‹ BrunehautChapitre 8 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Suite du règne de Childehert. Gontran protège Frédégonde et s'empare du royaume de Paris. Révolte de Gondebaud, 584. Tentative d'assassinat de Frédégonde. Le duc Rauching. Complot contre Childebert et Brunehaut. Traité d'Andelot, 687.

A peine Chilpéric avait-il rendu le dernier soupir qu'un profond désordre régna dans la villa de Chelles. Frédégonde, peu sûre de l'affection générale, était partie précipitamment pour Paris, où elle s'était mise sous la protection de l'évêque Ragncmode et à l'abri des murs consacrés de la basilique de Saint-Vincent (aujourd'hui Saint-Germain des Prés). Au contraire, les trésoriers du roi défunt, suivant l'invariable habitude des agents financiers de cette époque , s'étaient empressés de porter à Meaux, aux pieds de B-runehaut, les richesses en or monnayé, en lingots, en objets précieux,

de la couronne de Neustrie, entre autres, un grand plat d'or dont parle avec amour, à différentes reprises, le vénérable Grégoire de Tours, fort amateur, paraît-il, de vaisselle plate et d'objets d'or. Childebert, qui se croyait l'héritier de son oncle décédé sans fils, se hâte de prendre la route de Paris, avide de mettre à la fois la main sur la ville et sur Frédégonde, tombée par sa faute dans la triste position où s'était vue, quelques années auparavant, la mère du jeune roi d'Austrasie. Déjà d'ailleurs, sans trouble, sans révolte, la Neustrie s'apprête à reconnaître comme rois Childebert et Gontran, car ce sont les derniers Chevelus.

Mais, nouvelle péripétie, Frédégonde produit tout à coup un enfant de quatre mois ; c'est un fils qu'on a cru mort en naissant, celui dont elle est accouchée à Cambray; par crainte du fer et du poison, on l'a, dit-elle, élevé secrètement dans une villa perdue au fond des bois \ mais c'est bien le fils de Ghilpéric, et elle réclame, pour lui comme pour elle, la protection de Gontran. « Que mon seigneur, lui faitelle dire, vienne en grande hâte, qu'il prenne possession du royaume de son frère ; je suis la mère d'un petit enfant que je désire lui con-

fier; quant à moi, humble veuve, je m'en remets à sa charité. »

Gontran, ému de cet appel touchant, alléché par l'espoir de cette importante et profitable tutelle, et, par-dessus tout, comme on le vit plus tard, désireux de réunir à ses propres États la ville de Paris , se rendit immédiatement, avec un corps d'armée, auprès de l'éplorée Frédégonde. A peine était-il entré dans les murs de l'ancienne capitale de Caribert, que Childebert arriva de son côté devant Paris, mais sans pouvoir y pénétrer, la ville étant déjà occupée par les troupes de son oncle.

Il fallut bien se résoudre à entrer en négociations; Frédégonde, simple veuve, et Brunehaut, régente, sont forcées de s'en remettre à l'arbitrage de Gontran, l'aîné de la famille et, aux yeux des Francs, le chef de la race mérovingienne. Le détail de cette affaire diplomatique rappelle vaguement la fable de La Fontaine, V Huître et les Plaideurs. Chilpéric' laisse deux royaumes, celui de Neustrie ou de Soissons et presque tout celui de Paris, enlevé en partie à Sigebert (cohéritier de Caribert comme Chilpéric et Gontran) -, cette partie-là du moins devrait, comme héritage paternel, re-

venir à Childebert; mais le bon Gontran rappelle les traités passés jadis entre les trois frères : il y est dit que celui qui, sans le consentement de ses frères, entrera dans Paris perdra par cela même sa part. Or, Sigebert est évidemment entré dans Paris sans le consentement de Chilpéric à qui il faisait la guerre et dont il voulait la tête; il a donc perdu sa part, et cette part, Gontran se l'adjuge.

Chilpéric, de son côté, est entré dans Paris sans le consentement de Gontran et sans celui de Childebert qui représente son père Sigebert : adjugée à Gontran la part de Chilpéric. Puis, mis par cette affaire en goût d'agrandissement, le royal arbitre prétend même qu'adoptant les deux enfants de ses frères, Childebert et le jeune fils de Chilpéric, il est réellement leur père et que, par suite de l'autorité paternelle, tous leurs États doivent lui appartenir, sa vie durant, en pleine et entière propriété.

Frédégonde, sans appui, craignant avec rai.

son pour ses jours, accepta tout ce que voulut Gontran, qui se mit incontinent à administrer la Neustrie, nommant des comtes et des évêques, percevant surtout des impôts. Mais Brunehaut tint hardiment tête au roi de Bourgogne

et défendit les droits de son fils -, elle consentit seulement à abandonner à Gontran la part qu'elle pouvait réclamer du royaume de Paris. « En revanche, lui disait-elle, rends-moi du moins l'homicide Frédégonde; du moins qu'on juge celle qui a tué la tante, le père, l'oncle et les cousins de mon fils le roi Childebert. »

Mais Gontran peu à peu s'était laissé prendre aux larmes, aux douces manières de Frédégonde, dont la facilité en affaires politiques l'avait d'ailleurs charmé. « Nous réglerons cela plus tard, » répondit-il , et pour le moment il n'en fut plus question.

