ACTE I, SCENE I
» Et ne dëAez pas le céleste courroux. »
Cette imposante voix, Taspçct de tant de charmes,
Des mains du roi mon maître ont fait tomber les armes. Dans l’immobilité d’un doux étonnement,
11 regarde Audovère avec enchantement.
Sûre de son triomphe : « O Tliierry , poursuit-elle,
M Que votre main s’unisse à la main fraternelle. »
EUle parlait encore, et déjà les deux rois Dans leurs bras désarmés se pressent à la fois.
Le soldat, cependant, qui pleine et les contemple, Imite avec transport un si touchant exemple ;
Les deux camps sont mêlés, et le plus doux accord Réunit ces guerriers qui s’apportaient la mort. - CLODOMIR.
Par un prodige, ô Dieu! tes bienfaits secourables Adoucissent l’horreur de ces tems déplorables!
Mes yeux ne verront plus les £ls de Childebert De nos champs ravagés faire un vaste désert;
Un doux rayon de paix luit enfin sur la France.
. ALBOEME.
Je voudrais partager la commune espérance;
Mais Bnmehaut ( je lis ses sentimens secrets)
Gouverne par la guerre et ne veut point la paix. Régner, régner sans cesse est toute sa pensée.
Ce désir l'agitait , lorsqu’un fils l’a chassée.
Et l’agitait encor, quand nos sanglans débats Aux plaines d’Austrasie ont porté les combats.
La paix vient menacer sa funeste puissance.
Confondre son orgueil et trahir sa vengeance ; •
C’est assez: même au prix des plus cruels excès.
Sa sombre ambkioa saura troubler la pdx.
CLODOMIR
Lu grandeur d’une femme et son mâle génie N’auraient-ils point contr’elle armé la calomnie (îs), Seigneur? Mon cœur, instruit dès l'enfance à l'aimer . > A d’autres sentimens ne peut s’accoutumer.
11 me souvient encor de ces jours d’allégresse Où, brillante d’attraits, de grâces, de jeunesse,
Cette füle des rois parut en nos climats.
Tous les cœurs s’élançaient au-devant de ses pas,
Alors qu’à Sigebert joignant ses destinées ,
Elle abjura l’erreur de ses jeunes années (3) ,
Et des peuples nouveaux réunis sous sa loi,
Ainsi que la fortune elle adopta la foi.
Ce couple offrait aux yeux l’alliance céleste De la vertu brillante à la vertu modeste ^
Bruneliaut bienfaisante et Sigebeit vainqueur Des peuples enchantés se partageaient le cœur.
Sigebert expira par im crime exécrable (4), .
Laissant l’état en proie à son sort misérable,^
Et, pour plier les grands sous le, joug du devoir.
Une femme, un enfant, sans force et sans pouvoir.
Les maires du palais jetant, dans le silence.
Les fondeiuens profonds de leur sourde puissance.
Des enfans de Clovis les scand^jeux discords ,
Les troubles au-dedans, les gueires au-dehors,
. Un peuple encor féroce, ime cour infidèle.
Le fer des assassins levé cent fols sur elle ;
Contre tous ces j)éiils notre reine a lutté.
Et, par son seul génie , elle a tout surmonté.
C’est peu; par elle, au sein des horreurs de la guerre, Les présens de la paix ont consolé la terre.
Il n’est pas un seul lieu qui n’atteste à-la-fois,