‹ Brunehaut, ou Les successeurs de Clovis tragedie en cinq actes et en versChapitre 6 sur 50 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

L'ardeur de ses travaux, l’équité de ses lois;

Et les grands monumens dont la France est semée, Feront vivre à jamais sa vaste renommée (5).

Si des fautes, seigneur, ont terni ces beaux faits ,

Si de ses ennemis les coupables excès Ont souvent de la reine irrité la vengeance ,

Et d’une humeur altière aigri la violence ,

Nous devons accuser de ses torts éclatans L’horrible Frédégonde etle’malheur des tems.

Vous étiez au berceau, dans ces jours de misère Que le ciel a marqués du sceau de sa colère , Lorsqu’une reine impie et son époux pervers.

Du bruit de leurs forfaits effrayaient l’univers. Quand ce fléau cessa de désoler la France, Brunehaut adoucit l’orgueil de sa puissance;

De la sécurité naquirent les bienfaits.

L’Austrasie eût long-temps ressenti leurs effets; Mais de- Thëodebert l’emportement sauvage Qu'irritaient les flatteurs et la fougue de l’àge,

Aux travaux matetnëls a , pour indigne prix , Réservé l’abandon, l’insulte et le mépris. ^

Si Thieify %’ëit araié pour pünir*cette offense , ' Lui-méme 1’» voulu; sa fougueuse vaillance, Ardente à s’illustrer par de brillans exploits, ‘ * D’une mère outragée a défendu les droits.

Ce prince vertueux, reconnaissant, fidèle,

Autant -qu-’il la tévère , est honoré par elle.

Et la reine en ses mains aspire à déposer Un pouvoir dont le faix commence à lui peser. ALBOEME.

Voilà par quels- discours Brunehaut vous abuse ; Vous la justifiez,. quand l’univers l’aocuse. ^

Pour mol, dont l’œil sur elle est constamment ouvert, Je frémis pour mon prince et pour Théodebert. J'ignore quels malheurs ce jour fatal prépare ;

Mais je connais la reine et son courroux barbare.

Le passé m’avertit ; trop souvent ce palais A prêté son enceinte aux ténébreux forfaits;

Trop souvent le poison, sourd instrument des crimes. Dans un silence affreux dévora ses victimes.

Par de secrets agens avec art préparé ,

Il n’éclate jamais qu'au moment désiré;

Vif ou lent, toujours sùr , ét d’autant plus terrible, ' Que la main qui l’offrit sait rester invisible.

CLODOMIR

Seigneur, que dites- vous? Craignez de confirmer De vains brüits , que la haine est ardente à semer.

Que l’ignorance accroît, que l’erreur défigure D’un vulgaire jaloux la grossière pâture. ,

Croyez-moi; montrons-nous, dans les jours du danger Prompts à servir nos rois et lents à les juger.

Si la reine m’abuse, ah! gardez, Aibeëme,

Gardez de dissiper l’illusion que j'aime.

Je tiens à ses destins par les nœuds du serment. • Sachez que Sigebert, à son dernier momeot»

De ma fidélité réclama la promesse De servir Brunehaut, de la servir sans cesse;

J’ai juré, devant Dieu, de partager son sort;

Un serment si sacré n’est rompu qu’à la mort. ^ ALBOEME.

Quoi ! si de ses excès l’audace criminelle ?...

CLODOMIR

Je gémirais, seigneur, et lui serais fidèle- Ombre de Sigebert, grande ombre, appaûo-toi!

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