CHAPITRE VIII
Brunehaut en Austrasie. Elle est chassée par Théodebert, 5gg. Le mendiant de la plaine d'Arcis-sur-Aube. Brunehaut à la cour de Thierry. Guerre contre Clotaire. Bataille de Dormclles-sur-1'Orvanne, 600. Défaite de Clotaire. Exil de saint Didier. Nouvelle guerre contreClotaire. Défection de Théodebert et paix de Compiègne, 6o5.
Brunehaut avait agi prudemment en suivant Théodebert à Metz; le jeune roi, physiquement précoce, comme tous les Mérovingiens, ne Pétait nullement du côté de l'intelligence. C'était un esprit faible , facile à dominer , écoutant aussi bien les perfides avis des leudes, ses ennemis, que les conseils de son aïeule. Cependant, Brunehaut ne se découragea pas; sa situation d'ailleurs semblait, en un point du moins, bien améliorée : elle n'avait plus à redouter les terribles ambassades de cette reine de Neustrie, dont le célèbre Vieux de la mon-
tagne ne fut qu'un misérable plagiaire. En 597, Frédégonde était morte, heureuse, honorée, emportant dans la tombe l'épithète à'optima (parfaite) que lui avait décernée, dans un jour de trop grande licence poétique , l'évêque de Poitiers, ce saint Fortunat, F ex -flatteur de Sigebert et de sa femme. En revanche, le supérieur hiérarchique de Fortunat, le pape saint Grégoire, comblait de louanges la reine Brunehaut qui Faidait en ce moment à convertir l'Angleterre et accueillait à merveille les missionnaires qui s'arrêtaient à la cour de Metz et y recevaient des secours de toute sorte avant d'aller affronter la rude barbarie bretonne ; il entretenait avec la tutrice de Théodebert une correspondance qui est venue jusqu'à nous, et qui doit évidemment suffire aux yeux de tous les catholiques pour faire de la reine d'Austrasie une véritable sainte.
Craignant pour la pauvre intelligence de Théodebert la redoutable influence féminine d'une maîtresse dévouée aux intérêts de l'aristocratie austrasienne, Brunehaut chercha à lui donner de bonne heure une compagne qui, tenant tout d'elle, lui serait entièrement dévouée et l'aiderait à diriger le roi. Elle crut avoir
trouvé la femme qu'elle désirait dans la personne d'une simple esclave, Blichilde, dont elle fit une reine d'Austrasie. Mais la reconnaissance est une vertu bien rare ; à peine reine, Blichilde devint jalouse de Brunehaut, voulut régner sous le nom de son mari âgé de treize ans, et, pour ce faire, recourut à l'appui des éternels ennemis de sa bienfaitrice, les leudes. Néanmoins, pendant quelque temps, Brunehaut lutta, continua à diriger d'une main ferme, malgré les menaces d'une opposition grandissante, les destinées de l'Austrasie.
En 5qq, nous la voyons faire mettre à mort un des chefs de la coalition aristocratique, le duc Wintrion, celui-là même qui s'était laissé battre à Droissy et qui pressurait si horriblement le malheureux pays soumis à son pouvoir qu'il avait, quelques années auparavant, manqué d'être tué par les populations réduites au dernier désespoir. Mais cet acte de vigueur et de justice était trop hardi ; si Brunehaut se mettait à punir les ducs et les .comtes cruels ou prévaricateurs, qui serait en sûreté à la cour de Théodebert ? et une révolution de palais éclate ; les leudes demandent, exigent le renvoi de la reine, Blichilde les appuie, et Théodebert,
le premier vrai roi fainéant, sans remords, dépouille son aïeule de ses richesses, la prive de ses serviteurs, et la fait jeter hors de sa cour, comme une mendiante importune.
