ACTE PREMIER, SCENE PREMIERE
(i) Déjà la charge sonne ; im féroce coXirage
Allait livrer la plaine aux horreurs du carnage y Quand de fieux éclatans l'horizon sillonné D'un noir rideau se couvre et la foudre a tonné |
XJn saint effroi retient et le glaive et la lance.
Cet évènement appartient à l'histoire des premiers successeurs de Clovis. Childebert I ^ roi de Paris , était au moment d'attaquer le camp de Clotaire I , son frère, roi de Soissons, lorsqu'il s'éleva un violent orage qui frappa d'une terreur pieuse l'esprit des deux frères et les réconcilia.
Dans l'enfance des peuples , l'imagination est fortement frappée des grands phénomènes de la nature ; ainsi Christophe Colomb sut profiter habilement d'une éclipse pour désarmer et soumettre les sauvages de l'Amérique; mais lorsqrdune longue civilisation a détruit la puissance des prodiges , la fureur humaine s'accroît du désordre des éiémens. Silkis'Italicus , au livre de la guerre punique , décrit en assez beaux vers la fameuse bataille du lac de Thrasymène , entre Flaminius et Annibal. Dans le plus fort de la mêlée un tremblement de terre se manifeste.
I 1 i: ' Colles etsnmma cacumina totU
Intremuêre' jugis ; notant in vertice sylvœ Pinifero tfracteeque ruunt super agmina rupes. Immugit penitus convulsis ima cave rnis DissiUtns ttlius , nec parvos rumpit hiatus , - ^
fy • ' NOTES
Atque umhras tatè stygias immensa vorago . Faucibus ostcndit patulis , manesque profundi Antiquum expavêre diem
^ugnabat tamem, beu ! belli vecordia , miles ' Jactatus titubante solOf tremebundaque tela ‘ Subducta tellure ruçns f torquebat in hostem , etc.
J*oi essayé de tradmre ainsi ce nunrceati : *
Des monts on voit frémir et s’ébranler les cimes {
Les rocs sur les guerriers roulent en s’écroulant }
La terre qui mugit au fond de tes abymes Rompt ses liens , s’.entrouvre ^ et son gouffre brûlanty Laissant le jour percer sur les rivages sombres y D’un rayon de lumière épouvante les ombres.
• «•••••••••»•• .-aA
Mais rien n’a pu de Mars éteindre la fureur ;
Joyeux de ce désordre , il en accroît l’horreur.
^ Le soldat , balancé sur la sanglante arène y
Lance d’un bras tremblant une flèche incertaine $
£t l’homme porte à l'homme un douloureux trépas y Pour disputer ce sol qui manque sous ses |>as.
Id. ... .
(a) La grandeur d’une femme et son mâle génie P^’auraient-ils pas contr’eüe armé la calomnie?
On sait que la réputation de Brunehaut a été mise en proH||mo. Quelques historiens , Cordemoy y Velly y etc. y ont embrassé sa défense y Montesquieu parait se rappro.. cher d’eux y et assigne pour cause du supplice de Brunehaut l’abus qu’elle faisait de la disposition des £efs j •onjecture qui ne sentie pas appuyée sur des preuves
HISTORIQUES. fi5
assez solides. M.'Gaillard, dans l'introduction de l’Histoire do la Rivalité de la France et de l’Espagne ( pag. 4^ ) , a dégagé la question des nuages qui l’obscurcissent et I*a présentée ^ ce me semble y sous son véritable jour : r Fie tous les auteurs ^ dit-il ^ qui peuvent passer pour des sources relativement à l’histoire de cette princesse , et par lesquels cette histoire est connue y il n’y en a pas un qui n’accuse Brunehaut d’incontinence y d’avidité, d’ambition y de cruauté y de violence contre son sang, n II faut en excepter S. Grégoire-le-Grand , qui, dans ses lettres i cette pi incesse y loue sa piété y et la sagesse de son gouvernement. Mais on ne peut rien conclure de ces éloges vagues^ dictés souvent par le désir d’assurer la paix de l’église y et que le même pape n’a pas fait difficulté d’appliquer à l’usurpateur Phocas, meurtrier de l’empereur Maurice. M. Gaillard continue ainsi :
m Plus de sept siècles s’étaient écoulés depuis 6 1 3 , ép<>que de la mort de Brunehaut , sans que personne eût élevé le moindre doute sur l’équité du jugement prononcé contre elle y lorsque Bocace y né en 1 3 1 3 y mort en 1 , Bocace célèbre par ses contes y mais qui ne paraissait pas fait poi)r devenir chef de secte dans le genre historique y imagina ^ par simple jeu d’esprit y de justifier Brunehaut dans son ouvrage intitulé : De cîaris MuUcribus, Ce nouveau con^ renverse tous les fondemens de l’histoire. Bninehaut est fille y non d’Athonagilde , mais d’un je ne sais quel Lemichildon ; elle dit qu’on l’a crue mariée avec Tilpert ou Tilcepert , nom dont on n’a jamais entendu parler j elle est mère , enfin y de ce même Clotaire qui la fait mourir y parce que le conteur a jugé qu’opprimée par son propre fils y elle en serait plus intéressante. Tels sont les premiers efforts qu’on ait tentés en faveur de Brunehaut. Deux autres siècles après , un autre Italien , Paul Emile y a jugé à propos d’applaudir û l’idée de Bocace. Vers le môme tampsy
