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CHAPITRE XII

Triomphe de Thierry. Prétentions de Clotaire. Mort de Thierry, 6i3. Brunehaut régente. Les trahisons des leudes austrasiens. Défense de Sens par l'évêque Lupus. Le premier tocsin. Captivité et supplice de Brunehaut, G 1 3.

D'un formidable élan l'armée de Thierry s'élança à la poursuite des vaincus. Cologne ouvrit ses portes; Théodebert (21), pourchassé au delà du Rhin par Berthaire, camérier du palais, fut arrêté avec toute sa famille; son fils, Mérovée, fut tué, et le roi détrôné rentra prisonnier dans Cologne. Thierry lui laissa la vie, mais il le fit immédiatement dépouiller de ses vêtements royaux qu'il donna à Berthaire, ainsi que le cheval richement harnaché qu'avait monté le roi d'Austrasie.

Thierry et Théodebert quittèrent bientôt Cologne; celui-ci pour s'en aller dans un monas-

tère de Châlon recevoir, en échange du diadème emperlé des rois , l'humble tonsure monacale-, celui-là, au contraire, pour rentrer triomphant dans Metz, où l'attendait pleine de joie pour le présent, pleine d'espérance pour l'avenir, son aïeule Brunehaut, qui avait auprès d'elle ses quatre arrière-petits-fils, Sigebert, Corbus, Mérovée et Childebert.

Clotaire, dès qu'il avait appris la nouvelle du triomphe de Thierry, s'était emparé de tout le duché de Dentelin, auquel il avait joint par extension quelques autres pays dont la cession ne lui avait nullement été promise dans le traité. Brunehaut, qui ne demandait du reste probablement qu'un prétexte pour lancer contre le roi de Neustrie les forces victorieuses de Thierry, engage son petit-fils à saisir l'occasion ; Thierry, cependant, avant de marcher contre Clotaire, le somme de sortir des territoires envahis. Le roi de Neustrie ne tient pas compte de ces réclamations ;• ce n'en est que plus heureux pour Thierry ; il a pour lui le bon droit, ce qui est quelque chose, la force, ce qui est beaucoup, et il va réunir aisément à sa couronne les lambeaux de provinces que possède encore Clotaire -, Brunehaut va donc enfin

— igo — voir son petit-fils, l'héritier de Sigebert, régner, maître absolu du double droit de la naissance et de l'épée, sur ce beau royaume de France qu'avait rêvé Clovis, et qui n'existera que bien rarement dans l'histoire, sous Charlemagne et sous Napoléon.

Mais la Mort semble la complice, la fidèle alliée du sang de Frédégonde; Thierry a déjà rassemblé de nouveau à Metz ses armées triomphantes; le seul souffle de ses chevaux suffirait à renverser le frêle et tremblant édifice de la royauté neustrienne, et voilà que tout s'arrête : Thierry est tombé subitement malade; du camp on l'a rapporté dans son palais, mourant déjà et du même mal que son père Childebert. « C'est Dieu, soupire saint Colomban, qui est venu venger par la maladie les souffrances de Colomban, son serviteur chéri; c'est Dieu qui a exaucé les vœux ardents de Clotaire. >. Le roi de Neustrie n'avait-il pas plutôt invoqué les mânes de sa mère? En quelques jours, Thierry meurt d'une dyssenterie, dit Clotaire, du poison, dit Brunehaut.

Et alors, les rôles sont changés; tout maintenant favorise Clotaire; un grand nombre des anciens leudes de Théodebert, par haine de

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Brunehaut, passent au parti du roi de Neustrie; et Arnoul, Pépin (22), les deux ancêtres des Carlovingiens, les ducs Alethée, Sigoald, Roccon, Endelon, c'est-à-dire les chefs de l'aristocratie austro-burgonde, l'encouragent à attaquer Brunehaut, et, impatients de trahir, le préviennent de se hâter. Clotaire entre donc, facilement victorieux, dans les Etats de Thierry, appelant autour de lui tous les partisans de Théodebert, tous les ennemis de Brunehaut; il avance jusqu'à Andernach près Coblentz; la reine recule de Metz à Worms, emmenant avec elle ses arrière-petits- fils; mais, dans l'immense douleur que lui a causée la mort de Thierry, elle ne perd pas courage; il lui reste des amis, des fidèles; elle le croit du moins; une fois encore la vieille reine saura faire tête à la tempête; elle envoie un des leudes, sur qui elle croit pouvoir le plus compter, Herpon, qu'elle a nommé connétable de Bourgogne, demander à Clotaire ce qu'il vient faire dans les États des enfants de Thierry et le sommer d'en sortir.