Le jeune fils de Frédégonde fut reconnu roi sous le nom de Clotaire II, et Gontran garda tout le royaume de Paris, essayant de s'y faire des partisans, surtout dans le clergé, en le comblant de présents , et en redonnant force exécutoire aux anciens testaments faits en faveur des églises (testaments que cassait souvent Chilpéric, qui en ce cas se substituait volontiers aux Saints légataires). Au bout de quelque temps, grâce à l'influence du clergé, le roi Gontran était adoré à Paris ; il avait été solennellement reconnu comme tuteur de Clotaire par l'assemblée des leudes, alors peu enthousiastes

— (58 — de la rapace Frédégonde, et, un jour qu'il adressa au peuple réuni dans une église les touchantes paroles suivantes : « Je vous en supplie, vous tous qui êtes ici , tant hommes que femmes, gardez-moi une fidélité à toute épreuve -, ne me tuez pas comme vous avez tué mes frères ; laissez-moi au moins trois ans que je puisse élever mes pauvres neveux Clotaire et Childebert, à qui je sers de père; craignez qu'après ma mort, Dieu veuille vous l'épargner! vous ne périssiez avec ces deux malheureux orphelins, alors qu'il ne resterait de notre race aucun homme fort pour vous défendre, » tous les assistants se mirent à fondre en larmes et à prier pour la conservation des jours de leur bon roi.

Malgré cet enthousiasme populaire, Gontran, d'après Grégoire de Tours, jugeait cependant plus prudent de n'aller jamais nulle part sans être accompagné d'une quantité respectable de gardes du corps.

Affermi dans l'ancien royaume de Paris, le roi Gontran, malgré toutes les réclamations de Brunehaut , avait commencé à s'emparer des villes d'Aquitaine appartenant à Childebert : Tours et Poitiers étaient déjà en son pouvoir,

lorsque ses rêves d'ambition furent soudainement mis à néant.

L'Aquitaine venait de se révolter, et c'était au génie politique de Brunehaut, craignant pour Childebert les forces, devenues trop redoutables, de Gontran, maître à la fois de la Bourgogne et delà Neustrie, qu'était due cette nouvelle péripétie.

Depuis trois ou quatre ans vivait,caché dans les îles d'Hyères, un fils de ce roi Clotaire I er , père de Sigebert, de Gontran, de Chilpéric et de Caribert; né d'une des nombreuses concubines du roi, il avait d'abord été considéré par Clotaire comme son fils et élevé en conséquence; puis, la conduite de la mère ayant donné lieu à quelques soupçons, Clotaire déclara que l'enfant n'était pas son fils, mais celui d'un cardeur de laine; après de nombreuses aventures, traité tantôt en prince, tantôt en aventurier, ce pseudo • fils de Clotaire, nommé Gondebaud (ou Gondowald), s'était réfugié auprès du célèbre Narsès, commandant alors en Italie les troupes de l'empire d'Orient, qui lui avait donné les moyens de passer à Constantinople, où on l'avait accueilli comme un véritable membre de la race royale des Francs. Les empereurs Tibère II et

— 7° ~ Maurice s'étaient intéressés à lui, Pavaient comblé de richesses, et, en 58o, Gondebaud avait cru possible, après s'être entendu avec le turbulent duc austrasien, Gontran-Boson, d'aller réclamer en Gaule une partie de l'héritage paternel. A peine était-il arrivé que la ville de Marseille, habitée de temps immémorial par une population turbulente comme les Grecs ses aïeux, et qui supportait assez malaisément l'écrasant joug fiscal des Mérovingiens, s'était déclarée pour lui, entraînée d'ailleurs par son évêque Théodore. Le célèbre patrice Mummolus, l'ancien général de Gontran et le tacticien le plus renommé de son époque, avait aussi ouvert au prétendant les portes de la riche cité d'Avignon. Mais, là s'étaient bornés les succès de Gondebaud ; à la nouvelle de l'approche des armées franques, ses partisans l'avaient abandonné, notamment le duc Gontran-Boson, qui trouva moyen de se dédommager du peu de réussite de l'entreprise, en enlevant au malheureux prince tout ce qui lui restait d'argent.