Jean dn Tillet , évêque de Meaux , frère du célèbre greffier) mort ainsi que lui en 1670 ) est le premier Français qui ait montré quelque doute sur la justice du jugement prononcé contre Brunehaut. Ce n’était du moins qu’un doute ; mais sur la fin du même siècle ( en iSça ) , temps où la rivalité très-animée entre la France et l’Espagne^, disposait naturellement un Espagnol à insulter les Français, le jésuite espagnol Mariani se, déclara certain de l’innocence de Brunehaut, de sa vertu et de l’injustice des Français à son égard. Depuis ce temps, les auteurs se partagent ; les amateurs du paradoxe se font apologistes do Brunehaut , parce que cette opinion étant contraire à toute autorité , en est d’autant plus brillante ^ et quand on leur oppose le témoignage de tous les historiens qui peuvent être regardés comme .sources , ces historiens, disent-ils, étaient pour la plupart , des moines , vivant des libéralités des successeurs de Clotaire , et obligés d’adopter toutes les calomnies que Clotaire avait inventées contre Brunehaut. On voit qu’une pareille conjecture proposée au hasard , ét qui n’est appuyée sur aucun fait , tend directement au pyrrhoni 4 fce historique } un seul mot suffit pour la détruire: connaissez-vous Brunehaut par une autre voie que par le récit de ces historiens qu’il vous plaît de tenir pour suspects? Ecririez-vous son histoire sans leur secours? En ce cas , peignez-la comme il vous plaira ; mais puisque vous ne la connaissez que par eux , connaissez-la donc telle qu’ils vous l’ont fait connaître j tenez-vous-en à la disposition de vos seuls témoins. »
J’ai suivi cette règle comme la seule qui m’ait paru conforme à la sévérité de la tragédie historique j il faut laisser les fables aux romans. Seulement la dissidence des historiens m’a fait naître l’idée du personnage de (î>lodomir, que j’ai créé comme ressort dramatique et comme type, en quelque sorte , du parti de l’opposition.
HISTORIQUES. 6Ü
Idem Idem. . . .
(3) Elle abjura l’erreur de ses jeunes années.
L’Arianisme , dont les querelles sorties du Bas-Esiplra ensanglantèrent un moment l’Europe et fournirent un pré« texte favorable à l’ambition de Clovis.
Idem.
Idem
(4) Sigebert expira par un crime exécrable.
• : Ce prince y qui a laissé la réputation d’un monarque kabile et juste et d’un grand guerrier , fut assassiné dans aa tente par les émissaires de Frédégonde , au moment où elle-mème et son époux Chilpéric allaient tomber entre les mains de ce vainqueur irrité. Frédégonde était la terreur des rois. Le timide Contran j craignant le sort de Sige-. bert et de Cbilpéric, se leva un jour à la messe ^ au moment où le diacre imposait silence |)our fixer l’attention sur les saints mystères , et se tournant vers le peuple , Il s’écria : a Je vous supplie au nom de Dieu de ne me pas assassiner comme mes frères. Laisses-moi seulement trois ou quatre ans de vie , pour élever mes deux pupilles , a£n qu’il y "en ait ou moins un'capable de gouverner la France. » *
Cette ridicule apostrophe peut donner une idée des excès auxquels étaient portés alors la fureur des guerres civiles et les désordres'de l’Etat.
Idem,
, Idem,
(5) Et les grands monumens dont la France est semée ^
< Férôùt vivre à jamais sa vaste renommée.
Sans parler d’un grand nombre d’hôpitaux et d’églises fondés par Brunehaut | tout le monde connaît les chaussées qui portent son uoiot
Jdem. . • . SCENE IL
fÇ) Que les impôts levés sur ces obscurs Gaulois,
▼ ^ Restes épaxs d’un peuple asservi sous nos lob,
Récompensent le sang versé pour la patrie}
Et si de ces tributs la source était tarie ,
Que l’épargne royale , en de pareils besoins , S’ouvre, pour satisfaire au premier de nos soins,'
La nation ne payait alors aucun subside. Ceux auxquels étaient assujettis les Gaulois, doiventiètre considérés comme un reste du droit de conquête , et ceux des églises comme une indemnité de la dépense de leur fondation. Les revenus de la couronne se composaient du produit de se» domaines , des amendes , de quelques droits , notamment de la rcga/e , ou perception des fruits de chaque évêché vacant , et de quelques présens d’usage. Aussi l’entretie» des troupes était-il à la charge , non point du roi , mai* des seigneurs.
