UN BAISER SUR LA MAIN
« sa fidélité , d'autant plus assuré que son « cœur est à moi seul , que toutes les pen- « sées de son âme m'appartiennent , aussi « bien que toutes les perfections de sa « beauté. »
En formulant cette dernière idée dans sa tête, Bergerac abaissa son regard vers une petite ouverture vitrée, pratiquée dans le parquet de la dunette pour donner du jour au salon. Il venait d'y laisser sa femme, et pendant que son esprit s'occupait d'elle, ses yeux cherchèrent naturellement à la revoir.
Il la vit en effet; mais, autant que le permit le nuage de sang qui passa sur sa vue, il ne la vit pas seule comme il l'avait quittée.
Quelqu'un était à genoux devant elle, et ce quelqu'un était Henri d'Harcourt!
Le jeune artiste, allant chez les Turcs
peindre des portraits et des costumes, s'occupait pour le moment à baiser la main de madame Bergerac...
Il est vrai que celle-ci s'en défendait de son mieux, et le repoussait avec une vertueuse indignation !
L'homme qui verrait un éclair traverser un ciel serein, et la foudre tomber à ses pieds, ne serait pas plus horriblement surpris que ne le fut notre capitaine.
Il bondit sur son banc de quart par un mouvement électrique, et, pendant que sa pipe tombait sur le parquet, brisée en mille éclats, — une pipe de vingt-cinq louis! — la roue du gouvernail, abandonnée par sa main, tourna sur elle-même, au point d'imprimer au navire une brusque et dangereuse déviation.
— Eh bien! cria le timonier accouru de l'avant, vous vous endormez, capitaine?