Clotaire refuse; il demande différentes choses, restitutions de provinces, tutelles des orphelins royaux, puis que Brunehaut se présente devant

les leudes assemblés et se soumette à leur jugement, c'est-à-dire qu'elle se livre elle-même à ses mortels ennemis. Brunehaut savait déjà du reste qu'entre Clotaire et elle, tous deux seuls en présence, ce devait être une guerre à mort.

Pour que le pouvoir ait plus d'unité, elle rompt audacieusement avec la fatale coutume qui partage les États des rois francs entre tous leurs héritiers; un seul de ses arrière-petits-fils régnera; ce sera l'aîné, Sigebert, dont le nom aimé mais fatal devait rappeler à la vieille reine son lointain passé, mais ses malheurs comme ses joies. Sigebert est élevé sur le pavois au milieu d'une assemblée réunie dans les plaines de Worms; et, à peine proclamé, le monarque de douze ans part pour la Thuringe; il va faire armer les peuples feudataires, afin de combler les vides qu'ont faits dans les rangs de ses troupes les nombreuses désertions des leudes d'Austrasie; Warnachaire, successeur de Claudius, le maire actuel du palais de Bourgogne, un de ceux qui font parade de leur dévouement pour Brunehaut, le duc Alboin et d'autres grands, doivent guider l'inexpérience de l'enfant.

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Ils revinrent bientôt, amenant d'assez nombreux contingents qui se fondirent dans l'armée que la reine, pendant la courte absence de son petit-fils, avait de son côté rassemblée en Bourgogne.

La vieille reine crut alors pouvoir résister par les armes à Clotaire, qui s'avançait avec une extrême lenteur, comme s'il eût attendu, tous les jours, l'annonce d'un de ces événements imprévus qui avaient déjà plus d'une fois changé à son profit le cours probable des choses.

Sigebert, accompagné de ses trois jeunes frères, se mit à la tète de l'armée destinée à arrêter l'invasion neustrienne, tandis que son aïeule restait à Autun, occupée à faire prendre les armes aux peuples de l'Helvétie, qui dépendaient, comme sujets ou comme tributaires, de la couronne de Bourgogne. Mais Sigebert, nous l'avons vu, n'était encore qu'un enfant; l'armée obéissait en réalité à un conseil militaire, présidé par le maire du palais, Warnachaire, et composé d'Arnoul, de Pépin et des principaux farons, tant évêques que laïques, tous gagnés à Clotaire ,et secrets ennemis de Brunehaut. Warnachaire (2 3), Arnoul, Pépin

— i 9 4 — avaient d'avance fait leurs conditions; le prix de leur félonie devait être, pour Warnachaire, la mairie à vie, pour Arnoul, l'évêché de Metz, pour Pépin, la pleine propriété des terres qu'il administrait en qualité de domestique du palais d'Austrasie. Il ne s'agissait plus que de trouver l'occasion de trahir : ces occasions-là se rencontrent aisément.

D'abord, dès le début de la campagne, une partie du contingent austrasien déserte et passe à Clotaire; l'armée de Sigebert commence à se troubler; ceux qui ne sont pas du complot s'inquiètent, perdent courage. Malgré sa jeunesse, le fils de Thierry avait la valeur de ses aïeux ; il veut, en dépit de ces désertions, marcher à l'ennemi ; perfidement Warnachaire l'y encourage. Bientôt on est en vue de l'armée de Clotaire, dans les plaines que traverse l'Aisne (près de Châlons-sur-Marne). Sigebert donne le signal du combat; à la tête de sa cavalerie il va s'élancer sur l'ennemi ; mais, au lieu de le suivre, les leudes qui l'entourent restent immobiles, les soldats reculent; on lui impose la retraite; le conseil de guerre force le jeune roi à revenir sur ses pas, à reculer jusqu'à la Saône ; et, durant le trajet, on éloigne de

lui le peu d'hommes qui lui sont restés fidèles.