Gondebaud, sans ressources, sans amis, avait été chercher un refuge dans les îles d'Hyères, attendant anxieusement une occasion de s'en

retourner à Constantinople, lorsque des émissaires de Brunehaut vinrent lui proposer le trône d'Aquitaine; tout était prêt pour le soulèvement, les deux chefs militaires les plus estimés de l'époque, le duc Didier de Toulouse, que nous avons vu commander une des expéditions de Chilpéric contre Gontran, et l'ex-patrice de Bourgogne, Mummolus, devaient être à la tête de l'armée des révoltés ; les soldats ne manqueraient pas, tous les peuples de l'Aquitaine, du noble à l'artisan, abhorrant la domination des rois francs, qu'ils ne connaissaient que par leurs exactions fiscales. Gondebaud ne demandait pas mieux que d'accepter les offres de Brunehaut, et, quelques semaines plus tard, devant une nombreuse assemblée de chefs et de sénateurs d'outre-Loire, le fils persécuté de Clotaire, élevé sur le pavois, était salué du titre de roi d'Aquitaine, au grand contentement des populations méridionales, toujours jalouses de leur autonomie.

Le plan de Brunehaut était habile et bien conçu; grâce au dernier partage opéré par Gontran, l'Austrasie ne possédait presque plus rien en Aquitaine, le roi de Bourgogne s' étant adjugé, outre son propre lot dans ce pays, tout

ce qu'y possédait l'ancien royaume de Paris, et de plus, comme tuteur du fils de Frédégonde, toute la part de la Neustrie, y compris les cinq données avec de si grands regrets par Chilpéric cités àBrunehaut,du consentement et sur l'avis deGontran lui-même, pour payer le sang de Galeswinthe. Quant aux possessions austrasiennes, on sait qu'elles aussi étaient menacées par cet avide tuteur de princes mineurs. Gondcbaud d'ailleurs déclara solennellement qu'il ne faisait pas la guerre à Brunehaut et à Childebert; il eut grand soin de respecter les quelques villes et les quelques cantons qui leur restaient au sud de la Loire. En peu de jours, Toulouse, la métropole aquitaine, Bordeaux, Angoulême, Périgueux,tombèrent au pouvoir du prétendant, qui lut bientôt maître de presque toute la vaste étendue de pays s'étendant du Rhône à l'Océan et des Pyrénées à la Charente.

Toulouse, seule, avait voulu résister, d'après les conseils de son évêque, qui, dans une précédente révolte, avait eu fort à souffrir de mauvais traitements et d'écrasantes amendes; mais les habitants, effrayés par la grande quantité de troupes qui suivaient Gondebaud, trouvèrent bientôt plus prudent d'ouvrir leurs portes et de

bien recevoir le prétendant. L'évêque lui-même, Magnulf, consentit par prudence à assister à un repas de cérémonie donné dans une église au nouveau roi d'Aquitaine. Partisan de Gontran, Magnulf, au milieu du repas, entama avec Gondebaud lui-même une discussion dangereuse.

« Tu te targues, lui dit-il, d'être fils de Clotaire I er , mais nous ne croyons guère que tu dises vrai, et, quand même tu aurais pour toi le succès, nous n'en serions pas encore convaincu. » — « Je suis réellement fils du roi Clotaire I er , repartit Gondebaud, je veux reconquérir à présent une partie de ses États, et je serai bientôt à Paris où sera le siège de mon royaume. » Choqué de cette confiance, l'évêque répondit: « Si celaarrive comme tu le dis, c'est que véritablement il n'y aura plus de guerriers francs. » Gondebaud, qui paraît avoir eu à tout le moins la chrétienne vertu de la patience, feignit de ne pas entendre la réponse insolente de l'évêque ; mais le patrice Mummolus, placé à côté de Magnulf, s'en irrita et se mit à souffleter vigoureusement l'évêque; puis, le duc Didier, qui était à l'autre bout de la table, vint à son tour se mêler à la querelle; bref, Magnulf fut roué de coups de lance, de coups de poing et de coups de pied,

puis lié avec des cordes et enfin traîné hors de la ville avec défense d'y rentrer. Le siège épiscopal n'en fut pas pour cela bien longtemps vacant, un partisan de Gondebaud, le clerc Sagittaire, s'étant, dès qu'il avait vu l'issue de la querelle, offert pour remplacer son évêque. Il va sans dire que les biens du malheureux Magnulf furent consciencieusement pillés , et, chose plus grave, il en fut de même pour les riches trésors de l'église de Toulouse, au grand scandale de Sagittaire qui se déclarait volé.

