SCENE II
BRUNEHAUT, CLODOMIR, ALBOEME, VANACAIRE, Seigneurs. '
Mes voeux sont exaucés; le ciel que je bénis.
Va rendre à mon amour mes deux enfans unis.
Le peuple a trop souffert du désordre des armes ;
11 est tems que la paix, dissipant nos alarmes,
De l’état épuisé ranime les ressorts.
Quand le retour du prince excite nos transports , Vous, grands de son royaume , aidez à ma prudence A ramener chez lui le calme et l’abondance.
Que les impôts , levés sur ces obscurs Gaulois,
Restes épars d’un peuple asservi sous nos lois. Récompensent le sang versé popr la patrie;
Et si de ces tributs la source était tarie ,
Que l’épargne royale, en de pareils besoins.
S’ouvre , pour satisfaire au premier de nos soins '(6). Gardons-nous toutefois d’épuiser ses richesses-, L’église appelle aussi mes nombreuses largesses.
Frein sacré des sujets , auguste appui des rois,
A ma reconnaissance elle a de justes droits.
Qu’on éléye ê grands frais ces superbes portiques Où du Dieu de Clovis sont chantés les cantiques. - Des cénobites saints, transfuges des cités,
Que les cloîtres pieux soient richement dotés; î L eur main défrichera,. laborieuse et pure,
Ces landes, ces déserts, qui dorment sans culture^ Leur soc va transformer en fertiles guérets.
Des Druides sanglans les profondes forêts j Par eux enfin, par eux-, dans la France éclairée. Brillera des beaux arts la lumière sacrée (7);
Ils poliront nos mœurs; et , lorsqu’aux joui-s lointains | Nos neveux , appelés à de meilleurs destins ,
Jouiront des bienfaits de leurs aïeux modestes,
Près des noms révérés de ces mortels célestes , Peut-être ( un tel espoir fut souvent mon'soutien ) , ’
Avec reconnaissance ils placeront le mien.i -
{A Clodomir.) *
Vous , ministre des lois , que votre prévoyance Sur leur dépôt sacré veille dans le silence i
Abolissez sur-tout ce tarif insensé . : .
Qui paye à prix d’argent l’honiteur , le sang versé (8) ; Que nul ne soit admis à venger ses offenses; - La loi seule , instrument des publiques vehgeanceï , Doit frapper le coupable et doit les frappa tous;
Et pourtant , si l’iin d’eux , pour éviter ses coups , ■ Embrassait des autels la majesté tranquille , >
Ne l’y poursuivez point ; respectez son asüe (9) ; L’arracher du lieu saint , ce serait profaner . ‘ ■
La demeure d’un Dieu qui veut tout pardonner.
Tels sont les intérêts commis à votre zèle. . : • {Montrant Alhoëme. )
Si je dois, cependant, croire un guerrier fidèle ,
Les rois vont à nos yeux s’offrir dans peu d’instans j
( A pan. )*
Volez à leur rencontre» et moi , je les attends,