Et, pendant ce temps, tous les gouverneurs des villes burgondes ouvrent leurs portes à Clotaire et à ses lieutenants. Une seule résista, ce fut la cité de Sens, qui obéissait à l'évêque Lupus, un des rares prélats dignes de comprendre Brunehaut et par suite de lui être fidèles. Devant l'armée de Clotaire, il fait fermer les portes, appelle aux remparts les habitants de la ville; Clotaire va donner l'assaut : un bruit étrange l'étonné et l'arrête; c'est, pour la première fois dans l'histoire, le tocsin qui sonne aux clochers de Sens. Jusqu'ici les cloches n'avaient servi qu'à annoncer les solennités religieuses, qu'à appeler aux offices : pour la première fois, c'est aux armes qu'elles appellent et c'est le péril qu'elles annoncent.

Effrayé, Clotaire battit en retraite, comme si les cloches sacrées lui parlaient au nom de Dieu et lui défendaient d'avancer.

Mais cet échec fut le seul ; arrivée au centre même de la Bourgogne, l'armée de Sigebert, que suit de près celle de Clotaire, s'est arrêtée; Clotaire la rejoint; les troupes des deux côtés fraternisent et proclament avec enthousiasme le fils de Frédégonde seul roi de tous les pays

francs. Les conjurés se précipitent sur la tente où reposent, ignorants du péril, les enfants de Thierry, fatigués d'une longue marche; ils se jettent sur eux pour les livrer à Clotaire.

Dans le tumulte, un seul échappe, Childebert (24) : il saute sur un cheval qui se trouvait là par hasard et, droit devant lui, s'enfuit à l'aventure. Nul ne sut alors ce qu'il était devenu, on le crut mort dans sa fuite, de misère ou de faim; mais une vieille tradition, consolante légende à laquelle nous voulons croire pour notre part, prétend que de ce proscrit descend unedesplus nobles familles qui aient porté la couronne impériale, la famille des Habsbourg. Du moins, le sang de Brunehaut ne serait pas éteint à jamais et battrait encore de nos jours dans des coeurs dignes de la reine d'Austrasie.

Les trois autres enfants, Sigebert, Corbus et Mérovée, furent livrés à Clotaire qui fit froidement égorger les deux premiers ; le troisième seul fut épargné ; tout jeune , il était peu à craindre; c'était d'ailleurs le filleul de Clotaire, qui, superstitieux comme tous les cruels, craignait d'attirer sur lui la vengeance divine, en immolant celui que l'Église nommait son fils spirituel. Cette fois, c'en était fait de la race de

— i P 7 - Sigebert, du trône de ses fils, et les ossements de Frédégonde en devaient tressaillir de joie dans leur caveau funèbre de Saint-Vincent de Paris.

On comprend quelle dut être, en revanche, rhorrible, l'épouvantable douleur de Brunehaut, quand lui parvinrent ces fatales nouvelles. Quel asile pouvait-il lui rester? D'ailleurs, en avait-elle encore besoin , ne valait-il pas mieux pour elle mourir immédiatement, maintenant que du tronc desséché de sa race tous les rejetons étaient coupés?

Cependant, poussée par un dernier espoir de vengeance, elle voulut encore essayer de lutter, et, malgré l'âge, malgré ses quatre-vingts ans, soutenue par les restes de son énergie d'autrefois, elle se jeta dans l'Helvétie où elle espérait trouver des vengeurs pour les siens. Depuis quelques années, sa petite-fille, Théodelinde, vivait retirée dans le château d'Orbe , que Thierry lui avait donné pour apanage, avec les pays des environs, le canton de Vaud et rUchtland-, là Brunehaut espéra, grâce à l'influence de sa petite-fille, pouvoir refaire une armée.