Gondebaud, grâce à ces procédés violents, faisait tous les jours de nouveaux progrès, et Gontran commença à trembler pour la Bourgogne proprement dite; il voulut se rapprocher deBrunehaut, soupçonnant qu'elle pouvait bien être pour quelque chose dans cette guerre ; des négociations s'engagèrent donc entre lui et la reine, et une ambassade de leudes austrasiens vint conférer avec le roi de Bourgogne sur les moyens de rétablir la paix entre les deux Etats. Malheureusement Brunehaut, forcée de choisir ses envoyés parmi les principaux membres de l'aristocratie, avait dépêché au roi Gontran, entre autres ambassadeurs, l'évêquede Reims, iEgidius, à qui elle avait pardonné, et le duc

Gontran-Boson. Gontran n'aimait pas^Egidius, qu'il soupçonnait avec assez de raison de fausseté et de traîtrise ; il s'emporta après lui en injures et en menaces; mais, quand il eut vu Gontran-Boson, celui-là même qui avait été chercher à Constantinople ce Gondebaud qui lui ravissait la plus belle partie de ses États, ce fut bien autre chose, sa fureur ne connut plus de bornes ; après un échange de violentes paroles dans le goût homérique, le roi de Bourgogne refusa formellement de restituer à son neveu les cités usurpées, les cinq villes du domaine particulier de Brunehaut; il ne voulut pas davantage consentir à livrer ou même à faire juger Frédégonde, déclarant qu'il ne la croyait pas coupable. Alors un des ambassadeurs, rude leude d'Austrasie, peu habitué à la politesse des cours et exaspéré de ce double refus, apostropha le roi avec toute la franchise dont se targuaient les nobles francs : « Nous te disons adieu, roi, puisque tu refuses de rendre le bien de ton neveu; prends garde, nous connaissons la hache qui a tranché la tête de tes deux frères, ta tête aussi sera tranchée. » Et sur ce, les ambassadeurs sortirent de la salle royale et remontèrent à cheval pour regagner l'Austrasie; mais, au mo-

ment où ils passaient sous les fenêtres du roi, on leur jeta par son ordre tout ce qu'on put trouver dans les cours et dans les écuries du palais, de fumier , d'herbe, de paille et de foin pourris, d'ordures de toute espèce. Et ce fut dans ce triste appareil que se retira l'ambassade, littéralement couverte d'immondices, au dire de Grégoire de Tours.

Cependant, la parole menaçante de l'envoyé, qui avait rappelé le souvenir funèbre de la mort tragique des deux rois, avait fait une certaine impression sur Gontran; puis, tout le peuple haïssait Frédégonde, qui déjà du reste regrettait le pouvoir et recommençait ses intrigues. Bref, le roi crut plus prudent de l'éloigner de sa résidence, et il l'envoya habiter cette même ville de Rouen où avait été autrefois exilée Brunehaut. Et, tandis que la destinée de Frédégonde s'assombrit visiblement , l'étoile de Brunehaut brille au contraire d'un éclat plus vif; naguère, les leudes refusaient de venger sa fille Ingonde, persécutée par son beau-père, le roi des Wisigoths, et maintenant ils tremblent devant elle : elle a pu faire punir un des plus puissants ducs d'Austrasie, Magnovald, qui avait froidement assassiné sa femme pour épouser sa belle-sœur;

et les amis du mort n'ont pas osé murmurer. Le gouverneur,leleudeWandelin,qu'onavaitimposé à Childebert, n'a plus aucun pouvoir, tellement que, lorsqu'il mourra quelque temps après, nul ne songera à prendre sa place, et que la reine sera assez puissante pour pouvoir déclarer que ce sera désormais elle seule qui gouvernera avec son fils. Or, Childebert est jeune, de plus il reconnaît volontiers toute la supériorité de sa mère, et Brunehaut est reine, maîtresse absolue , tandis que Frédégonde n'est plus qu'une exilée, forcée, pour comble de honte, de supporter la présence et la suprématie de son ennemi Prétextât, l'ancien protecteur de Mérovée et de Brunehaut, rappelé en triomphe de l'exil où l'avait relégué Chilpéric.

Alors, la fougueuse reine de Neustrie semble prise d'un délire sanglant; elle envoie un assassin pris parmi une troupe de jeunes clercs qu'elle maintenait auprès d'elle par tous les moyens, ivresse, séductions de tout genre, dans un perpétuel état d'exaltation et de dévouement sauvage; cet homme part pour l'Austrasie : il doit frapper Childebert et Brunehaut, mais il s'y prend maladroitement, il est découvert; Brunehaut lui fait grâce et, dédaigneusement,

le renvoie à sa maîtresse. Cette clémence d'ailleurs profita peu au pauvre diable, car Frédégonde, exaspérée de son insuccès et furieuse de sa maladresse, lui fit couper à son retour les pieds et les mains.

Du reste, il faut rendre à Frédégonde cette justice qu'elle ne se découragea pas : quelques semaines après cette première tentative, Gontran intercepta une lettre du roi des Wisigoths, Leuvigild, avec qui il était en hostilité à cause des mauvais traitements endurés par Ingonde.