Chassée du palais de son petit-fils, Brunehaut errait sur les routes ; devant elle toutes les portes se fermaient, car chacun craignait, en lui donnant asile ou secours, d'attirer sur lui la colère des leudes. Vers ce pays dévoué de la Champagne, vers ces fidèles qui jadis avaient protégé Mérovée, qui, dans les mauvais jours, bravement avaient lutté pour elle, elle dirigeait sa marche fatiguée. Soutenue par son indomptable énergie, longtemps elle avança sur ces routes créées par elle, usant ses pieds meurtris aux cailloux noirs de ses chaussées; enfin, un soir, elle arriva dans sa fidèle Champagne; à l'horizon elle distinguait les murailles et les palissades de la ville d'Arcis-sur-Aube ; mais la route était longue encore, les forces allaient lui manquer; en ce moment, près d'elle un homme passait en guenilles, besace à son dos courbé, misérable comme un mendiant du moyen âge (i5); Brunehaut, à bout de forces, l'appelle et se nomme. A ce nom glorieux et aimé,l'homme s'arrête, court à la reine, la sou-
tient, la mène chez lui, et Brunehaut s'appuie sur le bras du mendiant, touchante et symbolique alliance de la misère et de la royauté. Si les palais, si les villas des grands se sont fermés devant Brunehaut, du moins le pauvre de tout cœur lui ouvre sa chétive demeure; à son tour, le peuple donne son aide à cette royauté qui a lutté pour lui.
Le lendemain, Brunehaut reprit sa route; grâce au secours du mendiant, elle put atteindre la cour du jeune roi Thierry, indigné, à la vue du triste état de son aïeule , contre son frère Théodebert. Brunehaut fut traitée en reine ; et, à peine arrivée, un de ses premiers actes fut de récompenser magnifiquement celui qui Pavait secourue. Sûre de son cœur, de sa charité, elle crut ne pas pouvoir mieux faire que de lui donner une de ces places où la vie ne doit être qu'une charité, qu'un dévouement perpétuels, et le gueux de la route d'Arcis devint l'évêque Didier d'Auxerre.
Thierry était, nous l'avons dit, le petit-fils chéri de Brunehaut, le seul qu'elle regardât vraiment comme de son sang. Malheureusement, Thierry, avec d'incontestables qualités, l'honneur, l'énergie, le courage, n'avait pas échappé
— '44 — à la fatale influence qui minait les fils de Mérovée. Ces hommes blancs du Nord, ces guerriers des pays de glace, fondaient en quelque sorte à l'ardente chaleur des excès, aux chauds rayons d'une civilisation trop raffinée pour leurs âmes simples. La vigueur primitive de leur virilité aux climats doux s'amollissait, l'honnêteté antique de leur vie pauvre au contact des tentations illimitées du pouvoir et de l'opulence rapidement s'évanouissait, et de cette grande neige des invasions barbares qui, deux siècles avant, recouvrait tout le sol de l'Europe , il n'allait rester que la boue noire des dégels.
Thierry, comme tous les Francs, était surtout adonné au vin et aux femmes; du moins, n'avait-il pas le troisième défaut, qui d'ordinaire , chez ses compatriotes dégénérés , marchait avec les deux premiers, une avare rapacité. Tous ces derniers Mérovingiens sont d'une inquiétante précocité : on dirait qu'ils sentent que leur vie doit être courte ; l'avenir est pour eux douteux, les voluptés sont là; pour eux la coupe est toujours pleine, la femme toujours parée; et, à peine sortis de l'enfance, affolés par les premiers aiguillons de la sensualité, ils
- i 4 5 plongent à corps perdu dans les flots alanguissants du plaisir sans peine et de l'amour trop facile. A treize ans, à douze ans même, ils sont déjà pères ; à vingt-cinq ans ils sont vieux , à trente ans ils sont morts, si le fer ou le poison les a laissés vivre jusque-là. La plupart ont perdu l'énergie primitive qui fit royale leur race, grand leur peuple, haut leur renom; on n'en voit plus mourir sur les champs de bataille aux sons fiers du bardit, au grondement des mêlées furieuses; déjà, dans Tournay, Chilpéric vaincu ne sait que pleurer et gémir; Gontran , par peur de l'enfer , tremble devant un clerc, et, en attendant les vrais rois fainéants, nous allons voir le frère de Thierry, Théodebert, accepter la prison, la honte delà tonsure, sans penser au refuge contre l'infamie que savaient trouver les vieux héros de sa race, sans songer à cette noble épée, grâce à laquelle nul malgré lui n'est esclave.