Dominant une gorge escarpée du Jura, le châ-

teau d'Orbe était une vieille forteresse romaine, d'aspect morne et sévère, flanquée de tours épaisses, entourée de hautes murailles en ciment; on eût pu au besoin y soutenir un long siège. Brunehaut y arriva bientôt; Théodelinde la reçut et voulait bien l'aider, venger, elle aussi, les pauvres enfants assassinés. Mais , avant -qu'aucune mesure ne fût prise, précédé comme d'un messager de mort , de la terrifiante nouvelle, arriva le connétable Herpon , un des leudes les plus acharnés contre Brunehaut, à qui cependant il devait, comme nous l'avons dit plus haut, sa charge et sa fortune; nul n'ose prendre la défense des deux femmes proscrites par Clotaire; nul bras d'homme dans la contrée n'ose se lever pour les défendre; et le château n'avait pour garnison que quelques femmes et quelques clercs.

Pas de résistance possible; Herpon, ce serviteur infidèle, s'empare de Brunehaut, et, triomphant, calculant déjà de quels grands bénéfices on paiera sa capture, il entraîne la reine vers le camp de Clotaire, établi à Rionne, sur les bords de la Vigeanne. Il y parvint bientôt; à la nouvelle de son approche, Clotaire avait convoqué tous les leudes et tous les évêques de

— i 9 9 — son parti, Warnachaire à leur tête, qui d'une voix unanime avaient demandé la mort de Brunehaut, et une mort qu'elle sentît venir.

On amena donc la reine, à peine arrivée, encore brisée de la route, souillée de la poussière du chemin, devant cette assemblée de juges étranges, où se mêlaient aux armes de fer les crosses d'or, aux manteaux de guerre en peaux de bêtes les longs vêtements blancs et les étoles de soie des évêques. Là, elle put reconnaître tous ceux en qui elle s'était confiée et qui l'avaient trahie; elle put voir, nouvelle douleur pour une âme rigide et juste, l'injustice triomphante, la trahison récompensée.

Mais Brunehaut ne pouvait plus souffrir : sa race était éteinte, sœur, épouse, mère, aïeule et bisaïeule, elle avait vu mourir de mort tragique tous ceux qu'elle avait aimés ; il n'y avait plus en son -âme place pour de nouvelles douleurs; toutes elle les avait épuisées; elle semblait déjà jouir du grand repos de ceux qui ne sont plus. L'âme cuirassée du triple airain du désespoir, comme enveloppée du linceul inerte, elle resta insensible, indifférente à tout, morte déjà de la mort des siens. Et, quand on l'entraîna en présence de ces leudes en furie,

de ces Pépin, de ces Arnoul, de cesWarnachaire, qui hurlaient de joie en voyant prise enfin la reine-lionne qui si longtemps les avait fait trembler, devant ce déchaînement de rage et de sauvagerie, devant ces grincements de joie sanglante, froide elle demeura, sans mot dire , sa figure de marbre ne changea pas, et l'on eût dit que cette bande d'assassins en délire n'insultait qu'un cadavre. Même quand Clotaire, ce disciple bien- aimé de saint Colomban, s'approcha l'écume et l'injure à la bouche, semblable à sa mère, et qu'il s'écria comme infamie suprême : « C'est toi qui as tué Sigebert et Mérovée, Chilpéric, mon père, Théodebert et son fils, mon fils à moi, Mérovée, enfin Thierry et ses trois enfants (ces arrière-petits-fils de la reine dont il venait d'égorger deux lui-même), >» la vieille reine ne s'indigna même pas.