Cette missive, qui intéressa fort le roi de Bourgogne , était adressée à Frédégonde et conçue en ces termes : « Fais périr au plus tôt nos ennemis Childebert et sa mère-, fais la paix, pour le moment , avec le roi Gontran , même au prix de grandes dépenses. Si l'argent venait à te manquer, nous t'en enverrions en secret; l'important est d'exécuter ce que nous te demandons. Quand nous serons débarrassés de nos ennemis, il faudra récompenser l'évêque de Tarbes, Amélius, et la noble dame Faileube, qui donnent à nos émissaires le moyen de parvenir jusqu'à toi. »

Cette lettre donna fort à réfléchir à Gontran; il craignit qu'après Brunehaut et Childebert,

l'idée ne vînt à Frédégonde de s'occuper de lui-même. Il résolut en conséquence de se rapprocher de Brunehaut et de rompre définitivement avec sa rivale. Comme gage de sa réconciliation , il avertit la reine et le jeune roi d'Austrasie du complot tramé contre eux.

Frédégonde n'en renonça pas davantage à ses idées de meurtre; elle fit fabriquer deux scamasaxes spéciaux avec de profondes entailles destinées à recevoir du poison. Puis, elle remit les deux instruments de mort à deux jeunes clercs de son entourage, en leur adressant pour encouragement le petit discours suivant : « Prenez ces armes et allez auprès de Childebert; présentez-vous à lui comme pour demander l'aumône; jetez-vous à genoux pour l'implorer, et, là, frappez-le au flanc. Que Brunehaut, dont toute l'arrogance repose sur la vie de son fils, soit entraînée dans sa ruine , et tombe enfin entre mes mains. Si Childebert est trop bien gardé pour qu'on puisse l'approcher, frappez alors Brunehaut elle-même. Si vous perdez la vie , je comblerai vos parents de richesses et j'en ferai les premiers de mon royaume. »

Malgré ces brillantes promesses en faveur de leur famille, les clercs hésitaient un peu; ils

pensaient, avec un égoïsme bien naturel, qu'ils paieraient presque sûrement de leur tête la haute fortune de leurs ascendants. Mais Frédégonde s'y prit si bien, les grisa de telle manière qu'ils partirent enfin, emportant avec eux un flacon donné par la reine et qui contenait une liqueur secrète, tellement énergique qu'elle devait leur ôter toute terreur.

Quelques jours plus tard, les deux clercs, arrêtés à la cour de Childebert, étaient mis à mort comme assassins , avant d'avoir pu frapper le roi ; l'histoire ne dit pas si Frédégonde tint ses promesses vis-à-vis de leurs familles ; pour notre part, nous en doutons fort.

Reconnaissant des avis et des ouvertures bienveillantes du roi Gontran, Childebert, accompagné de Brunehaut, alla le trouvera sa résidence de Chalon-sur-Saône. Le vieux roi l'accueillit à merveille, et, devant tous ses guerriers assemblés, il lui remit sa lance royale, sceptre belliqueux que portaient les Mérovingiens, déclarant qu'il le faisait son héritier, qu'il l'adoptait solennellement pour son fils (sans prétendre cette fois à aucun droit de tutelle). En même temps, il prenait l'engagement de lui restituer tout ce qui pouvait lui avoir été enlevé.

Cette réconciliation fut la perte de Gondebaud, qui, fier de ses succès, commençait d'ailleurs à menacer les possessions de Childebert et annonçait l'intention de réunir sous sa domination exclusive les trois royaumes mérovingiens. Quelques semaines après, écrasé par les forces réunies de Bourgogne et d'Austrasie, commandées par le comte de l'écurie, le connétable de Bourgogne et le patrice, successeur de Mummolus , il se voyait refoulé jusqu'aux Pyrénées ; réfugié dans la cité des Convênes (Saint-Bertrand de Comminges), le roi d'Aquitaine fut livré par ses officiers; Mummolus, son ancien partisan , espérant obtenir miséricorde, le remit par trahison entre les mains du duc Gontran-Boson (venu avec le contingent austrasien), qui, désireux tout à la fois de regagner les bonnes grâces du roi Gontran, et d'éviter toute réclamation de Gondebaud au sujet des trésors qu'il lui avait volés, brisa d'un énorme coup de pierre la tête du malheureux prétendant.

Cependant le rétablissement de la concorde entre Brunehaut et Gontran avait exaspéré Frédégonde ; elle cherche à exciter contre eux les grands de Bourgogne et d'Austrasie, elle

fait prendre, à force d'or et de promesses, les armes aux chefs sauvages des Bretons, aux Wisigoths d'Espagne; ses anciennes haines se réveillent plus ardentes-, le malheureux Prétextât, remonté sur le siège de Rouen, est sa première victime : le jour de Pâques 588, il tombe assassiné au pied même des autels. Par l'entremise de son dévoué client, l'évêque de Reims, ^Egidius, elle prépare de nouveau le meurtre de Brunehaut et de Childebert ; le chef de ce nouveau complot était le duc Rauching, qui se prétendait, comme Gondebaud , fils de Clotaire I er ; aidé des deux comtes Ursion et Bertfried, il devait faire périr Brunehaut et Childebert; Childebert, bien qu'il eût à peine dix-sept ans, avait déjà deux fils, l'un, Théodebert, né d'une concubine, l'autre, Thierry, né de sa femme, la reine Faileube, qu'il venait d'épouser l'année précédente. Ces deux jeunes princes ne devaient pas être des maîtres bien gênants , l'un ayant environ un an , et l'autre étant âgé seulement de quelques semaines; il fut donc décidé entre les conjurés que l'Austrasie serait divisée en deux royaumes séparés ; le . premier, attribué à Théodebert et formé de la Champagne et des comtés environnants, devait