Childebert, élevé en partie par Brunehaut, semble avoir échappé à la dégénérescence morale de sa race; il aimait la guerre plus que le plaisir, mais Thierry, dont les premières années s'étaient écoulées loin de la protectrice surveillance de son aïeule, élevé par des leudes
corrompus, par des clercs plus corrompus encore, n'avait pas échappé au fléau. Quand Brunehaut vint le retrouver, il n'avait pas treize ans, et il était déjà père d'un fils; trois autres allaient bientôt suivre, dont on ne connaît même pas les mères. Et un des reproches que les historiens font à Brunehaut, c'est d'avoir corrompu son petit-fils! hélas, il y avait longtemps que la triste besogne était faite ; au contraire, Brunehaut lutta, essaya de le marier avec une princesse espagnole, de sang wisigoth comme elle; mais Thierry s'en détourna bientôt et reprit le cours, un instant interrompu, de sa vie de plaisirs et d'ivresse.
Du moins eut-il encore assez de bon sens pour ne donner à ces épouses, que l'usage lui permettait d'ailleurs (la loi civile admettant le concubinat), que souvent tolérait l'Eglise, aucune influence sur la direction des affaires. En cela, comme son père Childebert, il se confiait en son aïeule, et tandis qu'il parcourait les forêts de Bourgogne et d'Alsace, dépensant sa vigueur naissante en pleine explosion juvénile, à poursuivre le cerf ou le taureau sauvage, à passer de villas en villas, toujours en quête d'une chasse nouvelle ou d'un amour nouveau, Bru-
nehaut ressaisissait d'une main ferme les rênes trop lâches du pouvoir.
A peine est-elle établie à la cour de Thierry que c'est elle qui dirige tout ; elle renoue alliance avec l'empereur d'Orient, signe avec lui un traité défensif contre les Avares qui l'inquiétaient ; et, tranquille de ce côté, elle songe au fils de Frédégonde. Tant que régnerait, tant que vivrait cet héritier de l'astuce et de la cruauté maternelles, tout était à craindre pour le sang de Brunehaut ; elle fit donc taire ses rancunes particulières , le souvenir de ses offenses, et elle offrit aux leudes d'Austrasie d'attaquer de concert l'ennemi commun des petitsfils de Sigebert. L'espoir du pillage , l'amour des combats firent bien accueillir cette proposition , et l'on se prépara, dans les États de Théodebert, comme dans ceux de Thierry, à venger les défaites de Droissy et de Latofao.
Les deux armées austrasienne et burgonde se réunirent et marchèrent contre l'ennemi. La rencontre eut lieu près de Dormelles, sur les bords de la rivière d'Orvanne. Les Neustriens étaient commandés par leur roi Clotaire et son maire du palais, Landry. La bataille fut longue, acharnée ; mais Clotaire, effrayé de ce carnage
qui ne finissait pas, voyant le moment où, après ses fidèles, ce serait son tour à lui de tomber sous le fer, prit brusquement la fuite; dès lors ce ne fut plus qu'une déroute, qu'une boucherie ; les Austro-Burgondes, animés par Thierry qui chargeait à leur tête, en avant des plus braves, combattaient avec rage, en dignes fils de leurs aïeux. Le cours de l'Orvanne fut arrêté par des amoncellements de cadavres; bientôt ses eaux s'élevèrent au-dessus du niveau de ses rives ; l'onde rougie, mêlée de sang, lentement déborda sur la plaine, qu'un lac écarlate recouvrit bientôt, comme si la Mort, la grande exterminatrice, jetait sur les cadavres un pan de son manteau à la pourpre sanglante.
