‹ Brune et BlondeChapitre 20 sur 35 · LE COMBAT ET LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

LE COMBAT ET LA VICTOIRE

Un jGjotmnf prrcirur.

Honnête lecteur et pudique lectrice, qui avez la bonté de prendre intérêt à la vertu de madame Bergerac, je me hâte de calmer les craintes que vous avez pu concevoir sur le sort de cette fleur délicate, au-dessus de laquelle voltige depuis un mois un papillon si perfide et si séduisant.

m VOYAGE D'UN LION.

La fleur a résisté noblement jusqu'ici, mais le papillon, repoussé avec douceur, voltige plus près que jamais de la fraîche corolle qui attire ses ailes.

En d'autres termes (puisqu'il faut que ces sortes de choses soient clairement établies), madame Bergerac aurait peut-être, avec un peu de fermeté, empêché Albert de lui baiser la main, mais elle ne lui en a certes point donné la permission.

Cela s'est fait par surprise, de façon à ce que la jeune femme n'ait pas de remords, et le jeune homme pas de découragement.

Du reste, la fascination de la première est complète ; il lui faut tous ses principes pour se défendre; et, si les occasions se renouvellent, et que Bergerac ne fasse pas bonne garde, je ne sais pas trop ce qui arrivera...

Après une observation profonde des ma-

UN HOMMK PRÉCIEUX. 475

mères de d'Harcourt envers sa femme, et une conversation plus ou moinsadroite avec celle-ci, le capitaine se trouva confirmé dans la conviction que son honneur n'avait souffert aucune atteinte, et que la vérité était dans la seconde supposition du dilemme qu'il s'était posé. Cette assurance, en lui inspirant plus d'indulgence pour sa femme, ne fit qu'ajouter à son indignation contre son rival; mais il comprit qu'un éclat prématuré ne ferait que lui ôter les avantages immenses que ses découvertes lui donnaient sur son ennemi.

Alors il conçut un projet de châtiment, mystérieux et neuf, également propre à satisfaire sa vengeance, à humilier son rival, et à dessiller pour jamais les yeux de madame Bergerac.

Ce projet n'avait qu'un défaut, c'est qu'il

ne pouvait s'exécuter immédiatement (on Terra pourquoi) ; mais voici ce que se dit le capitaine :

— D'ici à quelques jours, rien d'aussi facile, dans l'étroit espace de ma dunette, que de surveiller mon homme d'assez près pour lui rendre matériellement impossible toute tentative offensante contre ma femme, et même tout entretien particulier avec elle. Si, dans cet intervalle, j'entrevois la moindre oecasion de le châtier avec avantage, je serai toujours à même d'en profiter; sinon, mon projet devient merveilleux, et l'honneur de la guerre me reste bien plus sûrement encore, car j'aurai obtenu le grand point : j'aurai évité l'éclat ! .

Le raisonnement était certes parfait ; mais l'entreprise était bien hardie, et Bergerac, malgré toutes ses certitudes et toute son ha-

bileté, ne laissait pas que déjouer fort gros jeu!

Il s'agissait pour lui, principalement et avant tout, d'organiser dans les moindres détails sa surveillance quotidienne, de manière à la rendre aussi sûre qu'invisible, sans avoir besoin de se fier à d'autres qu'à lui-même. Pour cela il fallait renoncer aux fonctions de commandant, et abandonner entièrement la direction et le sort du Magnifique au lieutenant et à l'équipage; chose praticable tant que le navire continuerait sa course aussi heureusement qu'il l'avait commencée; mais si un accident fâcheux, si une de ces tempêtes inattendues, trop fréquentes dans les parages où ils allaient entrer, venait à interrompre subitement cette traversée paisible et à réclamer à la fois toute la science et tout le talent du chef, toute l'expérience et toute l'activité des subalternes, Bergerac au-

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