être gouverné par le duc Rauching; l'Austrasie du Nord formerait le second royaume que, sous le nom de Thierry, dirigeraient Bertfried et Ursion. Un autre complot, se rattachant à celui-ci, devait amener également la mort de Gontran. Un jour, en effet, le roi de Bourgogne, se rendant en toute sécurité dans son oratoire pour y faire ses prières habituelles, fut fort désagréablement surpris d'y trouver un assassin l'épée levée, qu'avait envoyé là son ex-protégée Frédégonde.

Décidément Brunehaut valait mieux.

L'assassin est arrêté, mis à la torture, questionné, d'après les procédés de l'époque, avec un soin scrupuleux. Cette forme d'instruction avait toujours le plus grand succès : l'émissaire de Frédégonde avoue tout ce qu'on lui demande, entre dans tous les détails : le roi Childebert et Brunehaut vont être frappés, comme Gontran a manqué de l'être; et c'est le duc Rauching luimême, lui qui se vante d'avoir une main qui ne tremble pas, qui s'est chargé de porter le coup fatal. En toute hâte, encore ému du danger auquel il vient d'échapper, Gontran écrit à la cour d'Austrasie, et bientôt un rapide courrier apprend à Brunehaut le danger qui la menace.

Quelque temps après le courrier, Rauching, qui ne connaissait pas encore ce qui s'était passé à la cour de Gontran, arrive au palais de Childebert; à peine ce roi en est-il informé qu'il envoie en toute hâte, par la poste des services publics, des hommes de confiance chargés de saisir dans les diverses propriétés du traître ses tablettes et son or. Puis, calme, tranquille, mais l'œil sur lui , il le fait entrer dans sa chambre à coucher. Là les deux interlocuteurs parlent de choses et d'autres ; Rauching cherche une occasion favorable pour frapper le roi, mais l'occasion ne se présente pas; peu importe, pense le duc, rien ne presse encore.

Mais l'entretien tire à sa fin, Rauching prend congé du roi -, pour sortir de la chambre, dont l'accès est rendu plus difficile par quelques degrés, il soulève la lourde portière qui en ferme l'entrée; au même moment, tandis que ses mains sont occupées à soutenir l'épaisse tapisserie, les deux gardiens de la porte le saisissent brusquement par les jambes; il tombe en travers sur les marches, une partie du corps dans la chambre, l'autre en dehors; et, à peine son corps a-t-il touché le plancher qu'il a la tête hachée à coups d'épée, « tellement que les débris

de sa tête semblaient être de même nature que sa cervelle (9). »

Cette mort déconcerta les conjurés ; Ursion et Bertfried, qui avaient déjà réuni une armée de révoltés, la laissèrent se disperser. Et là, nous voyons ce qu'on ne voit presque jamais dans l'histoire de ces tristes époques , un éclair de bonté, une lueur de compassion ; et c'est encore à Brunehaut que le mérite en appartient. Bertfried, qui avait juré la mort de la reine et de son fils, était assurément bien coupable, et cependant elle lui pardonne, elle veut le sauver ; elle a tenu son jeune enfant sur les fonts baptismaux et elle n'oublie pas ce lien, cependant bien frêle, qui les a unis autrefois. « Viens te réfugier auprès de moi, lui écrit-elle, sépare ta cause de celle des autres conjurés et je te sauverai la vie. » Mais Bertfried refuse, il ne croit pas la partie entièrement perdue pour lui , et nous le retrouverons plus tard essayant encore de lutter et toujours protégé par la reine.

Gontran, Childebert et Brunehaut comprenaient bien à quel danger ils venaient d'échapper; cette communauté de périls les rapprocha

davantage. Gontran voulut irrévocablement déshériter Clotaire, rompre avec Frédégonde ; les deux rois de Bourgogne et d'Austrasie convinrent d'une entrevue solennelle où ils devaient se rendre avec leurs familles et leurs conseillers, afin d'ôter de leurs rapports tout germe de discorde pour l'avenir.