Exaspérés, Clotaire, roi très-pieux, Arnoul, le futur évêque, Pépin, cet ancêtre de Charlemagne, ne savent plus que faire; il faut cependant qu'elle souffre, qu'elle pleure, il faut entendre ses lamentations, boire ses plaintes, savourer sa douleur. A la torture Brunehaut ! Et pendant trois longs jours, autour du camp on la promène sur la monture infamante, le chameau,

destiné, comme l'âne de nos jours, aux plus vils usages, à porter les goujats de l'armée -, la bande des leudes la suit, en la frappant comme une esclave, des verges et du bâton qui déshonorent. Et, pendant ces trois jours, pas un mot, pas une plainte ne sortit des lèvres de la reine. Clotaire, ses leudes et ses évèques étaient encore les vaincus. Enfin, le quatrième jour, fatigués eux-mêmes de cette lutte inégale contre une vieille femme, ils se décident à en finir.

On amène un étalon fougueux, à ses flancs on suspend des éperons acérés. A la queue du cheval indompté on attache la reine par un pied, par une main et par ses cheveux blanchis -, puis le cheval est lâché-, frémissant, il s'élance droit devant lui; par les halliers, les vallons, par les plaines et les collines, il va soufflant, écumant, cherchant à repousser de ses ruades le poids inconnu qu'il traîne après lui, et, à chaque ronce, à chaque épine, à chaque pierre, Brunehaut laisse de son sang, de sa chair et de sa vie; derrière galopent les leudes, excitant la course meurtrière de l'étalon effaré, criant, sonnant de leurs trompes de chasse, chantant à tue-tête, d'une formidable joie. Le corps de Brunehaut n'est déjà plus qu'une masse informe,

mais le cheval va toujours, comme le fantastique coursier des ballades allemandes; il laisse loin derrière lui les montures épuisées des bourreaux; enfin, au déclin du jour, dans un vallon désert, à quelques lieues du camp de Clotaire, il s'abat à bout de forces.

Et alors, quelques pauvres gens, quelques timides clercs qui de bien loin, tout tremblants, avaient suivi cette épouvantable tragédie, craintivement s'approchèrent, apportant à la reine l'humble et touchante aumône de leurs prières et de leurs regrets. Ils s'apprêtaient à l'ensevelir; mais les leudes francs voulaient qu'il ne subsistât rien de leur ennemie ; ils arrivent à l'endroit où le cheval est tombé, à coups de fouet ils écartent le menu peuple; par leurs ordres, un bûcher s'élève, et il ne reste bientôt du corps de Brunehaut que quelques cendres mêlées à celles d'un brasier; le vent de nuit les dispersera dans quelques heures comme la poussière du grand chemin. Mais, la nuit venue, semblables à des fantômes glissant dans l'obscurité, les pauvres et les clercs revinrent timidement, sans bruit ; ne pouvant distinguer dans cet amas de cendres ce qui restait de la reine, ils prirent pèle-

mêle les débris du bûcher et de la victime, et, pieusement, ils les emportèrent vers Autun , psalmodiant à voix basse les offices des trépassés. Sous le grand autel de la cathédrale d'Autun qu'avait fondée Brunehaut, ils soulevèrent une pierre, creusèrent une fosse, et là déposèrent les cendres, les os à demi brûlés, les fragments d'étoffes ou de parures ramassés sur le bûcher ; puis la pierre fut reposée, et l'autel élevé par la reine aux jours de sa puissance couvrit de sa protection les restes de la suppliciée (2 5).

Et pendant bien longtemps, pendant les longues années du règne de Clotaire, tandis que saint Arnoul, saint Colomban, le second saint Didier(Didierd'Alby), saint Goéric, saint Faron, saint Romaric , tous commensaux royaux, priaient pour leur maître et bienfaiteur, pour ce roi pieux et doux, généreux envers l'Eglise, quelques pauvres gallo-romains pillés, frappés par les leudes, quelques tristes clercs, tourmentés par leurs évèques, quelques misérables voyageurs, quelques mendiants sans gîte et sans pain, qui tous se ressouvenaient des lois protectrices et des asiles tutélaires d'autrefois , venaient s'agenouiller devant l'autel de Saint-Mar-

tin d'Autun, de cœur disant pour Brunehaut ces prières du pauvre et du malheureux, qui valent mieux, il faut l'espérer, que celles d'un saint Arnoul ou d'un saint Colomban!

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