‹ Brune et BlondeChapitre 12 sur 35 · LES DEUX PROGRESSIONS · texte numérisé non relu

LES DEUX PROGRESSIONS

gation! Quel désintéressement! Quel hé-

roïsme

Ainsi la jeune femme, livrée à ses méditations forcées et solitaires, attribuait à d'Harcourt plus de mérite encore qu'il ne s'était vanté d'en avoir, et réalisait naïvement des espérances qu'il avait à peine conçues dans sa présomption.

Cependant elle n'était encore qu'éblouie par la passion prétendue d'Albert. 11 lui manquait, pour être tout à fait fascinée, de le comparer à son mari sous des rapports qui donnassent le dessous à ce dernier. C'était là le difficile; car, toute romanesque, toute inexpérimentée que fût madame Bergerac, elle avait des principes, et son affection pour le capitaine était fondée sur la plus haute estime et la plus sincère reconnaissance.

La seule pente sur laquelle elle put glisser assez loin pour s'oublier, du moins passagèrement, c'était de mettre en parallèle d'Harcourt et son mari, au point de vue des avantages extérieurs et de ces petites qualités de détail, dont chacune n'est rien et dont la réunion constitue l'homme aimable. La fatalité s'en mêla de nouveau; et, comme la fatalité n'est pas obligée d'être morale, elle servit encore l'amant aux dépens de l'époux. Voici comment.

Le jour du départ et les jours suivants, d'Harcourt avait gardé le modeste costume d'artiste, sous lequel il avait cru devoir se déguiser, tandis que Bergerac avait conservé la grande tenue dont la politesse lui faisait une obligation pour recevoir ses passagers et leur faire les honneurs de sa dunette. Le premier avait dû tout observer en silence, en s'observant lui-même; le second n'avait

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