ACTE II, SCENE II
Du d'un pontife altier le zèle impétueux
Fit trembler sur le trône un couple incestueux (i3)
Qui pourrait, sans frémir, en retracer l’imag'e ?
De l’empire éploré Dieu repoussait l’hommage ; On a vu, dans ces jours abhorrés et maudits,
De l’église, aux mourans, les secours interdits;
Les morts, déshérités de la terre sacrée
Qui du ciel à nos vœux peut seule ouvrir l’entrée.
Et les pieux objets à notre culte offerts.
Sur la cendre couchés dans les temples déserts. Rettanchés cependant dü reste de la terre.
Deux criminels époux, sous le dais adultère, Condamnés à l’éclat d'un pompeux déshonneur.
Goûtaient avec effroi leur honible bonheur.
Un serviteur, un seul , dans la fuite commune , Enchaînant ses destins à leur triste fortune , Apprêtait le repas du Couple délaissé,
"Vers ses maîtres prosciits marchait le front baissé, Jetait des mets grossiers sur leur table indigente. Se retirait, frappé d’une sainte épouvante.
Et de tout aliment par leurs mains profané , Abandonnait aux chiens le reste empoisoimé.
THIERRY-
Dissipez vos terreurs , Vertueuse Audovère ;
Didier , ce saint prélat que la France révère,
Sur nos nœuds consulté, bien loin de les punir,- De ses pieuses mains s'apprête à les bénir.
, Quand les peuples, lassés des guerres intestines,- Veulent d’un vaste état réparer les ruines,
Un pontife de paix seconde leur espoir;
Dans l’intérêt de tous il a lu son devoir-
AUDOVERE.
Quoi! Didier?...
* THIERRY
N arme point du fèr de la rengeance Une religion d'amour et d'indulgence ;
Il aime à consacrer, par de plus nobles droits,
Le repos de l’empire et l’union des rois.
Ainsi, l’autorité d’un pontjfe et d’un père,
Parle en faveur des nceuds que votre cœur espère;
A joindre nos destins je vois tout conspirer,
Pi ince.... et ce n’est pas moi qui veux les séparer.
Que Thierry, cependant, pardonne à ma faiblesse; Vainement je combats là terreur qui me presse.
Cette enceinte, féconde en noirs événemens.
Fait naître en mon esprit d’af&eux pressentimens.
Jadis en ce palais, le jeune, Mérovée,
A Frédégonde, hélas I victime réservée,
S’unit à Brunehaut, par de funestes nœuds (i4)>
Sous un meilleur auspice, ô ciel ! reçois vœux!
Vois ce jeune héros, notre unique espérance ;
C’est la sécurité, c’est l’orgueil de la France ;
Tes dons les plus heureux décorent ce guerrier; Détourne do son cœur, le fer du meurtrier î , THIERRY.
Frédégonde n'est plus.
AUDOVERE. '
Et si notre alliance
D’une autre Frédégonde alarmait la puiissànce;
Qui vous afhrmera que le ciel, par ses mains,
Ne voudrait pas encore effrayér les humains ?