alors nous leur démasquons à la barbe un front de cent carabines ! Pan ! pan ! pan ! pif! paf ! décharge générale !... Un véritable tir aux guérilleros !... Trente hommes par terre en une seconde 1 le reste en déroute, et voilà !...

— La fusillade dont nous l'avons cru victime lui-même ! pensa don Stefano, s'expliquant tout désormais.

— Vous devinez le reste, reprit le lieutenant : ne voulant pas quitter Panola sans

VOUS remercier, et tenant à remplir l'objet dont je vous ai touché deux mots ce matin, j'ai dit à mes camarades : Si vous êtes en retard, et moi idem, j'en suis fôclié, mes bons amis ; mais la reconnaissance et autre chose m'appellent au village : ainsi donc, par le flanc gauche, en avant, marche! C'est alors que nous avons rencontré et pincé sur la route ces deux traînards qui rejoignaient leur compagnie; ils m'ont conté, chemin faisant, le tour en quelque sorte sublime quevousleuravezjoué; j'ai voulu les traîner jusqu'à vos genoux, et je les mets à votre disposition, seigneur hidalgo, pour en faire ce qu'il vous conviendra...

En parlant ainsi, le lieutenant d'Hervil-

liers fit ouvrir les rangs des soldats restés à

la porte de la ferme, et il amena dans la

salle, en les tirant par les oreilles, les deux I. ■te

242 MANUELA D'AVILEZ.

guérilleros qui avaient été chargés de garder Stefano.

— Tenez î leur dit celui-ci.

Et il jeta à l'un d'eux la bourse de leur

capitaine, qu'il ramassa par terre.

— Allez rejoindre vos chefs, reprit-il, s'ils sont encore vivants, et dites-leur de ma part, en leur rendant cet or, qu'ils aient à servir la bonne cause par des moyens plus dignes d'elle...

— Merci, senor, répondirent les deux drôles, en prenant à la fois la bourse et la clef des champs.

— Il n'y a pas de quoi, dit le lieutenant, qui les poussa de la main hors de la salle.

— Et maintenant, poursuivit-il, se retournant vers Stefano, en homme qui n'a pas une minute a perdre ; maintenant que je sais

tout ce que vous avez souffert pour moi... sans compter ce que ces deux drôles n'auront pu me dire... en attendant que le sort m'offre le plaisir de me faire tuer pour vous ou les vôtres, il n'y a pas de don Carlos ni de reine Isabelle qui tiennent, il faut que je vous presse sur ma poitrine comme un frère, et que toute votre famille me passe par les bras...

Il y avait dans l'accent de ces paroles un sentiment de reconnaissance si vif et si profond, que l'Espagnol en fut attendri.

Il ne put s'empêcher de prendre au mot le lieutenant, et tous deux s'embrassèrent avec l'effusion la plus touchante.

— Mais ce n'est pas tout, reprit l'expansif officier, qui regarda vivement autour de lui, vous avez, sans doute, un père, une

244 MANUELA D'AVILEZ.

mère, une sœur, une femme peut-être?...

où sont-ils?

— Ce noble vieillard est le digne auteur de vos jours? ajouta-t-il en désignant don Riaz.

Et, sur le signe affîrmatif de Stefano, il se jeta sans façon au cou du vieux Castillan.

L'ancien compagnon d'armes de Ferdinand, l'ennemi acharné de la Constitution, ne put s'empêcher de rougir de se voir embrassé ainsi par un volontaire de l'armée de Christine ; mais la familiarité du Français était tellement irrésistible, que le plus farouche Espagnol n'eût pu se dérober à la contagion.

— Ah ça, est-ce qu'il n'y ^as de femmes dans la famille? demanda bientôt d'Hervilliers.

Et, faisant un demi-tour sur le bout du

pied, il continua ses recherches d'un air plein de galanterie.

Ce fut alors que, malgré les soins de Manuela pour éviter son attention, et tandis que Stefano suivait avec anxiété ses mouvements, il aperçut la jeune fille toute trem' blante, derrière le grand fauteuil de Pedro Riaz...

€a U(connamanct.

— Ah ! voici, dit le lieutenant , en retroussant sa moustache, sans reconnaître encore sa fiancée...

Et s'avançant vers elle d'un air avantageux, tandis que Stefano et son père se regardaient avec terreur :

2/,g MANDELA D'AVILEZ.

— Aimable Castillane, dit-il poliment, permettez.

Il s'arrêta court, en équilibre sur un pied, fixa sur la jeune paysanne les yeux les plas stupéfaits du monde, et, faisant signe à ses soldats d'aller l'attendre dans l'aire :

— Mille bombes ! reprit-il, mais je ne me trompe pas; c'est Man uela d' A vilez , de Tafalla, ma jolie promise d'il y a dix-huit mois?...

— Et ma nièce, senor, répondit gravement PedrO; sentant qu'il fallait avoir de la force pour trois, et rentrant dans son rôle de mentor des consciences...

— C'est moi, en effet, monsieur d'Hervilliers, balbutia la Navarraiseen pâlissant...

— Voyez comme ça se trouve! s'écria gaiement l'officier.

Page 1