ACTE ÎII, SCENE Vl
Me bannor dû palais où jadis uü grand roi,
Sigebert) son aïeul, avait reçu ma foi ;
Où dans mon sang lui-méme a puisé la naissance,
Et dont l’éclat encore atteste ma puissance.
CLODOMIR
Quel démon vous retrace un affreux souvenir 1 N’irritez point ce cosur , il ne Veut pas punir.
En faveur du remords il fait grâce au coupable ;
Un pardon généreux, sincère, irrévocable....
Je dépouillai, cédant à mon destin nouveau, *
Cette pourpre des rois <pii couvrit mon berceau.
De modestes habits revêtant ma misère,
J’errai dans mes états , fugitive, étrangère,
Sans secours , sans abri, sous un ciel efi courroux.
Je n’avais qu’un seul guide.... et ce guide était vous.
De la terre et des cieux j’essuyai les outrages,
Et, tandis que mon fiont défiait les orages , '
Vous demandiez du pain, d’une timide voix,
Pour la fille, et la mère, et la veuve des roiS.
CLODOMiR.
Madame!...
Un pitre obscur, dont mâ reconnaissanca' Récompensa depuis la noble bienfaisance.
Nous offrit sous le chaume un indigent abri.
Et dirigea nos pas à la cour de Thierry.... (21)
O combien de vengeance, en mon cœur amassée , Depuis ce joiu fatal assiège ma pensée !
Que de fois, dans les bras d’un sommeil 'agité, ' Théodebert se montre à mon œil irrité !
Dans ma main vengeresse un poignard étincelle ;
Je m’avance en criant : « Fils ingrat et rebelle, i> Tiens ; voilà pour punir ton forfait odieux. »
Je frappe, et je m’éveille, et tout fuit à mes yeux.
Mais ce jour va finir le tourment qui me ronge ,
Et ma vengeance, enfin, ne sera plus un songe.
Allons....
CLODOMIR
Votre vengeance î...
Oui; déjà, Clodomir,
%’out mon cœur s’en repaît !
CLODOMIR
. Vous me faites frémir !
Est-ce vous que J’entends?... Vous !... Cet instant, madame, A mes yeux éclairés, dévoile enfin votre ame.
Ah! craignez du pouvoir le dangereux orgueil;
Souvent dans son excès il rencontre un écueil ;
Sa faiblesse à la fin naît de sa violence.
Et la chûte des rois se prépare en silence.
Par les mânes sacrés de votre auguste époux ,
A qui j’ai fait serment de m’attacher à vous:
Que dis-je ? par vous-même, oui, je vous en conjure, ' Daignez en votre sein rappeler la nature.
Celle qui fit jadis, en leur calamité.
Admirer des Français sa magnanimité.
Qui, lorsque Frédégonde attentait à sa vie.
Par d’afïVeux assassins en secret poursuivie.
Repoussant noblement leur glaive meurtrier,
Saus daigner les pimir voulut les renvoyer (22),
Ojntre son propre sang aujourd’hui déchaînée,
Aspire à l’épuiser dans sa rage effrénée!
Non ; la vertu sur vous va reprendre ses droits;