Clotaire s'enfuit jusqu'au fond de la Neustrie, abandonnant sans résistance aux deux rois alliés, non -seulement tout ce malheureux royaume de Paris, si souvent disputé depuis la mort de son roi Caribert, mais encore une bonne partie de la Neustrie. Thierry, partageant la passion et la haine de Brunehaut, voulait poursuivre la lutte; marchant toujours en avant, il aurait bientôt acculé son ennemi à la mer. Mais, comme toujours, les leudes d'Austrasie voulurent la paix; il ne fallait pas
que leur propre souverain fût trop puissant; Théodebert, du reste, aspirait lui-même au repos de son palais de Metz; et il paraissait prudent à l'aristocratie des deux royaumes d'empêcher la destruction de la Neustrie, ce refuge toujours ouvert aux conspirateurs et aux mécontents. Du moins la paix, que Brunehaut fut forcée d'accepter, fut-elle glorieuse et utile : Clotaire se reconnaissait vaincu, à la merci des petits-fils de Sigebert; il cédait à Thierry tout le royaume de Paris, à Théodebert son royaume patrimonial de Soissons ; bref, tous ses Etats, sauf le vieux pays salien, les environs de Tournay et douze cantons entre la Seine, l'Oise et la Manche.
L'année suivante, les deux frères, encore unis, marchèrent contre les Gascons qui avaient favorisé par une invasion en Novempopulanie la résistance de Clotaire. Soumis après une courte campagne qui mena Thierry jusque sous les murs de Pampelune, ils durent payer tribut aux rois francs et reconnaître pour leur chef un duc vassal des monarchies mérovingiennes.
La domination de Brunehaut est alors fermement établie en Bourgogne; un des plus grands seigneurs du pays, le patrice iEgila,
méprise imprudemment ses ordres, se met en état de révolte : il est arrêté, jugé, exécuté, sans qu'un seul des leudes ose prendre sa défense; on peut espérer que l'ordre est définitivement établi. Mais Brunehaut ne devait jamais connaître le repos-, après les leudes, voici les saints qui s'en prennent à elle, malgré la générosité du roi Thierry, bienfaiteur des églises, de l'aveu même de Frédégaire.
Il y avait alors sur le siège épiscopal de Vienne en Dauphiné un ex-professeur de belles-lettres, qu'on a canonisé, sans trop savoir pourquoi. Didier ou Désidérius, c'était le nom de ce personnage, était en effet d'une orthodoxie douteuse; plus souvent à la cour des rois que dans son diocèse, il avait la réputation d'un orateur élégant plutôt que celle d'un austère prélat; son métropolitain, Aridius ou Yrieix, évêque de Lyon, le tenait en médiocre estime et le pape saint Grégoire l'accusait luimême formellement de pencher vers les doctrines du paganisme. De plus, Didier aimait fort à s'occuper de politique, d'intrigues de palais; il blâmait volontiers les mesures que prenait la reine, et ne se faisait pas même faute de calomnier, sous le rapport des moeurs,
- i5ï — celle qu'il aurait dû respecter, n'eût-ce été que par déférence pour le pape avec lequel il se mettait ainsi ouvertement en contradiction. A la fin, sur la demande de saint Grégoire, un synode fut convoqué à Chalon-sur-Saône et l'assemblée des évêques de Bourgogne, après avoir dégradé saint Didier, le condamna à l'exil, en lui assignant comme lieu de résidence l'île Barbe, aux environs de Lyon.
Brunehaut avait trouvé à la cour.de Thierry quelques hommes d'élite qui étaient promptement devenus ses plus dévoués partisans, et qui travaillaient avec elle à établir dans ces pays livrés à la violence et à l'arbitraire une organisation régulière. C'était d'abord Aridius, l'évêque de Lyon, puis Lupus, évêque de Sens, et enfin un Gallo-Romain, Protadius, homme de grande famille et d'une haute intelligence, qui, malgré son origine, était considéré de tous les nobles francs. Protadius fut bientôt nommé patrice et chargé en cette qualité de gouverner le pays ultra-jurain et la ville de Salins. Brunehaut aurait voulu mieux faire pour lui : c'était l'homme qui lui paraissait le plus apte à remplir les délicates et importantes fonctions de maire du palais. Le maire était pour le mo-
ment un leude franc, Bertoald (16), brave guerrier, mais médiocre administrateur.