Ce fut le 28 novembre 587 , dans la villa d'Andelot près Chaumont, que se rencontrèrent les deux rois : la famille royale de Bourgogne était presque éteinte : il ne restait au roi Gontran qu'une fille, Clotilde, qu'il aimait tendrement et dont l'avenir le préoccupait à bon droit ; Childebert, au contraire, amenait avec lui sa mère Brunehaut , sa femme , la reine Faileube, sa sœur Clodosinde, ses deux fils Théodebert et Thierry; on aurait bien cru que l'avenir était là.

Grégoire de Tours nous a conservé le texte du traité signé à Andelot par Brunehaut, Childebert et Gontran; nous le donnons ici comme un type curieux des documents diplomatiques au sixième siècle de l'ère chrétienne :

« Au nom du Christ, les très j excellents seigneurs rois Gontran et Childebert et la trèsglorieuse dame la reine Brunehaut se sont, dans

un même sentiment d'amitié , donné rendezvous à Andelot, afin de résoudre, après mûre délibération, toutes les difficultés qui les séparaient ; par l'entremise des évêques et des grands, avec l'aide de Dieu, pour l'amour de la ■charité, il a été arrêté, décidé et convenu que, tant que le Dieu tout-puissant les laisserait jouir de la vie du siècle, ils se garderaient une foi et une amitié pure et sincère. Et en même temps, comme le seigneur Gontran, conformément au traité qu'il a fait avec le roi Sigebert, de vénérable mémoire, prétend être en droit de retenir en totalité la partie qui était revenue à son frère du royaume de Caribert, et que les ayant-cause du seigneur Childebert ont déclaré en son nom vouloir rentrer en possession de tout ce qu'avait eu son père, il demeure décidé, suivant une transaction et une détermination immuables, que la part du royaume de Caribert, qu'un traité avait concédée à Sigebert, savoir le tiers de la cité de Paris avec son territoire et ses habitants, ainsi que les places fortes de Châteaudun, de Vendôme et tout ce que ledit Sigebert avait possédé dans les pays d'Etampes et de Chartres, territoire et habitants, restera à perpétuité au pouvoir du roi

Gontran, en plus de tout ce que ledit Gontran a eu du royaume de Caribert, du vivant du roi Sigebert. Par compensation , le seigneur roi Childebert garde en son pouvoir, à compter de ce jour, la ville de Meaux, les deux tiers de celle de Senlis, et en totalité celles de Tours, Poitiers, Avranches, Aire,Conserans, Bayonne, Alby avec leurs territoires; et il est convenu que celui des deux rois qui survivra à l'autre héritera du royaume de celui qui perdra la lumière du jour, sans laisser de fils, et qu'il jouira de cet héritage à perpétuité, et, Dieu aidant, pour les siens comme pour lui-même. Il est convenu d'une façon toute spéciale, comme une condition que tous doivent scrupuleusement observer, que tout ce que le roi Gontran a donné ou, avec la permission de Dieu, pourra donner encore à sa fille Clotilde, en biens de tout genre, choses, hommes, villes, terres ou rentes, restera en sa possession ; et, si la princesse Clotilde veut disposer à sa volonté de quelque bien venant du fisc royal ou de ses effets et de ses fonds, ou bien qu'elle veuille en faire don, qu'ils lui soient conservés à perpétuité, avec l'aide de Dieu, ne lui soient dérobés en aucun temps par qui que ce soit, et qu'elle

- 8c, les garde en tout honneur, sécurité et dignité, sous la protection et sous la défense du roi Childebert, ainsi que tout ce qu'elle pourra posséder lors de la mort de son père. Le seigneur roi Gontran promet également que, si par un effet de la fragilité des choses humaines, ce que la miséricorde divine veuille bien empêcher, et ce qu'il ne souhaite pas, il advenait que le roi Childebert quittât la lumière de ce monde, lui Gontran encore vivant, il prendrait, comme un bon père, sous sa protection et sous sa tutelle, ses deux fils les rois Théodebert et Thierry, ainsi que les autres que Dieu pourrait accorder à Childebert; de telle sorte qu'ils pussent jouir paisiblement de l'héritage paternel. Il protégerait de même la mère du seigneur Childebert, la dame reine Brunehaut, sa fille Clodosinde, sœur du roi Childebert, aussi longtemps qu'elles seraient dans les pays des Francs; il en serait de même pour la reine Faileube : il serait attaché à elles, comme à une sœur et à des filles chéries, et les maintiendrait en honneur et dignité, avec tous leurs biens, villes, terres , rentes ou autres propriétés , et tant ce qu'elles possèdent présentement que ce qu'elles pourront, le Christ aidant, acquérir encore,

