LES NOUVELLES DE L'ARMÉE
deux ans environ, vêtu de noir des pieds à la téte^ traversa le village, s'avança jusqu'en face de la maison de don Riaz, s'arrêta en levant les yeux au ciel, comme pour lui demander du courage , et, franchissant l'aire d'un pas incertain, parut aux yeux étonnés de Pedro et de son fils.
'■ — Don Rodrigue ! l'aîné de mes enfants ! s'écria le vieillard.
— Mon frère ! s'écria Stefano.
— Mon cousin ! s'écria Manuela.
Et ces paroles n'étaient pas achevées, que le nouveau venu était dans les bras de sa famille.
Dans cette première surprise et ce premier embrassement, personne n'avait remarqué la couleur des habits de Rodrigue et la douloureuse impression de son visage.
â76 MANUELA D'AVILEZ.
Don Pedro fut le premier qui s'en aperçut... et une pâleur livide couvrit aussitôt les traits du vieillard...
- — Rodrigue ! dit-il d'une voix tremblante, que signifient ces vêtements ?
Stefano et Manuela se regardèrent avec terreur, et don Rodrigue se rejeta dans les bras de Pedro !
— Mes enfants ! s'écria celui-ci, que sont devenus mes enfants ?...
— Mon père ! répondit Rodrigue; vous en aviez cinq... il y a huit jours; aujourd'hui... vous n'en avez plus que trois...
— Deux de mes fils sont morts ?... balbutia le vieillard, en retombant dans son fauteuil.
— Morts pour le roi, morts à mes côtés, sur le champ de bataille !...