ACTE II, SCENE IV. a
BRUNEHAUT à;;ûrf.
( Haut. )
Sa fille, juste ciel !... Ce mot m’en dit assez.
Poursuis , et punis-moi de mes bienfaits passés.
En effet , c’était peu qu’une paix qui m’offense Vint priver mes affronts de leur juste vengeiince ;
A me déshonorer mon fils ingénieux
Par cet horrible hymen veut me confondre mieux.
Sa trahison proclame à moi-même, à l’empire ,•
Qu’au fruit de mes travaux c’est en vain que j’aspire , Et qu’un mépris ingrat du pouvoir maternel Des enfans de Clovis est le crime éternel. • THIERRY. .
Mon respect et mes soins....
BRUNEHAU T.
Ton respect m’importune; Laisse à ma prévoyance à régler ta fortune :
Thierry, tout autre hommage à mes yeux est suspect: Je veux l’obéissance , et non le vain respect.
THIERRY
Ainsi l’ambition sans détour se révèle !
Si je brise mes fers , je deviens infidèle ,
Par La soif du pouvoir votre cœur imité...
Je ne m’en défends pas, j’aime l’autorité.
J’aime l’autorité, non comme un cœur vulgaire,
Qui, dans un fol orgueil ardent k se complaire.
Au gré de son caprice aspire à dominer.
Mais comme un esprit ferme et fait pour gouverner. Tant que de Sigebert la force et la prudence ^
Etendirent par-tout la sage obéissance ,
M’a-t-on vue, affectant un dangereux pouvoir,
s6 BRUNEHAUT.
Aféconnaître î&nais mon moderte dévôir ?
J'étais, dans mes destins me renfermant sans peine , Epouse d’un grand prince èt non point souveraine.
Sa mort laissant l’Etat sans pilote éprouvé ,
Je pris le gouvernail..^ et l’Eitat fiit sauvé.
Le faible Childebeit , dans son règne éphémère ,
A de l’indépendance abjuré la chimère.
L’état n’en souffrit point , je pense ; et ses deux fib Fléchissant sous le poids du sceptre* de Clovis ,
Osent se révolter , (piand ma main secourable Leur aide à soutenir le faix qui les accable 1 Certes , tout esprit sage a droit de s’indigner Que l’on veuille être roi sans apprendre à régner.
Je ne dis plus qu’un mot , la pitié me l’inspire. Repousse un nœud coupable et laisse>moi l’empire. Tes rivaux tomberont; je mettrai sous tes lois Tous les vastes pays, dépouilles des Gaulois ; J’iüustrerai ton nom ; j’étendrai ta puissance ; Crois-moi , mon amitié vaut mieux que ma vengeance; Que cet instant décide entre ta mère et toi;
Choisis pour ennemi Théodebert ou moi ( 1 8 ). THIERRY.
Madame , je choisis l'amitié de mon fr^re;
Je choisis les vertus de ia noble Audovère.
Clotaire , pourras-tu résister à mes coups?
T renible , je vais partir et partir son époux.
Ainsi par cet ingrat ma haine est préférée ! Ressouviens-toi du moins que tu l’as desirée.
, {Elle sort,)
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CTE II, SCENE V. Vf