CHAPITRE III
Annonce de la mort de Sigebert. Brunehaut, captive de Chilpe'ric. Mérovée. Le roman de Brunehaut.
Autour de Brunehaut affluaient depuis quelques jours les notables de Neustrie, avides de lui faire leur cour; évêques, magistrats des villes, et ceux des chefs de guerre qui n'avaient pas été appelés à l'armée de Sigebert, se pressaient au palais de la Cité, pour faire assaut de fidélité et de dévouement.
Néanmoins, une vague inquiétude obsédait depuis quelque temps l'esprit de la reine; les paroles menaçantes de Germain revenaient sans cesse à sa pensée; elle sentait planer audessus de sa tête la menace d'une catastrophe.
La catastrophe éclata bientôt; un matin, la reine se réveille dans un palais désert; étonnée, elle veut sortir : les portes se ferment devant elle ; elle demande ses fidèles : ils arrivent à sa
voix, et c'est pour lui répondre qu'ils ne sont plus les gardes de la reine, mais les geôliers de la veuve.
En effet, la nouvelle de la mort de Sigebert venait d'arriver à Paris; on avait appris que le roi d' Austrasie, au moment même où les Francs relevaient sur le pavois, avait été poignardé par deux jeunes gens qu'avait su fanatiser Frédégonde; une révolte avait suivi le meurtre; les leudes austrasiens, mécontents de l'entourage presque entièrement gallo-romain et wisigoth de Sigebert, avaient massacré ses principaux officiers -, les Neustriens, qui se trouvaient en grand nombre dans l'armée, étaient retournés au parti de leur ancien prince, Chilpéric ; et Chilpéric lui-même, subitement revenu, grâce à la formidable énergie de Frédégonde, l'arbitre et le maître tout-puissant de la Gaule, s'avançait à marches forcées sur Paris, déclarant que les Parisiens répondaient sur- leurs têtes de Brunehaut et de son fils Childebert, l'héritier du royaume d' Austrasie. De là, la terreur de l'entourage de la reine et l'abandon où on l'avait laissée.
On comprendra facilement quelles durent être les inquiétudes de Brunehaut pour la vie