LES DEUX RÉVEILS
Le capitaine étant entré au moment où la jeune femme achevait la lecture de cette lettre, elle se précipita à ses genoux, et elle les arrosa longtemps de ses larmes...
Une heure après, tout le monde apprit à bord que M. d'Harcourt, ne désirant pas continuer le voyage, s'était fait débarquer sur la côte, au point du jour.
— Il veut dessiner des vues d'Afrique, dit M. Champlein d'un air capable; cet homme m'a toujours fait l'effet d'un original.
— La tempête d'hier l'aura plutôt découragé, fit observer dédaigneusement un des Smyrnioies.
— Il faut avouer qu'il y a des gens bien pusillanimes! ajouta M. d'Argentières.
Mademoiselle Hyacinthe trouva que l'artiste s'exposait à se faire dévorer par les lions, et que ce serait bien dommage; un si beau jeune homme !
Madame Bergerac ne dit rien ; le capitaine reprit tranquillement ses habitudes, et maître Anspect rendit ses soins à son chien fidèle.
Orviocc nu Jptn1.
Le Magnifique arriva heureusement à Smyrne , et y débarqua tous ses passagers sains et saufs.
Les deuxSinyrniotes , en revoyant la terre natale, éprouvèrent une recrudescence de
patriotisme qui dura plus de huit jours, après quoi ils reconnurent avec regret que leur patrie avait beaucoup à faire encore pour être un peu passablement civilisée.
Toutefois, ils se consolèrent en considérant que les femmes y étaient toujours fort grasses et le tabac de première qualité.
Mademoiselle Hyacinthe fut tout étonnée de trouver la vie si chère sur les rives orientales, et elle n'aurait pu suffire aux frais d'établissement de son magasin de modes françaises, si M. Champlein n'était pas venu à son secours.
Le célibataire, payé sans doute pour oublier la confession arrachée à l'honnête modiste parla peur de la tempête, l'aida de sa bourse à fonder son entreprise, et, — après avoir été son associé, — finit par devenir son