Frédégaire raconte que, pour faire périr ce Bertoald, afin de disposer de sa place, Brunehaut l'envoya réclamer les droits du fisc, faire rentrer les impôts arriérés dans les pays nouvellement cédés par Clotaire sur les bords de la Seine jusqu'à l'Océan.
^ Cette opinion de Frédégaire nous a tout l'air d'une calomnie; Brunehaut pouvait fort bien enlever sa charge à Bertoald, s'il était incapable, le faire juger, s'il était coupable, sans recourir à ce moyen fort peu sûr de le faire disparaître. Bertoald, en effet, pouvait emmener avec lui des troupes en quantité suffisante, se tenir sur ses gardes : au lieu de cela, Frédégaire nous le montre ne voulant prendre qu'une escorte de trois cents hommes, se livrant avec passion au plaisir de la chasse, s'arrêtant dans les villas royales, si bien que Clotaire envoya contre lui son fils Mérovée et ce Landry, l'âme damnée de Frédégonde et de son successeur; peu s'en fallut que Bertoald ne fût tué par surprise, mais bien par sa faute, dans la villa d'Arèle près Caudebec; et la meilleure preuve que Brunehaut ne devait pas
désirer sa mort, c'est la haine que semble avoir portée Clotaire à Bertoald, s'exposant ainsi, pour tuer un seul homme, à une nouvelle guerre et à une destruction probable. D'ailleurs, comment expliquer que Brunehaut, dès qu'elle apprend le danger que court Bertoald, réfugié dans Orléans et assiégé par Landry, envoie immédiatement à son secours Thierry, excite Théodebert à reprendre également les armes, en lui montrant que Clotaire a violé la paix récemment conclue après la bataille de Dormelles ?
Quoi qu'il en soit, Thierry, tandis que Théodebert envahissait par le nord les États de Clotaire, s'avançait pour dégager Bertoald; il parcourait à marches forcées les vallées de l'Yonne et de la Loire. A son approche, Landry recula et ne s'arrêta que près d'Etampes, dans une forte position défensive; son front de bataille était couvert par de vastes marais, formés par les deux petites rivières de la Juinne et de la Louet; une étroite chaussée était le seul accès qui pût permettre aux Burgondes d'aborder l'ennemi. Cette difficulté n'arrêta cependant pas les troupes de Thierry; son avant-garde, commandée par Bertoald, lui-
même, furieux contre Landry, se jeta tête baissée sur la chaussée, en un clin d'oeil la traversa malgré tous les obstacles, et mit en déroute l'armée neustrienne. Bertoald succomba dans la bataille, ainsi que le fils de Clotaire, pauvre enfant de moins de dix ans, emmené par Landry dans la mêlée pour donner du cœur à ses soldats.
Thierry continue sa marche : il va maintenant tomber sur les derrières de Clotaire, que Théodebert a dû, suivant le plan commun de la campagne, attaquer dans la vallée de FOise. Pour le coup, Clotaire est bien perdu, et le roi presse sa marche, quand un courrier arrive lui annoncer que Théodebert vient de signer à Compiègne avec Clotaire un traité de paix et d'amitié! Thierry s'indigna, entra en fureur; Brunehaut, plus calme, n'exhala pas sa colère en vaines menaces; mais, dès ce moment, son inébranlable volonté condamna Théodebert; elle avait pu oublier l'outrageante façon dont il l'avait chassée, mais elle ne pouvait pardonner la paix signée par le fils de Childebert, par le petit-fils de Sigebert avec le fils de Frédégonde. Désormais nous allons la voir négliger en apparence la lutte avec le roi de Neustrie,
ne penser qu'à renverser Théodebert, ce faux fils et ce faux frère, dans les veines duquel coule, elle en est sûre maintenant, du sang d'esclave et non du sang de roi.