— go — afin qu'elles conservent ces biens en pleine sécurité Quant aux cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre, que Galeswinthe, sœur de la dame Brunehaut,a acquises en venant en France, comme don du lendemain (présent fait par l'époux le lendemain du jour des noces, sorte de douaire) et que, d'après un jugement rendu par le très-glorieux roi Gontran , assisté de l'assemblée des Francs, du vivant des rois Sigebert etChilpéric il a été convenu que posséderait la reine Brunehaut, il est arrêté à partir d'aujourd'hui que ladite Brunehaut acquerra la propriété et la jouissance de la ville de Cahors et de ses dépendances. Les autres cités, énumérées ci-dessus, seront laissées au roi Gontran à titre viager, et retourneront après lui à la dame Brunehaut et à ses héritiers qui les posséderont en pleine propriété. Avec l'aide de Dieu, durant la vieduseigneurGontran, elles ne pourront, à aucune époque ni sous aucun prétexte, être réclamées ni par la dame Brunehaut, ni par son fils, le roi Childebert, ni par les héritiers de ce roi. Il est également arrêté que le seigneur Childebert aura l'entière propriété de la ville de Senlis, et que le tiers qui doit en revenir au roi Gontran sera compensé à son

MM

— gi — .

égard par le tiers appartenant au seigneur Chil-

debert dans le pays de Resson (10) »

Le reste du traité, de peu d'importance, a pour objet d'empêcher les leudes dépendant de chaque souverain de transmettre à leur idée leur personne et leur dévouement d'un roi à un autre et de garantir les possessions accordées aux églises. On eut soin ensuite d'appeler la vengeance céleste sur celles des parties qui oseraient enfreindre un pacte aussi solennel. Et toutes les difficultés parurent aplanies à la satisfaction générale.

Le traité une fois signé, les deux rois procédèrent à un acte de justice, le châtiment du duc Gontran-Boson, qui, dans le cours de sa longue carrière, avait trouvé le moyen de trahir successivement tous ceux qui s'étaient fiés à lui, d'abord Chilpéric, puis le malheureux Mérovée, puis Childebert , puis Gontran , puis Gondebaud, et qui malgré cela avait eu l'effronterie de venir assister à la conférence. Gontran- Boson, à la nouvelle quel'assemblée des Francs, présidée par les deux rois alliés, venait de le déclarer digne de mort, s'était réfugié dans une des dépendances de la villa d'Andelot, occupée

par Tévêque de Trêves, Magnéric; là, après avoir soigneusement fermé les portes extérieures : « Je sais, dit-il à Tévêque, très-saint prélat, que tu es en grand honneur auprès de nos rois, j'ai donc recours à toi pour me sauver la vie. Ceux qui doivent me frapper sont à ta porte : sache bien que, si je n'échappe pas grâce à toi, avant d'être tué, je t'aurai tué. O saint évêque, obtiens mon pardon, ou nous allons mourir tous les deux. » Et, pour donner plus de poids à ses paroles, Gontran-Boson appuyait la pointe de son épée sur la poitrine de Tévêque. Celui-ci, effrayé des manières de cet étrange suppliant, se débattait en criant : « Laisse-moi sortir, je t'en prie, afin que j'aille intercéder pour toi auprès des seigneurs rois. » — « Non, non, répondait Gontran-Boson, je veux que tu restes avec moi; envoie plutôt un de tes clercs, qui rendra compte de ce que j'ai dit et qui parlera en ton nom. »

Mais, pendant cette discussion, les deux rois s'impatientaient : « Si l'évêque ne sort pas, s'écriait Childebert, croyant que le pauvre Magnéric y mettait de la mauvaise volonté, si Tévêque ne sort pas, il périra avec son protégé Gontran-Boson. » — « Mettez le feu à la mai-

son, disait le roi Gontran,Févêque brûlera aussi s'il s'obstine à ne pas sortir. »

Sortir! l'évêque infortuné ne demandait que cela; malheureusement, Gontran-Boson s'y opposait énergiquement, A la fin cependant, Magnéric, grâce à ses clercs, put s'échapper de la maison qui était déjà en flammes et Gontran-Boson resta seul.

Le condamné supporta les flammes pendant quelques instants ; bientôt , n'y pouvant plus tenir, il s'élança au dehors; à peine touchaitil le seuil qu'il fut percé de coups de lance. Mérovée était vengé au moins d'un de ses persécuteurs.

Mais, si Brunehaut savait punir ses ennemis ou plutôt les ennemis des siens, elle n'oubliait pas ses amis. On se souvient de ce duc Lupus qui s'était compromis pour elle au point de perdre ses biens et d'en être réduit à s'exiler à la cour de Bourgogne; Lupus était là, dans la suite de Gontran; on lui rendit ses terres, ses honneurs, et tous les dédommagements possibles lui furent accordés.

Tout étant donc arrangé pour le mieux, le vice puni et la vertu récompensée, comme dans les romans, Gontran et Brunehaut se firent de

mutuels présents et se convièrent réciproquement, eux et leur entourage, à de splendides festins. Après quoi, dit Grégoire de Tours, ces illustres personnes, s'étant embrassées, s'en retournèrent chacune dans leur pays.

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