Idem, . . . Idem
(7) Par eux enfin , par eux dans la France éclairée Brillera des beaux arts la lumière sacrée.
L’empire Romain subsistait encore , et , malgré sa dégénération , jetait , par intervalles , un éclat qui se répandait sur le reste de l’Europe. Le sixième siècle , plu» éclairé que les suivans , a produit un assez grand nombre d’hommes distingués dans les sciences } Alcime , S. Anthelme, S. Benoit , Boëce, Cassiodore , Deuis-le-Petit , Ennode , S. Epiphanes , Fortunat , Fulgence , le pape S. Grégoire de Tours , Jornandès , Marins d’Avenches, Procope, S. Remi , Symmaque , Zozime , ne sont pas des jPoms obscurs.
HISTORIQUES
Idem. Idem.
en bolissez sur-tout ce tarif insensé
Qui paye à prix d’argent l’honneur^ le sang versé.
Sous la première race de nos rois , tous les crimes étaient xachetables. On savait ce qu’il en coûtait pour injurier} tuer ou blesser un esclave , un serf , un ingénu , un prêtre j , un évêque ; pour insulter une femme esclave ou libre , fille ou mariée , ou quelle était , à défaut de rachat , la peine corporelle que le coupable devait subir , et dont l’exécu> . tion était condée à la famille de l’offensé.
Cbildebert I essaya vainement d’abolk cette absurde : législation qui parait avoir été commune à l’enfance de '^presque tous les peuples. Homère , dans la description du bouclier d’ Achille, au dix-huitième livre de l’Iliade, représente une foule «ttroupée autour de deux hommes qui se disputent pour la rançon d’un meurtre.
Idem.
Idem.
{ 9 ) La loi seule , instrument des publiques vengeances f Doit frapper le coupable et doit les frapper tous.
Et pourtant si l’un d’eux , pour éviter ses coups ^ Embrassait des autels la majesté tranquille ,
Ne l’y poursuivez pmnt, respectez sou asile.
L’abus du droit d’asile était une suite des superstition* du temps. Le concile assemblé à Orléans en 5ii , par Clovis } ordonne que les malfaiteurs , les adultères et les esclaves qui se seront réfugiés dans l’église ou dans la mai- ♦on de l’évéque , ne soient livrés que sous le serment de ne leur faire aucun mal.
es • NOTES
Idem. l . Idem, . . : T î
(lO)De toutes les vertus qui forment les grands rois ^ ^ «v Le germe est dans son cœur ^ J
Les historiens s’accordent à dire que Thierry, mort I l’âge de vingt-six ans , était un prince de grande espérance.
Idem Idem. ....
(i i) Cette ville à Clotaire ouvre aujourd’hui ses portes j Audovère et Thierry sont remis en ses mains.
Ce sont, d’après l’histoire , les quatre enfans de Thierry ,1 que Brunehaut a livrés à Clotaire , pour acquérir des droits à la reconnaissance de ce prince , en détruisant seul obstacle qui l’empéchàt de réunir la France entièiV sous sa domination.
Idem. ^ ^ . Idem. . .
(i a) Périsse ainsi la loi née avec cet empire ,
Qui ne veut pas qu’au trône un sexe faible aspire.
«c Clovis rédigea la loi salique , ainsi appelée du nom des Saliens , les plus illustres des Francs. Elle fixait la peine des crimes , et plusieurs points de police. C’est un préjugé de croire, que le droit de succession à ha couronne y fût expressémentréglé. Elle porte seulement, que^ par rapporta la terre Salique , les femmes n’ont nulle part à P héritage. Ce qui ne regarde point la maison royale en particulier , car on appelait généralement terres Saliques toutes celles qu’on tenait du droit de conquête. Il est fa» cile de concevoir qu’un peuple de soldats , dont le roi était le général , ne voulait pas obéir à une femme. Un long usage , soutenu par la nation , se changea en peu de temps en loi du royaume. » ( Millot , histoire de France , tom. I j
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HISTORIQUES
p. 33. ) Le premier exemple de l’exclusion des filles du trftne en exécution de la loi Salique , eut lieu à la mort de Caribert , qui ne laissiiit que des filles , et dont la suC' cession accrut les royaumes de ses frères.